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De quoi avons-nous peur?

Simone Thérien - Étudiante au BES en éthique et culture religieuse à l'UQAM  28 avril 2008  Éducation
Quand je lis des critiques négatives à l'égard du nouveau programme d'éthique et culture religieuse, comme celle de Mathieu Bock-Côté publiée la semaine dernière dans Le Devoir, je me demande si l'on parle du même programme que le mien. J'aimerais pouvoir mettre au clair quelques petites choses que certains semblent ne pas comprendre à propos d'un programme qui me tient à coeur.

N'étant pas moi-même de confession catholique, j'ai suivi au primaire et au secondaire des cours de morale. J'y ai découvert que Jonathan, un de mes camarades de classe, était musulman. Jamais je n'aurais pu le soupçonner puisque sa mère n'était pas voilée, ils ne vivaient pas dans une tente au milieu du désert et ils ne sacrifiaient pas des agneaux à leur dieu étrange! Avant le 11-Septembre, les jeunes de mon âge ne voyaient pas les musulmans comme des terroristes, mais plutôt comme des bédouins barbares. Jonathan et sa famille étaient comme moi des Québécois.

Le ramadan de Jonathan

Un jour, alors que nous étions en quatrième année, Jonathan nous a fièrement annoncé qu'il suivrait le ramadan avec son père et ses frères aînés. Puisque nous ne connaissions pas cette fête, il nous a volontiers tout expliqué.

Ce jour-là, je ne suis pas revenue chez moi confuse et à la recherche de réponses existentielles. Ma conception du bien et du mal ne s'est pas écroulée non plus. J'ai pu, par contre, enterrer un préjugé que j'avais à l'égard de l'islam et cela a fait de moi une meilleure citoyenne.

Faire confiance aux enfants

Arrêtons de prendre nos enfants pour des imbéciles. Oui, qui sait, certains jeunes seront peut-être séduits par l'exotisme de l'hindouisme et tenteront une conversion. C'est la beauté de l'enfance et de son innocence — quel jeune n'est pas devenu végétarien pour un jour après avoir découvert d'où venait son steak de cheval? Cela fait partie de notre apprentissage.

Les enfants sont capables de comprendre que l'on ne fête pas tous Noël et que Pâques n'est pas la fête chrétienne du chocolat. Nul besoin d'un doctorat en science des religions pour comprendre des thèmes comme «des célébrations en famille» et «des récits marquants».

Est-ce que tout cela rime avec utopisme? Non. Le programme d'éthique et culture religieuse n'est pas sorti du néant. Ce n'est pas une machination nouvelle de méchants pédagogues qui expérimentent à l'aveuglette sur nos jeunes. Le programme reprend en grande partie les notions de l'ancien cours de morale, et peu de gens semblent saisir ceci. Il y a peu dans le contenu du programme que je n'ai pas moi-même étudié au primaire et au secondaire.

Un titre affolant

Bien sûr, le titre du programme fait plus peur que celui, simplissime, de «morale». Le cours ne serait-il pas plus populaire si on l'avait nommé «Éthique, apprentissage de l'héritage religieux québécois et ses expressions dans la société actuelle et dialogue»? Caser ce titre sur un bulletin? Impossible.

Ne l'oublions pas, le cours d'éthique et culture religieuse met l'accent sur l'héritage religieux que les enseignants en histoire du Canada ont longtemps mis de côté. Pour comprendre le Québec, on doit comprendre la dimension religieuse qui, il y a moins d'un siècle, dominait tout les secteurs de la province.

Nous traversons une période de crise sociale, religieuse, économique et environnementale. Dans ce contexte, le statu quo n'est pas une option. On ne peut fermer les yeux et espérer que ce qui se passe en France et en Angleterre ne se produise pas chez nous. Aider nos jeunes à comprendre d'où ils viennent et où ils sont leur permet de choisir eux-mêmes où ils veulent aller. Sur ce, j'invite fortement tous ceux qui ont des réserves à l'égard du nouveau programme d'éthique et de culture religieuse à chercher l'information et, surtout, à garder l'esprit ouvert.
 
 
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