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L'éducation en crise

Clairandrée Cauchy   15 septembre 2008  Éducation
Les étudiantes Fleure Nowak et Marilla Dufourcq. L’enseignement universitaire demeure la référence pour une majorité de Québécois.
Photo : Jacques Nadeau
Les étudiantes Fleure Nowak et Marilla Dufourcq. L’enseignement universitaire demeure la référence pour une majorité de Québécois.
L'école est en déroute; la grammaire passe sous le tapis; on n'apprend plus rien aux enfants; la réforme les entraîne sur la voie de la facilité: ce discours catégorique est omniprésent depuis quelques années, tel un bruit de fond qui acquiert le statut de vérité à force d'être entendu. Le «gâchis scolaire», auquel faisait référence la semaine dernière l'ex-premier ministre Jacques Parizeau, inquiète dans les chaumières, tant et si bien qu'un bon nombre de parents des grands centres désertent le réseau public au secondaire.

Réalité ou perception, quoi qu'il en soit, le débat ne souffre pas d'un excès de nuance. L'opinion publique est pour sa part bien campée: 62 % des Québécois estiment que la qualité de l'enseignement dans les écoles primaires et secondaires s'est détériorée depuis 10 ans, selon un sondage Léger Marketing-Le Devoir. Seulement 13 % des répondants pensent au contraire que l'enseignement est aujourd'hui de meilleure qualité et 18 % jugent la situation comparable.

Auteur du pamphlet Pourquoi nos enfants sortent-ils de l'école ignorants?, l'enseignant de littérature française au collège Ahuntsic Patrick Moreau est découragé par les copies bourrées de fautes, à la syntaxe alambiquée et à l'argumentation faiblarde que lui remettent ses élèves. Et encore, il appréhende avec pessimisme l'arrivée dans ses classes, dans deux ans, de la génération issue de la réforme.

L'enseignant de cégep a l'impression que l'école refuse en quelque sorte de transmettre des connaissances. «On veut toujours faire baigner les enfants dans un environnement familier. On les amène rarement à découvrir des choses qu'ils ne connaissent pas. On ne les déstabilise pas», déplore M. Moreau.

La rhétorique de l'élève «apprenant» qui construit sa propre réflexion et que l'enseignant doit seulement «accompagner» dans son cheminement l'exaspère. «Il faut lui imposer quelque chose, il s'en libérera après», tranche-t-il. S'il se désole du manque de culture générale des cégépiens, c'est avant tout la qualité du français qui l'incite à critiquer sévèrement ses collègues du primaire et du secondaire.

Démocratisation: explication ou excuse?

Le jugement péremptoire du professeur de cégep fait bondir une retraitée du milieu de l'éducation, Françoise Marton-Marceau, qui a été directrice pendant plusieurs années de l'école alternative Nouvelle-Querbes, à Outremont.

«Foutaises! s'exclame-t-elle. La société québécoise ne s'est jamais remise de la loi sur la fréquentation obligatoire [jusqu'à 14 ans en 1943 puis jusqu'à 16 ans dans la foulée du rapport Parent dans les années 1960]. Il faut voir qui était à l'école à cette époque. On y trouve maintenant tout le monde, y compris les enfants dyslexiques, autistes, ceux qui ont le syndrome d'Asperger...»

«C'est vrai que tout le monde connaît une tante qui avait seulement une cinquième année et écrit sans fautes. Mais combien n'écrivaient pas du tout et étaient incapables de lire?», lance la dame qui a amorcé sa carrière comme enseignante de français au secondaire en 1962. Cela dit, elle reconnaît néanmoins des lacunes dans le système, notamment pour le niveau des étudiants en éducation, qui en savent bien peu sur la matière qu'ils sont appelés à enseigner.

L'excuse de la démocratisation de l'éducation ne satisfait pas le professeur Moreau. «On peut certes trouver des copies avec autant de fautes dans les dictées du Frère Untel. Mais ces gamins-là sortent quand même de 11 ans de scolarité. Ils ont été sélectionnés pour entrer au collège, ce ne sont pas les pires du secondaire. Si on prend prétexte de la démocratisation de l'enseignement pour affirmer qu'il est normal que le niveau baisse, alors cette démocratisation est perverse», lance M. Moreau.

