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Une nouvelle profession est née - Sherbrooke introduit le médiateur interculturel dans le paysage québécois

Pierre Vallée   24 septembre 2008  Éducation
La formation de médiateurs interculturels correspond à l’une des recommandations de la commission Bouchard-Taylor.
Photo : Agence Reuters
La formation de médiateurs interculturels correspond à l’une des recommandations de la commission Bouchard-Taylor.
La question des accommodements raisonnables, autrefois réservée aux seuls juristes, a pris une telle ampleur populaire au Québec qu'elle a mené à la mise en place de la commission Bouchard-Taylor. L'intérêt soudain pour cette question a aussi mis en lumière le fait que le Québec est devenu un lieu multiculturel et que la cohabitation entre les différentes cultures peut être source de frictions.

Comment parer aux frictions et autres désaccords qui marquent la vie québécoise en ces temps où on voudrait des accommodements raisonnables? En formant des médiateurs interculturels, répond l'Université de Sherbrooke, qui lance cet automne son tout nouveau programme de maîtrise en médiation interculturelle, une première au Canada.

Dès 2004

«Le début de ce projet remonte à 2004, soit avant la commission Bouchard-Taylor, explique Claude Gélinas, anthropologue à la faculté de théologie, d'éthique et de philosophie de l'Université de Sherbrooke et codirecteur de ce programme de maîtrise. Il est né d'une préoccupation que partageaient plusieurs professeurs de différentes facultés qui s'intéressaient, chacun dans son champ d'expertise, aux relations interculturelles. Nous avons même présenté un mémoire à ce sujet devant la commission Bouchard-Taylor.» Rappelons que la formation de médiateurs interculturels correspond à l'une des recommandations de la commission Bouchard-Taylor, et cette nouvelle maîtrise y répond parfaitement.

La première cohorte d'étudiants compte quinze membres, également divisée entre étudiants sortant du baccalauréat et étudiants présents sur le marché du travail. Précisons que le baccalauréat est un préalable pour quiconque veut s'inscrire. «Nos étudiants proviennent de plusieurs disciplines et le lien commun est leur intérêt pour les relations interculturelles. Les étudiants qui sont déjà sur le marché du travail ont parfois été confrontés à ces questions dans leur secteur d'activité. On a même un conseiller municipal, responsable de l'immigration, qui s'est inscrit.»

Maîtrise multifacultaire et démarche multidisciplinaire

Cette maîtrise innove aussi puisqu'elle est multifacultaire, non seulement dans son origine, mais aussi dans son fonctionnement. La quinzaine de professeurs qui donneront les cours proviennent de plusieurs facultés, dont le droit, les sciences sociales, la psychologie, etc.

La démarche se veut aussi multidisciplinaire et chaque cours sera donné, règle générale, par trois professeurs issus d'horizons différents. «Nous voulons ainsi donner aux étudiants plusieurs perspectives sur un même sujet. Par exemple, un de nos cours porte sur les courants migratoires. Comment les immigrants sont-ils arrivés sur notre territoire? Ce cours sera donné par un historien, mais aussi par un juriste et un professeur en service social. Le juriste traitera de l'effet de cette migration sur nos lois et le professeur en service social s'intéressera à la façon dont ce courant migratoire a été vécu sur le terrain.»

Cette façon d'enseigner sera maintenue pour tous les 16 cours que comprend ce programme de maîtrise, qui vont des mouvements migratoires aux politiques des États en passant par la situation actuelle de l'immigrant. «Nous avons mis en place des cours qui traitent de façon très large de l'interculturalisme, pour ensuite traiter de cas particuliers et par la suite s'intéresser directement à l'individu. On cherche ici à cerner l'ensemble des enjeux sociaux de l'interculturalisme.»

