Agence universitaire de la francophonie - Le français, langue seconde dans des universités américaines
Les forces en présence dans le processus de mondialisation entraînent une redéfinition de l'ordre linguistique mondial. Michèle Gendreau-Massaloux, rectrice de l'Agence universitaire de la francophonie (AUF), en repère les incidences au sein de son réseau, impacts qui sont également perceptibles dans le fief shakespearien que constituent les États-Unis.
L'Agence universitaire de la francophonie est constituée d'un réseau de plus de 400 établissements d'enseignement supérieur et de recherche disséminés à travers le monde. Elle soutient la coopération et la solidarité entre les institutions universitaires travaillant en français, prioritairement avec les pays francophones d'Afrique, du monde arabe, d'Asie du Sud-Est, d'Europe centrale et orientale et de la Caraïbe. De plus, elle a créé un réseau de plus de 350 départements d'études françaises d'établissements universitaires de tous continents, dont le continent américain.
L'AUF dispose donc d'un large bassin d'observation de la francophonie et de ses rapports changeants aux autres langues. Michèle Gendreau-Massaloux souligne les conséquences dichotomiques que produit la mondialisation sur les langues. En effet, un premier mouvement se déploie en un manque croissant de motivation, en particulier dans les pays anglophones, quant à l'apprentissage de langues étrangères. Cette attitude provoque cependant un contre-mouvement en forme de résistance à l'uniformité. «De ce fait, les familles qui souhaitent que leurs enfants disposent de plus d'une langue ont un élan vers la francophonie. Cet élan est international. Il se produit en particulier dans les zones où la mondialisation s'accompagne de mouvements militants qui plaident pour la diversité culturelle et la diversité linguistique. Il va de pair avec un souci de respecter la variété des français d'usage: il existe des français de la Caraïbe, des français d'Afrique, des français du Proche et Moyen-Orient, dont l'inventivité est à la fois technologique et poétique.» Par le biais de ses réseaux de linguistes, l'AUF a pu repérer cette multiplicité et cette richesse en expansion.
Ouverture et francophonie plurielle sont également relevées par Abdelkébir Khatabi, que cite Réda Bensmaïa, de Brown University au Rhode Island, dans son article «Territoires de la francophonie»: «Depuis un certain temps, on ne parle plus de LA littérature française, mais DES écritures francophones. Cette opinion suppose qu'il y a effectivement une pluralité et une diversité d'idiomes littéraires. Une pluralité qui serait active, car sans oeuvres constituées au sein de chacun de ces idiomes, il n'y aurait pas de véritable expérience internationale et interculturelle.» Désormais, les littératures francophones ne renvoient plus à des littératures nationales, mais à une «trans-nation» en perpétuelle formation.
Cette nouvelle perception devient alors une réponse possible aux attentes des universités américaines, pour lesquelles la problématique de la diversité culturelle est très présente. Ainsi en est-il de la place ménagée aux francophonies du Sud. «Aux États-Unis, précise Michèle Gendreau-Massaloux, l'AUF est essentiellement présente par l'intermédiaire des départements d'études françaises, d'études francophones et d'études culturelles (cultural studies), ou des centres de langues, de langues et littératures modernes.»
FRAMONDE
Au sein de l'AUF, une coopération d'envergure s'est établie, notamment par le biais d'un réseau virtuel nommé FRAMONDE. Ce dernier permet aux différents départements d'échanger des informations et des projets. «Le centre d'études françaises et francophones de l'université d'État de Louisiane à Baton Rouge, indique Michèle Gendreau-Massaloux, est un exemple brillant de vitalité culturelle et pédagogique. Ses responsables successifs furent d'abord le grand écrivain martiniquais Édouard Glissant, puis la romancière et cinéaste algérienne Assia Djebar et, aujourd'hui, le professeur Ngandu.» Cette énergie s'exprime également dans la participation d'enseignants de San Diego State University, City University of New York et Brown University à la dernière publication de l'année 2002 du bulletin Le français à l'université dirigé par l'AUF et publié à 4000 exemplaires papier avant d'être mis en ligne.
Pour maintenir et développer la présence francophone au sein des universités américaines, une révision des programmes d'enseignement s'est imposée. Des champs d'étude vastes axés sur la variété des productions culturelles détrônent, aujourd'hui, les études strictement littéraires. La langue française prend la forme de clef d'accès à un espace linguistique qui ne s'attache pas aux frontières nationales. Edith J. Benkov, de San Diego State University, précise: «Cette approche fournit un modèle pour combattre la marginalisation, à l'intérieur du système universitaire américain, dont souffrent assez souvent nos programmes de "langues". De par leur interdisciplinarité, ces études pourront créer des liens avec d'autres sections universitaires et, ce faisant, rendre accessibles aux autres chercheurs la richesse culturelle et la diversité des études françaises et francophones.» D'une section de «French Language and Literature», cette université a mué vers une section de «French and Francophone Studies».
La vitalité des départements et l'interdisciplinarité croissante instaurée peuvent créer une synergie au sein de chaque université et les mener, de la sorte, à une candidature d'adhésion à l'AUF. En outre, l'Agence universitaire de la francophonie poursuit conjointement et parallèlement sa propre campagne. Ainsi, dans le cadre de ses activités se déroulant aux États-Unis, le 22 avril prochain auront lieu à Bloomington à la fois une rencontre du réseau «Étude du français en francophonie», auquel sont inscrits neuf enseignants-chercheurs américains, ainsi qu'un colloque consacré au français aux États-Unis. Une journée de présentation de l'AUF sera alors organisée sur le campus d'Indiana University.