Auteur d'un blogue très fréquenté en éducation et consultant sur l'utilisation des technologies de l'information et des communications (TIC) en milieu scolaire, Mario Asselin se réjouit du débat, bien qu'il ne partage pas le pessimisme et la nostalgie ambiants. Au moins, le Québec se préoccupe de l'éducation, contrairement à la décennie des années 1990 où l'on n'en avait que pour la santé.

Il attribue une bonne part des sévères critiques à l'égard de l'école au niveau élevé de scolarité des parents, que leurs enfants pourront difficilement dépasser. «La démocratisation de l'enseignement a été réussie avec la Révolution tranquille. [...] Cela a un impact sur la société. Les adultes ont la conviction de connaître l'école et de savoir comment cela doit se transmettre l'éducation. Paradoxalement, ils oublient souvent ce qu'ils ont à faire à la maison pour que cela se transmette», croit l'homme en faisant référence notamment aux piètres habitudes de lecture.

Réussir malgré l'école

Ce défenseur du Renouveau pédagogique, qui a longtemps été directeur d'une école privée dans la région de Québec, ne porte pas de lunettes roses pour autant. Il s'inquiète vivement des 40 % de jeunes qui n'arrivent pas à terminer leur secondaire dans le temps alloué. L'école n'arrive pas à trouver sa pertinence à leurs yeux. «Quand j'étais directeur, j'étais toujours impressionné de constater que les décrocheurs étaient parmi les gens les plus intelligents au primaire. À force de se faire aborder par la technique du bourrage de crâne, ils avaient déchanté. Peut-être parce qu'ils étaient trop clairvoyants sur ce qu'ils allaient faire avec ces connaissances?»

C'est un peu le cas de Yan Bolduc, étudiant en technologie de l'architecture au cégep Saint-Laurent, qui a en quelque sorte réussi malgré l'école, et peut-être un peu aussi malgré sa famille où la culture scolaire était pratiquement absente. Lorsqu'il fréquentait une école secondaire difficile de Lachine, il se réfugiait dans un roman fantastique pendant ses cours, parvenant malgré tout à récolter d'excellentes notes. «J'ai fait mon secondaire en autodidacte, en lisant les manuels. J'ai commencé à lire une trentaine de romans par année en classe après avoir passé près d'échouer mon cours de maths en première secondaire», explique le jeune homme de 19 ans, conscient que son rêve de travailler en architecture lui a donné la motivation nécessaire pour réussir son secondaire.

Selon lui, les enseignants étaient complètement dépassés par la discipline, amers de ne pas enseigner au privé ou dans un milieu mieux nanti. «Quand les profs se foutaient de nous, n'étaient pas là pour enseigner, mais bien pour le chèque de paie, je lisais. Celui de science physique en quatrième secondaire était passionné, cela se sentait. C'est un des rares cours où je n'ai jamais ouvert de livre», explique Yan.

Privé-public

Cette impression de chaos au sein de l'école secondaire publique montréalaise fait peur à de nombreux parents, à un point tel que 22 % choisissent le privé au secondaire (cette proportion avoisine le tiers dans la région de Montréal).

Si l'argent n'était pas un obstacle, cette proportion serait vraisemblablement plus élevée. Selon les répondants au sondage Léger Marketing-Le Devoir, 55 % des Québécois pensent que l'école privée offre la meilleure formation, contre seulement 9 % qui sont convaincus que l'on forme mieux les jeunes au public. C'est blanc bonnet, bonnet blanc pour 31 % des répondants. L'école publique a d'ailleurs perdu des plumes depuis 10 ans: les mêmes questions posées en 1999 montraient que 15,4 % des gens faisaient davantage confiance au public.

Julie, enseignante au primaire à la Commission scolaire de Montréal et mère de trois enfants de 11 mois à 5 ans, ainsi que belle-maman de deux adolescents, se range de façon surprenante dans le camp des partisans du privé au secondaire, non sans un certain malaise. «Si j'étais à Québec, je serais peut-être plus ouverte au public. À Montréal, c'est un peu la jungle. Au privé, il y a plus d'encadrement, plus d'activités parascolaires. Les classes sont plus fortes: on est certain qu'il n'y a pas une dizaine d'enfants dans la classe qui font perdre leur temps aux autres. Les parents font un meilleur suivi. S'ils sont prêts à payer 5000 $ par année, c'est que l'éducation est valorisée», explique-t-elle.

