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    Enseigner le français au niveau primaire - Créativité et autonomie ont autant d'importance que la connaissance de la langue

    « Maintenant, l'élève doit être évalué en fonction d'où il est rendu dans ses apprentissages au moment du bulletin »

    16 août 2008 |Martine Letarte | Éducation
    Au primaire, les situations d’apprentissage doivent normalement permettre aux élèves de mieux intégrer les notions qu’ils ont apprises.
    Photo: Jacques Nadeau Au primaire, les situations d’apprentissage doivent normalement permettre aux élèves de mieux intégrer les notions qu’ils ont apprises.
    Lorsqu'on entend parler de l'enseignement primaire, c'est souvent lors de débats sur les pourcentages dans le bulletin ou encore sur la pertinence d'évaluer les compétences transversales. Mais si nous laissions tomber le contenant pour regarder le contenu? En matière d'objectifs, sommes-nous plus ou moins exigeants qu'auparavant envers les élèves du primaire?

    Difficile à établir si les exigences imposées aux élèves lors de l'enseignement du français sont plus lourdes maintenant qu'autrefois, selon Micheline-Joanne Durand, professeure à la faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal. «En fait, c'est la façon d'aborder les connaissances qui a beaucoup changé. Les objectifs, que ce soit par rapport à l'accord des participes passés ou à la compréhension de textes, demeurent les mêmes. Toutefois, ce qui est nouveau, c'est qu'on demande aux élèves de réinvestir leurs apprentissages dans différents contextes», explique-t-elle.

    Maryse Dubois, enseignante à l'école primaire Pie-XII, à Repentigny, est bien d'accord. Chaque jour de classe, elle doit avoir en tête cette idée de réinvestissement des connaissances acquises.

    «Avant, lorsqu'on apprenait la règle du participe passé avec être, on faisait une feuille d'exercice complète là-dessus et on passait à autre chose. Or, souvent, lorsqu'on arrivait dans des compositions écrites, on ne mettait même pas la règle en application. Maintenant, l'élève voit la règle et fait différents travaux d'écriture où l'enseignant vérifiera qu'il la maîtrise bien et est capable de la mettre en pratique dans différentes situations», explique-t-elle.

    Même chose avec la compréhension d'un texte. «Avant, pour être connaissant, l'élève devait lire le texte et répondre aux questionnaires. Maintenant, pour être compétent, il doit aussi être en mesure de réinvestir l'information lue dans des tâches complexes, comme une activité d'écriture, une présentation orale ou la résolution d'un problème mathématique», explique Mme Durand, également chercheuse dans le domaine de l'évaluation des compétences et des apprentissages.

    Du concret

    Qui n'a pas passé des soirées à se bourrer le crâne de dates et d'événements à la veille d'un examen d'histoire? Et qui s'en souvient aujourd'hui? «Moi, en tout cas, ça ressortait assez vite de ma mémoire!», affirme Mme Dubois.

    Pourtant, aujourd'hui, elle est convaincue que les situations d'apprentissage qu'elle prépare pour ses élèves permettent un apprentissage plus durable. «En histoire, j'ai organisé un grand atelier sur les Iroquoiens et les élèves construisaient une grosse maquette de village avec des maisons longues. Ils apprenaient les différentes caractéristiques de ce peuple, tout en étant dans le concret. Ils l'ont vécu, ils l'ont touché! Je suis certaine que plusieurs élèves vont s'en souvenir longtemps puisqu'ils ont été marqués par ce projet.»

    En mathématiques aussi, les choses ont changé, remarque pour sa part Mme Durand. «Avant la réforme, les élèves avaient beaucoup de procédures à apprendre et ensuite ils faisaient un peu de résolution de problèmes du style: Pierre a 20 $ dans ses poches. S'il achète 3 cahiers à 1,50$, combien d'argent lui restera-t-il?»

    Maintenant, les élèves doivent pousser davantage leur réflexion. «Les situations d'apprentissage exigent par exemple que les élèves fouillent dans des circulaires pour trouver les cahiers les moins chers, explique-t-elle. Ainsi, non seulement ils devront choisir la bonne opération mathématique, mais ils devront chercher de l'information, comparer des prix, etc.»

    Ce changement d'approche amène donc les élèves à être plus débrouillards et plus aptes à affronter les différentes situations de la vie quotidienne. «Les jeunes doivent faire preuve de créativité, d'autonomie, ils doivent aussi échanger entre eux, structurer leur pensée et gérer des petits conflits. Dans le fond, c'est ça la vie!», affirme Mme Dubois.

    Le droit d'y aller à son rythme

    Grand changement également dans le domaine de l'évaluation: les élèves ne devraient désormais plus être pénalisés s'ils ont mis plus de temps que d'autres à comprendre ce qui était demandé.

    «Maintenant, l'élève doit être évalué en fonction d'où il est rendu dans ses apprentissages au moment du bulletin. L'enseignant ne devrait pas faire de moyenne de ses différents travaux ou additionner des résultats de différents tests qui ont eu lieu au cours de l'étape. Ainsi, si l'élève a pris toute une étape pour comprendre ce qu'on lui montrait, il ne devrait pas être désavantagé par rapport à un élève qui aurait compris tout de suite. L'important, c'est qu'il ait fini par comprendre», indique Micheline-Joanne Durand.

    Toutefois, il semble que ce ne soient pas tous les enseignants qui mettent en pratique cette politique, a remarqué la chercheuse lors d'études qu'elle a menées sur le terrain. «La méthode d'évaluation change vraiment d'un enseignant à l'autre. Il y a beaucoup de confusion aussi qui s'est créée avec, notamment, le retour de la moyenne de classe, qui est bien différente de la moyenne d'un élève au cours de l'étape», explique-t-elle.

    Un grand investissement des professeurs

    Si, en matière d'évaluation, les pratiques varient beaucoup d'un enseignant à un autre, il en est de même pour les activités réalisées en classe. Certains suivent les grands principes de la réforme, alors que d'autres ne le font pas du tout.

    «Ce qui se passe dans une classe a toujours beaucoup dépendu de l'enseignant, mais, depuis la réforme, les différences sont plus évidentes. Certains enseignants suivent les manuels et, lorsqu'ils arrivent à des propositions de projet, ils sautent à la page suivante. D'autres professeurs s'inspirent des projets proposés pour les adapter aux élèves de la classe», indique Mme Durand.

    Il est bien évident que tous ces projets ou situations d'apprentissage, qui incluent souvent des éléments d'actualité et différents outils comme Internet, exigent beaucoup d'investissement personnel de la part des professeurs.

    «Ça, c'est certain, indique Mme Dubois. Toutefois, lorsqu'on se donne la peine de travailler à partir de situations d'apprentissage, on voit vraiment les résultats auprès des élèves plus turbulents qui ont besoin de bouger et pour qui l'enseignement traditionnel fonctionne moins bien. Pour un enseignant, voir ces élèves aux problèmes de comportement enfin concentrés et allumés par des projets représente une belle victoire.»

    ***

    Collaboratrice du Devoir
     
     
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