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Courchesne renforce son autorité

Les commissions scolaires auront des objectifs à atteindre

Clairandrée Cauchy   14 mai 2008  Éducation
La ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, renforce son autorité sur les commissions scolaires en concluant avec elles des «conventions de partenariat» qui établiront des objectifs, des cibles à atteindre et les moyens d'y parvenir. Québec pourrait même, si le projet de loi déposé hier est adopté, imposer des mesures aux commissions scolaires pour remplir la commande.

Les commissions scolaires devront quant à elles conclure des ententes similaires chaque année avec les directeurs d'école, appelées «ententes de gestion et de réussite éducative». Les ententes préciseront notamment les ressources dont dispose chaque école et les moyens mis en oeuvre pour atteindre les cibles.

Le projet de loi créant ce nouveau mécanisme de reddition de comptes fait suite au Forum sur la gouvernance scolaire tenu en février dernier. La ministre se dote ainsi d'une emprise plus importante sur les commissions scolaires. «On veut qu'il y ait un fil conducteur qui parte de l'État vers la commission scolaire et qui soit ensuite déployé jusqu'aux écoles», a expliqué la ministre Courchesne en rendant public hier son projet de loi.

Le nouveau processus découle en quelque sorte d'un constat d'impuissance du gouvernement quant à sa capacité de faire appliquer ses orientations, comme en témoignent les difficultés récentes à mettre en place le bulletin chiffré. «La ministre, le gouvernement, prend une décision et elle n'a aucune conviction, aucun moyen de s'assurer que cela se rend jusque dans la classe. Je veux que cela se rende dans la classe. Cela va partir d'en haut et cela va redescendre jusqu'en bas», a fait valoir Mme Courchesne au cours d'un entretien téléphonique.

L'attitude des associations de directeurs d'école, qui ont avoué candidement à la ministre ne pas se sentir liées par les planifications stratégiques des commissions scolaires, a fait déborder le vase et convaincu Mme Courchesne de serrer la vis. «Cela m'a jetée par terre. [...] Imaginez l'enseignante dans sa classe, qui elle écoute. Il faut recréer le lien positif et constructif entre la commission scolaire et l'école. Et, oui, la ministre va être en haut et va se donner un pouvoir de suivi, de surveillance... », a poursuivi Mme Courchesne, qui assure toutefois qu'elle mise d'abord et avant tout sur le dialogue et le partenariat et qu'elle n'imposera des mesures que dans des cas «exceptionnels».

Les conventions de partenariat avec la ministre seront conclues pour trois ans, mais elles feront l'objet d'une reddition de comptes annuelle.

Par ce nouveau processus, la ministre espère ainsi rendre plus transparente la gestion des commissions scolaires et que les parents seront mieux informés des ressources allouées à chacune des écoles. Les conventions avec les commissions scolaires pourront ainsi tenir compte des enjeux spécifiques à chaque région, ajoute-t-elle. Précisons par ailleurs que les écoles ne seront plus autorisées à garder des bas de laine et devront plutôt retourner les sommes non dépensées à la commission scolaire à la fin de l'année, à moins d'une entente particulière.

Québec compte par ailleurs obliger les commissions scolaires à créer un poste de protecteur de l'élève, qui entendra les plaintes reliées aux services offerts (ou non) à l'élève. La nature des plaintes qui pourront ainsi être entendues sera balisée par règlement. «On ne pourra pas se plaindre que notre enfant est assis à l'arrière de la classe», a illustré la ministre, reconnaissant que les parents d'élèves en difficulté pourraient avoir là une meilleure prise pour s'assurer que leur enfant ait droit aux services requis.

Démocratie scolaire

Le projet de loi apporte par ailleurs des modifications au processus électoral, pour rafraîchir la démocratie scolaire, mal en point comme en témoigne le taux de participation anémique de 8 % observé aux dernières élections scolaires. Ainsi, le président de la commission scolaire sera élu au suffrage universel. Le nombre de circonscriptions électorales sera par ailleurs limité entre 7 et 14 selon les régions (alors qu'il y en a actuellement plus de 20 dans certaines régions). Le projet de loi prévoit cependant l'ajout d'un troisième commissaire parent ainsi que celui de deux membres issus de la communauté, qui n'auront cependant pas le droit de voter au conseil des commissaires.