La présidente de la CSDM, Diane De Courcy, trouve injustes les comparaisons privé-public. «L'élite d'une société parle plus fort, fait sa propre promotion», constate-t-elle, forcée de prendre acte de l'échec au chapitre des perceptions. On demande au public de faire réussir les enfants en fonction de leur potentiel individuel alors que le privé sélectionne les meilleurs et tente ensuite de les faire réussir en fonction du niveau présumé qu'ils devraient pouvoir atteindre, poursuit Mme De Courcy.

Faire la guerre aux perceptions est ardu pour la CSDM, qui a néanmoins réussi cette année, au terme d'une opération charme auprès des parents, à augmenter son taux de rétention lors du passage du primaire au secondaire de 69 % à 75 %. Le gain est cependant encore timide, lorsque l'on sait que, depuis cinq ans, la CSDM perdait environ 2 % de ses élèves de plus par année au profit du privé.

Il est, selon Mme De Courcy, grand temps de se pencher au Québec sur une «Politique d'éducation nationale» et de concentrer les ressources sur le système public, quitte à réduire graduellement le financement attribué au privé, qui oscille autour de 60 %.






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  • Guy Archambault
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    lundi 15 septembre 2008 05h14
    Pour une percée majeure en éducation au Québec.
    « Il y a cinq questions faciles à se poser pour contrer le problème majeur en éducation au Québec et, par le fait même, corriger à long terme la perception erronée qu'on se fait de ce problème et des solutions à y apporter.

    J'ai étudié en profondeur pendant plus de 10 ans la problématique de l'échec scolaire.
    Et J'en suis arrivé à la conclusion suivante. Si on arrivait à s'occuper à faire réussir 50% de ceux qui échouent ou décrochent, le problème serait réglé. Ce n'est pas d'abord et avant tout une question d'argent, ni de classes économiques, ni de réformes. C'est une question de gros bon sens. La mauvaise image que certaines ont du système d'éducation au Québec et qui fait bondir d'indignation régulièrement certains politiciens, tient d'abord et avant tout de l'échec et du décrochage scolaire.

    Voici en cinq questions le chemin à suivre pour résoudre ce problème de l'échec et du décrochage scolaire.

    1- Première question : la réussite scolaire, c'est quoi au juste ?

    Tous ceux qui peuvent et doivent contribuer à la réussite scolaire auraient avantage à s'entendre entre eux sur ce qu'ils entendent par " réussite scolaire " afin de poursuivre le même but. Si certains politiciens ou chroniqueurs veulent améliorer ou détériorer l'image de la réussite à leur avantage, ils se contenteront de jouer sur l'interprétation des statistiques.

    À l'inverse, plusieurs élèves ou étudiants qui voient dans la réussite scolaire une affaire plus personnelle déclareront ce que Marie-Isabelle Thouin-Savard écrivait au journal Le Devoir le 19 décembre 2002.

    " « (...) après plus de 14 années consécutives investies à temps plein pour me conformer aux exigences du milieu scolaire ... un lourd joug de peur et de pression sociale entoure le propos de la scolarisation (...) Au moment où le ministère de l'Éducation... tente par divers moyens de hausser les taux de réussite et de diplomation à l'intérieur du temps requis dans les cégeps (...), ma propre expérience me porte à croire qu'il est pourtant totalement sain pour un jeune de rejeter volontairement l'école de sa vie avant l'obtention d'un diplôme d'études supérieures. "

    2- Deuxième question : quel est le coeur du problème ?

    Ici, pour faire court, je donne la réponse. On ne sait pas comment prévenir le décrochage scolaire, parce on ne sait pas comment dépister les décrocheurs potentiels et parce qu'on ne sait pas comment intervenir auprès de ceux et celles qui risquent de décrocher. La réponse est donc simple ; le coeur de la réussite scolaire et personnelle des élèves c'est le dépistage des élèves qui risquent de décrocher et la mise en oeuvre de moyens aptes à contrer ce décrochage.

    3- Troisième question : quels sont les élèves qui risquent de décrocher.

