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Point sur... L'enseignement supérieur - En attente de réponses

Ouverture et accessibilité

Normand Thériault   1 février 2003  Éducation
Photo : Jacques Nadeau
Supposons que, demain, des élections soient déclenchées. Supposons, au-delà du «qui perd, qui gagne», que des débats aient lieu. Supposons que, des secteurs de réflexion retenus, il y en ait un qui aurait pour domaine le monde de l'éducation. Alors un véritable débat sur l'avenir de la société québécoise serait mis en place.

Au cours des dernières années, sous la férule de l'ancien ministre de l'Éducation, le discours public se formulait à partir d'un maître-mot: performance. Les élèves se devaient de mener à terme leurs études: la priorité était donnée au taux de réussite, quitte à revenir plus tard sur le contenu des enseignements. Les institutions se devaient de déposer des bilans financiers sains: en contrepartie, il devenait possible d'envisager des plans de développement. Il fallait aussi rencontrer les besoins économiques: les cursus scolaires devaient s'adapter aux demandes de l'industrie et du commerce, avant de prendre une coloration pédagogique. L'école publique, à tous les niveaux de l'enseignement, ne se définissait plus en termes de savoir: elle était devenue un simple lieu d'apprentissage.

La stratégie gouvernementale pouvait cependant être comprise: dans un contexte de coupures budgétaires, il avait suffi de définir les attentes en donnant priorité aux besoins du subventionneur avant d'entendre celles des quémandeurs.

Puis l'argent vint. Ce qui était hier impossible semblait tout à coup envisageable. De nouveaux professeurs pourraient être engagés, des chaires de recherche ouvertes, des étudiants recherchés: l'expansion de l'économie permet même encore aujourd'hui, au moment où l'Amérique craint toujours une récession, de prévoir au Québec une rareté des ressources humaines et un manque dans tous les secteurs — tant dans les grands centres que dans les régions — d'une main-d'oeuvre, qualifiée et autre. En retour, les déboires boursiers ont mis à mal la période annoncée d'une ère au Québec de surplus financiers.

Débats

Les questions de fond alors surgissent. Et d'une: la volonté peut être d'engager au niveau universitaire des enseignants de haut niveau, mais la demande en zone nord-américaine est telle que les budgets actuels ne permettent pas de rencontrer les exigences salariales des candidats approchés.

D'où la suggestion déposée avec force par le recteur en fin de mandat de l'université McGill: il faut augmenter les frais de scolarité. Un rappel est alors fait qu'au-delà du modèle qui prévaut au sud des frontières, il est par le monde des pays où l'école demeure gratuite. Un débat devient possible: l'école est-elle universelle, accessible, ou plutôt un service qui s'acquiert en contrepartie d'une participation financière comptabilisée indépendamment des ressources personnelles disponibles? Un autre corollaire serait de subventionner les études de haut niveau en retour d'une obligation future de services (comme si ce qui était impensable pour la médecine pouvait être rêvé pour les autres secteurs de spécialisation).

Aussi, une réponse serait-elle trouvée qu'il faudrait toujours se demander si les institutions d'enseignement supérieur, du cégep à l'école spécialisée, peuvent être maintenues dans leur état actuel et là où elles ont été établies.

En clair, le grand rêve d'une université québécoise régionale, complément d'un enseignement collégial local, est-il aujourd'hui encore réaliste, quand les régions se vident et que, mondialisation oblige, le temps de la spécialisation s'impose? Il y aura bien sûr alors des tenants de l'enseignement virtuel pour proclamer que l'école est plus affaire d'enseignement que d'aménagement de locaux (d'ailleurs si les professeurs des HEC et des divers programmes de maîtrise vont donner leurs cours dans le vaste monde, le territoire québécois leur est aussi accessible).

Cela serait-il qu'il faudrait toujours s'interroger sur le rôle que joue l'université dans les sociétés. La formation se limite-t-elle à une acquisition de connaissances ou est-ce que les cours, comme les activités parascolaires, doivent tenir compte des grands débats de l'heure? Les campus alors s'ouvrent et tous les Svend Robinson et autres Nétanyahou viennent s'y exprimer. Plus tard, des budgets seraient toutefois demandés pour la tenue d'activités ayant lieu sans encadrement professoral. Et ce serait le retour à l'université première, celle des origines, quand les étudiants contrôlaient tant l'embauche que l'organisation des cours.

Dans un tel état de fait, il devient toutefois difficile de croire que la définition de l'avenir d'une société s'effectue avec pour seul paramètre la contrainte financière. De tels jours seraient venus qu'il y aurait des politiciens pour regretter le temps où le discours se limitait à la simple obtention d'un équilibre budgétaire.

Normand Thériault
 
 
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