Les experts critiquent le plan de redressement de l'UQAM
La firme Ernst & Young rabroue l'Université du Québec à Montréal, jugeant que son plan de redressement «n'est pas robuste» et que «son exécution est incertaine et fragile». De surcroît, les comptables estiment que la gouvernance actuelle de l'UQAM nuit à sa capacité de s'extirper du gouffre financier causé par les ratés immobiliers du Complexe des sciences et de l'îlot Voyageur.
C'est la conclusion à laquelle arrive la firme Ernst & Young dans un document dont Le Devoir a obtenu copie et qui a été présenté jeudi dernier à l'Assemblée des gouverneurs du réseau de l'Université du Québec (UQ). À la lumière de cette analyse, les chefs d'établissement du réseau UQ ont refusé de considérer le document déposé par l'UQAM comme un plan de redressement.
D'entrée de jeu, l'analyse comptable constate que le problème demeure entier: «le plan de redressement ne prévoit pas de retour à l'équilibre». C'était pourtant la commande de la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, l'automne dernier.
En plus de ne pas atteindre l'objectif, l'UQAM est jugée sévèrement par Ernst & Young pour l'effort effectué jusqu'à présent. Les mesures mises de l'avant par l'UQAM sont encore à l'état de «pistes tout comme en juin 2007», peut-on lire dans le document daté du 22 mai. Plusieurs éléments du plan demandent à être complétés: «la documentation supportant la quantification des mesures», «l'échéancier détaillé d'implantation et d'exécution des mesures», «l'identification des responsables de l'implantation et du suivi des mesures» et «l'intégration des pistes de redressement identifiées dans un plan global».
À l'UQAM, on estime cette analyse quelque peu limitée. «Des comptables qui n'ont jamais travaillé dans le milieu universitaire ont peut-être besoin de plus de détails que d'autres personnes qui sont dedans», fait valoir la vice-rectrice à l'administration et aux finances, Monique Goyette, précisant que le budget de l'UQAM compte pas moins de 5000 postes différents, reliés les uns aux autres. Elle souligne l'importance du travail accompli à ce jour, alors que 150 mesures ont été mises en place touchant autant l'augmentation des revenus que la compression des dépenses.
«Oui, on s'est trompé sur le plan immobilier. Mais est-ce que l'UQAM est capable d'assumer et de rembourser elle-même l'ensemble de ses erreurs sans nuire à sa mission?», s'interroge Mme Goyette.
Si on ne s'en tenait qu'à une vision comptable, il faudrait retrancher 72,8 millions dans le budget en 2011-12 pour revenir à l'équilibre. Cela équivaudrait à une diminution de la masse salariale de l'ordre de 20 %, explique Mme Goyette qui écarte ce scénario de Ernst & Young. La firme considère le renouvellement des conventions collectives comme une «opportunité» à saisir.
«Il y a des limites à ce qu'on peut demander à la communauté universitaire. On a déjà fait un effort de 30 millions par année, ce qui n'est pas cosmétique», rétorque l'argentière de l'UQAM.
Gouvernance
La structure même de l'UQAM constitue par ailleurs aux yeux des comptables un obstacle à la réalisation d'un plan de retour à l'équilibre. «Les cadres et membres du conseil d'administration auquels [sic] la responsabilité incombe de mettre en place le plan de redressement sont les personnes mêmes qui en seront affectées au quotidien», écrivent les experts.
De plus, l'UQAM ne dispose pas, affirme-t-on dans le document, «de toute les ressources ni de l'expertise requise pour mener à bien un tel projet seule».
Ernst & Young reproche en outre à la direction de l'UQAM son manque de collaboration. La firme embauchée par l'UQAM pour l'accompagner dans ses démarches, PricewaterhouseCoopers, n'a eu qu'un accès partiel aux informations financières et au personnel de l'UQAM, selon la deuxième firme comptable mandatée par l'UQ. Déjà, en novembre dernier, PricewaterhouseCoopers soulignait la complexité du mode de gestion collégial de l'UQAM.
L'analyse de Ernst & Young s'inscrit dans la foulée du protocole convenu en septembre dernier entre l'UQAM, l'UQ et la ministre de l'Éducation. Celui-ci prévoyait que l'UQAM et PricewaterhouseCoopers produiraient un plan de redressement qui serait ensuite analysé par Ernst & Young pour le compte de l'UQ. Le plan et l'analyse de l'UQ seraient ensuite transmis à un comité de sages où siège notamment la directrice de la Grande Bibliothèque, Lise Bissonnette. Le tout, dans l'espoir d'arriver à un plan final de redressement.
Or, Ernst & Young estime que seuls le gouvernement et l'UQ ont respecté les termes de l'entente jusqu'à ce jour, l'UQAM n'ayant pas fourni de plan de retour à l'équilibre budgétaire complet. Cela s'avère mission impossible aux dires de l'UQAM.
«On essaie de travailler avec le gros bon sens. [...] Oui, on peut équilibrer comme on le ferait dans une entreprise normale qui ferait des profits, mais l'UQAM est là pour rendre des services», laisse tomber Mme Goyette.
Le budget de fonctionnement pour l'année 2008-09 comporte un léger déficit de moins d'un million. Toutefois, le déficit s'emballe à 19,5 millions lorsqu'on additionne les frais financiers reliés aux dérapages immobiliers et aux subventions conditionnelles retenues par Québec. L'UQ, qui doit approuver le budget de l'UQAM, a plutôt donné jeudi dernier une autorisation de dépenses jusqu'en décembre prochain.