    Encore ici, la réponse est assez simple. Même si l'échec et le décrochage scolaire ne sont pas l'apanage des garçons, toutes les études montrent de façon statistiquement significative que ce sont les garçons qui risquent le plus de décrocher ou d'avoir des résultats scolaires désastreux si on les compare à ceux des filles, peu importe leur statut linguistique, économique ou social.

    Alors la question se transforme et trouve moins facilement réponse.

    4- Quatrième question : qui sont et que font ces garçons qui risquent de décrocher ?

    On peut résumer la plupart des recherches sérieuses sur le sujet autour de cinq grandes caractéristiques de ce garçon " à risque ".

    A- Le garçon à risque déteste l'école.

    Le journal Le Devoir de ce matin 15 septembre 2008 en donne des exemples concrets.

    Pourquoi les garçons à risque de décrochage n'aiment pas l'école ? Parce qu'ils ne sont pas motivés. Pourquoi ne sont-ils pas motivés ? Parce ce qu'il faut faire pour réussir les rebute.

    D'après quelques recherches sérieuses qui rejoignent le bon sens populaire, il y a une seule et unique différence entre les décrocheurs mâles et les décrocheurs femelles. Les deux groupes ont en commun d'être complètement dans le flou en ce qui concerne leur présent et leur avenir. Mais, comme moins de décrocheuses que de décrocheurs détestent l'école et le style de vie quotidienne qu'on les amène à y vivre, un plus grand nombre d'entre elles réussissent ou ... persistent plus longtemps avant de décrocher.

    B- Le garçon à risque n'aime pas l'école parce qu'il semble avoir appris subtilement dès le berceau des attitudes et des comportements qui ne cadrent pas avec ceux qu'il faut adopter pour réussir à l'école.

    On a appris à la plupart des garçons à risque à agir, mais pas nécessairement à réfléchir sur leurs actions quotidiennes ou sur ce qui les avaient frappés dans le courant de leurs journées.

    Voici, à titre d'exemple, un phénomène de la vie quotidienne, à double facette, qui aide à développer, jour après jour, semaine après semaine, pendant l'enfance, dès le berceau, la capacité de réflexion, si importante pour l'apprentissage en profondeur. Ce phénomène est discret, mais il est magique. Et il est récurrent dans l'enfance de ceux qui ont réussi à l'école.

    - L'enfant est frappé par un phénomène. Il s'étonne. Il pose une question pour comprendre; un " bon " parent, un " bon " maître à l'élémentaire lui répond. Il comprend. S'il ne comprend pas, il pose une autre question. On lui répond. Il comprend.
    - L'enfant a un problème; il a mal; il a de la difficulté; il est confus, etc., il a un problème. Il pleure, un peu, beaucoup. On l'accueille. On le colle. On le fait raconter. On explique. On cherche des causes. On cherche des remèdes.

    Que se passe-t-il dans ces deux cas qui se répètent à chaque jour dans la vie des enfants? On accueille une question; on l'écoute. L'enfant se sent accueilli, écouté. Il écoute à son tour. Il comprend. Il participe à la construction d'une réponse, d'une solution. Et dans l'alternance de cette écoute, il apprend à réfléchir, à penser, à raisonner * logiquement.

    C'est à partir de problèmes (vécus ou observés) partagés avec ses parents, amis, grands-parents ou maîtres au primaire que l'enfant apprend à réfléchir. Il apprend aussi, en même temps, à approcher avec confiance les personnes en autorité. Grand nombre de garçons à risque (et de filles à risque) n'ont pas eu cette chance d'avoir eu dans leur enfance une relation privilégiée de médiation continue pour les aider à aborder leurs étonnements et leurs problèmes. D'où la troisième caractéristique.


    C- Le garçon à risque ne parle pas facilement de lui à ses professeurs.

    Alors qu'il est relativement plus aisé pour une majorité de fille de parler de leurs sentiments, les garçons se sentent moins à l'aise à le faire; ils préfèrent d'abord agir leurs émotions avant d'en parler à quelqu'un. Les garçons à qui on apprend très jeunes que le mode émotionnel est un mode de fille, n'apprennent pas à s'introspecter, à réfléchir, ni à demander de l'aide. Ils apprennent aussi parfois, en même temps, la honte d'avoir des émotions et la honte de demander de l'aide.

