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Libre-Opinion - Décrochage: pourrait-on changer de stratégie?

Denis Massé - Membre d'un conseil d'établissement, Saint-Jean-sur-Richelieu  16 février 2009  Éducation
Pour une ixième fois, le problème du décrochage revient à l'avant-scène de l'actualité québécoise. Déjà, on voit venir, dans les réactions que cela suscite, la manière habituelle avec laquelle le «système» réagira sous l'impulsion des agressions «médiatisantes» et «politicailleuses». Plans d'actions improvisés et saupoudrage d'argent supplémentaire, le tout à courte vue bien sûr, afin d'éteindre le feu. Nos décideurs ont des choses beaucoup plus importantes que la réussite des jeunes dont ils doivent se préoccuper présentement!

Je ne voudrais pas par ailleurs jeter tout le blâme sur ces derniers. Nos habitudes de gestion de la chose scolaire, pour ne pas dire nos réflexes, sont bien ancrées. Lorsqu'il y a problème, les solutions doivent venir invariablement d'en haut. Le ministère, après consultation des grands acteurs que sont les dirigeants syndicaux et les représentants des commissions scolaires, voit à mettre en place des mesures «universelles» du style «une dictée par semaine» ou «un peu plus de ressources pour améliorer les ratios». Le personnel de nos écoles n'a plus alors qu'à se conformer à ces nouvelles directives et, c'est la mode, à en rendre compte aux autorités sous forme de statistiques qui, c'est à espérer, viendront témoigner d'un amoindrissement du mal diagnostiqué.

Cette stratégie de changement bien connue nous a pourtant confirmé «ad nauseam» qu'elle ne peut qu'engendrer cynisme et sentiment d'aliénation chez les gens qui oeuvrent dans nos établissements scolaires et, par le fait même, que perpétuer un cycle «d'inchangement». De là un désir diminué chez nombre d'entre eux de s'impliquer et de s'engager dans la recherche de mesures plus appropriées. Je ne prétends pas proposer ici la recette miracle. En ce domaine, les spécialistes s'entendent généralement sur les ingrédients qui la composent, mais bien prétentieux sont ceux qui croient aider nos praticiens en leur proposant leur «modèle» dernier cri.

Ma prétention est que le meilleur moyen d'améliorer notre niveau d'efficacité face au décrochage scolaire est de confier le problème non pas aux grands décideurs et aux experts, mais au personnel qui oeuvre dans chacune de nos écoles. Présentement, notre structure décisionnelle fait pour ainsi dire peu ou pas de place à celles et ceux qui connaissent de visu la situation et qui sont les mieux situés pour concevoir et mettre en place des mesures pertinentes et sur mesure pour contrer le décrochage scolaire. Il n'y a pas lieu à notre avis de bouleverser les structures de responsabilité ou de légiférer à nouveau. Tout est déjà en place.

Chaque école a la responsabilité d'élaborer un plan de réussite consistant en un ensemble de mesures commandées par une connaissance des problèmes vécus, des ressources disponibles et du temps disponible, le tout, en concertation et sous la gouvernance d'un conseil d'établissement. Selon nous, ces gens seraient en mesure de faire connaître aux décideurs régionaux et nationaux les ressources qui leur seraient les plus aidantes de même que les réaménagements de programmes, d'horaires et de conventions de travail les plus susceptibles de lever les contraintes les empêchant d'agir adéquatement. Ils sont les mieux placés pour susciter dans leurs milieux respectifs les partenariats les plus stratégiques compte tenu des particularités avec lesquelles ils doivent composer. Nul besoin de leur dicter quoi et comment faire ou de leur imposer des règles et des politiques autres que l'obligation de transparence dans la façon dont ils comptent agir, s'organiser, mesurer les résultats de leur plan de réussite et en faire part aux autorités, aux parents et à la communauté.

Bien sûr, il y a là une culture à inventer, basée sur la confiance, l'écoute, le soutien attendu, l'acceptation d'une plus grande diversité, et la compétence et l'éthique professionnelle. Il y a, cela va de soi, une culture à défaire, basée sur le paternalisme, le contrôle a priori, l'uniformisation, l'expertise externe à l'école et l'oeil syndical.

Nos gouvernants étaient-ils sérieux quand ils entendaient donner plus de pouvoirs à l'école et plus de leadership pédagogique au personnel enseignant? Les conseils d'établissement étaient-ils autre chose que des faire-valoir démocratiques quand ils ont réaménagé les structures de notre système scolaire? Trouvent-ils humiliant de reconnaître que les personnels qui oeuvrent dans les classes et les corridors de nos écoles sont les plus compétents pour trouver des façons de diminuer le décrochage scolaire et de favoriser la réussite éducative? Vont-ils continuer longtemps à jouer les gérants d'estrade plutôt que de se mettre à leur écoute et à leur service?

Vont-ils s'entêter encore longtemps à maintenir en place une façon de piloter notre système éducatif qui favorise le désengagement et la réussite de l'échec?

Faire de l'école, de ceux qui y oeuvrent et des citoyens qui l'entourent le pivot de notre gouvernance scolaire est selon nous un risque que nos dirigeants n'ont plus tellement le choix de prendre. Il est d'ailleurs surprenant, entourés de conseillers comme ils le sont (mais c'est peut-être là une partie du problème), qu'ils ne l'aient pas déjà compris!
 
 
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