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Tout le monde le fait

Je plagie, tu copies, il traduit, nous trichons...

Clairandrée Cauchy   11 avril 2009  Éducation
Photo : Jacques Grenier
Dans la cafétéria bondée du collège Maisonneuve, les langues se délient facilement quand on évoque les faits d'armes dans le domaine de la triche. Loin d'être tabou, le sujet suscite tantôt la fierté, tantôt l'indignation. Si presque tous avouent ouvertement avoir déjà fait du plagiat pour un travail ou triché dans un examen au secondaire, la plupart affirment s'être calmés en arrivant au cégep.

«C'est trop surveillé. Tous les profs nous en parlent au début de chaque session. Mais au secondaire, on a tous fait du copier-coller de bouts de texte pris sur Internet», lance Sébastien, en quatrième session en sciences humaines.

À la même table, une étudiante avoue avoir déjà remis un texte sur le sida repiqué entièrement d'un site Internet pour un travail d'enseignement moral au secondaire. «Le sujet était plate. J'avais remis cela au lendemain plusieurs fois, mais, rendue au dernier "lendemain", je n'avais plus le temps de le faire», confie la jeune femme de 18 ans. Son enseignant de l'époque n'y avait vu que du feu.

À quelques enjambées, un grand gars d'origine italienne me confie avoir traduit, pour un travail scolaire au secondaire, de longs passages d'un texte en italien trouvé sur Internet, sans mentionner la source, évidemment. «Comme c'était en italien, il n'y avait pas de chances que le professeur retrouve le texte», explique-t-il. Au cégep, il dit ne pas avoir «eu besoin de le faire» puisqu'il est en sciences pures et que la triche ne lui apporterait rien de significatif. Sauf parfois, lors d'un laboratoire de sciences, il «demande la réponse aux filles parce qu'elles sont meilleures».

Et puis, qu'est-ce que le plagiat?

Pour certains, la définition de plagiat n'est pas claire. «Cela dépend de ce que vous voulez dire par plagiat», lance Timothée, étudiant en sciences humaines. «Je me suis déjà inspiré de certaines phrases, en les mettant dans mes mots», explique-t-il, pas trop sûr qu'il s'agit bien de plagiat.

Si plusieurs parlent du plagiat comme d'une ancienne habitude du secondaire, avec laquelle ils n'osent pas renouer, certains confient avoir «contourné un peu les règles» lors d'examens au cégep. Pour une composition écrite, un jeune homme a écrit la veille «environ la moitié» de son texte à l'ordinateur, l'a imprimé en petites colonnes, qu'il a ensuite collées dans son Bescherelle. «Comme ça, j'avais moins de stress à l'examen, j'ai pu un peu corriger les fautes et la structure du texte était meilleure. Mais j'ai quand même coulé», laisse-t-il tomber.

Dans certains domaines plus compétitifs, comme les sciences de la santé où les programmes universitaires sont contingentés, la cote R devient presque une obsession. Cette cote tient compte de la moyenne du groupe. La tentation est forte de tricher pour répondre aux fameuses exigences. Bonne élève, Léa est un peu découragée de voir autant de triche autour d'elle. «Ça m'insulte de voir des étudiants plagier à l'examen alors que moi je l'ai préparé. Ça m'écoeure quand quelqu'un triche et a la même note que moi. En bout de piste, ça me désavantage pour ma cote R.» Sa voisine de table, qui complète sa dernière session en sciences de la santé, renchérit: «Il y a du monde qui triche et réussit à entrer en médecine!»

***

Les prénoms dans ce texte sont fictifs, afin que tous puissent parler librement.
 
 
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  • Philippe Pesant-Bellemare
    Abonné
    samedi 11 avril 2009 23h36
    Le plagiat dans les cours de langue
    Je suis etudiant en langues asiatiques et je suis profondement outre lorsque des etudiant(e)s evoquent la tricherie comme moyen de passer un examen. C'est d'autant plus frustrant lorsque ces etudiants recoltent de meilleures notes, resultant en une baisse indirecte de la cote Z (ou R), mettant ainsi en jeu le futur academique des etudiants serieux.

    La pression imposee par les cotes de rendement n'excusent pas ces pratiques, puisque nous y sommes tous soumis. Peu de gens, cependant, ont le courage de confronter ces tricheurs et d'en parler aux evaluateurs.

    Dans le cadre d'un cours de langue, ou il s'agit d'abord d'apprendre un vocabulaire cible et quelques regles simples de syntaxe, le plagiat peut sembler moins important que dans un cours de science ou d'histoire, mais cela provoque un decouragement chez les autres etudiants qui ne voient pas l'interet de se forcer pour obtenir une bonne note si le voisin l'obtient par la triche.

    Un reinvestissement massif en education reglerait la question en permettant aux professeurs de mieux encadrer leurs eleves.

    Phil P. Bellemare

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