Écrire pour l'école - Le manuel scolaire, un compromis
Photo : Agence Reuters
Quand on écrit un manuel scolaire, il faut d’abord tenir compte du niveau des élèves, de l’état de leurs connaissances et des habiletés qu’ils ont et qu’on voudrait améliorer.
Un manuel scolaire est «un produit culturel qui vise la communication avec le public auquel il est destiné, c'est-à-dire les enseignants et les élèves», affirme Suzanne Laurin, auteure de matériel didactique en géographie et professeure à l'Université du Québec à Montréal. Selon elle, un ensemble didactique est le résultat de l'interaction de différents acteurs, dont l'éditeur, l'auteur, des enseignants et le ministère de l'Éducation, et parfois aussi des groupes d'intérêt.
Selon Suzanne Laurin, auteure et professeure de didactique, un manuel scolaire de géographie est «une sorte de compromis social». On trouve d'abord différents points de vue à l'intérieur de chacun des groupes d'acteurs qui interviennent dans la production d'un manuel, par exemple des enseignants consultés ou encore des employés de la maison d'édition ou du ministère de l'Éducation. De plus, un manuel aborde parfois des sujets qui ne sont pas perçus de la même façon par tous les groupes sociaux.
Auteure de la collection de manuels et de guides d'enseignement en géographie dénommée «Territoires», publiée aux Éditions du Renouveau pédagogique inc. (ERPI), Suzanne Laurin donne l'exemple de l'agriculture traitée sous l'angle de l'environnement. «Vous allez avoir différents points de vue là-dessus. Certains trouvent que les agriculteurs sont jugés trop responsables de la dégradation de l'environnement, qu'il n'y a pas seulement cette question-là, etc.», indique-t-elle.
«Il faut trouver une façon de présenter cela qui ne va pas nous empêcher d'aborder la question de l'environnement, mais qui va quand même la nuancer, et s'assurer que divers groupes de pression vont juger recevable le discours culturel qui est tenu dans le manuel.»
Mme Laurin, dont les ouvrages s'adressent à des élèves de 1re et de 2e secondaires, indique avoir consulté différentes sources d'information et pris connaissance de propos formulés à ce sujet par divers groupes ou organisations, par exemple l'Union des producteurs agricoles (UPA), le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) ainsi que des écologistes. Les personnes qui préparent un manuel ont des visées éducatives. Elles doivent démarquer les intentions éducatives des intentions partisanes ou promotionnelles.
Compromis et pensée commune
La professeure, qui assure la formation didactique des futurs enseignants de géographie au secondaire, évoque également la question des parcs nationaux, soulignant qu'il existe des parcs nationaux du Canada et des parcs nationaux du Québec. Ailleurs au Canada, il est plutôt question de parcs provinciaux. Mme Laurin estime intéressant d'expliquer aux élèves pourquoi il en est ainsi. La façon que les gens privilégient pour aborder cette question peut toutefois varier selon leur opinion politique. Certains croient qu'il faut l'expliquer en disant que les parcs nationaux du Québec correspondent tout à fait à la notion de parc national que l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a définie. D'autres souhaiteraient mentionner que cette situation s'explique par le fait que la majorité des Québécois perçoivent le Québec comme une nation. «C'est impossible actuellement de dire ça dans un manuel. Le compromis social actuellement, c'est de s'en tenir à la catégorie UICN», dit Mme Laurin.
La professeure de didactique estime par ailleurs qu'un manuel est «un objet de transmission d'un bagage culturel commun d'une génération à l'autre». Selon elle, il importe comme société de se demander ce qu'on veut transmettre aux jeunes et comment on veut leur présenter différents sujets.
« Pensée mitoyenne »
Christian Laville, auteur de manuels d'histoire et didacticien, est d'accord pour dire que le matériel didactique est un produit culturel. Il souligne que les auteurs souhaitent que les enseignants adoptent le matériel qu'ils produisent et qu'ils cherchent à déterminer ce qui va leur convenir.
«C'est sûr qu'il y a une espèce de rassemblement des idées autour d'une pensée commune, d'une pensée mitoyenne. C'est un produit culturel qui est calibré sur l'espèce de pensée culturelle valorisée dans la société à un moment donné. Les idées dissidentes, les idées marginales sont généralement peu présentes dans les manuels», affirme M. Laville, professeur associé au département d'études sur l'enseignement et l'apprentissage de l'université Laval et auteur des ensembles didactiques «D'hier à demain» publiés par Graficor, Chenelière éducation. Les manuels de cette collection s'adressent à des élèves de 1re et de 2e secondaires.
