Lutte contre le décrochage scolaire - Reproduire le miracle saguenéen à l'échelle du Québec
Photo : Jacques Nadeau
Le petit miracle du Saguenay-Lac-Saint-Jean, où le taux de décrochage au secondaire a chuté de plus de 10 points depuis une mobilisation des intervenants socioéconomiques amorcée dans les années 1990, donne des idées à d'autres collectivités au Québec. Des émules s'inspirent de l'expérience dans 14 autres régions, et des acteurs socioéconomiques majeurs réfléchissent à une stratégie pan-québécoise pour réduire le décrochage scolaire. Ils se rencontreront aujourd'hui et demain au Mont Sainte-Anne pour échanger, cogiter et s'activer.
Plus de 400 personnes provenant des régions du Québec ainsi que des représentants d'organismes nationaux seront présents aux Journées interrégionales sur la persévérance scolaire et la réussite éducative. L'accent sera mis non pas sur les programmes ou encore la réforme, mais bien sur ce que les communautés peuvent faire pour que leurs jeunes restent à l'école. L'adage africain voulant qu'il faut "tout un village pour élever un enfant" est à l'honneur. Les stratégies prônées interpellent à la fois les parents, les enseignants, les employeurs, les décideurs municipaux, les organismes communautaires, et tutti quanti.
«Les gens ont souvent les solutions, mais chacun dans son secteur d'activité. Quand on les met ensemble, cela les amène à innover plutôt qu'à faire un peu plus de la même chose», illustre la responsable du Conseil régional de prévention de l'abandon scolaire du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Marie-Claude Côté.
Dans cette région où les décideurs ont décidé de s'activer pour valoriser la persévérance scolaire, il y a de cela 12 ans, les résultats sont probants. Au neuvième rang parmi les régions au chapitre du taux de réussite au secondaire en 1995, le Saguenay-Lac-Saint-Jean caracole depuis cinq ans au premier rang, avec un taux d'environ 13 %. «Le taux de décrochage est deux fois plus faible que dans l'ensemble du Québec, loin devant les autres, et le taux d'accès au cégep a augmenté ainsi que la persévérance à l'université», fait valoir l'homme à l'origine du coup de barre, Michel Perron, aujourd'hui professeur à l'Université du Québec à Chicoutimi.
Depuis 12 ans, un marketing social intensif martèle le même message sur toutes les tribunes: «Chaque jeune a besoin d'encouragement chaque jour.» En plus des campagnes de promotion, les employeurs ont été sollicités pour tenir davantage compte des études et encourager la persévérance chez leurs employés. La recette développée par le CREPAS s'appuie sur quatre axes: la sensibilisation des différents acteurs de la région, leur mobilisation autour d'un objectif commun, leur action concertée et la recherche pour évaluer les résultats, explique Mme Côté.
Aller plus loin
Fier du résultat de la mobilisation dans sa région, Michel Perron entretient néanmoins des espoirs plus élevés à l'échelle du Québec. «C'est troublant qu'on n'ait pas progressé davantage depuis 15 ans, malgré tous les efforts déployés, dont les États généraux de l'éducation, le programme de soutien à l'école montréalaise, celui d'Agir autrement, l'aide aux devoirs, les plans de réussite que doivent faire les écoles... Concrètement, l'aiguille des taux de diplomation n'a pratiquement pas bougé», déplore le titulaire de la Chaire Jeunes, santé, communautés, à l'UQAC. Le taux de décrochage s'établit à près de 30 % au Québec, avec des pointes à près de 40 % chez les garçons dans certaines régions.
Michel Perron a fait part des résultats de l'expérience du CREPAS et s'est ouvert de ses espoirs inassouvis il y a quelques mois, lors d'une rencontre du Cercle des présidents réunissant les dirigeants de quelque 60 grandes compagnies québécoises. Le plaidoyer a fait vibrer le président de BMO groupe financier Jacques Ménard, qui a décidé de prendre la cause sous son aile. «Comme société, on ne peut penser atteindre notre plein potentiel si on continue de laisser sur le bord de la route le tiers des jeunes», lance M. Ménard, qui prononcera la conférence d'ouverture du colloque aujourd'hui.
De fil en aiguille, l'homme d'affaires a convaincu la firme internationale d'experts-conseil McKinsey & Company de faire de même, gracieusement. Elle recense actuellement les expériences positives partout dans le monde, dans l'optique de rédiger une stratégie de lutte au décrochage à l'échelle du Québec.
Pour alimenter cette réflexion s'est réuni cet automne un comité de travail regroupant une brochette imposante d'acteurs socioéconomiques, tels Henri-Paul Rousseau, maintenant chez Power Corporation, la présidente de Centraide, le directeur de la Santé publique, plusieurs sous-ministres du gouvernement du Québec, le Dr Gilles Julien, un représentant de la Fondation Lucie et Jacques Chagnon, la Fédération des commissions scolaires, etc. «Les gens se sont ralliés rapidement à l'importance de cet enjeu de société. Ils voient le même film que moi, ils sentent l'urgence de mieux faire pour nos enfants», explique M. Ménard, convaincu que les milieux d'affaires doivent faire partie de la solution. «Je ne suis pas fier quand je vois des compagnies minières en Abitibi qui attirent des jeunes dès 16 ans pour travailler à plein temps», poursuit le financier philanthrope.
