samedi 11 février 2012 Dernière mise à jour 01h25
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

Éthique et culture religieuse - Un utopisme malfaisant

Mathieu Bock-Côté - Candidat au doctorat en sociologie à l'UQAM  24 avril 2008  Éducation
Avec la mise en ligne d'une vidéo faisant la promotion du programme Éthique et culture religieuse, la nomenklatura qui contrôle le ministère de l'Éducation s'est dévoilée. Au sens propre, cette vidéo verse dans un marketing idéologique caricatural qui rappelle la vieille propagande du régime soviétique, à la fois par la méthode et par le ton.

Enfants, pédagogues et parents y sont conscrits avec un air de benêt satisfait hochant la tête avec enthousiasme devant les injonctions du régime. Les premiers y répètent comme il se doit le catéchisme qu'on leur a appris. Les seconds reprennent les appels au «dialogue» et à la nécessité de lutter contre ce qui peut lui faire obstacle. Quant aux derniers, ils témoignent du fait que le programme n'a aucunement confirmé les craintes qu'ils pouvaient avoir devant son application et qu'il respecte à sa manière l'héritage culturel du Québec.

Lavage de cerveau

On trouve évidemment dans cette vidéo les poncifs les plus éculés des sciences de l'éducation sur la vocation «démocratique» de l'école. Non seulement les professeurs invitent les enfants à parler de «leur» milieu de vie, mais ces derniers reprennent à leur compte de telles sornettes en se présentant comme des «êtres uniques» dont l'expérience de vie serait apparemment un trésor à faire fructifier par une pédagogie créative.

Mais le coeur du problème est ailleurs: on y voit surtout à quel point l'école est rendue loin dans sa conversion multiculturelle. Ce n'est pas sans raison que le programme Éthique et culture religieuse s'inscrit de plus en plus dans le débat public. C'est qu'on y trouve véritablement l'expression caricaturale de ce dévoiement progressiste de l'école qui s'est placée au service d'une idéologie.

Sous prétexte de transmettre un plus grand bagage de connaissances sur la diversité religieuse du monde, c'est une véritable inculcation des «compétences sociocognitives» nécessaires à l'expérience de la citoyenneté en contexte multiculturel qui est imposée. Mais les deux choses sont liées: une pédagogie qui ne transmet plus rien dispose bien mieux les enfants au lavage de cerveau idéologique du ministère.

Nouveau peuple

Il y a longtemps que l'école a cessé de travailler à l'éducation de la jeunesse. Désormais, elle travaille plutôt à sa rééducation pour devenir un lieu de socialisation permettant la déconstruction, dès l'enfance, de l'identité nationale. Ce qu'on souhaite, c'est la reprogrammation de la jeunesse contre la culture que la société pourrait leur transmettre. C'est ce que les concepteurs du programme appellent l'aboutissement d'un long parcours dans la conformité au pluralisme.

Il faut être franc: ce qu'on demande ici à l'école, c'est de construire de toutes pièces par ses programmes un nouveau peuple, mieux disposé envers le multiculturalisme et relativement étranger à l'expérience historique de la collectivité. Derrière certaines expressions comme «éducation à la tolérance» et «sensibilisation à la différence», c'est une véritable haine de soi qu'on inculquera à une jeunesse devenue étrangère à sa propre culture.

Toute la mentalité politiquement correcte s'y trouve: avant, la grande noirceur du Québec historique, ensuite, l'illumination par la raison pluraliste. Quant à la référence au «dialogue» sans cesse reprise, elle vise en fait à neutraliser la conscience nationale par le virus d'une impuissance culpabilisante qui dissuade la majorité de vouloir poser sa culture comme norme de l'existence commune.

