jeudi 9 février 2012 Dernière mise à jour 21h24
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir

À l'aveuglette!

Marie-Andrée Chouinard   22 avril 2008  Éducation
Un «fléau», la violence à l'école? Aucun bilan, nul portrait quantitatif, peu d'enquêtes permettent de circonscrire le phénomène, que l'on combattra toutefois à coups de millions et de mesures préventives. Si le problème est pire que ce que l'on craint, il faudra donner du lustre à un plan de match conçu à l'aveuglette.

Jamais, au grand jamais, n'aurait-on songé à lancer un plan d'action pour parfaire le français sans qu'un diagnostic ait d'abord ciblé l'étendue des faiblesses. Personne ne croirait non plus à une relance du soutien aux élèves en difficulté qui ne serait précédée d'un exhaustif état des lieux.

Pour un sujet aussi délicat et explosif que la violence en terrain scolaire, Québec choisit pourtant de fonctionner de cette insolite manière, en devançant le pronostic par les remèdes. Oubli? Maladresse? Impossible de jouer à l'autruche: en juin 2005, le Vérificateur général du Québec avait reproché au ministère de l'Éducation et aux commissions scolaires de pratiquer l'aveuglement volontaire: n'existait alors aucun portrait quantitatif visant à déterminer l'ampleur de la violence à l'école.

Trois ans plus tard, le ministère déploie ses méthodes préventives et curatives en même temps qu'il annonce la confection d'un bilan censé déterminer... l'ampleur des besoins. Personne n'osera contester le bien-fondé d'une politique qui compte prévenir la violence à l'école, mais il faut y aller d'une vigoureuse condamnation pour la torpeur ministérielle des dernières années. Que diable attendait-on pour agir?

Stimulé par l'état d'urgence, Québec a pourtant déjà joué au véritable pompier. Dans la foulée du drame survenu au Collège Dawson, à l'automne 2006, on produisit un relevé quasi quotidien des incidents violents dans les écoles du Québec. La mesure fut temporaire, mais c'est un peu à cette chasse aux données que le vérificateur appelait en 2005, encourageant les écoles à cumuler des données essentielles: taux d'absentéisme, nombre d'expulsions, de suspensions, d'incidents violents, d'interventions policières. L'appel n'a pas été entendu.

Cet attentisme est condamnable, car il contribue malgré lui à la loi du silence qui colore la violence à l'école. En effet, si les enseignants jouissent du soutien de leur syndicat pour quantifier du mieux qu'ils le peuvent cette dégradation apparente du climat de sécurité à l'école, de quels porte-voix bénéficient les élèves? Des enquêtes menées par le ministère de la Sécurité publique depuis le début des années 2000 ont montré que 6 élèves sur 10 affirment avoir été victimes de taxage, et 10 % disent avoir subi l'odieux de cette «violence propre» qu'est l'intimidation. Mais la peur des représailles force le mutisme de tellement de jeunes que l'on peut craindre que le problème soit minimisé.

On le comprend: les écoles redoutent l'oeil trop curieux des caméras et l'étalage du moindre incident sensationnel. Mais quiconque a tenté de creuser le dossier de la violence à l'école s'est heurté à un mur d'imprécisions et à une absence de données injustifiables. Aurait-on peur d'un palmarès des écoles dangereuses?

En attendant de savoir quel est le mal que l'on traite au juste, le plan de la ministre Michelle Courchesne marque de bons points autour de ce que l'on sait: il aborde la violence tant sous ses axes visibles que sous ses plus perfides; il cible des lieux extérieurs à l'école, tel l'autobus scolaire; il promet une action locale liée à la réalité de l'école; il vise tant l'agresseur que la victime.

Inutile de guerroyer contre la vertu. Mais, si d'aventure le portrait de la violence à l'école dévoilait un «fléau» pire que ce que l'on appréhendait, sonnerait alors l'heure d'un nouveau bilan: celui du décalage entre les besoins et les ressources.

