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Les laïcs aussi en ont contre le cours d'éthique et de culture religieuse

Clairandrée Cauchy   18 avril 2008  Éducation
Vivement décrié par des parents chrétiens, le nouveau cours d'éthique et culture religieuse (ECR), qui doit entrer en vigueur en septembre prochain, s'attire aussi les foudres de militants laïques. Ceux-ci estiment que le programme ainsi que la présence obligatoire de services d'animation à la vie spirituelle et à l'engagement communautaire font encore la part trop belle à la religion.

«Quand on regarde la structure du programme, c'est comme un copier-coller de ceux d'enseignement moral et religieux catholique. Les principes de charité ou de partage sont illustrés par des récits religieux. Le bien moral est toujours illustré par des exemples religieux», déplore la vice-présidente du Mouvement laïque québécois, Marie-Michelle Poisson.

Mme Poisson assistait mercredi soir à une rencontre d'information avec les responsables du Comité des affaires religieuses ainsi que des fonctionnaires du ministère de l'Éducation à propos du nouveau cours, qui remplacera ceux d'enseignement moral et d'enseignement religieux (catholique et protestant).

L'argumentaire du MLQ est étrangement similaire à celui des parents catholiques qui demandent que leurs enfants soient exemptés du nouveau cours. «On ne juge pas que les enfants du primaire sont assez mûrs pour recevoir un enseignement sur les différentes religions. [...] Cela plonge l'enfant au coeur de conflits d'adultes, entre le milieu familial et le milieu scolaire», soutient Mme Poisson, rejoignant en cela la Coalition pour la liberté en éducation, qui réunit des parents de foi chrétienne.

Michel Virard, président de l'Association humaniste du Québec, qui regroupe des citoyens athées ou agnostiques, a lui aussi assisté à la rencontre avec les représentants du ministère, y présentant sa vision à titre personnel. Il déplore l'amalgame entre éthique et culture religieuse: «Cela laisse à penser qu'en dehors de la religion, il est impossible de faire de l'éthique. [...] C'est biaisé en faveur du surnaturel, on y présente un panégyrique des religions en escamotant leur côté négatif.»

La quasi-absence des courants de pensée non religieux comme l'athéisme ou l'humanisme déplaît aussi souverainement tant au MLQ qu'à l'Association humaniste. Philosophe et professeur en sciences de l'éducation à l'Université du Québec à Montréal, Normand Baillargeon partage leur avis. «On a inventé une façon inédite de continuer de faire de la religion dans une école qui se voudrait laïque», critique M. Baillargeon, qui doute grandement de l'aptitude des enseignants à enseigner un tel contenu.

Certes, il peut selon lui être pertinent d'aborder le fait religieux dans ses dimensions historiques, sociales et culturelles, mais cela aurait dû se faire par l'intermédiaire des matières déjà au programme.

La présence obligatoire de services d'animation à la vie spirituelle et à l'engagement communautaire (SAVSEC), à l'école primaire et secondaire, irrite aussi au plus haut point les militants laïques. Lorsqu'on a modifié la loi pour créer les commissions scolaires linguistiques plutôt que confessionnelles, en 2000, le gouvernement a également inscrit l'obligation d'offrir de tels services, tant au primaire qu'au secondaire. Les services de pastorale au secondaire ont ainsi été transformés en SAVSEC tandis qu'on a créé de toute pièce un équivalent au primaire en 2002-03, faisant ainsi doubler le nombre d'animateurs et ajoutant pour ce faire 13 millions de dollars au budget des écoles. «Est-ce qu'on laïcise vraiment le système scolaire si on introduit un mandat de cheminement spirituel dans le rôle de l'école?», s'interroge Mme Poisson, soulignant que la Loi sur l'instruction publique prévoit que l'école doit «faciliter le cheminement spirituel de l'élève afin de favoriser son épanouissement».
 
 
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  • marie-claude leclerc - Inscrite
    18 avril 2008 08 h 36
    Où est le problème ?
    Si on doit passer par ses cours pour mieux comprendre les différences et les similitudes des autres et ,apprendre les valeurs comme le respect et la tolérance communs à tous à ce que je sache. On pourrait sans briser des préjugés et s'ouvrir au monde qui en a grandement besoin.