M. Laville indique que ce sont souvent des maisons d'édition qui font appel à des personnes compétentes dans une discipline donnée ainsi qu'en pédagogie pour rédiger du matériel didactique.
Simplicité et rigueur
«Un auteur doit d'abord bien s'imprégner des objectifs du programme», dit pour sa part Gérard Buzaglo, auteur de manuels scolaires de mathématiques, évoquant les compétences à atteindre et faisant aussi référence au contenu à traiter. M. Buzaglo affirme qu'il faut accompagner les élèves dans leurs apprentissages et avancer pas à pas.
«C'est certain que, quand on écrit, il faut d'abord tenir compte du niveau des élèves, de l'état de leurs connaissances et des habiletés qu'ils ont et qu'on voudrait améliorer.» L'idée est de faire en sorte que l'élève puisse découvrir les concepts au fur et à mesure. «Il faut avoir un langage simple, clair, sans sacrifier la rigueur mathématique», ajoute M. Buzaglo, chargé d'enseignement et responsable de l'année préparatoire au département de mathématiques et de génie industriel de l'École polytechnique de Montréal, et auteur, avec l'enseignante Chantal Buzaglo, de la collection «Mathématiques 3000», publiée par Guérin éditeur. Les manuels de cette collection sont destinés à des élèves du secondaire.
«Les programmes maintenant ne donnent plus que de très grandes lignes de contenu, mentionne pour sa part M. Laville. Il est supposé que les enseignants sont assez compétents pour ensuite choisir ce qui conviendra à leurs élèves spécifiques. Les auteurs de manuels sont comme les enseignants. Eux aussi doivent choisir ce qui conviendra le mieux, à leur avis.»
Avant l'approbation
Mme Laurin indique, quant à elle, qu'il faut d'abord réfléchir à la conception de l'ensemble didactique et effectuer une recherche avant de se lancer dans la rédaction. Une fois les manuscrits rédigés, ils sont soumis à des enseignants et à des spécialistes de la discipline, qui font des commentaires aux auteurs. Le secteur éditorial de la maison d'édition, celui de la production puis, au final, celui des ventes sont tour à tour mis à contribution.
Auparavant, les ensembles didactiques, composés d'un manuel et d'un guide d'enseignement, doivent être approuvés par le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport du Québec (MELS). Le ministère ne considère pas les cahiers d'activités comme du matériel didactique de base et ne les évalue donc pas. Le Bureau d'approbation du matériel didactique du MELS se base sur différents critères pour évaluer les ensembles didactiques. Il vérifie par exemple leur adéquation aux exigences du programme et s'assure que le matériel évalué «représente adéquatement la diversité de la société québécoise et qu'il est exempt de discrimination et de sexisme».
***
Collaboratrice du Devoir
Selon Suzanne Laurin, auteure et professeure de didactique, un manuel scolaire de géographie est «une sorte de compromis social». On trouve d'abord différents points de vue à l'intérieur de chacun des groupes d'acteurs qui interviennent dans la production d'un manuel, par exemple des enseignants consultés ou encore des employés de la maison d'édition ou du ministère de l'Éducation. De plus, un manuel aborde parfois des sujets qui ne sont pas perçus de la même façon par tous les groupes sociaux.
Auteure de la collection de manuels et de guides d'enseignement en géographie dénommée «Territoires», publiée aux Éditions du Renouveau pédagogique inc. (ERPI), Suzanne Laurin donne l'exemple de l'agriculture traitée sous l'angle de l'environnement. «Vous allez avoir différents points de vue là-dessus. Certains trouvent que les agriculteurs sont jugés trop responsables de la dégradation de l'environnement, qu'il n'y a pas seulement cette question-là, etc.», indique-t-elle.
«Il faut trouver une façon de présenter cela qui ne va pas nous empêcher d'aborder la question de l'environnement, mais qui va quand même la nuancer, et s'assurer que divers groupes de pression vont juger recevable le discours culturel qui est tenu dans le manuel.»
Mme Laurin, dont les ouvrages s'adressent à des élèves de 1re et de 2e secondaires, indique avoir consulté différentes sources d'information et pris connaissance de propos formulés à ce sujet par divers groupes ou organisations, par exemple l'Union des producteurs agricoles (UPA), le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) ainsi que des écologistes. Les personnes qui préparent un manuel ont des visées éducatives. Elles doivent démarquer les intentions éducatives des intentions partisanes ou promotionnelles.