***

machouinard@ledevoir.com
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Jean-G. Lengellé
    Inscrit
    mardi 22 avril 2008 09h17
    La priorité c'est aussi de rétablir le calme...pour pas cher!
    Il y a aussi des mesures extrêmement simples qui ne coûtent rien comme de supprimer le bruit dans toutes les écoles où à longueur de journée les hauts parleurs vomissent la prétendue musique et les boum boum imbéciles aux infra-sons nuisibles! Même chose lors des compétitions sportives scolaires! Comment peut-on apprendre autrement que dans le calme?
    Serait-ce si compliqué de faire passer des électro-encéphalogrammes pour mesurer l'impact de ces bruits indésirables sur les élèves, et le personnel scolaire dont on dénonce l'agressivité?
    Incidemment, ce n'est pas en critiquant tout ce que fait la Ministre que les chances d'assainir le milieu seront les plus marquées. Madame Chouinard pourrait-elle oublier de temps en temps la petite politicaillerie péquiste parce que la mesure provient d'un gouvernement libéral?
    Pourrait-elle aussi s'abstenir de ses commentaires obliques sur le français pour minimiser le programme présenté?
    Le titre et le début de l'article auraient au minimum dû marquer la même satisfaction que celle que manifestait Réjean Parent.

  • Donald Bordeleau
    Inscrit
    mardi 22 avril 2008 11h15
    Le personnel en éducation à les réponses
    Cet article est dédié a tous ceux qui subissent du harcèlement au travail et à l'école, dont l'estime de soi est détruite un peu chaque jour de façon systématique par plusieurs personnes. Il faut offrir de l'aide à ces personnes.

    Le harcèlement des Dupuis, Béchard et Charest est déplorable pour les Québeçois. On ne va pas éduqué nos enfants selon cette façon de faire en traitant de chienne une députée ou encore un animateur de radio parlant que certains candidats à l'élection provincial sont des tapettes. Cette violence politique est insidieuse, elle est présente dans nos écoles ou l'on observe ce type de comportement par du harcèlement, par des coups, des gestes, des paroles et des allusions. Ce comportement de harcèlement amène la démotivation, le dégoût de l'école, l'échec scolaire et malheureusement un taux de suicide effarant. C'est navrant, les politiciens devraient réfléchir avant de parler pour éviter les lapsus.

    Monsieur André Boisclair avait raison de trouver mesquine l'insistance de Monsieur le Premier Ministre Jean Charest sur son immaturité et son manque de jugement. Le lendemain, Monsieur Jean Charest n'a manifesté aucun regret avec un sourire narquois. Au contraire, il a continué à railler en faisant des allusions aux enfantillages du chef Souverainiste. Selon le propos de Monsieur Michel David du Journal Le Devoir du 19 décembre 2006.

    Ce comportement est similaire aux harcèlements à répétition qui sont observés dans les cours de nos écoles. Les Québécois ne sont pas très fière de ce type de comportement. Il y a de grave problème à ce sujet dans nos écoles. L'élégance n'est malheureusement pas dans le langage de nos politiciens, c'est plutôt une violence politique. Les Journalistes et les Éditorialistes sont là souvent pour amplifier les propos et en rajoutent de leur cru.


    Il est temps de prévoir un code de non violence pour les politiciens et les journalistes. Pour l'intervention de Madame Courchesne, c'est plus une intervention médiatique selon la méthode de communication de Parisella que de prendre en charge toute la problématique de l'éducation que l'on connaît à ce jour.

    Les acteurs actuels des milieux scolaires vont y voir comme de la poudre aux yeux. Ça ressemble étrangement à la soupoudrette douteuse de Madame St-Pierre pour le respect de la langue française.

    Cette annonce est cependant un petit pas dans la bonne direction, mais il reste tellement de pas à faire pour réussir pour le personnel en éducation. Imaginez seulement leurs désarrois devant cette situation!

    Donald Bordeleau

  • Roland Berger
    Abonné
    mardi 22 avril 2008 14h11
    Chères, très chères commissions scolaires
    Les commissions scolaires voient dans la prise de position de la ministre Courchesne une évidente justification de leur existence et de leur rôle. La violence dans leurs écoles dure pourtant depuis au moins quatre décennies. À quoi pouvaient bien s'occuper les indispensables commisssions scolaires ?
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario

  • Raymond Saint-Arnaud
    Abonné
    mardi 22 avril 2008 18h51
    Des solutions qui ne coûtent rien
    Des solutions qui ne coûtent rien:

    Renforcer et appliquer la discipline à l'école.

    Informer les parents que l'indiscipline et la violence ne seront pas tolérées.

    Retourner à leurs parents les élèves indisciplinés ou violents.

    Ça se passait comme cela autrefois.

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
4 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012