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Colloque sur le taxage et l'intimidation à l'école - Un enfant sur dix est victime de «violence propre»

Marie-Andrée Chouinard   22 janvier 2003  Éducation
Photo : Jacques Nadeau
Le taxage et l'intimidation sont victimes du grand silence qui les entoure. Un colloque, organisé par le MEQ sur ces deux sujets préoccupants, permettra-t-il de démythifier les réalités qui s'y rattachent?

L'intimidation, cette «violence propre» qui, parce qu'elle est moins visible, est plus sournoise que le taxage, serait le lot de 10 % des enfants dans nos écoles, touchés par cette forme de rejet au moins une fois par semaine.

Alors que s'ouvre aujourd'hui à Montréal un colloque sur l'intimidation et le taxage à l'école, sous la baguette du ministère de l'Éducation, voilà ce que lance dans l'arène le psychologue scolaire Richard Gagné, secrétaire de l'Association des psychologues scolaires du Québec et l'un des intervenants qui participeront à cet événement public.

«Quand on parle d'intimidation, on parle de 10 % des enfants, dans toutes les écoles, qui, à toutes les semaines, vivent du rejet, du mépris, des menaces, de l'exclusion», explique Richard Gagné, psychologue scolaire rattaché à la Commission scolaire du Val-des-Cerfs, à Granby. Ignorance des adultes, silence des enfants, souffrance des victimes, les réalités de l'intimidation au Québec sont soit méconnues, soit incomprises.

«C'est une "violence propre", l'intimidation, c'est-à-dire que ça ne dérange pas les adultes du tout, explique M. Gagné. Les enfants ne saignent pas, l'école est "clean", les enfants ne brisent rien. C'est comme s'ils avaient trouvé le moyen de ne pas se faire prendre, parce que ça ne dérange pas l'ordre public.»

Le Québec doit encore faire des pas de géant, ne serait-ce que pour informer les gens — parents, personnel scolaire, jeunes agresseurs et leurs victimes — de ce qu'est l'intimidation. «On en est encore aux balbutiements, mais les choses sont en train de changer», explique Richard Gagné, qui sillonne les écoles de sa commission scolaire et rencontre des enfants victimes d'intimidation.

Ici, les statistiques nationales sont inexistantes pour cerner le phénomène, victime du grand silence qui l'entoure. Une récente enquête menée par le ministère de la Sécurité publique avait ciblé uniquement le taxage, qui est ni plus ni moins un vol fait sous la menace. Un vaste sondage auprès de quelque 16 000 jeunes avait permis d'établir que 62 % d'entre eux se disaient touchés — de près ou de loin — par le taxage.

«Au Québec, c'est le taxage qui nous sert de porte d'entrée pour parler d'intimidation, parce que c'est ce qu'on a connu dans certaines écoles», poursuit M. Gagné. Ailleurs, comme en Angleterre, c'est le suicide qui est le plus fréquemment associé à l'intimidation car c'en est une des conséquences les plus désastreuses.

«Nous demandons depuis longtemps d'obtenir des statistiques par le bureau du coroner sur la présence de l'intimidation dans les causes liées au suicide», explique M. Gagné en parlant ici des revendications de l'Association des psychologues scolaires du Québec. «Ce serait une manière de mieux cerner le problème.»

En Angleterre et aux États-Unis, des événements tragiques liés de près ou de loin à l'intimidation ont causé le suicide ou l'assassinat de jeunes élèves, ce qui a spontanément sensibilisé l'opinion publique à l'ampleur du phénomène — là-bas identifié comme le bullying — et permis des actions concrètes et rapides.

Aux États-Unis, la Géorgie a voté une loi anti-bullying en 1999 à la suite du décès d'un jeune garçon de 13 ans, Josh Belluardo, frappé à la tête par un autre élève à la sortie de l'autobus scolaire. Le drame, survenu en 1998, a fait l'objet d'une telle attention publique que le gouvernement a légiféré, instituant une règle qui permet désormais la suspension d'un élève après deux incidents rapportés de bullying.

En Angleterre, elle aussi échaudée par des événements malheureux, on parle désormais de «bullycide» pour désigner les suicides causés par l'intimidation. On évoque même la donnée de 16 suicides par année directement liés au schoolbullying.

Au Québec, le phénomène de la violence à l'école fait l'objet de diverses mesures locales, dont certaines seront discutées et présentées lors du colloque, aujourd'hui et demain. La Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) a résolu à son conseil général du début décembre d'attaquer le problème à la source et de demander que des actions soient posées pour diminuer la télédiffusion de la violence auprès des jeunes.

Dans une résolution adoptée par l'ensemble des 61 commissions scolaires francophones, qui tient compte des conséquences néfastes de la «téléviolence», la FCSQ interpelle donc le ministère de l'Éducation afin qu'il fasse à son tour pression sur le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC).

L'objectif visé est «d'obtenir une réglementation sur la violence à la télévision de façon à bannir les émissions à caractère violent destinées aux enfants et à reporter après 22h les émissions et films de grande violence pour public en général», comme la résolution le stipule.

«Il nous apparaît certain que le gouvernement du Québec doit intervenir auprès du fédéral pour modifier les règles du jeu», explique Berthier Dolbec, conseiller en développement pédagogique à la FCSQ. «Nous croyons extrêmement important d'agir sur la source de la violence dans les écoles.»
 
 
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