Compromis et pensée commune
La professeure, qui assure la formation didactique des futurs enseignants de géographie au secondaire, évoque également la question des parcs nationaux, soulignant qu'il existe des parcs nationaux du Canada et des parcs nationaux du Québec. Ailleurs au Canada, il est plutôt question de parcs provinciaux. Mme Laurin estime intéressant d'expliquer aux élèves pourquoi il en est ainsi. La façon que les gens privilégient pour aborder cette question peut toutefois varier selon leur opinion politique. Certains croient qu'il faut l'expliquer en disant que les parcs nationaux du Québec correspondent tout à fait à la notion de parc national que l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) a définie. D'autres souhaiteraient mentionner que cette situation s'explique par le fait que la majorité des Québécois perçoivent le Québec comme une nation. «C'est impossible actuellement de dire ça dans un manuel. Le compromis social actuellement, c'est de s'en tenir à la catégorie UICN», dit Mme Laurin.
La professeure de didactique estime par ailleurs qu'un manuel est «un objet de transmission d'un bagage culturel commun d'une génération à l'autre». Selon elle, il importe comme société de se demander ce qu'on veut transmettre aux jeunes et comment on veut leur présenter différents sujets.
« Pensée mitoyenne »
Christian Laville, auteur de manuels d'histoire et didacticien, est d'accord pour dire que le matériel didactique est un produit culturel. Il souligne que les auteurs souhaitent que les enseignants adoptent le matériel qu'ils produisent et qu'ils cherchent à déterminer ce qui va leur convenir.
«C'est sûr qu'il y a une espèce de rassemblement des idées autour d'une pensée commune, d'une pensée mitoyenne. C'est un produit culturel qui est calibré sur l'espèce de pensée culturelle valorisée dans la société à un moment donné. Les idées dissidentes, les idées marginales sont généralement peu présentes dans les manuels», affirme M. Laville, professeur associé au département d'études sur l'enseignement et l'apprentissage de l'université Laval et auteur des ensembles didactiques «D'hier à demain» publiés par Graficor, Chenelière éducation. Les manuels de cette collection s'adressent à des élèves de 1re et de 2e secondaires.
M. Laville indique que ce sont souvent des maisons d'édition qui font appel à des personnes compétentes dans une discipline donnée ainsi qu'en pédagogie pour rédiger du matériel didactique.
Simplicité et rigueur
«Un auteur doit d'abord bien s'imprégner des objectifs du programme», dit pour sa part Gérard Buzaglo, auteur de manuels scolaires de mathématiques, évoquant les compétences à atteindre et faisant aussi référence au contenu à traiter. M. Buzaglo affirme qu'il faut accompagner les élèves dans leurs apprentissages et avancer pas à pas.
«C'est certain que, quand on écrit, il faut d'abord tenir compte du niveau des élèves, de l'état de leurs connaissances et des habiletés qu'ils ont et qu'on voudrait améliorer.» L'idée est de faire en sorte que l'élève puisse découvrir les concepts au fur et à mesure. «Il faut avoir un langage simple, clair, sans sacrifier la rigueur mathématique», ajoute M. Buzaglo, chargé d'enseignement et responsable de l'année préparatoire au département de mathématiques et de génie industriel de l'École polytechnique de Montréal, et auteur, avec l'enseignante Chantal Buzaglo, de la collection «Mathématiques 3000», publiée par Guérin éditeur. Les manuels de cette collection sont destinés à des élèves du secondaire.
«Les programmes maintenant ne donnent plus que de très grandes lignes de contenu, mentionne pour sa part M. Laville. Il est supposé que les enseignants sont assez compétents pour ensuite choisir ce qui conviendra à leurs élèves spécifiques. Les auteurs de manuels sont comme les enseignants. Eux aussi doivent choisir ce qui conviendra le mieux, à leur avis.»
Avant l'approbation
Mme Laurin indique, quant à elle, qu'il faut d'abord réfléchir à la conception de l'ensemble didactique et effectuer une recherche avant de se lancer dans la rédaction. Une fois les manuscrits rédigés, ils sont soumis à des enseignants et à des spécialistes de la discipline, qui font des commentaires aux auteurs. Le secteur éditorial de la maison d'édition, celui de la production puis, au final, celui des ventes sont tour à tour mis à contribution.
Auparavant, les ensembles didactiques, composés d'un manuel et d'un guide d'enseignement, doivent être approuvés par le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport du Québec (MELS). Le ministère ne considère pas les cahiers d'activités comme du matériel didactique de base et ne les évalue donc pas. Le Bureau d'approbation du matériel didactique du MELS se base sur différents critères pour évaluer les ensembles didactiques. Il vérifie par exemple leur adéquation aux exigences du programme et s'assure que le matériel évalué «représente adéquatement la diversité de la société québécoise et qu'il est exempt de discrimination et de sexisme».
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Collaboratrice du Devoir
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