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Enseignement universitaire - L'argent, une limite à la liberté académique

Clairandrée Cauchy   7 novembre 2008  Éducation
La mercantilisation du savoir universitaire et la perte d'indépendance des universités assujetties aux diktats des bailleurs de fonds inquiètent les professeurs d'universités réunis hier en colloque à Montréal.

Le sociologue Guy Rocher, observateur et acteur du développement de l'université québécoise depuis près de 50 ans, a plaidé hier en faveur d'un nouvel équilibre entre la recherche et l'enseignement, qui ne «devra pas être conditionné par le slogan "l'économie d'abord", comme on l'entendra dans les prochains jours».

La position de l'université en est une paradoxale, croit ce doyen des sciences sociales au Québec. Elle doit être fermée sur elle-même pour assurer une recherche libre, le développement d'un savoir critique, la construction de connaissances dans un contexte où personne ne doit interférer. Mais elle doit aussi être ouverte sur la société dans laquelle elle évolue.

«Tout en étant à l'intérieur d'une bulle, nous devons être conscients des conséquences multiples de la recherche. Les conséquences sociales, économiques, culturelles ne sont pas toujours telles qu'on aurait pu le penser», a affirmé M. Rocher lors de la conférence d'ouverture du colloque de la Fédération québécoise des professeurs d'universités (FQPPU) qui s'amorçait hier, sur le thème «Faut-il reconstruire l'université québécoise?».

M. Rocher s'est montré par ailleurs fort critique des récentes décisions gouvernementales quant à la gouvernance des universités. Le projet de loi 107 déposé la semaine dernière par la ministre de l'Éducation accroît le poids des administrateurs externes dans les universités. «Ces gens de l'extérieur, supposés être indépendants, sont souvent dépendants de bien d'autres choses», a laissé tomber en entrevue M. Rocher. Un schisme se crée malheureusement entre la communauté universitaire et les gestionnaires qui administrent l'institution, a fait valoir M. Rocher, suggérant des rencontres régulières entre les administrateurs avec les professeurs pour prendre le pouls de la vie universitaire.

Dans une «Enquête sur le corps professoral québécois», les chercheurs Nathalie Dykes et Frédéric Deschenaux font état de critiques acerbes des professeurs à l'égard de l'administration. Les professeurs interrogés «dénoncent abondamment le virage administratif qu'a pris l'université et sa gestion entrepreneuriale». La logique du «savoir comme marchandise à fournir à des clients» irrite les participants à l'enquête, dont certains invitent à «résister à l'utilitarisme» pour «protéger la liberté académique».

À la lecture du document rendu public, on constate un malaise quant au financement de la recherche. Trente-huit pour cent des quelque 1300 professeurs interrogés considèrent que les règles de financement des recherches «permettent rarement ou presque jamais de réaliser les recherches souhaitées». «Le fait de dépendre presque entièrement du financement des organismes subventionnaires pour réaliser leurs recherches en irrite plus d'un, au point où il est question de la perte de la liberté académique», écrivent les chercheurs, qui ont effectué une série d'entrevues qualitatives.

La logique économique éclabousserait aussi la qualité des diplômes décernés, toujours aux dires de certains professeurs. La course à la clientèle se traduirait par «une baisse de la qualité des efforts fournis par les étudiants puisque les échecs aux cours ne seraient pratiquement plus possibles».






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Vos réactions

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  • Jean Lapointe
    Abonné
    vendredi 7 novembre 2008 08h12
    Il était temps.
    « Il était temps que ces choses se disent. Et il faudra continuer à le faire.

    Une économie de marché, d'accord, et puis encore sous surveillance étroite. Mais une société de marché, non jamais. Ce serait catastrophique pour tout le monde. »

  • Roland Berger
    Abonné
    vendredi 7 novembre 2008 09h58
    Sur le tard mais...
    « La prise de contrôle de l'industrie de la recherche universitaire dure depuis déjà deux décennies. Le moins qu'on puisse dire, c'est que les chercheurs universitaires n'ont pas l'inquiétude facile.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario »

  • william morris
    Abonné
    vendredi 7 novembre 2008 10h45
    L'argent en dotation est la clef...
    « Bonjour,
    L'université McGill, officiellement appelée Royal Institution for the Advancement of learning, fut créée il y a très longtemps et elle fut longtemps la seule université dans la province de Québec, comme on l'appelait alors. Elle est ancienne et elle avait et a toujours l'avantage d'être laïque. Son fonds de dotation a commencé avec les débuts de cette université.
    A contrario, l'Université de Montréal fut longtemps une succursale de l'université Laval et elle s'appelait l'université Laval à Montréal. Elle était fort chétive et ce n'est que lorsqu'elle
    se déplaça sur le sommet de la montagne et qu'elle devint indépendante qu'elle commença à vivre. Cependant, il resta le contrôle par l'Église. Elle avait un double statut,
    avec une charte provinciale et une charte pontificale. L'archevêque de Montréal en était le chancelier. Son recteur fut longtemps Msgr Olivier Maurault, p.s.s. et protonotaire apostolique. Plus tard, nous eûmes droit au recteur Monseigneur Lussier et au vice-recteur Msgr Deniger.
    Enfin vint un jour son indépendance, avec une charte purement civile. Ce fut alors qu'elle se mérita de recevoir des dotations impotantes, mais cela est toujours rien eu égard à l'université McGill.
    Avec ses eins solides, l'université McGill peut se dire vraiment indépendante. À l'Université de Monrtréal, ses fonds de recherche lui permettent de respirer, mais pas d'être vraiment libre.
    Je crois que la solution est entre les mains de ses anciens diplômés. Les plus riches d'entre eux peuvent la doter solidement, de façon à ce qu'elle ne craigne pas pour son avenir.

    Merci de votre attention.

    William Morris
    www.lemont.canalblog.com »

  • Hubert Laforge
    Inscrit
    samedi 8 novembre 2008 01h20
    Meilleure gouvernance des universités: lettre ouverte à la ministre Couchesne
    « Madame Cauchy,
    Je me permets d'attirer votre attention sur la lettre ouverte à la ministre Courchesne que j'adressais au Devoir il y une semaine. J'y exprime mon scepticisme et désaccord devant le projet de loi par lequel on croit prévenir les dérapages financiers vécus à l'UQAM.
    Je la joins de nouveau par courriel.
    Hubert Laforge
    (ancien doyen et recteur)
    hlaforge@sympatico.ca »

  • Michel Thibault
    Abonné
    mercredi 12 novembre 2008 15h42
    Rentabilité oblige
    « Parler de rentabilité peut en choquer plus d'un. Mais nous avons à l'esprit celle de la société. Les valeurs de celle-ci doivent passer au premier plan.

    Par exemple, les administrateurs doivent épouser celles de la société dans laquelle ils baignent et celles de leurs professeurs être à sa lumière.

    L'argent ne peut venir au premier plan bien et l'économie de marché être complètement réformable.

    La société, impliquant des valeurs chères à la démocratie, ne peut pas être tout à fait mise de côté.

    L'objectif premier de l'université sera constamment réaffirmé. »

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