    En les poussant à taire, à garder pour eux leurs émotions, on leur apprend à privilégier le non-verbal, l'action et le jeu comme mode d'expression de leurs émotions; ce faisant, on ne leur apprend pas à réfléchir, à parler, à dialoguer. ... alors que les " bons " parents et les " bons " maîtres à l'élémentaire sont plus facilement portés à écouter les émotions des filles et à les faire parler à ce sujet.

    Pour réussir des études, il faut avoir appris à prendre le temps de dialoguer, de réfléchir, d'étudier. Il faut avoir appris à prendre du plaisir à apprendre, même lorsque l'approche pédagogique du discours magistral privilégie l'inaction en classe. Les garçons qui réussissent ont probablement eu des parents et des maîtres à l'élémentaire qui leur ont appris à valoriser l'expression verbale de soi et de ses émotions, en dialoguant dans un registre d'intimité d'où était exclue la honte. Au secondaire, les filles et les garçons qui réussissent savent sublimer et transcender le verbiage pédagogiquement inefficace des cours magistraux à répétition, parce qu'il ont développé l'autonomie dans l'établissement de relations dialogiques avec les figures d'autorité de leur enfance.

    C'est probablement de ce phénomène historique que découle la quatrième caractéristique qui aide à expliquer la moins grande réussite scolaire des garçons à risque au secondaire.

    D- Le garçon à risque s'exprime plus facilement par et dans l'action.

    L'incapacité à demander de l'aide, incapacité issue de leur incompétence à engager par eux-mêmes des relations dialogiques satisfaisantes amène les garçons à risque à privilégier l'action non-réfléchie comme mode d'expression plutôt que le dialogue. Leurs émotions et leurs pensées semblent ne pouvoir être communiquées et comprises que par le jeu, le geste, le mouvement, la peinture, le théâtre, l'instrument musical, le sport, etc.


    E- Le garçon à risque a beaucoup de difficulté à traiter avec les figures d'autorité.

    Les filles et les garçons qui réussissent, à cause de la capacité à établir des rapports dialogiques satisfaisants, capacité acquise depuis l'enfance, sont plus souvent à l'aise pour gérer leurs relations avec l'autorité que les garçons à risque à qui on a appris à obéir et à se taire (quitte parfois à utiliser du Ritalin au primaire ou au secondaire lorsqu'on se sentait coupable de les gronder ou de les frapper). Les filles et les garçons qui réussissent ont probablement eu plus d'occasions que les filles et les garçons à risque d'apprendre à dialoguer au contact de leurs parents et à transposer ce comportement à l'école.

    5- Cinquième question : que faire avec les élèves qui risquent de décrocher ?

    A- D'abord et avant tout inventer un bon système de dépistage à l'aide des caractéristiques de l'élève à risque mentionnées à la question précédente.

    B-Ensuite, installer un train de mesures assez vaste, mesures qui nécessiteront une action concertée de plusieurs intervenants de divers ordres au secondaire (parents, profeseurs, professionnels, directions d'école et de commission scolaire, etc., action concertée et entreprise dans un contexte de long terme. Les actions ponctuelles sont inefficaces pour contrer une problématique enracinée dans l'enfance.

    C- Parmi le train de mesures à adopter, trois sont incontournables.

    a-Un suivi personnalisé de chaque élève à risque assuré et assumé par des personnes qui auront reçu une formation adéquate à ce type de relation d'aide dans un contexte éducatif. Compte tenu de la nature du problème posé par les garçons à risque, on ne s'improvise pas tuteur. Ce n'est pas sur le coin d'une table, en deux ou trois heures de formation, que la maîtrise de ce rôle peut être acquise. Les personnes qui dévalorisent l'expression des émotions et des sentiments ou celles qui pensent que ce n'est pas leur rôle d'offrir un suivi personnalisé aux étudiants ne devraient pas non plus être retenues à titre de tuteurs dans ce genre de démarche.

