Vive demande pour des écoles ethnoculturelles
Projets d'école afrocentriste et de programme en études juives à Montréal
La demande est vive pour des écoles visant une clientèle ethnoculturelle particulière à la Commission scolaire English-Montréal (EMSB). Outre le projet d'école secondaire afrocentriste qui devrait être déposé d'ici la fin du mois, le maire de Côte-Saint-Luc, Anthony Housefather, caresse l'idée de proposer une école secondaire offrant une concentration en études juives.
Déjà, deux écoles primaires de l'EMSB offrent des projets pédagogiques à caractère ethnoculturel, soit une sur la culture italienne et l'autre sur la culture juive.
Un comité formé de cinq commissaires de l'EMSB entendra les 26 et 27 mai les propositions pour la création d'écoles ou de concentrations à vocation particulière. Le maire de Côte-Saint-Luc entend profiter de l'occasion pour convaincre la commission scolaire anglophone de rouvrir une école secondaire à Côte-Saint-Luc.
«Il manque une école secondaire publique à Côte-Saint-Luc. Il y a plusieurs écoles privées, mais aucune publique. C'est quand même la troisième municipalité de l'île de Montréal», explique M. Housefather. Soulignant que la première communauté en importance à Côte-Saint-Luc est la communauté juive, il suggère d'offrir une concentration axée sur la culture juive et peut-être une autre axée sur la culture italienne, puisque les Italiens forment le deuxième groupe en importance. Une telle école ne serait cependant pas destinée seulement aux élèves d'origine juive ou italienne.
Le maire jongle aussi avec l'idée d'offrir des programmes enrichis ou encore des programmes sport-étude, en mettant à contribution l'aréna municipal situé à proximité ou en construisant une piscine sur le terrain adjacent à l'école secondaire Wagar, qui accueillait jusque dans les années 1990 les élèves du coin. La nature du projet pédagogique qui sera privilégié par la commission scolaire lui importe cependant peu, pourvu que l'école secondaire soit rouverte.
Il en va autrement pour un groupe réunissant différents organismes représentant la communauté noire, le Comité d'action pour la création d'une école afrocentriste, qui entend déposer une demande à la Commission scolaire English-Montréal lors des audiences du 27 mai prochain. Le projet s'inspire de l'expérience torontoise, où le Conseil scolaire a donné le feu vert en janvier dernier à une école alternative afro-canadienne, qui ouvrira ses portes en septembre 2009.
«Notre communauté est ici depuis très longtemps et, pourtant, c'est comme si on n'était jamais là. Notre histoire, notre implication, notre sacrifice, avec l'esclavage au Québec et au Canada, ne sont jamais reconnus. Il est difficile dans ces conditions de développer une fierté chez les jeunes», explique le président de la Ligue des Noirs du Québec, Dan Phillip.
Il souligne que le taux de décrochage des jeunes Noirs, d'environ 50 %, est dramatique et que les difficultés économiques et sociales frappent davantage sa communauté, notamment en raison d'une forte proportion de familles monoparentales. Une école afrocentriste permettrait, selon M. Phillip, d'enseigner davantage l'histoire des Noirs et d'organiser davantage d'activités parascolaires. Bien qu'elle vise en premier lieu les Noirs, une telle école pourrait aussi admettre des élèves d'autres origines, précise M. Phillip. L'activiste réfute les critiques voulant qu'on confine ainsi les jeunes Noirs à des ghettos: «On parle plutôt de donner une fierté à ces jeunes, de développer leur sentiment d'appartenance.»
Déjà deux écoles primaires
La Commission scolaire English-Montréal s'abstient de se prononcer pour le moment sur la faisabilité ou la pertinence de telles écoles à vocation ethnoculturelle. «Pour le moment, on écoute et on pose des questions», fait valoir le porte-parole de l'EMSB, Michael Cohen.
La commission scolaire ne s'oppose cependant pas a priori au principe des écoles ayant un projet pédagogique lié à une communauté en particulier. En effet, il existe déjà deux écoles primaires de ce type au sein de la commission scolaire anglophone.
