80, ruelle de l'Avenir
Photo : Mata Hari
La cour d’école à l’asphalte défraîchie où les enfants se brûlaient les pieds en juin dernier s’est muée en une aire de jeu recouverte de gazon synthétique avec des terrains multisports aux couleurs vives.
L'école primaire Garneau, située dans le quartier Centre-Sud devant l'entrée du pont Jacques-Cartier, a subi une transformation radicale. Un groupe communautaire du coin et la société Gaz Métro ont uni leurs forces pour améliorer l'environnement scolaire, à grand renfort d'argent, de temps et de rêves. En l'espace d'un été, le projet s'est concrétisé: une annexe inutilisée a été entièrement rénovée pour y aménager des ateliers thématiques. La cour, le toit et le gymnase ont aussi fait peau neuve. Visite du 80, ruelle de l'Avenir.
La cour d'école à l'asphalte défraîchie où les enfants se brûlaient les pieds en juin dernier s'est muée en une aire de jeu recouverte de gazon synthétique avec des terrains multisports aux couleurs vives, aire de jeu qui jouxte un petit potager. À la récréation hier, de petits groupes de filles discutaient, assises en cercle à l'ombre d'un des trois nouveaux arbres matures plantés cet été, pendant que des garçons se roulaient dans l'herbe faite de bouteilles d'eau recyclées ou couraient dans tous les sens.
«C'est super bien! Avec le gazon, on peut courir sans se faire mal», lance Zachary, qui commençait cette semaine sa troisième année.
Si les enfants ont été séduits par la cour depuis leur retour à l'école Garneau jeudi, ils n'ont pas encore pris toute la mesure de la transformation de leur milieu de vie. Une annexe de six classes s'est transformée en «ruelle de l'Avenir» où on retrouve: une classe pour l'horticulture, un studio de danse, une salle de production multimédia avec une console professionnelle donnée par Radio-Canada, une cuisine à faire rougir d'envie des restaurateurs, un atelier pour les arts et les sciences et une salle de séjour avec un écran plasma au mur et une bibliothèque qui sera garnie par les Éditions Gallimard.
Une terrasse sur le toit avec des bacs aménagés pour l'agriculture et un gymnase rénové équipé pour des productions artistiques, avec une scène amovible, compléteront au cours des prochaines semaines la transformation de l'école.
Le projet est né d'une triste histoire. Réputation plutôt moche, chute démographique, exil des familles vers des quartiers plus tranquilles, toujours est-il que l'école Garneau avait trop de place pour ses quelque 300 élèves. «Avec la baisse de clientèle, une annexe s'est libérée. En 2006, j'ai appelé le directeur de l'organisme communautaire Projet 80 pour lui dire que nous aimerions rendre ces locaux accessibles à la communauté», explique la directrice de l'école, Suzanne Van De Meulebroocke.
Le Projet 80 fournissait déjà des dîners aux enfants issus de familles moins nanties de Garneau et d'une autre école du coin, en plus d'organiser des services d'aide aux devoirs et des camps de jour pendant l'été. «L'école nous offrait une belle occasion. On rêvait de faire une sorte de village d'enfants avec des ateliers de cuisine, entre autres. Quand les enfants entrent dans l'annexe, ils ne sont plus à l'école, ils entrent dans une ruelle, avec des ateliers de cuisine, d'horticulture...», explique le directeur de l'organisme, Daniel Paquin.
Pour réaliser ce projet fou, le groupe communautaire est allé cogner à la porte de Gaz Métro, dont le siège social est situé à quelques coins de rue de l'école. Plus qu'un simple bâilleur de fonds, la compagnie a contribué à développer le concept de la «ruelle de l'Avenir». Outre la collaboration à la collecte de fonds, Gaz Métro a notamment affecté un chargé de projet à plein temps pendant quelques mois pour coordonner le chantier. «Nous avons fait appel à nos fournisseurs, leur demandant deux enveloppes lors de la soumission, une avec leur coût et une autre avec leur contribution financière au projet», explique le vice-président au développement durable, Jean Simard, qui a mis la main à la pâte dès les premiers balbutiements du projet.
Au total, 3,5 millions de dollars ont été investis pour ces aménagements, dont près d'un million par Gaz Métro, environ 500 000 $ par la Commission scolaire de Montréal (CSDM) et le restant grâce à une collecte de fonds ainsi que la contribution de fournisseurs. Les partenaires privés du projet comptent poursuivre la campagne de financement afin de laisser un fonds de dotation de 1,5 million pour financer de façon récurrente le fonctionnement des installations.