    Un des objectifs les plus important de ce tutorat pourrait se formuler ainsi :

    Développer l'autonomie des étudiants à risque par rapport à l'interrelation des trois types de besoins insatisfaits qui les définissent :

    - la capacité à établir des relations significatives pour eux, des relations d'affiliation et d'appartenance;
    - la capacité à retrouver l'estime d'eux-mêmes, la fierté d'avoir des émotions et des sentiments et de les communiquer à leurs proches;
    - la capacité à développer par eux-mêmes des compétences sur le plan scolaire et sur le plan social.


    b- Deuxième mesure incontournable : une pédagogie active et variée est incontournable avec les étudiants à risque pour trois grandes raisons :

    - ces étudiants ont acquis un mode d'apprentissage et de vie qui privilégie l'action;
    - ils ont besoin de s'exprimer, mais ont de la difficulté à le faire par la conversation ou l'écrit;
    - ils résistent à initier des relations interpersonnelles directes et préfèrent les relations médiatisées du jeu, du sport, de la peinture, de l'instrument de musique, de l'outil à manipuler, etc.

    Avec les étudiants à risque, on ne peut plus se contenter de lire, réciter ou déclamer avec ferveur un texte. On doit d'abord être un scénariste qui écrit une action dramatique et la met en scène; on sort les étudiants du rôle de spectateurs pour en faire les acteurs principaux de la pièce, à partir de leurs préoccupations, pour en tirer le meilleur d'eux-mêmes. Avec les étudiants à risque, l'action doit précéder la réflexion (elle ne doit pas l'exclure, mais elle doit la précéder).

    Pour y arriver, le professeur doit constamment initier des dialogues *. De plus, il doit passer en classe d'une situation où « il parle » à une situation où « on se parle », à partir des problématiques ressenties par les étudiants, mais en passant d'abord par le jeu de l'action. Les garçons à risque feront plus facilement et rapidement confiance à un professeur qui sait " faire " qu'à un professeur qui ne sait que " dire ". Cette dimension est importante à considérer lorsqu'on pense que la remédiation auprès des garçons à risque passe par le développement progressif de leur capacité à initier par eux-mêmes la communication.

    c- Troisième incontournable : les mesures mises en place pour aider les étudiants à risque doivent revêtir un aspect systémique : elles doivent s'inscrire dans un plan d'ensemble endossé par l'institution. Ces mesures doivent aussi participer à une stratégie globale d'aide à la réussite pour assurer cohérence et cohésion entre les intervenants des divers personnels impliqués. Ces mesures doivent aussi être structurées, organisées, planifiées de manière à pouvoir être évaluées constamment pour réajuster le tir. Enfin, l'ensemble des mesures doivent être structurantes pour l'étudiant à risque; elles doivent viser la structuration progressive de sa propre compétence à adopter des comportements propres à assurer de façon autonome sa réussite.

    On ne peut pas développer l'autonomie dans l'action si on ne met pas fréquemment l'étudiant à risque devant l'obligation de faire des choix; cette obligation engage le processus de la réflexion sur les conséquences de ses choix, de son action et de son inaction. Un plan stratégique où l'accent est mis sur la coercition est voué à l'échec, car il engendre de la résistance passive. La seule coercition fortement souhaitable pour l'élève, c'est d'avoir à faire des choix.

    Un plan stratégique, même s'il a l'appui de l'institution dans son ensemble, même s'il est bien structuré, s'il n'oblige pas constamment les élèves à faire des choix ne développe par l'autonomie et le sens des responsabilités *. Un programme souple, avec des cours optionnels et au choix, structure progressivement l'autonomie, la responsabilisation et la motivation intrinsèque. En classe, l'approche par problème, l'approche par projet, l'approche coopérative sont des approches pédagogiques qui laissent beaucoup de décisions aux étudiants.

    Voilà ! Fallait y penser ! Je l'ai fait pendant dix ans.

    Guy Archambault »

  • Normand Chaput
    Abonné
    lundi 15 septembre 2008 11h25
    L'élite?
    « Mme De Courcy associe école privée et élite. Come on! 30% des élèves et 55% si l'argent n'était pas un frein, j'appelle plus cela de l'élite! Pis encore, l'école privée n'accepte pas tout le monde. Je pense que si on donnait 5000$ à tout le monde pour choisir son école, l'élite de Mme De Courcy représenterait quelque chose comme 90%. Mais tout le monde sait que c'est la faute des parents qui ne s'occupent pas assez de leurs enfants à la maison. Un professeur qui se plaint qu'il n'a juste qu'une gang d'épais à qui enseigner, c'est comme un docteur qui se plaindrait de n'avoir affaire qu'à une gang de malades! »

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