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Une étude pour les cinq commissions scolaires de l'île

Clairandrée Cauchy   15 novembre 2008  Éducation
Des expériences concluantes pour faire échec au décrochage ont été conduites notamment au Saguenay–Lac–Saint-Jean.
Photo : Pascal Ratthé
Des expériences concluantes pour faire échec au décrochage ont été conduites notamment au Saguenay–Lac–Saint-Jean.
Au-delà des gros chiffres paralysants, qui sont les décrocheurs et les décrocheuses? Est-ce qu'on trouve dans leur profil personnel ou dans leur parcours scolaire des indices qui pourraient aider les administrations scolaires à faire en sorte qu'ils réussissent davantage? Voilà un des objectifs de l'étude réalisée pour le compte des cinq commissions scolaires de l'île de Montréal dont Le Devoir faisait état cette semaine. Portrait-robot très sommaire du décrochage.
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  • Guy Archambault
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    samedi 15 novembre 2008 06h45
    La recette pour dépister et aider les élèves qui décrochent.
    « J'ai étudié en profondeur pendant plus de 10 ans la problématique de l'échec scolaire. Voici en cinq questions le chemin à suivre pour le résoudre.

    1- Il y a une première question à se poser : la réussite scolaire, c'est quoi au juste ?

    Tous ceux qui peuvent et doivent contribuer à la réussite scolaire auraient avantage à s'entendre entre eux sur ce qu'ils entendent par " réussite scolaire " afin de poursuivre le même but. Est-ce que la réussite scolaire est une notion statistique désincarnée où l'on compte d'un côté les succès obtenus dans des concours internationaux et la proportion des abandons de l'école de l'autre côté. Comment, dans ce contexte désincarné, tenir compte de la perception que se fait de sa propre réussite scolaire chaque élève ?

    Car la majorité des élèves voient dans la réussite scolaire une affaire très personnelle comme l'illustre à l'extrême Marie-Isabelle Thouin-Savard dans Le Devoir le 19 décembre 2002.

    " « (...) après plus de 14 années consécutives investies à temps plein pour me conformer aux exigences du milieu scolaire ... un lourd joug de peur et de pression sociale entoure le propos de la scolarisation (...) Au moment où le ministère de l'Éducation... tente par divers moyens de hausser les taux de réussite et de diplomation à l'intérieur du temps requis dans les cégeps (...), ma propre expérience me porte à croire qu'il est pourtant totalement sain pour un jeune de rejeter volontairement l'école de sa vie avant l'obtention d'un diplôme d'études supérieures. "

    2- Deuxième question à se poser : quel est le coeur du problème ?

    Ici, pour faire court, je donne la réponse. On ne sait pas comment prévenir le décrochage scolaire, parce on ne sait pas comment dépister les décrocheurs potentiels et qu'on ne sait pas comment intervenir auprès de ceux et celles qui risquent de décrocher. La réponse est donc simple ; le coeur de la réussite scolaire et personnelle des élèves c'est le dépistage des élèves qui risquent de décrocher et la mise en oeuvre de moyens aptes à contrer ce décrochage.

    3- Troisième question qui suit logiquement : qui sont les décrocheurs potentiels.

    Encore ici, la réponse est assez simple. Même si l'échec et le décrochage scolaire ne sont pas l'apanage des garçons, toutes les études montrent de façon statistiquement significative que ce sont les garçons qui risquent le plus de décrocher ou d'avoir des résultats scolaires désastreux si on les compare à ceux des filles, peu importe leur statut linguistique, économique ou social.

    Alors cette troisième question se transforme en une nouvelle question.

    4- Quatrième question : qui sont et que font ces garçons qui risquent de décrocher.

    On peut résumer la plupart des recherches sérieuses sur le sujet autour de cinq grandes caractéristiques de ce garçon " à risque ".

    A- Le garçon à risque déteste l'école (la fille aussi, mais s'en accommode mieux).

    Pourquoi les garçons à risque ne font pas ce qu'il faut pour réussir ? Parce qu'ils n'aiment pas l'école, ce lieu qui les infériorise constamment. C'est la seule et unique différence entre les décrocheuses et les décrocheurs. Les deux groupes ont en commun d'être complètement dans le flou en ce qui concerne leur avenir personnel et vocationnel. Mais, comme moins de décrocheuses que de décrocheurs détestent l'école et le style de vie quotidienne qu'on y mène, un plus grand nombre d'entre elles réussissent ou ... persistent plus longtemps avant de décrocher.

