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Miroir, miroir...

Vus d'ici, les élèves québécois riment avec catastrophe. Difficultés, retards, échecs, décrochage: la note générale laisse un goût amer. Curieusement, vus d'ailleurs, nos petits cancres s'élèvent au rang de conquérants, dominant littéralement les classements. Miroir, miroir, qui dit vrai?

Lorsque l'on se regarde, on se désole. Lorsque l'on se compare, on se console. Voilà une maxime qui colle aux résultats en lecture, mathématiques et sciences obtenus par des élèves québécois. Soumis au Programme pancanadien d'évaluation (PPCE) orchestré par le Conseil des ministres de l'Éducation du Canada (CMEC), nos disciples âgés de 13 ans ont brillé.

Voguant contre une impression générale de morosité, les Québécois testés au printemps 2007 ont fracassé tous les records et déclassé les autres provinces canadiennes. Un autre «mystère» Québec?

Pour le président du CMEC, Kelly Lamrock, ministre de l'Éducation du Nouveau-Brunswick, l'explication tient en partie au choix «dynamique» du Québec d'investir dans la petite enfance et d'encourager l'intervention précoce. Dans le Globe and Mail, le success story du Québec fut justifié d'une manière que bien peu chez nous ont hasardée: et si la fameuse réforme scolaire expliquait une partie de ce triomphe?

Au Québec, honni soit celui qui oserait formuler un tel rapport de cause à effet! Même si elle utilise à satiété le thème de la réussite des élèves pour soutenir nombre de ses revendications, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) a réagi avec... retenue au succès des Québécois. Son message? Que l'on arrête donc de «se péter les bretelles» pour se concentrer plutôt sur les tares et fléaux de l'école! Le syndicat d'enseignants a promptement étouffé le moindre lien — «pernicieux» — à établir entre cette réussite et la réforme. Et pourtant! Lorsque des épreuves internationales ont laissé croire dans le passé à un essoufflement des troupes, certains, dont la CSQ, n'ont pas hésité à placer la réforme au banc des accusés.

Même la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, n'a pas osé les cris et les vivats. Son attaché de presse a parlé de «signes encourageants» et a promis davantage lorsque tomberaient «les résultats d'une analyse plus approfondie». Là où le ministre de l'Éducation du Nouveau-Brunswick et le Globe and Mail ont tenté d'expliquer la performance de nos élèves, chez nous, c'est motus et bouche cousue.

Ce silence ministériel s'explique, et bien tristement. Il tient au fait que l'on ne possède aucune donnée fiable permettant de faire valoir, sans risque de se tromper, l'impact de la réforme sur les apprentissages des élèves québécois du primaire et du secondaire. À défaut de pouvoir démontrer ce lien inextricable, mieux vaut donc rester de marbre.

Cela est-il possible? Le ministère de l'Éducation vient à peine de produire le document qui annonce l'évaluation de la mise en oeuvre de la réforme au secondaire. En somme, un dispositif destiné à mesurer l'impact des changements sur les apprentissages des élèves, notamment en soumettant des groupes témoins «avant» et «après» à des évaluations.

Bien que cela relève de la plus pure logique et de l'essentiel en matière d'évaluation des réformes, le dispositif en question arrive trop tard. Pour les enfants du primaire qui expérimentent les changements depuis 1999, aucune mesure objective ne subsiste. Et vogue l'impressionnisme!

Bien sûr, chaque évaluation présentera toujours ses faiblesses, le PPCE comme les autres. Mais ces mesures de la réussite de nos élèves composent somme toute un portrait qui renvoie à autre chose qu'une sempiternelle maussaderie minant l'entrain des troupes. Recevons ces résultats pour ce qu'ils sont: un succès qui n'invite guère à se reposer sur ses lauriers mais plutôt à redoubler d'ardeur.

***

machouinard@ledevoir.com






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  • Guy Archambault
    Abonné
    lundi 5 mai 2008 05h29
    La mauvaise foi de la CSQ
    « Bien dit. Lorsqu'un mini-sondage auprès des enseignants ou des parents révèle de l'insatisfaction sur certains aspects mineurs de la réforme (v.g. le bulletin), les enseignants de secondaire crient au désastre pour l'ensemble de la réforme. Lorsqu'une enquête indépendante souligne la réussite des élèves issus de la réforme implantée au primaire, ces mêmes enseignants mettent en doute la méthodologie de cette enquête.