Briser le cercle de la pauvreté
La logique des bâilleurs de fonds consistait à éviter de saupoudrer l'aide pour plutôt tenter d'avoir un effet réel sur un milieu de vie. Il faut dire que le quartier est très défavorisé. Environ 70 % des familles vivent sous le seuil de la pauvreté et le taux d'abandon scolaire frise aussi les 70 %. «C'était pour nous un choc de réaliser que le siège social se trouve dans le deuxième quartier le plus défavorisé au Canada. Plusieurs enfants ne franchiront jamais la rue De Lorimier. On veut que la ruelle les aide à sortir de l'impasse. On met du rêve à leur disposition», affirme M. Simard.
Ce «village d'enfants» pourra être utilisé à partir du mois d'octobre, non seulement par les élèves de Garneau, mais aussi par ceux de quatre écoles primaires du Centre-Sud et d'Hochelaga et ceux de l'école secondaire Pierre-Dupuy. Le jour, les enseignants le fréquenteront avec leurs classes et le soir, le Projet 80 prendra la relève en organisant des activités avec des partenaires, tels le Jardin botanique, Radio-Canada ou encore l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec.
Les activités de la ruelle devraient également servir de tremplin vers le monde extérieur pour les enfants. On compte par exemple organiser des visites de grands restaurants ou encore des rencontres avec des producteurs maraîchers.
On espère aussi amener les parents à fréquenter la ruelle, notamment dans le cadre d'ateliers de cuisine ou encore pour des soirées d'observation des feux d'artifice sur le toit de l'école les soirs d'été ou des projections de films dans la cour (les prises électriques sont prévues pour l'installation d'un écran géant).
Les ouvriers s'affairaient encore hier à mettre la dernière main aux travaux. Le défi sera maintenant de faire en sorte que ces infrastructures, coûteuses, soient utilisées au maximum. «Il nous reste à habiter tout cela, à s'organiser pour que cela vive. Les enseignants commencent déjà à préparer des projets éducatifs qu'ils réaliseront dans la "ruelle"», explique Mme Van De Meulebroocke, qui espère attirer de nouveaux élèves grâce à ces infrastructures.
Autant la directrice et le groupe communautaire que les partenaires privés caressent l'espoir que le projet contribuera à redonner aux enfants le goût de rêver, de se réaliser et de poursuivre leurs études. Les universitaires seront bientôt de la partie pour vérifier si le pari a porté ses fruits. Deux recherches universitaires seront conduites pour mesurer les retombées du projet, notamment sur la persévérance scolaire.
Parions que le «80, ruelle de l'Avenir» mettra l'eau à la bouche des directeurs, enseignants, parents et élèves des écoles qui ne comptent pas sur de tels budgets... D'autres mécènes?
La cour d'école à l'asphalte défraîchie où les enfants se brûlaient les pieds en juin dernier s'est muée en une aire de jeu recouverte de gazon synthétique avec des terrains multisports aux couleurs vives, aire de jeu qui jouxte un petit potager. À la récréation hier, de petits groupes de filles discutaient, assises en cercle à l'ombre d'un des trois nouveaux arbres matures plantés cet été, pendant que des garçons se roulaient dans l'herbe faite de bouteilles d'eau recyclées ou couraient dans tous les sens.
«C'est super bien! Avec le gazon, on peut courir sans se faire mal», lance Zachary, qui commençait cette semaine sa troisième année.
Si les enfants ont été séduits par la cour depuis leur retour à l'école Garneau jeudi, ils n'ont pas encore pris toute la mesure de la transformation de leur milieu de vie. Une annexe de six classes s'est transformée en «ruelle de l'Avenir» où on retrouve: une classe pour l'horticulture, un studio de danse, une salle de production multimédia avec une console professionnelle donnée par Radio-Canada, une cuisine à faire rougir d'envie des restaurateurs, un atelier pour les arts et les sciences et une salle de séjour avec un écran plasma au mur et une bibliothèque qui sera garnie par les Éditions Gallimard.
Une terrasse sur le toit avec des bacs aménagés pour l'agriculture et un gymnase rénové équipé pour des productions artistiques, avec une scène amovible, compléteront au cours des prochaines semaines la transformation de l'école.
Le projet est né d'une triste histoire. Réputation plutôt moche, chute démographique, exil des familles vers des quartiers plus tranquilles, toujours est-il que l'école Garneau avait trop de place pour ses quelque 300 élèves. «Avec la baisse de clientèle, une annexe s'est libérée. En 2006, j'ai appelé le directeur de l'organisme communautaire Projet 80 pour lui dire que nous aimerions rendre ces locaux accessibles à la communauté», explique la directrice de l'école, Suzanne Van De Meulebroocke.