La première année de cette maîtrise de deux ans est essentiellement consacrée aux cours théoriques. En deuxième année, c'est le côté pratique qui prend le dessus. «Comme il s'agit d'une maîtrise en médiation interculturelle, il faut donner aux étudiants une méthodologie et une démarche de base en médiation. Mais il n'y a pas de recette et les situations de médiation diffèrent. Les étudiants doivent apprendre à s'adapter aux divers contextes.» La maîtrise se termine par un stage «dans un milieu où il y a des enjeux interculturels».

Les cours de cette maîtrise se donneront selon un horaire particulier, soit le vendredi et le samedi, et ce, toutes les deux semaines. Les cours plus étoffés s'échelonneront sur plusieurs fins de semaine. «De cette façon, les étudiants qui sont sur le marché du travail n'ont que deux jours de congé par mois à négocier avec leur employeur.»

Médiation interculturelle

Pour le commun des mortels, la médiation interculturelle, et les accommodements qui en découlent, rime souvent avec les questions religieuses. Ces dernières seront traitées, certes, mais elles ne sont pas la pierre d'assise de cette maîtrise.

«Nous ne croyons pas que les questions religieuses sont les seules questions soulevées par l'interculturalisme. Prenons, par exemple, la situation de la femme. Quels sont les rapports entre les hommes et les femmes qui travaillent ensemble dans une entreprise dont les employés proviennent de cultures différentes? On peut parler aussi de philosophie d'entreprise. Qu'attend de ses employés immigrants un employeur québécois et, à l'inverse, qu'attend un entrepreneur immigrant de ses employés québécois? La conception que l'on se fait du travail peut varier selon la culture. Ce sont des situations qui peuvent créer des frictions et qui appellent une médiation interculturelle.»

Une nouvelle profession

Selon Claude Gélinas, cette nouvelle maîtrise mène à la création d'une nouvelle profession. «Je ne peux pas dire à mes étudiants où ils travailleront, mais je peux leur dire qu'ils trouveront un emploi. Les besoins sont là.» Deux champs d'action s'ouvrent aux futurs diplômés. «Certains travailleront sans doute comme consultants autonomes, et d'autres trouveront des emplois, surtout dans les secteurs de la santé et de l'éducation, mais aussi au sein des administrations publiques et des grandes entreprises.»

De plus, cette nouvelle profession est stimulante. «Le caractère imprévu des situations fait en sorte que le médiateur interculturel doit faire preuve de beaucoup d'initiative dans l'exercice de sa profession. Il doit tenir compte des particularités de la situation qu'il tente de dénouer.»

De plus, le médiateur interculturel, en plus d'être formé pour dénouer des situations conflictuelles, possède aussi le savoir pour faire de la prévention. «Dans une école, par exemple, où le taux d'étudiants étrangers augmente, le médiateur interculturel peut être en mesure de voir venir les frictions possibles et de mettre en place aussitôt les mécanismes qui permettront une meilleure intégration de ces étudiants et ainsi éviter les conflits.»

Pour le moment, la maîtrise en médiation interculturelle se donne uniquement au campus principal de l'Université de Sherbrooke. «Mais on songe sérieusement à l'offrir à notre campus de Longueuil, si évidemment la demande est au rendez-vous.»

***

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  • Jeanne du Lys
    Inscrite
    mercredi 24 septembre 2008 03h37
    Comment gèreront-ils l'égalité des sexes ?
    « http://netfemmes.cdeacf.ca/les_actualites/lire.php?article=11802 »

  • karim boujrada
    Inscrit
    mercredi 24 septembre 2008 15h57
    Pour mme tremblay, cela va de soi...
    « ...immigration, minorités culturelles et religieuses = inégalités des sexes.

    La manière qu'on aborde les problèmes et pose les questions est déterminante dans le genre de conclusion et de réponses que l'on obtient.

    Je vous invite donc à démultiplier vos angles d'analyses car la réification théoriques de tels liens:

    étrangers = menaces aux femmes,

    contribuent à maintenir les discriminations que les minorités subissent et plus largement à la méfiance réciproque et aux mauvaises relations sociales entre citoyens du Québec.

    Soyez, chère madame, en paix. »

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