L'Agence universitaire de la francophonie est constituée d'un réseau de plus de 400 établissements d'enseignement supérieur et de recherche disséminés à travers le monde. Elle soutient la coopération et la solidarité entre les institutions universitaires travaillant en français, prioritairement avec les pays francophones d'Afrique, du monde arabe, d'Asie du Sud-Est, d'Europe centrale et orientale et de la Caraïbe. De plus, elle a créé un réseau de plus de 350 départements d'études françaises d'établissements universitaires de tous continents, dont le continent américain.
L'AUF dispose donc d'un large bassin d'observation de la francophonie et de ses rapports changeants aux autres langues. Michèle Gendreau-Massaloux souligne les conséquences dichotomiques que produit la mondialisation sur les langues. En effet, un premier mouvement se déploie en un manque croissant de motivation, en particulier dans les pays anglophones, quant à l'apprentissage de langues étrangères. Cette attitude provoque cependant un contre-mouvement en forme de résistance à l'uniformité. «De ce fait, les familles qui souhaitent que leurs enfants disposent de plus d'une langue ont un élan vers la francophonie. Cet élan est international. Il se produit en particulier dans les zones où la mondialisation s'accompagne de mouvements militants qui plaident pour la diversité culturelle et la diversité linguistique. Il va de pair avec un souci de respecter la variété des français d'usage: il existe des français de la Caraïbe, des français d'Afrique, des français du Proche et Moyen-Orient, dont l'inventivité est à la fois technologique et poétique.» Par le biais de ses réseaux de linguistes, l'AUF a pu repérer cette multiplicité et cette richesse en expansion.
Ouverture et francophonie plurielle sont également relevées par Abdelkébir Khatabi, que cite Réda Bensmaïa, de Brown University au Rhode Island, dans son article «Territoires de la francophonie»: «Depuis un certain temps, on ne parle plus de LA littérature française, mais DES écritures francophones. Cette opinion suppose qu'il y a effectivement une pluralité et une diversité d'idiomes littéraires. Une pluralité qui serait active, car sans oeuvres constituées au sein de chacun de ces idiomes, il n'y aurait pas de véritable expérience internationale et interculturelle.» Désormais, les littératures francophones ne renvoient plus à des littératures nationales, mais à une «trans-nation» en perpétuelle formation.
Cette nouvelle perception devient alors une réponse possible aux attentes des universités américaines, pour lesquelles la problématique de la diversité culturelle est très présente. Ainsi en est-il de la place ménagée aux francophonies du Sud. «Aux États-Unis, précise Michèle Gendreau-Massaloux, l'AUF est essentiellement présente par l'intermédiaire des départements d'études françaises, d'études francophones et d'études culturelles (cultural studies), ou des centres de langues, de langues et littératures modernes.»
FRAMONDE
Au sein de l'AUF, une coopération d'envergure s'est établie, notamment par le biais d'un réseau virtuel nommé FRAMONDE. Ce dernier permet aux différents départements d'échanger des informations et des projets. «Le centre d'études françaises et francophones de l'université d'État de Louisiane à Baton Rouge, indique Michèle Gendreau-Massaloux, est un exemple brillant de vitalité culturelle et pédagogique. Ses responsables successifs furent d'abord le grand écrivain martiniquais Édouard Glissant, puis la romancière et cinéaste algérienne Assia Djebar et, aujourd'hui, le professeur Ngandu.» Cette énergie s'exprime également dans la participation d'enseignants de San Diego State University, City University of New York et Brown University à la dernière publication de l'année 2002 du bulletin Le français à l'université dirigé par l'AUF et publié à 4000 exemplaires papier avant d'être mis en ligne.
Pour maintenir et développer la présence francophone au sein des universités américaines, une révision des programmes d'enseignement s'est imposée. Des champs d'étude vastes axés sur la variété des productions culturelles détrônent, aujourd'hui, les études strictement littéraires. La langue française prend la forme de clef d'accès à un espace linguistique qui ne s'attache pas aux frontières nationales. Edith J. Benkov, de San Diego State University, précise: «Cette approche fournit un modèle pour combattre la marginalisation, à l'intérieur du système universitaire américain, dont souffrent assez souvent nos programmes de "langues". De par leur interdisciplinarité, ces études pourront créer des liens avec d'autres sections universitaires et, ce faisant, rendre accessibles aux autres chercheurs la richesse culturelle et la diversité des études françaises et francophones.» D'une section de «French Language and Literature», cette université a mué vers une section de «French and Francophone Studies».
La vitalité des départements et l'interdisciplinarité croissante instaurée peuvent créer une synergie au sein de chaque université et les mener, de la sorte, à une candidature d'adhésion à l'AUF. En outre, l'Agence universitaire de la francophonie poursuit conjointement et parallèlement sa propre campagne. Ainsi, dans le cadre de ses activités se déroulant aux États-Unis, le 22 avril prochain auront lieu à Bloomington à la fois une rencontre du réseau «Étude du français en francophonie», auquel sont inscrits neuf enseignants-chercheurs américains, ainsi qu'un colloque consacré au français aux États-Unis. Une journée de présentation de l'AUF sera alors organisée sur le campus d'Indiana University.
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