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Recherche - Les affaires avant tout

Guy Taillefer   18 février 2009  Éducation
Le budget fédéral livrant ses secrets à petites doses, on apprend que les 17,5 millions supplémentaires que le gouvernement Harper a versés au programme de bourses d'études supérieures géré par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSHC) devront obligatoirement être consacrés à des diplômes «liés aux affaires». Exit les sociologues et les philosophes... Et peu importe si cette nouvelle exigence politique ne favorisera au final qu'une fraction d'étudiants. Le Canada atteindra à sa perfection, suivant la logique conservatrice, le jour où ses citoyens formeront enfin une belle et grande famille entrepreneuriale.

Cette tendance infectieuse à vouloir brancher le plus directement possible l'université sur le marché du travail ne date évidemment pas d'hier. Il va de soi qu'ils sont en partie interconnectés. Il y en a par contre parmi nous qui trouvent que l'université mérite aussi qu'on l'encourage à creuser et à transmettre un savoir qui échappe aux schémas du «technicisme» ambiant.

Stephen Harper est à la tête d'un gouvernement qui donne des signes probants d'insensibilité à l'invention culturelle, intellectuelle et scientifique. L'injonction faite au CRSHC est d'autant plus éprouvante qu'elle est accompagnée dans le budget déposé fin janvier aux Communes de réductions de plus de cent millions sur trois ans des sommes versées aux trois grandes institutions subventionnaires fédérales en matière de recherche scientifique et médicale. Concurremment, la décision d'Ottawa de ne rien verser cette année à Génome Canada, qui soutient 33 projets de grande envergure, a été accueillie avec une telle incrédulité au sein de la communauté scientifique que celle-ci a cru, au départ, à un oubli de la part de Jim Flaherty... «Le ministre envoie indubitablement le message que la science est sans importance dans l'économie canadienne», écrivait récemment en éditorial le Journal de l'Association médicale canadienne.

Choix budgétaires à courte vue, bien entendu: d'abord, les projets de Génome Canada donnent à eux seuls du travail à 2000 personnes. Ensuite, Ottawa a pris la décision absurdement disproportionnée de diminuer les budgets de recherche tout en augmentant massivement ceux destinés à l'amélioration des infrastructures des universités. Enfin, il risque de provoquer une fuite des cerveaux, mettant en péril plusieurs années fructueuses de recrutement de chercheurs de haut niveau, alors que le président Barack Obama, qui sera officiellement de passage demain à Ottawa, a inclus dans son plan de stimulation économique une somme de 3,9 milliards $US aux fins de la recherche médicale.

Les conservateurs ont le courage de leurs convictions, ce qui est en l'occurrence bien dommage. Pire encore est le fait qu'ils sont totalement imperméables au tollé que leurs décisions provoquent. On espère que l'électorat canadien — et le système parlementaire dans lequel il lui faut choisir son gouvernement — ne leur donnera jamais de majorité.

***

gtaillefer@ledevoir.com
 
 
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  • Jaber Lutfi
    Abonné
    mercredi 18 février 2009 04h38
    S.V.P. quittez le secteur public.
    Quand on ne s'émerveille que devant le signe du dollar, qu'on croit l'argent mesure de toute chose, peut-être ne sommes-nous pas faits pour diriger une société.

  • Parisien Jaque
    Abonné
    mercredi 18 février 2009 05h32
    Peu d'envergure
    J'ai rarement vu un gouvernement fédéral avoir aussi peu d'envergure. Étroit d'esprit et arrogant, j'espère que les électeurs canadiens s'en souviendront et que les conservateurs ne tiendront pas quatre ans.

  • André Chamberland
    Inscrit
    mercredi 18 février 2009 07h14
    Valeurs $$$ sont les seules pour nos gouvernements
    Et si on gouvernait autrement ? Et si on remettait l'humain au premier plan de nos valeurs ?

  • Danielle Turcotte
    Inscrite
    mercredi 18 février 2009 07h46
    Quel gâchis !
    Je n'ai pas voté pour Harper. Ceux et celles qui l'ont fait pourraient peut-être me dire ce qu'ils ont trouvé d'édifiant en cet homme pour voter pour lui. En cette période de crise économique , nous n'avions pas besoin d'une crise politique en surplus. Que c'est triste !

  • Roland Berger
    Abonné
    mercredi 18 février 2009 08h54
    Eut-il été fils de millionnaire ?
    Eut-il été fils de millionnaire que Harper ne serait pas obnubilé par la richesse matérielle et ne soutiendrait pas les néolibéraux prêts à n'importe quoi pour s'enrichir. Mais non, né d'une famille en aspiration vers la classe dominante, il est fort heureux de servir de marionnette à ces ignobles individus.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario

  • Vincent de Grandpré
    Inscrit
    mercredi 18 février 2009 12h45
    Soit ...
    Qu'ils paient pour l'éducation alors !!! Ces hommes d'affaires profitent de notre éducation, ils devraient la payer et offrir ce faisant la scolarité gratuite aux étudiants.

  • André Loiselet
    Abonné
    mercredi 18 février 2009 14h02
    Un clone honteux
    Pourquoi les Canadiens ont-ils fait confiance à cet homme?
    Ignatieff semble un second Obama auprès de lui. Harper reste un clone de Bush d'un bout à l'autre et le peuple américain a fait preuve de lucidité en le sacrant dehors à coups de bottine. Cet homme est une honte pour tout le pays.

  • Michel Samson
    Abonné
    mercredi 18 février 2009 16h01
    Pitoyable gouvernement conservateur.
    Rien à ajouter, Mystère HarPeur et ses Conservateurs sont une catastrophe pour le pays...

  • Chryst
    Abonné
    vendredi 20 février 2009 11h56
    Résister coûte que coûte
    Le gouvernement Harper nous prouve son ignorance. La réalisation de soi est la meilleure garantie de productivité. Mieux que la priorité accordée aux seules affaires. En développant ses potentialités on peut faire des merveilles. Ce n'est pas comme mettre ses énergies à l'acquisition seule du < fric >

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