Cela dit, le plat de résistance au chapitre du système électoral scolaire devra attendre à l'automne, au plus tôt. La ministre espère convaincre d'ici là les représentants municipaux de la pertinence de tenir les élections scolaires et municipales de façon simultanée, ce à quoi ils se montrent pour l'instant réticents. Des modifications au sujet du financement des élections scolaires sont aussi en vue. «Je veux une vraie démocratie scolaire. Cela prend des vraies élections, des vrais moyens, des vraies dépenses, un vrai financement, une vraie possibilité de défendre des enjeux», a plaidé Mme Courchesne, précisant que de telles mesures exigent plus d'une centaine d'amendements à la Loi sur les élections scolaires.

Réaction

Le projet de loi a été accueilli sans grande surprise très froidement par l'Action démocratique du Québec, qui prône l'abolition pure et simple des commissions scolaires. «L'éléphant a accouché d'une souris», a lancé le critique adéquiste François Desrochers, qualifiant les changements apportés de «cosmétiques». Il décrie cette nouvelle «centralisation» des pouvoirs entre les mains de la ministre.

Le Parti québécois, entre les mains de qui repose le sort de ce projet de loi, s'est quant à lui abstenu de tout commentaire hier, préférant l'analyser plus en détail.

Les principales intéressées, les commissions scolaires, ont quant à elles poussé un très léger soupir de soulagement hier, puisque leur existence n'est pas remise en cause et que le projet de loi précise même un peu mieux leur mission. Cela dit, la Fédération des commissions scolaires éprouve cependant plusieurs malaises. L'idée de voir la ministre s'octroyer le pouvoir d'intervenir directement dans la gestion des commissions scolaires ne sourit guère. Le président de la FCSQ, André Caron, observe une «discordance» entre la volonté de renforcer la démocratie scolaire et le pouvoir accru de Québec.

La FCSQ s'oppose également à la nomination de deux membres de la communauté au conseil des commissaires. «On pense qu'il y a déjà l'expertise nécessaire autour de la table pour faire le travail. Cela ne nous apparaît pas pertinent qu'il y ait deux catégories de commissaires, les élus qui font du porte à porte et ceux qui n'ont qu'un peu de lobby à faire pour se faire nommer», tranche M. Caron.

La Fédération québécoise des directeurs d'établissement, qui brandissait d'ailleurs hier matin un sondage montrant que les deux tiers des Québécois estiment que les écoles québécoises n'ont pas suffisamment de marge de manoeuvre, est quant à elle fort déçue des orientations de la ministre. «C'est une réponse politique et bureaucratique au problème de la gouvernance», a tranché le président de la FQDE, Serge Morin. Il réclame plutôt une plus grande autonomie pour les écoles et leur affranchissement des commissions scolaires, du moins pour tout ce qui concerne la pédagogie.
 
 
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  • Jacques Morissette
    Abonné
    mercredi 14 mai 2008 08h45
    La démocratie, est-ce la population qui peut se faire entendre ou nos politiciens qui l'imposent?
    La participation à l'élection scolaire de 8% est un peu comme à l'image du taux des élections de lundi d'environ 34%. La participation anémique, comme vous le dites, est peut-être le reflet d'une certaine réalité. Qui des politiciens ou des gens ordinaires vivent le plus dans la réalité au quotidien? La réponse reste à savoir.

    J'ai l'impression que la société occidentale vit une certaine transition. Je ne suis pas sûr que nos politiciens en soient vraiment conscients? Nos politiciens, alors qu'ils veulent s'accrocher à leur propre réalité, vont devoir de plus en plus imposer leur façon de voir auprès de la population. Certains de nos politiciens, à leur attitude, se comportent un peu comme s'ils étaient des parents autoritaires qui comprennent mal la population qu'ils voient un peu comme des enfants. La réalité des uns ne coïncide cependant pas toujours avec la réalité des autres.

    Je trouve cela bien malheureux. La démocratie va-t-elle devoir sortir le bâton plutôt que la carotte pour se faire entendre? Actuellement, la Ministre de l'éducation, Mme Courchesne en est encore à la carotte. Il ne faudrait pas que nos politiciens se prennent pour des metteurs en scène du quotidien de la population. Le film de la réalité au quotidien dans le monde de l'éducation, ce sont les parents, les enfants, les professeurs qui la vivent ou qui la subissent.

  • Josee Sabourin
    Inscrite
    mercredi 14 mai 2008 10h48
    La politique du "Band-Aid"
    Le problème en éducation est complexe et profond. Je pourrais difficilement en faire le tour dans un petit commentaire mais cette dernière annonce de la ministre Courchesne m'a interpellé...

    J'enseigne au secondaire depuis maintenant 17 ans. Je suis donc assez au courant de ce qui se passe dans les classes et dans les écoles. Je peux affirmer, sans même avoir le sentiment d'exagérer, que la situation s'est non seulement détériorée depuis quelques années, mais que s'en est maintenant rendu au point d'être critique.