L'école primaire East Hill, à Rivière-des-Prairies, offre depuis l'an dernier un programme qui intègre 90 minutes par semaine de cours sur la culture et la langue italienne. L'école accueille une clientèle à 95 % d'origine italienne. Outre les cours en italien, la classe s'y déroule en français de la maternelle à la deuxième année, puis en anglais et en français par la suite.
Le scénario est semblable à l'école Royal Vale, qui offre un programme axé sur la culture juive. Notons cependant que seulement 40 % des élèves y sont d'origine juive. Ainsi, deux périodes par semaine sont consacrées à l'étude de la culture juive (jewish heritage studies). Les élèves qui n'y sont pas inscrits ont quant à eux accès pendant cette période à un programme enrichi en littérature anglaise.
«Ces deux écoles sont très populaires. Des parents campent même dans la cour d'école au moment de l'inscription, ce qui est plutôt rare puisque notre commission scolaire a perdu quelque 800 élèves l'an dernier», précise M. Cohen.
Réaction
Au cabinet de la ministre de l'Éducation, Michèle Courchesne, on se montre prudent au sujet du développement des écoles à vocation ethnoculturelle. On dit s'opposer à la création d'écoles qui seraient strictement réservées aux enfants d'une communauté en particulier. Cela dit, les écoles peuvent toutefois se doter d'un projet pédagogique particulier.
Le président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Réjean Parent, qui défend depuis belle lurette l'école commune, s'inscrit quant à lui en faux contre de telles demandes. «On va avoir des écoles de toutes les catégories tantôt si on embarque dans un pareil repli identitaire», déplore M. Parent. Il souligne que des études américaines ont montré récemment que les Afro-Américains ou les hispaniques réussissaient moins bien dans des écoles séparées.
Précisons que le projet de loi déposé mardi par la ministre de l'Éducation amendant la loi sur l'instruction publique sonnait le glas des contrats d'association entre les commissions scolaires et les écoles privées grecques. Cette disposition permettait de financer à 100 % les écoles privées Socrate et Démosthène plutôt qu'à 60 %. C'est d'ailleurs de la même disposition que voulaient se prévaloir les écoles privées juives en 2005.
Déjà, deux écoles primaires de l'EMSB offrent des projets pédagogiques à caractère ethnoculturel, soit une sur la culture italienne et l'autre sur la culture juive.
Un comité formé de cinq commissaires de l'EMSB entendra les 26 et 27 mai les propositions pour la création d'écoles ou de concentrations à vocation particulière. Le maire de Côte-Saint-Luc entend profiter de l'occasion pour convaincre la commission scolaire anglophone de rouvrir une école secondaire à Côte-Saint-Luc.
«Il manque une école secondaire publique à Côte-Saint-Luc. Il y a plusieurs écoles privées, mais aucune publique. C'est quand même la troisième municipalité de l'île de Montréal», explique M. Housefather. Soulignant que la première communauté en importance à Côte-Saint-Luc est la communauté juive, il suggère d'offrir une concentration axée sur la culture juive et peut-être une autre axée sur la culture italienne, puisque les Italiens forment le deuxième groupe en importance. Une telle école ne serait cependant pas destinée seulement aux élèves d'origine juive ou italienne.
Le maire jongle aussi avec l'idée d'offrir des programmes enrichis ou encore des programmes sport-étude, en mettant à contribution l'aréna municipal situé à proximité ou en construisant une piscine sur le terrain adjacent à l'école secondaire Wagar, qui accueillait jusque dans les années 1990 les élèves du coin. La nature du projet pédagogique qui sera privilégié par la commission scolaire lui importe cependant peu, pourvu que l'école secondaire soit rouverte.
Il en va autrement pour un groupe réunissant différents organismes représentant la communauté noire, le Comité d'action pour la création d'une école afrocentriste, qui entend déposer une demande à la Commission scolaire English-Montréal lors des audiences du 27 mai prochain. Le projet s'inspire de l'expérience torontoise, où le Conseil scolaire a donné le feu vert en janvier dernier à une école alternative afro-canadienne, qui ouvrira ses portes en septembre 2009.