    Puisque l'école est devenue le principal lieu d'éducation des valeurs pour la majorité des élèves à partir de la maternelle, ce serait la moindre des choses de leur offrir en tant que future génération des ancrages pour vivre dignement en tant qu'être humain et savoir réfléchir avant de juger le bagage culturel et moral que véhicule certaines croyances et religions.

    Marie-Claude Leclerc
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  • Jean-Pierre Audet - Abonné
    18 avril 2008 09 h 08
    Étrange unanimité contre
    Ne serait-il pas prudent de retarder d'un an l'implantation d'un tel programme ? D'autant plus que les critiques tant des incroyants que des croyants se donnent la main contre ce programme. Et une partie de leurs arguments sont les mêmes : « On ne juge pas que les enfants du primaire sont assez mûrs pour recevoir un enseignement sur les différentes religions. [...] Cela plonge l'enfant au coeur de conflits d'adultes, entre le milieu familial et le milieu scolaire», soutient Mme Poisson, rejoignant en cela la Coalition pour la liberté en éducation, qui réunit des parents de foi chrétienne. »

    Pour ce qui est de la présence obligatoire de services d'animation à la vie spirituelle et à l'engagement communautaire (SAVSEC), à l'école primaire et secondaire, j'y vois un adjudant permettant de répondre aux multiples difficultés d'intégration des élèves d'un programme aussi disparate et éclaté. Autant la vie spirituelle que la vie communautaire peuvent se développer en dehors de toute dénomination religieuse. Il faudrait par contre que l'athéisme ait été enseigné au même titre que chacune des religions non chrétiennes. Et de grâce, qu'on dissocie religion et éthique ! Je connais beaucoup d'athées qui sont remplis de justice et d'amour du prochain. Le point central de ce cours devrait être le respect des différences, ce qui est loin d'être présent chez nombre d'adultes, si je me fie à la façon dont certains réagissent aux éditoriaux et chroniques du journal Le Devoir. La pire calamité de l'humanité, c'est la «pensée unique». C'est principalement à ce fléau que devrait s'attaquer le cours d'Éthique et de culture religieuse. Il n'est jamais trop tôt pour entraîner les enfants à l'accueil de la différence. Et le premier outil offert aux élèves pourrait être la maîtrise de la différence entre engagement intérieur et militantisme extérieur. Quand on lui demandait ce qu'elle pensait du féminisme, la grande Simone de Beauvoir répondait qu'elle était engagée mais non militante. Si le militantisme pouvait être réservé aux partis politiques et à certaines frénésies sportives, la société irait mieux. Importante aussi la différence entre spiritualité et religion. Là encore la première est intérieure tandis que la seconde est extérieure. Un athée peut et devrait même avoir une vie spirituelle, sinon il serait tronqué d'une part importante de son être.

    Bref, veiller à développer chez l'élève une spiritualité ouverte à la différence, c'est le même geste éducatif que de veiller à son intégration communautaire. Aucune religion hélas, pas davantage que certains athéismes agressifs et revanchards, n'a le monopole de cette intégration tant spirituelle que communautaire.
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  • Gildas Haméon - Inscrit
    18 avril 2008 09 h 42
    Jamais trop tôt pour se poser des questions...
    Même si je pense que le nouveau cours est un progrès et un moindre mal, je suis parfaitement d'accord avec les arguments attribués dans cet article à Michel Virard et Normand Baillargeon.
    Par contre je suis très mal à l'aise avec le passage qui rapproche l'argumentation de Mme Poisson de celle de la coalition des parents catholiques.
    Je pense qu'il n'est jamais trop tôt pour mettre intelligemment des enfants en contact avec des réalités contradictoires.
    Je trouve justement épouvantable l'attitude des parents catholiques qui est selon moi: "Laissez nous bourrer le crâne de nos enfants comme on veut, en toute liberté, en les protégeant de toute influence qui pourrait les laisser développer un pensée critique".
    J'espère que la position du MLQ a été mal comprise ou mal rapportée...