    Je suis de très près les politiques de Mme Courchesne et force est de constater que pratiquement toutes les mesures annoncées jusqu'ici ajoute ou restructure les "ressources" partout sauf où les problèmes sont vécus. C'est comme si on essayait d'ajouter un autre "Band-Aid" sur une lésion cancéreuse... Des nouveaux conseillers pédagogiques par ici, une dictée par jour par là, des ententes de gestion et de réussite (qui existe déjà d'ailleur...) et pourquoi pas une autre instance pour les plaintes diverses.

    Si on prennait juste la peine d'enlever toutes ces "couches" de solutions inefficaces pour regarder directement les problèmes réels et graves du système tel qu'il est devenu après des années de compressions budgétaires. Si la ministre y regardait vraiment de plus près, elle verrait: des classes qui sont à la fois surchargées (jusqu'à presque 40 élèves au secondaire) d'élèves avec des problèmes de plus en plus difficiles à gérer (et nous n'en sommes qu'au début de l'intégration), une exode des élèves "ordinaires" vers le privé ou des programmes spéciaux, des enseignants démunis et non préparés à affronter cette nouvelle réalité et une sérieuse crise qui se prépare.

    Je crois qu'il lui reste une ou deux annonces à faire avant la fin de cette année scolaire. J'espère franchement y voir enfin l'ombre d'une solution qui sera me redonner espoir.

    Bonne chance à vous tous qui travaillé dans le secteur de l'éducation...

    Josée Sabourin, enseignante en sciences.

  • Lorraine Doucet
    Inscrite
    mercredi 14 mai 2008 13h25
    Une femme qui prend les commandes du «Bouldozeur» pour tous nos enfants du Québec, félicitations Mme Michèle Courchesne
    Un simple mot, Mme Courchesne, merci pour tous nos enfants du Québec!
    Vous avez, en peu de temps, compris le problème que vive les parents du Québec avec l'organisme publique, les commissions scolaires. L'application de la loi sur l'imputabilité, la reddition de compte et la transparence a été omise de la part des commissaires et des directeurs généraux.
    Merci de remettre de l'ordre dans cette organisation publique qui, pour plusieurs et non pour l'ensemble des commissions scolaires, a oublié que leur mission est d'offrir des services de qualité à tous les citoyens du Québec, soit nos enfants mineurs du Québec.
    LDoucet, Montréal

  • Chris Eustace
    Abonné
    mercredi 14 mai 2008 14h30
    More effort needed
    It's unfortunate that Education Minister,Michelle Courchesne did not take into account the findings of the recent Leger poll commissioned by the federation of Quebec school principals.

    Bill 88 did not really consider that 92.3 per cent of Quebecers felt that teachers and the heads of schools know what is best for students.

    Also it seems that not too much consideration was given to the finding that 80% of Quebecers think that the autonomy of schools would best serve the needs of the students.

    On the English side no one is questioning the reason for a Spring Conference of the Quebec English School Boards Association at the Chateau Frontenac, in Quebec City this weekend - if all commissioners attend will cost up to $250,000. And to do what? Answer: To launch yet another forum on school board governance.
    (More details: www.qesba.qc.ca) So much for accountability of taxpayer's money....

    Then you have the Lester B.Pearson School Board that is presently consulting the community on a proposed revised Code of Ethics. It is nothing more than a code of silence....Read last week's Gazette newspaper article.. (the best way is go to www.acdsa.org - scroll down a bit)...So much for democracy and transparency....What a disgrace!

    I am a retired teacher with grandchildren in the public school system. In the past 10 years I have attended and participated, by asking questions, at dozens of school board meetings (sometimes I was "the public") Check the "minutes" at www.lbpsb.qc.ca...

    I think Madame Courchesne should put her foot down a lot harder, and to remember that school boards own buildings but the schools belong to the students, parents, teachers, school principal and so on...
    I also think that Pauline Marois, leader of the PQ, who created this present structure of school boards and who promised in 1997 to review it, should help out to improve the system....

    I am not qualified to speak for the French sector but this negligence, arrogance and extravagance of the English boards must end.

    Chris Eustace,
    Pierrefonds,QC

  • Patrick Lépine
    Inscrit
    mercredi 14 mai 2008 14h42
    travaillez oui...
    J'espère que la ministre sera sensible aux commentaires de mme Sabourin qui démontre clairement son état d'épuisement. État qui lui fait même oublier les règles les plus élémentaires de grammaire...

    À tous ceux qui travaillent dans nos écoles primaires ou secondaires, continuez de prendre à coeur votre travail, et donnez le bon exemple aux élèves et étudiants.