Malgré les nombreuses mesures de redressement, l'UQAM estime qu'elle sera toujours aux prises avec un déficit annuel de 24,4 millions en 2011-12, principalement en raison des frais financiers liés à la construction du Complexe des sciences et du projet avorté de l'îlot Voyageur.
C'est la conclusion à laquelle arrive la firme Ernst & Young dans un document dont Le Devoir a obtenu copie et qui a été présenté jeudi dernier à l'Assemblée des gouverneurs du réseau de l'Université du Québec (UQ). À la lumière de cette analyse, les chefs d'établissement du réseau UQ ont refusé de considérer le document déposé par l'UQAM comme un plan de redressement.
D'entrée de jeu, l'analyse comptable constate que le problème demeure entier: «le plan de redressement ne prévoit pas de retour à l'équilibre». C'était pourtant la commande de la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, l'automne dernier.
En plus de ne pas atteindre l'objectif, l'UQAM est jugée sévèrement par Ernst & Young pour l'effort effectué jusqu'à présent. Les mesures mises de l'avant par l'UQAM sont encore à l'état de «pistes tout comme en juin 2007», peut-on lire dans le document daté du 22 mai. Plusieurs éléments du plan demandent à être complétés: «la documentation supportant la quantification des mesures», «l'échéancier détaillé d'implantation et d'exécution des mesures», «l'identification des responsables de l'implantation et du suivi des mesures» et «l'intégration des pistes de redressement identifiées dans un plan global».
À l'UQAM, on estime cette analyse quelque peu limitée. «Des comptables qui n'ont jamais travaillé dans le milieu universitaire ont peut-être besoin de plus de détails que d'autres personnes qui sont dedans», fait valoir la vice-rectrice à l'administration et aux finances, Monique Goyette, précisant que le budget de l'UQAM compte pas moins de 5000 postes différents, reliés les uns aux autres. Elle souligne l'importance du travail accompli à ce jour, alors que 150 mesures ont été mises en place touchant autant l'augmentation des revenus que la compression des dépenses.
«Oui, on s'est trompé sur le plan immobilier. Mais est-ce que l'UQAM est capable d'assumer et de rembourser elle-même l'ensemble de ses erreurs sans nuire à sa mission?», s'interroge Mme Goyette.
Si on ne s'en tenait qu'à une vision comptable, il faudrait retrancher 72,8 millions dans le budget en 2011-12 pour revenir à l'équilibre. Cela équivaudrait à une diminution de la masse salariale de l'ordre de 20 %, explique Mme Goyette qui écarte ce scénario de Ernst & Young. La firme considère le renouvellement des conventions collectives comme une «opportunité» à saisir.
«Il y a des limites à ce qu'on peut demander à la communauté universitaire. On a déjà fait un effort de 30 millions par année, ce qui n'est pas cosmétique», rétorque l'argentière de l'UQAM.
Gouvernance
La structure même de l'UQAM constitue par ailleurs aux yeux des comptables un obstacle à la réalisation d'un plan de retour à l'équilibre. «Les cadres et membres du conseil d'administration auquels [sic] la responsabilité incombe de mettre en place le plan de redressement sont les personnes mêmes qui en seront affectées au quotidien», écrivent les experts.
De plus, l'UQAM ne dispose pas, affirme-t-on dans le document, «de toute les ressources ni de l'expertise requise pour mener à bien un tel projet seule».
Ernst & Young reproche en outre à la direction de l'UQAM son manque de collaboration. La firme embauchée par l'UQAM pour l'accompagner dans ses démarches, PricewaterhouseCoopers, n'a eu qu'un accès partiel aux informations financières et au personnel de l'UQAM, selon la deuxième firme comptable mandatée par l'UQ. Déjà, en novembre dernier, PricewaterhouseCoopers soulignait la complexité du mode de gestion collégial de l'UQAM.
L'analyse de Ernst & Young s'inscrit dans la foulée du protocole convenu en septembre dernier entre l'UQAM, l'UQ et la ministre de l'Éducation. Celui-ci prévoyait que l'UQAM et PricewaterhouseCoopers produiraient un plan de redressement qui serait ensuite analysé par Ernst & Young pour le compte de l'UQ. Le plan et l'analyse de l'UQ seraient ensuite transmis à un comité de sages où siège notamment la directrice de la Grande Bibliothèque, Lise Bissonnette. Le tout, dans l'espoir d'arriver à un plan final de redressement.
Or, Ernst & Young estime que seuls le gouvernement et l'UQ ont respecté les termes de l'entente jusqu'à ce jour, l'UQAM n'ayant pas fourni de plan de retour à l'équilibre budgétaire complet. Cela s'avère mission impossible aux dires de l'UQAM.
«On essaie de travailler avec le gros bon sens. [...] Oui, on peut équilibrer comme on le ferait dans une entreprise normale qui ferait des profits, mais l'UQAM est là pour rendre des services», laisse tomber Mme Goyette.
Le budget de fonctionnement pour l'année 2008-09 comporte un léger déficit de moins d'un million. Toutefois, le déficit s'emballe à 19,5 millions lorsqu'on additionne les frais financiers reliés aux dérapages immobiliers et aux subventions conditionnelles retenues par Québec. L'UQ, qui doit approuver le budget de l'UQAM, a plutôt donné jeudi dernier une autorisation de dépenses jusqu'en décembre prochain.
Malgré les nombreuses mesures de redressement, l'UQAM estime qu'elle sera toujours aux prises avec un déficit annuel de 24,4 millions en 2011-12, principalement en raison des frais financiers liés à la construction du Complexe des sciences et du projet avorté de l'îlot Voyageur.
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