    Gildas Haméon,
    St-Félicien
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  • roger girard - Abonné
    18 avril 2008 09 h 51
    Quand les extrêmes se rejoignent...
    Attention, il est exagéré de dire que «l'argumentaire du MLQ est étrangement similaire à celui des parents catholiques qui demandent que leurs enfants soient exemptés du nouveau cours...» Il y a un argument partagé, mais ce n'est pas l'ensemble de l'argumentation. Il convient de situer cet élément commun par rapport aux autres raisons respectivement invoquées. En gros, le MLQ est très sensible au danger de «contamination» provoqué par tout contact avec la pensée religieuse à l'école, tandis que les parents de la Coalition désirent conserver un enseignement scolaire abordant les éléments de la pensée religieuse propre à leur confession. Les uns sont réfractaires à une prise en compte des éléments religieux dans un programme particulier, les autres y voient l'occasion de favoriser le développement ou l'éducation des élèves. Il y a là un problème profond, que le programme Éthique et culture religieuse a plutôt éludé, pensant rallier tout le monde par une approche rutilante de principes généraux mais plutôt déficitaire au plan de la rigueur conceptuelle et du réalisme pédagogique. On ne peut que déplorer l'absence d'une discussion ouverte sur ce que l'on pourrait appeler une «philosophie de l'éducation» pouvant orienter ce programme, comme d'ailleurs tout ce qui concerne la réforme. On y va à la pièce, sans tenir compte des implications proprement éducatives, cherchant à faire valoir la décision finale comme le meilleur compromis entre les diverses positions exprimées. À jouer ainsi le rôle d'arbitre, le Ministère risque le plus souvent de sombrer dans l'arbitraire.
    Roger Girard (www.ethiqueetculturereligieuse.blogspot.com)
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  • Mario Fortin - Inscrit
    18 avril 2008 10 h 55
    Contre l'intégrisme laîc
    Je réagis vivement à l,article de Mme Cauchy, particulièrement aux propos de Marie-Michèle Poisson qui manifestement est allergique à tout ce qui est spirituel et religieux. Elle fait un procès d'intention aux avsecs , mais a-t-elle fait des recherches sérieuses et OBJECTIVES sur leur rôle et leur travail à l'école? Elle voit des complots religieux partout. Son analyse est biaisée par son allergie aux religions . Mme Poisson, l'intégrisme âthée est aussi pire que l'intégrisme religieux. Le cheminement spirituel de l'élève est une dimension importante de la personne et comme avsec, je puis vous dire qu'on aborde à peu près pas les questions religieuses. Mme Poisson a une méconnaissance profonde du SASEC. Nous sommes en train de jeter le bébé avec l'eau du bain. Vous devriez aller voir dans les écoles comment ce service est apprécié des élèves et de l'école et voir ce qui se vit au niveau de la conscience sociale et du développement spirituel laîc des élèves. La spiritualité laîque ca existe Mme Poisson. Venez voir ce qui se fait en région dans les écoles. Et avant de juger le nouveau cours d'ECR, prenez un peu de recul dans votre rage anti-religieuse et dans votre théorie du complot catholique. J'ai fait des tournées pour présenter le nouveau cours d'Ethique et de Culture religieuse et il a été très bien accueilli autant par les enseignants , les parents, que les directions. C'est un cours qui met en lumière le dialogue, l'Ouverture à l'autre. Mme POisson aurait intérêt à bien lire le nouveau programme et à en tirer lecon dans sa rigueur intellectuelle. Comme journal rigoureux, j'espère que le devoir publiera aussi l'opinion de l'autre coté de la médaille

    Mario Fortin
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  • Fernand Lavigne - Abonné
    18 avril 2008 11 h 09
    La chasse aux sorcières
    Les enfants regardent tous la télévision. Il est impératif de les renseigner sur ce qu'ils voient et sur les différentes façons d'être. Décidément, la chasse aux sorcières continue.