Multiculturalisme

On l'a insuffisamment rappelé, mais le programme Éthique et culture religieuse s'articule parfaitement avec le nouvel enseignement de l'histoire qui met de côté la dimension nationale pour le calibrer plutôt dans le registre du multiculturalisme le plus actif. Car ce dernier est en fait un nouveau régime politique qui, à défaut de reposer sur le consentement du Québec des adultes, a décidé d'accoucher au sein même des écoles d'un peuple qui ne le contestera plus.

Intoxiquée par l'idéologie multiculturaliste, la technocratie pédagogique s'est retournée contre le Québec. Le Québec historique n'est plus désiré par l'idéologie multiculturelle qui transformera la société en grand laboratoire à ciel ouvert où les ingénieurs sociaux pourront s'amuser avec des enfants devenus cobayes.

Le multiculturalisme est porteur de l'utopie d'une société postnationale et postoccidentale, une utopie qui entre en crise partout dans le monde, la crise des accommodements raisonnables en ayant témoigné au Québec. Mais c'est le propre des utopies malfaisantes de se radicaliser au moment de leur entrée en crise. Ainsi, pour les pluralistes, ce n'est jamais parce que leur vision du monde est allée trop loin qu'elle génère des convulsions sociales, mais parce que ses principes ont été insuffisamment appliqués.

Combien de fois ne l'aura-t-on pas entendu: les réactions provoquées par les accommodements raisonnables n'étaient rien d'autre que le symptôme d'une culture encore insuffisamment métamorphosée par les exigences du pluralisme. Conséquence de cela, la crise des accommodements raisonnables n'aura pas convaincu l'intelligentsia pluraliste d'en finir avec l'idéologie multiculturaliste, mais plutôt de l'administrer à plus forte dose. Le cours Éthique et culture religieuse en est l'exemple affligeant.

Certains esprits cocasses se réjouissent de la laïcisation de l'école alors qu'on s'apprête à la confier pour de bon à un nouveau clergé, au service de la religion multiculturelle, avec ses dogmes et son catéchisme. Combien d'événements semblables devront-ils se produire pour qu'émerge enfin dans le domaine public cette coalition du bon sens que réclame le Québec réel et qui non seulement freinera l'implantation du régime multiculturel, mais entreprendra sa révocation pan par pan, pour engager notre société dans une autre direction?

Ce n'est pas d'un «pragmatisme» de pacotille qu'a besoin la société québécoise en ce moment, mais bien d'une mise en procès de la dynamique institutionnelle qui a enclenché la liquidation accélérée de son expérience historique. Le ministère de l'Éducation s'est retourné contre la culture québécoise. Il est temps d'en tirer les conséquences. Au-delà de la seule suspension impérieuse de ce programme, il faut profiter du malaise qu'il génère pour formuler un tout autre discours sur l'éducation qui permettra enfin d'ouvrir le chantier de sa restauration.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Maria Mama
    Inscrit
    dimanche 3 janvier 2010 21h26
    peur de la nouveauté...
    Je ne sais pas quel âge vous avez pour avoir si peur de la nouveauté et je me réjouis de penser que les jeunes ne vous lisent probablement pas. Vous êtes sûrement de ceux qui utilisent l'expression "dans mon temps " avec toute la nostalgie requise.
    Oui, la société change. Elle l'a toujours fait et continuera à le faire. Qu'il y ait ou non le cours d'éthique et de culture religieuse, le multiculturalisme est et demeurera une réalité du quotidien pour nos jeunes. Et cette réalité ne va aucunement à l'encontre de convictions religieuses ou sociales. Il y aura toujours des gens plus engagés que d'autres, plus croyants, plus fanatiques, indépendamment de ce qu'on leur dira de penser. L'être humain naît avec le libre arbitre et rien ne peut heureusement lui enlever. Ne sous-estimez pas tant les générations à venir et réjouissez-vous plutôt du fait que des enseignants dévoués tentent de leur donner les outils dont ils auront besoin pour Être (dans tous les sens du mot) dans la société qui sera la leur, non la vôtre!

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
1 réaction
1 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Lettres
Libre opinions
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012