  • Roland Berger
    Abonné
    mercredi 14 mai 2008 15h05
    Au pas !
    Les commissions scolaires ne disparaîtront pas. Ainsi en a décidé la ministre Courchesne, s'inspirant des débats du Forum de la gouvernance scolaire tenu à sa demande en février dernier. Elle tente plutôt de les mettre au pas, pour qu'elles deviennent, sans doute par l'intermédiaire des directions régionales, dont elle ne parle pas, des courroies de transmission des politique de son ministère. Quant aux écoles, ou plutôt aux directions d'école, non seulement elles ne pourront plus faire à leur tête, mais ces mêmes commissions scolaires les obligeront à rendre des comptes sur leur gouvernance.
    Pour qui connaît le milieu scolaire public québécois, il s'agit d'une petite révolution interne. Cette dernière fera-t-elle que les programmes d'études du ministère de l'Éducation s'appliqueront tels que conçus par le ministère ? Si oui, ce dernier prendra-t-il enfin le temps de les expérimenter dans des vraies écoles et des vraies classes avant d'en imposer l'application ? Qui, dans les commissions scolaires, aura l'autorité de voir à ce qu'ils soient appliqués correctement ? Les directions d'école issues pour un très grand nombre de l'enseignement des spécialités, notamment l'éducation physique ?
    Pauvre Madame Courchesne !
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario

  • Josee Sabourin
    Inscrite
    mercredi 14 mai 2008 15h20
    Merci...
    J'ai décidé d'écrire ce commentaire pour donner mon point de vue de façon spontanée et sans prétention. C'est la première fois que j'osais le faire. J'ai relu très rapidement mon texte et j'ai vu mes erreurs un peu trop tard. Je m'en excuse... Mais j'aurais préféré recevoir un autre genre de réponse que celle là qui est plus humiliante qu'autre chose.

  • Richard Larouche
    Inscrit
    mercredi 14 mai 2008 21h46
    Démocratie???
    Il y a en effet une discordance majeure entre la soi-disant volonté de renforcer la démocratie scolaire de la ministre et sa soif de pouvoir qui la conduit à vouloir contrôler davantage les écoles. Elle est en train de tuer l'UQAM en imposant un redressement financier qui ne pourrait se faire sans argent neuf, faute de quoi la qualité de l'enseignement sera fortement compromise.

    Qu'elle ne prenne pas les citoyens pour des idiots en réduisant le concept de la démocratie scolaire au taux de participation lors des élections dans les commissions scolaires.

    Elle a clairement mentionné sa volonté d'imposer son contrôle aux écoles et, pareille stratégie de type "top down" a peu de chance d'apporter des résultats probants.

    Vraiment, Mme la ministre est en train de saboter le système d'éducation québécois en le gérant comme une business et non comme une institution visant à former de meilleurs citoyens. Quel gâchis!

  • Eric Barnabé
    Inscrit
    lundi 19 mai 2008 21h15
    En route vers les régies régionales de l'éducation
    Mme Courchesne semble vouloir instaurer des RRSSS en éducation. Son dernier projet est de mettre en tutelle les commissions scolaire en leur donnant des balises très strictes. Ça ressemble étrangement aux régies régionales de la santé.

    Vous savez, celles qui:
    Oublient d'acheter les meubles du centre mère-enfant du CHUL (95M$)
    Déménage des patients du dernier étage de l'Hôtel-Dieu de Québec pour se faire des bureaux tout en achetant un bain orthopédique de 25,000$ pour ces patients et qui n'a pas le budget (1500$) pour connecter le dit bain
    Fait construire un centre d'oncologie face à l'Hôtel-Dieu de Québec prêt en mai mais dont le budget de fonctionnement n'est pas encore voté. S'ils ont donné le contrat de construction, il me semble qu'il devaient savoir quand il serait prêt.
    Le siège social actuel de la RRSSS de Québec a été construis au coût d'environ 7M$ pendant qu'une équipe médicale complète attendait un budget de 6M$ pour ouvrir le nouveau bloc opératoire de l'Hôpital Laval, comme si 3,000 pc de bureau ne se trouve pas dans Québec..
    Il y a aussi ce directeur de l'Hôpital de St-Hyacinthe qui n'est pas au courant qu'il y a 14 morts dans son hôpital car il laisse ces détails ente les mains de ses adjoints.
    A Montréal, ça niaise depuis au moins 10 ans sur L'EMPLACEMENT d'un hôpital de 1000 lits.

    L'avenir de nos enfants est entre bonne main maintenant, c'est certain.

    Eric Barnabé

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