Le Projet 80 fournissait déjà des dîners aux enfants issus de familles moins nanties de Garneau et d'une autre école du coin, en plus d'organiser des services d'aide aux devoirs et des camps de jour pendant l'été. «L'école nous offrait une belle occasion. On rêvait de faire une sorte de village d'enfants avec des ateliers de cuisine, entre autres. Quand les enfants entrent dans l'annexe, ils ne sont plus à l'école, ils entrent dans une ruelle, avec des ateliers de cuisine, d'horticulture...», explique le directeur de l'organisme, Daniel Paquin.
Pour réaliser ce projet fou, le groupe communautaire est allé cogner à la porte de Gaz Métro, dont le siège social est situé à quelques coins de rue de l'école. Plus qu'un simple bâilleur de fonds, la compagnie a contribué à développer le concept de la «ruelle de l'Avenir». Outre la collaboration à la collecte de fonds, Gaz Métro a notamment affecté un chargé de projet à plein temps pendant quelques mois pour coordonner le chantier. «Nous avons fait appel à nos fournisseurs, leur demandant deux enveloppes lors de la soumission, une avec leur coût et une autre avec leur contribution financière au projet», explique le vice-président au développement durable, Jean Simard, qui a mis la main à la pâte dès les premiers balbutiements du projet.
Au total, 3,5 millions de dollars ont été investis pour ces aménagements, dont près d'un million par Gaz Métro, environ 500 000 $ par la Commission scolaire de Montréal (CSDM) et le restant grâce à une collecte de fonds ainsi que la contribution de fournisseurs. Les partenaires privés du projet comptent poursuivre la campagne de financement afin de laisser un fonds de dotation de 1,5 million pour financer de façon récurrente le fonctionnement des installations.
Briser le cercle de la pauvreté
La logique des bâilleurs de fonds consistait à éviter de saupoudrer l'aide pour plutôt tenter d'avoir un effet réel sur un milieu de vie. Il faut dire que le quartier est très défavorisé. Environ 70 % des familles vivent sous le seuil de la pauvreté et le taux d'abandon scolaire frise aussi les 70 %. «C'était pour nous un choc de réaliser que le siège social se trouve dans le deuxième quartier le plus défavorisé au Canada. Plusieurs enfants ne franchiront jamais la rue De Lorimier. On veut que la ruelle les aide à sortir de l'impasse. On met du rêve à leur disposition», affirme M. Simard.
Ce «village d'enfants» pourra être utilisé à partir du mois d'octobre, non seulement par les élèves de Garneau, mais aussi par ceux de quatre écoles primaires du Centre-Sud et d'Hochelaga et ceux de l'école secondaire Pierre-Dupuy. Le jour, les enseignants le fréquenteront avec leurs classes et le soir, le Projet 80 prendra la relève en organisant des activités avec des partenaires, tels le Jardin botanique, Radio-Canada ou encore l'Institut de tourisme et d'hôtellerie du Québec.
Les activités de la ruelle devraient également servir de tremplin vers le monde extérieur pour les enfants. On compte par exemple organiser des visites de grands restaurants ou encore des rencontres avec des producteurs maraîchers.
On espère aussi amener les parents à fréquenter la ruelle, notamment dans le cadre d'ateliers de cuisine ou encore pour des soirées d'observation des feux d'artifice sur le toit de l'école les soirs d'été ou des projections de films dans la cour (les prises électriques sont prévues pour l'installation d'un écran géant).
Les ouvriers s'affairaient encore hier à mettre la dernière main aux travaux. Le défi sera maintenant de faire en sorte que ces infrastructures, coûteuses, soient utilisées au maximum. «Il nous reste à habiter tout cela, à s'organiser pour que cela vive. Les enseignants commencent déjà à préparer des projets éducatifs qu'ils réaliseront dans la "ruelle"», explique Mme Van De Meulebroocke, qui espère attirer de nouveaux élèves grâce à ces infrastructures.
Autant la directrice et le groupe communautaire que les partenaires privés caressent l'espoir que le projet contribuera à redonner aux enfants le goût de rêver, de se réaliser et de poursuivre leurs études. Les universitaires seront bientôt de la partie pour vérifier si le pari a porté ses fruits. Deux recherches universitaires seront conduites pour mesurer les retombées du projet, notamment sur la persévérance scolaire.
Parions que le «80, ruelle de l'Avenir» mettra l'eau à la bouche des directeurs, enseignants, parents et élèves des écoles qui ne comptent pas sur de tels budgets... D'autres mécènes?
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