    Les enseignants du secondaire sont biaisés car ils sont encrassés dans leurs méthodes pédagogiques issus de la période dogmatique où la seule façon d'apprendre était celle où l'on apprenait tout comme on apprenait le petit catéchisme, le par-coeur, avec toute l'obéissance et la soumission requise à l'ordre établi. Les enseignants du secondaire s'attendent d'abord et avant tout que leurs élèves leurs soient soumis et obéissants devant la seule approche qu'ils pratiquent, celle du cours magistral, magistral comme dans magistère de l'Église ou de la CSQ.

    Tant que la réforme n'était appliquée qu'au primaire et au collégial, les enseignants du secondaire se sont tus et ont travaillé dans l'ombre pour qu'elle n'atteigne pas leurs rivages. Maintenant qu'elle est dans leur zone, ils cherchent par tous les moyens à la déblayer de leur territoire et crie à l'incompétence des arbitres lorsque ceux-ci déclarent
    leur déblayage hors-jeu.

    Toute opinion au sujet de la réforme en provenance des enseignants du secondaire devrait être considérée pour ce qu'elle est, du pleurnichage de Franquistes et de Salazaristes nostalgiques du pouvoir absolu que détenaient leurrs profs en classe dans leur temps.

    Guy Archambault »

  • Claude Smith
    Abonné
    lundi 15 décembre 2008 09h34
    Pourrions-nous nous permettre d'être fiers !
    « Je suis d'accord avec la conclusion de votre article en ce sens qu'il s'agit là d'un succès qui invite à redoubler d'ardeur tout en nous permettant d'être fiers du résultat accompli.

    Quant à la réforme, je suis d'avis qu'elle a sa raison d'être et que les enseignants et enseignantes vont avec le temps, devenir des plus en plus compétents et compétentes dans son application. En effet, elle est beaucoup plus exigeante et complexe parce qu'il faut constamment arrimer les connaissances et les compétences au réel, ce qui demande entre autres une bonne dose de créativité. On est a l'époque du café instantané où il faudrait que tous les enseignants appliquent cette réforme en criant lapin. Est-ce que nous pourrions prendre le temps de...?

    Claude Smith
    claude-francoise@videotron.ca »

  • Georges Pagé
    Abonné
    vendredi 19 décembre 2008 16h57
    Merci au journal Le Devoir
    « Ce texte de Mme Chouinard est réconfortant. Nous traversons des temps difficiles: nous sommes en pleine révolution industrielle depuis la fin des années quatre-vingt. Celle-ci a cette particularité de s'attaquer à notre structure sociale et nous n'avons pas encore trouvé la manière de faire pour pour contrer ces effets néfastes. Des experts nous disent qu'en 1990 la quantité de savoir doublait tous les cinq ans! En 1956, Polytechnique formait quatre sortes d'ingénieurs; aujourd'hui il en forme treize sortes. Pourtant il n'y a toujours qu'un seul secondaire un! Pas surprenant qu'il faille réformer le système. La CSQ devrait diffuser ces savoirs auprès de ses membres. »

  • Benoît Leblanc
    Inscrit
    vendredi 9 janvier 2009 15h13
    Gare à la surenchère!
    « Il y a lieu de se féliciter du succès de nos étudiants, mais il faudrait faire attention avant de déclarer tout de go que "les Québécois testés au printemps 2007 ont fracassé tous les records et déclassé les autres provinces canadiennes". Le rapport du PPCE montre bien que le Québec se classe au-dessus de la moyenne nationale en lecture, en mathématiques et en sciences, mais dans ce dernier domaine l'Alberta a quand même obtenu un résultat de loin supérieur à celui du Québec.

    J'attribuerais moins le succès enviable des petits Québécois en lecture à la réforme scolaire qu'à l'importance accordée au français depuis quelques années. Nos professeurs ne font pas que se tourmenter à propos de bulletins incompréhensibles: ils trouvent le moyen d'enseigner les matières de base à nos enfants dans un contexte ou l'acquisition de conaissances est devenue anathème (au profit du nébuleux "développement des compétences") et où l'évaluation des compétences transversales (bien intentionnée mais très subjective) grignote un temps précieux. Je crois que ce succès leur revient à eux, et non à une réforme presque universellement décriée et qui a été imposée avant même que son évaluation ne soit terminée. »

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