«Notre communauté est ici depuis très longtemps et, pourtant, c'est comme si on n'était jamais là. Notre histoire, notre implication, notre sacrifice, avec l'esclavage au Québec et au Canada, ne sont jamais reconnus. Il est difficile dans ces conditions de développer une fierté chez les jeunes», explique le président de la Ligue des Noirs du Québec, Dan Phillip.
Il souligne que le taux de décrochage des jeunes Noirs, d'environ 50 %, est dramatique et que les difficultés économiques et sociales frappent davantage sa communauté, notamment en raison d'une forte proportion de familles monoparentales. Une école afrocentriste permettrait, selon M. Phillip, d'enseigner davantage l'histoire des Noirs et d'organiser davantage d'activités parascolaires. Bien qu'elle vise en premier lieu les Noirs, une telle école pourrait aussi admettre des élèves d'autres origines, précise M. Phillip. L'activiste réfute les critiques voulant qu'on confine ainsi les jeunes Noirs à des ghettos: «On parle plutôt de donner une fierté à ces jeunes, de développer leur sentiment d'appartenance.»
Déjà deux écoles primaires
La Commission scolaire English-Montréal s'abstient de se prononcer pour le moment sur la faisabilité ou la pertinence de telles écoles à vocation ethnoculturelle. «Pour le moment, on écoute et on pose des questions», fait valoir le porte-parole de l'EMSB, Michael Cohen.
La commission scolaire ne s'oppose cependant pas a priori au principe des écoles ayant un projet pédagogique lié à une communauté en particulier. En effet, il existe déjà deux écoles primaires de ce type au sein de la commission scolaire anglophone.
L'école primaire East Hill, à Rivière-des-Prairies, offre depuis l'an dernier un programme qui intègre 90 minutes par semaine de cours sur la culture et la langue italienne. L'école accueille une clientèle à 95 % d'origine italienne. Outre les cours en italien, la classe s'y déroule en français de la maternelle à la deuxième année, puis en anglais et en français par la suite.
Le scénario est semblable à l'école Royal Vale, qui offre un programme axé sur la culture juive. Notons cependant que seulement 40 % des élèves y sont d'origine juive. Ainsi, deux périodes par semaine sont consacrées à l'étude de la culture juive (jewish heritage studies). Les élèves qui n'y sont pas inscrits ont quant à eux accès pendant cette période à un programme enrichi en littérature anglaise.
«Ces deux écoles sont très populaires. Des parents campent même dans la cour d'école au moment de l'inscription, ce qui est plutôt rare puisque notre commission scolaire a perdu quelque 800 élèves l'an dernier», précise M. Cohen.
Réaction
Au cabinet de la ministre de l'Éducation, Michèle Courchesne, on se montre prudent au sujet du développement des écoles à vocation ethnoculturelle. On dit s'opposer à la création d'écoles qui seraient strictement réservées aux enfants d'une communauté en particulier. Cela dit, les écoles peuvent toutefois se doter d'un projet pédagogique particulier.
Le président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Réjean Parent, qui défend depuis belle lurette l'école commune, s'inscrit quant à lui en faux contre de telles demandes. «On va avoir des écoles de toutes les catégories tantôt si on embarque dans un pareil repli identitaire», déplore M. Parent. Il souligne que des études américaines ont montré récemment que les Afro-Américains ou les hispaniques réussissaient moins bien dans des écoles séparées.
Précisons que le projet de loi déposé mardi par la ministre de l'Éducation amendant la loi sur l'instruction publique sonnait le glas des contrats d'association entre les commissions scolaires et les écoles privées grecques. Cette disposition permettait de financer à 100 % les écoles privées Socrate et Démosthène plutôt qu'à 60 %. C'est d'ailleurs de la même disposition que voulaient se prévaloir les écoles privées juives en 2005.
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