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Avis de l'Office des professions sur une requête au sujet des enseignants - Des professionnels qui n'ont pas besoin d'un ordre

L'hypothèse de la création d'un ordre professionnel a soulevé des débats passionnés au cours des derniers mois

Marie-Andrée Chouinard   11 février 2003  Éducation
La profession enseignante ne tirerait pas avantage à être encadrée par un ordre professionnel. Voilà le verdict attendu de l'Office des professions du Québec (OPQ), qui note toutefois que, pour une meilleure protection du public, les mécanismes d'encadrement actuels auraient tout intérêt à être solidifiés.

Après les débats déchirants qu'a suscités sur la place publique la création possible d'un ordre professionnel des enseignants, l'OPQ a tranché, et ne recommande pas cette option. «Dans les circonstances, et misant sur la capacité du système d'éducation de se doter des mécanismes appropriés, l'Office ne juge pas opportun de recommander la création d'un ordre professionnel des enseignants.»

La profession répond toutefois aux cinq critères objectifs qui régissent l'accès à l'ordre professionnel, mais l'OPQ juge que les balises existantes, même si elles auraient tout intérêt à être solidifiées et augmentées, sont suffisantes, et un ordre ne s'avère pas, dans ce contexte, un outil indispensable.

L'encadrement qui existe — contrôle de la qualification, normes d'exercice et de déontologie, évaluation des pratiques et régime disciplinaire — rejoint «d'assez près» les mécanismes du système professionnel, explique-t-on dans l'avis. «Si ce n'était de cet encadrement, l'Office serait enclin à recommander de recourir aux mécanismes du système professionnel afin d'assurer au public une garantie de contrôle et de protection.»

Mais l'Office suggère des mécanismes plus rigoureux dans le système actuel: un suivi annuel des permis (brevets) d'enseignement octroyés aux enseignants, l'implantation d'une «culture de l'évaluation» dans la profession, la prise en charge de la surveillance disciplinaire par les pairs en plus des directions d'école.

«Il est clair que l'avis de l'Office des professions va peser lourd dans notre décision» d'aller ou non de l'avant avec l'idée d'un ordre professionnel, a réagi hier le porte-parole du ministre de l'Éducation, Nicolas Girard. Notons que l'avis est destiné au ministre Normand Jutras, responsable de l'application des lois professionnelles, et que le ministre de l'Éducation doit convenir avec lui de la suite des choses.

Le MEQ entend vérifier comment il est possible de «mieux baliser et encadrer la profession d'enseignant à l'intérieur des lois et règlements qui existent à l'intérieur du ministère», ajoute M. Girard.

La Centrale des syndicats de l'enseignement (CSQ), qui avait manifesté sa vive opposition à cette idée, se réjouissait hier des conclusions de l'Office. Le syndicat reconnaît au passage que certains mécanismes de «surveillance disciplinaire» auraient avantage à être mieux connus et plus transparents. «Peut-être qu'on devrait pousser ces mécanismes un petit peu plus loin», a expliqué hier la présidente de la CSQ, Monique Richard.

Le Conseil pédagogique interdisciplinaire du Québec, qui souhaitait ardemment l'avènement d'un ordre, ne cachait pas sa déception hier. «L'Office dit: "Si ce n'était de l'État qui veille, on recommanderait la création d'un ordre», explique Denyse Gagnon-Messier, présidente du CPIQ. «Or, c'est là que le bât blesse. L'État veille peut-être mais n'arrive pas à garantir l'encadrement approprié.»

Le CPIQ s'en remet d'ailleurs au ministre pour tenir un «débat public» sur cette question, et garantir le renforcement des mécanismes et balises qui existent déjà pour protéger le public ici concerné, soit les jeunes.

La Fédération des comités de parents du Québec, qui elle aussi réclamait un ordre professionnel, continue de croire quant à elle que certaines situations dénoncées par les parents justifient la création d'un organisme de veille. «Différents témoignages et demandes d'information reçues dans les conseils d'établissement ou à notre fédération montrent qu'il existe des situations tout à fait inacceptables en ce qui a trait entre autres à la compétence et à la qualité de l'enseignement ainsi que divers comportements qui mettent en cause l'intégrité professionnelle de certains enseignants», a réagi hier Diane Miron, présidente de la Fédération, invitant les parents à réclamer un ordre professionnel au ministre de l'Éducation.
 
 
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