    B- Le garçon à risque n'aime pas l'école parce qu'il semble avoir appris subtilement dès le berceau des attitudes et des comportements qui ne cadrent pas avec ceux qu'il faut adopter pour réussir à l'école. Culturellement, la famille apprend à la plupart des garçons à risque dès le berceau à agir plutôt qu'à converser (parler-écouter-parler-écouter, etc)
    comportement essentiel dans les écoles qui privilégient les matières à contenu intellectuel et une pédagogie centré sur le cours magistral. Alors que la plupart des filles apprennent dès le berceau la vie en dialogue.


    C- Conséquence : le garçon à risque ne parle pas facilement à ses professeurs.

    Alors qu'il est relativement plus aisé pour une majorité de fille de parler à leurs professeurs, les garçons se sentent moins à l'aise à le faire; ils préfèrent d'abord agir avant de parler à quelqu'un. De plus, les garçons à qui on apprend très jeunes que le mode émotionnel est un mode de fille, n'apprennent pas à demander de l'aide lorsqu'ils sont en difficulté. Ils apprennent aussi parfois, en même temps, la honte d'avoir à demander de l'aide.

    En les poussant à taire leurs émotions, on leur apprend à privilégier le non-verbal, l'action et le jeu comme mode d'expression de leurs difficultés et des émotions qui les accompagnent; les " bons " parents et les " bons " maîtres portés à écouter le verbal sont souvent désarçonnés devant l'expression non-verbale de l'action masculine qui paraît vite de l'indiscipline, de la turbulence.

    Pour réussir des études, il faut avoir appris dès l'enfance à dialoguer, à réfléchir, à étudier. Les garçons qui réussissent au secondaire et au collégial ont probablement eu des parents et des maîtres à l'élémentaire qui leur ont appris à valoriser l'expression verbale de soi, de ses pensées et de ses émotions, dans un registre d'intimité d'où était exclue la honte. C'est probablement de ce phénomène historique de genèse culturelle que découle la quatrième caractéristique qui aide à expliquer la moins grande réussite scolaire des garçons à risque au secondaire et au collégial.

    D- Le garçon à risque s'exprime plus facilement par et dans l'action.

    L'incapacité à demander de l'aide, incapacité issue de leur incompétence à engager par eux-mêmes des relations dialogiques satisfaisantes amène les garçons à risque à privilégier l'action non-réfléchie comme mode d'expression plutôt que le dialogue. Leurs émotions et leurs pensées semblent ne pouvoir être communiquées et comprises que par le jeu, le geste, le mouvement, la peinture, le théâtre, l'instrument musical, le sport, etc.


    E- Le garçon à risque a beaucoup de difficulté à traiter avec les figures d'autorité.

    Les filles et les garçons qui réussissent, à cause de la capacité à établir des rapports dialogiques satisfaisants, capacité acquise depuis l'enfance, sont plus souvent à l'aise pour gérer leurs relations avec l'autorité que les garçons à risque à qui on a appris à obéir et à se taire (quitte parfois à utiliser du Ritalin au primaire ou au secondaire lorsqu'on se sentait coupable de les gronder ou de les frapper). Les filles et les garçons qui réussissent ont probablement eu plus d'occasions que les filles et les garçons à risque d'apprendre à dialoguer au contact de leurs parents et à transposer ce comportement à l'école.

    5- Cinquième question : que faire avec les élèves qui risquent de décrocher ?

    A- D'abord et avant tout inventer un bon système de dépistage à l'aide des caractéristiques de l'élève à risque mentionnées à la question précédente.

    B-Installer un train de mesures assez vaste, mesures qui nécessiteront une action concertée de plusieurs intervenants de divers ordres au secondaire (parents, profeseurs, professionnels, directions d'école et de commission scolaire, etc., action concertée et entreprise dans un contexte de long terme. Les actions ponctuelles sont inefficaces pour contrer une problématique enracinée dans l'enfance.

    C- Parmi le train de mesures à adopter, trois sont incontournables.

    a-Un suivi personnalisé de chaque élève à risque assuré et assumé par des personnes qui auront reçu une formation adéquate à ce type de relation d'aide dans un contexte éducatif. Compte tenu de la nature du problème posé par les garçons à risque, on ne s'improvise pas tuteur. Ce n'est pas sur le coin d'une table, en deux ou trois heures de formation, que la maîtrise de ce rôle peut être acquise. Les personnes qui dévalorisent l'expression des émotions et des sentiments ou celles qui pensent que ce n'est pas leur rôle d'offrir un suivi personnalisé aux étudiants ne devraient pas non plus être retenues à titre de tuteurs dans ce genre de démarche.

