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UQAM - Ils sont 2360 employeurs à bâtir l'économie sociale montréalaise...

...et le secteur soutient 66 000 emplois directs générant deux milliards de revenus annuels

Martine Letarte   21 février 2009  Éducation
Marie J. Bouchard est titulaire de la Chaire de recherche du Canada en économie sociale de l’UQAM.
Marie J. Bouchard est titulaire de la Chaire de recherche du Canada en économie sociale de l’UQAM.
Longtemps, l'économie sociale a été peu documentée et considérée comme une réalité marginale. Or il est maintenant clair, chiffres à l'appui, que l'économie sociale est un phénomène économique important dans la métropole. C'est du moins ce que révèle le premier Portrait statistique de l'économie sociale de la région de Montréal, réalisé par la Chaire de recherche du Canada en économie sociale de l'UQAM.

Avec ses 2360 employeurs, l'économie sociale génère des revenus annuels de deux milliards de dollars, à l'exclusion de Desjardins et de la Coop fédérée. Elle représente 66 000 emplois directs dans la métropole. C'est la première fois qu'on arrive à chiffrer le phénomène de la sorte.

«En fait, l'utilisation du terme "économie sociale" est récente au Québec. C'est seulement depuis le gouvernement de Lucien Bouchard qu'on regroupe les coops, les organisations à but non lucratif et les autres entreprises du genre sous cette appellation. Personne n'avait encore décidé de se lancer dans le long et complexe processus de recenser toutes ces entreprises sur le territoire de Montréal», affirme Marie J. Bouchard, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en économie sociale de l'UQAM.

L'équipe de chercheurs a donc travaillé d'arrache-pied pendant deux ans pour relever le défi. Les fédérations sectorielles, les associations et les différents acteurs locaux ont été invités à collaborer, et c'est ainsi que les scientifiques en sont arrivés à dresser la première liste des entreprises d'économie sociale jamais réalisée à Montréal.

«Nous pouvons maintenant affirmer, preuve à l'appui, que tous les secteurs d'activité comprennent des entreprises d'économie sociale à Montréal. Toutefois, comme la métropole est avant tout une ville de services, plusieurs font partie de ce secteur», indique Mme Bouchard, qui est également professeure au département d'organisation et ressources humaines de l'École des sciences de la gestion de l'UQAM.

La chercheuse n'est pas surprise de voir que l'économie sociale représente une réalité aussi importante à Montréal. «Il ne faut pas oublier que notre société et notre économie se sont construites sur le modèle coopératif. Nous n'avons qu'à penser à Desjardins, évidemment, mais aussi aux coopératives de travailleurs — agricoles notamment — et aux coopératives d'habitation.»

Et c'est encore le cas aujourd'hui. «La société civile a toujours le réflexe de s'organiser pour trouver le moyen de répondre à un besoin et, lorsque l'intérêt est collectif, elle va se chercher des partenaires publics pour l'appuyer, comme on l'a vu pour la création des CPE, il y a quelques années.»

Des entreprises durables

L'une des belles surprises de l'étude? Certainement la moyenne d'âge des entreprises d'économie sociale, qui s'est révélée être de 19 ans. «Les entreprises d'économie sociale durent longtemps, ce qui est intéressant à savoir, surtout dans le contexte économique actuel», croit Mme Bouchard.

En fait, il semble que les coopératives ont une plus grande probabilité de survie dans un secteur donné, comparativement à une autre entreprise de taille équivalente. «Les coopératives naissent toutes d'un besoin à combler dans la communauté dans laquelle chacune est créée. De plus, comme les membres sont aussi les usagers, qu'ils font partie de la structure de contrôle, ils peuvent réorienter la mission de la coopérative en fonction de l'évolution de leurs besoins. Cela assure une certaine pertinence à l'entreprise», explique la chercheuse.

Il semble que les employés soient aussi très engagés dans leur travail. «Les coopératives ne sont pas là pour faire du profit, mais pour répondre à un besoin. Et, généralement, les gens qui y travaillent croient très fort à ce qu'ils accomplissent et ils essaient vraiment de le faire du mieux qu'ils le peuvent», remarque Mme Bouchard.

Une panacée ?

En ces temps économiques difficiles, plusieurs se questionnent à propos de l'économie sociale. Devons-nous tous nous tourner vers cela? D'abord, Marie J. Bouchard prévient qu'il ne faut surtout pas croire que c'est une panacée. «Le milieu forestier est en crise depuis plusieurs années et il faut reconnaître que la réalité économique est la même pour tout le monde. Si on vend du bois d'oeuvre, qu'on soit une coopérative ou une entreprise, on aura de la difficulté à en vendre si le marché est en baisse», indique la professeure.

Toutefois, elle est convaincue que les entreprises d'économie sociale portent une certaine force d'innovation. «Les coopératives et les organisations à but non lucratif sont parties prenantes d'une communauté. Elles prennent forme lorsque des gens se mobilisent pour bâtir quelque chose d'utile. Lorsque les gens se regroupent, ils ont plus d'idées, plus de ressources, plus de moyens. L'union fait la force.»

D'après la chercheuse, l'économie sociale a tendance à créer des liens entre les gens, contrairement à l'économie dominante, qui crée plutôt de l'exclusion. «Lorsque les gens se mettent ensemble pour lancer pour la communauté un projet dont la motivation n'est pas le profit, bien souvent cela aboutit à d'autres initiatives. On remarque un certain effet multiplicateur. On appelle cela du capital social, de la cohésion sociale.»

Un premier pas

L'équipe de la Chaire de recherche du Canada en économie sociale de l'UQAM est fière d'avoir réussi cette première dans le domaine de la statistique au Québec. «Ce que nous ne pouvons pas compter ne compte pas. Pas de chiffres, pas de politiques publiques», ironise Mme Bouchard.

La chaire est actuellement à la recherche de partenaires — regroupements d'économie sociale, ministères, agences statistiques — pour étendre le portrait de l'économie sociale à l'ensemble de la province.

***

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  • Michel Bérubé
    Inscrit
    samedi 21 février 2009 12h22
    Tout et n'importe quoi
    Je suis très sceptique dans la présentation et les conclusions présentées dans cette article. Associer "les coops, les organisations à but non lucratif et les autres entreprises du genre" comme étant des organisations progressistes me semble plus que douteux. Des chiffres... Intéressant tant que ceux-ci ne crée pas un amalgame indéchiffrable. Si l'on arrive plus à distinguer les organisations au service de l'état, où l'on retrouve des gestionnaires "professionnels" de programmes sociaux et de contrôle sociale, des organisations de défense des droits, de coopérative avec programme d'éducation de coopérative de patron, je crois qu'il y a un méchant problème pour qualifier ce dont on parle. L'institut économique de Montréal est aussi une organisation sans but lucratif à ma connaissance, mais nous n'avons pas la même définition de cohésion sociale. Pour ce qui est du capital je laisse cela aux banques.
    Mais je me trompe probablement, donc une enquête à lire.

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