Les consultants de chez McKinsey présenteront les conclusions partielles de leurs quelques semaines de recherche aujourd'hui. Jacques Ménard espère pouvoir mettre au jeu leur rapport complet et une proposition «citoyenne» d'action au retour des Fêtes, qui interpellera l'ensemble des acteurs de la société pour se mobiliser contre le décrochage.
Plus de 400 personnes provenant des régions du Québec ainsi que des représentants d'organismes nationaux seront présents aux Journées interrégionales sur la persévérance scolaire et la réussite éducative. L'accent sera mis non pas sur les programmes ou encore la réforme, mais bien sur ce que les communautés peuvent faire pour que leurs jeunes restent à l'école. L'adage africain voulant qu'il faut "tout un village pour élever un enfant" est à l'honneur. Les stratégies prônées interpellent à la fois les parents, les enseignants, les employeurs, les décideurs municipaux, les organismes communautaires, et tutti quanti.
«Les gens ont souvent les solutions, mais chacun dans son secteur d'activité. Quand on les met ensemble, cela les amène à innover plutôt qu'à faire un peu plus de la même chose», illustre la responsable du Conseil régional de prévention de l'abandon scolaire du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Marie-Claude Côté.
Dans cette région où les décideurs ont décidé de s'activer pour valoriser la persévérance scolaire, il y a de cela 12 ans, les résultats sont probants. Au neuvième rang parmi les régions au chapitre du taux de réussite au secondaire en 1995, le Saguenay-Lac-Saint-Jean caracole depuis cinq ans au premier rang, avec un taux d'environ 13 %. «Le taux de décrochage est deux fois plus faible que dans l'ensemble du Québec, loin devant les autres, et le taux d'accès au cégep a augmenté ainsi que la persévérance à l'université», fait valoir l'homme à l'origine du coup de barre, Michel Perron, aujourd'hui professeur à l'Université du Québec à Chicoutimi.
Depuis 12 ans, un marketing social intensif martèle le même message sur toutes les tribunes: «Chaque jeune a besoin d'encouragement chaque jour.» En plus des campagnes de promotion, les employeurs ont été sollicités pour tenir davantage compte des études et encourager la persévérance chez leurs employés. La recette développée par le CREPAS s'appuie sur quatre axes: la sensibilisation des différents acteurs de la région, leur mobilisation autour d'un objectif commun, leur action concertée et la recherche pour évaluer les résultats, explique Mme Côté.
Aller plus loin
Fier du résultat de la mobilisation dans sa région, Michel Perron entretient néanmoins des espoirs plus élevés à l'échelle du Québec. «C'est troublant qu'on n'ait pas progressé davantage depuis 15 ans, malgré tous les efforts déployés, dont les États généraux de l'éducation, le programme de soutien à l'école montréalaise, celui d'Agir autrement, l'aide aux devoirs, les plans de réussite que doivent faire les écoles... Concrètement, l'aiguille des taux de diplomation n'a pratiquement pas bougé», déplore le titulaire de la Chaire Jeunes, santé, communautés, à l'UQAC. Le taux de décrochage s'établit à près de 30 % au Québec, avec des pointes à près de 40 % chez les garçons dans certaines régions.
Michel Perron a fait part des résultats de l'expérience du CREPAS et s'est ouvert de ses espoirs inassouvis il y a quelques mois, lors d'une rencontre du Cercle des présidents réunissant les dirigeants de quelque 60 grandes compagnies québécoises. Le plaidoyer a fait vibrer le président de BMO groupe financier Jacques Ménard, qui a décidé de prendre la cause sous son aile. «Comme société, on ne peut penser atteindre notre plein potentiel si on continue de laisser sur le bord de la route le tiers des jeunes», lance M. Ménard, qui prononcera la conférence d'ouverture du colloque aujourd'hui.
De fil en aiguille, l'homme d'affaires a convaincu la firme internationale d'experts-conseil McKinsey & Company de faire de même, gracieusement. Elle recense actuellement les expériences positives partout dans le monde, dans l'optique de rédiger une stratégie de lutte au décrochage à l'échelle du Québec.
Pour alimenter cette réflexion s'est réuni cet automne un comité de travail regroupant une brochette imposante d'acteurs socioéconomiques, tels Henri-Paul Rousseau, maintenant chez Power Corporation, la présidente de Centraide, le directeur de la Santé publique, plusieurs sous-ministres du gouvernement du Québec, le Dr Gilles Julien, un représentant de la Fondation Lucie et Jacques Chagnon, la Fédération des commissions scolaires, etc. «Les gens se sont ralliés rapidement à l'importance de cet enjeu de société. Ils voient le même film que moi, ils sentent l'urgence de mieux faire pour nos enfants», explique M. Ménard, convaincu que les milieux d'affaires doivent faire partie de la solution. «Je ne suis pas fier quand je vois des compagnies minières en Abitibi qui attirent des jeunes dès 16 ans pour travailler à plein temps», poursuit le financier philanthrope.
Les consultants de chez McKinsey présenteront les conclusions partielles de leurs quelques semaines de recherche aujourd'hui. Jacques Ménard espère pouvoir mettre au jeu leur rapport complet et une proposition «citoyenne» d'action au retour des Fêtes, qui interpellera l'ensemble des acteurs de la société pour se mobiliser contre le décrochage.
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