    Un des objectifs les plus important de ce tutorat pourrait se formuler ainsi :

    Développer l'autonomie des étudiants à risque par rapport à l'interrelation des trois types de besoins insatisfaits qui les définissent :

    - la capacité à établir des relations significatives pour eux, des relations d'affiliation et d'appartenance;
    - la capacité à retrouver l'estime d'eux-mêmes, la fierté d'avoir des émotions et des sentiments et de les communiquer à leurs proches;
    - la capacité à développer par eux-mêmes des compétences sur le plan scolaire et sur le plan social.


    b- Deuxième mesure incontournable : une pédagogie active et variée est incontournable avec les étudiants à risque pour trois grandes raisons :

    - ces étudiants ont acquis un mode d'apprentissage et de vie qui privilégie l'action;
    - ils ont besoin de s'exprimer, mais ont de la difficulté à le faire par la conversation ou l'écrit;
    - ils résistent à initier des relations interpersonnelles directes et préfèrent les relations médiatisées du jeu, du sport, de la peinture, de l'instrument de musique, de l'outil à manipuler, etc.

    Avec les étudiants à risque, on ne peut plus se contenter de lire, réciter ou déclamer avec ferveur un texte. On doit d'abord être un scénariste qui écrit une action dramatique et la met en scène; on sort les étudiants du rôle de spectateurs pour en faire les acteurs principaux de la pièce, à partir de leurs préoccupations, pour en tirer le meilleur d'eux-mêmes. Avec les étudiants à risque, l'action doit précéder la réflexion (elle ne doit pas l'exclure, mais elle doit la précéder).

    Pour y arriver, le professeur doit constamment initier des dialogues . De plus, il doit passer en classe d'une situation où « il parle » à une situation où « on se parle », à partir des problématiques ressenties par les étudiants, mais en passant d'abord par le jeu de l'action. Les garçons à risque feront plus facilement et rapidement confiance à un professeur qui sait " faire " qu'à un professeur qui ne sait que " dire ". Cette dimension est importante à considérer lorsqu'on pense que la remédiation auprès des garçons à risque passe par le développement progressif de leur capacité à initier par eux-mêmes la communication.

    c- Troisième incontournable : les mesures mises en place pour aider les étudiants à risque doivent revêtir un aspect systémique : elles doivent s'inscrire dans un plan d'ensemble endossé par l'institution. Ces mesures doivent aussi participer à une stratégie globale d'aide à la réussite pour assurer cohérence et cohésion entre les intervenants des divers personnels impliqués. Ces mesures doivent aussi être structurées, organisées, planifiées de manière à pouvoir être évaluées constamment pour réajuster le tir. Enfin, l'ensemble des mesures doivent être structurantes pour l'étudiant à risque; elles doivent viser la structuration progressive de sa propre compétence à adopter des comportements propres à assurer de façon autonome sa réussite.

    On ne peut pas développer l'autonomie dans l'action si on ne met pas fréquemment l'étudiant à risque devant l'obligation de faire des choix; cette obligation engage le processus de la réflexion sur les conséquences de ses choix, de son action et de son inaction. Un plan stratégique où l'accent est mis sur la coercition est voué à l'échec, car il engendre de la résistance passive. La seule coercition fortement souhaitable pour l'élève, c'est d'avoir à faire des choix.

    Un plan stratégique, même s'il a l'appui de l'institution dans son ensemble, même s'il est bien structuré, s'il n'oblige pas constamment les élèves à faire des choix ne développe par l'autonomie et le sens des responsabilités *. Un programme souple, avec des cours optionnels et au choix, structure progressivement l'autonomie, la responsabilisation et la motivation intrinsèque. En classe, l'approche par problème, l'approche par projet, l'approche coopérative sont des approches pédagogiques qui laissent beaucoup de décisions aux étudiants.

    Voilà ! Fallait y penser ! Je l'ai fait pendant dix ans.

    Guy Archambault »

  • Michel Simard
    Abonné
    samedi 15 novembre 2008 07h22
    Encadrement personnel
    « La seule recette pour la réussite scolaire, c'est l'encadrement des élèves éprouvant des difficultés, pas des formules comme des écoles à vocation, qui attirent les plus doués.

    Nos rangs dans les tests internationaux, on s'en fout... L'important est que le plus grand nombre réussisent des vrais programmes scolaires sérieux. »

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