    Ferrnand Lavigne
    Montréal
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  • Bruno Merizzi - Abonné
    18 avril 2008 12 h 30
    Effectivement, où est le problème?
    L'humanité ne s'est pas seulement construite sur la rationalité scientifique et économique, la spiritualité au sens large a aussi jouée son rôle de fondation, et bien qu'on puisse raisonnablement aspirer à des institutions un tant soit peu laïcisées qui ne viennent pas froisser nos droits et nos libertés on ne voudrait pour autant courrir le risque de se retrouver avec une bande de matérialistes nihilistes et dépressifs comme relève de demain. Les sciences de la nature et la philosophie n'aideront pas au quotidien l'individu ''moyen'' à faire face à une perte, à un manquement, à la maladie, à la vieillesse, etc. Soyons un peu plus pragmatique!
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  • Marie-Michelle Poisson - Inscrite
    18 avril 2008 20 h 28
    M. Mario Fortin exprime des propos injurieux...
    M. Mario Fortin ne peu d'aucune manière présumer à partir de la lecture de l'article de Mme Cauchy que je puisse être personnellement " alergique à tout ce qui est spirituel et religieux" ou que je puisse éprouver une quelconque "rage anti-religieuse". Il est tout aussi malhonnête d'affirmer que j'imaginerais des "complots religieux". Les allégations de M. Mario Fortin sont injurieuses et n'ont pas leur place dans une tribune tenue par une journal comme le Devoir et c'est pourquoi je demande au modérateur de ce site de bien vouloir retirer le commentaire de M. Mario Fortin.
    Par ailleurs j'ose espérer que les personnes qui travaillent comme avsec auprès des jeunes sont des personnes respectueuses d'autrui capable de tenir des propos mesurés même face à des opinions contraires aux leurs.
    Merci
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  • Laurette Drouin - Abonnée
    18 avril 2008 22 h 47
    Où est le problème ? bis
    Si les parents mettaient autant d'énergie à s'intéresser à la religion qu'ils en mettent au hockey, ce genre de discussion "pro" ou "con" deviendrait vite obsolète.
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  • THYS Michel - Inscrit
    22 avril 2008 08 h 02
    Vers un communautarisme renforcé ?
    Ainsi donc, l'athéisme, jugé négatif, ne sera pas enseigné ! Quelle marche arrière ! Quelle démission !
    Cela confirme que l'objectif caché de ce cours était bien de freiner la chute libre du catholicisme !
    J 'estime qu'à notre époque d'ouverture à la différence, les parents, croyants ET incroyants, ont tort lorsqu'ils persistent à vouloir confiner leur enfant dans leur seule optique exclusive, car ils ne feront alors qu'accroître le communautarisme et l'intolérance qu'il génère. Je m'explique .

    L'avocat Côté estime que ce nouveau cours est susceptible de "causer des préjudices graves" à l'enfant, parce qu'il "brime les libertés fondamentales de religion et de conscience" ou qu'il "perturbe l'enfant en l'exposant trop jeune à des convictions et croyances différentes de celles privilégiées par ses parents".
    Mais il y sera inévitablement exposé : de nos jours, un enfant de six ans, éduqué religieusement, se rend vite compte que certains de ses condisciples ne croient pas en un dieu, et il faudra bien lui expliquer qu'il existe une autre manière de donner un sens à sa vie. Il est tout-à-fait capable de le comprendre sans en être perturbé. Ne pas lui donner une information minimale sur la laïcité serait une malhonnêteté intellectuelle et morale dont l'enfant se rendra compte plus tard ! Ce sont plutôt les parents, évidemment sincères et de bonne foi, qui sont perturbés de se voir remis en question ...

    Certes, les droits des parents sont légitimes et constitutionnels. Mais ne doivent-ils pas céder le pas à ceux, supérieurs et donc prioritaires, de l'enfant ? Je pose trois questions aux parents :
    - Sont-ils nécessairement infaillibles au point de pouvoir décider seuls de l'intérêt de leur enfant ?
    - Prennent-ils en considération l'évolution de notre société vers le pluralisme des cultures et des
    convictions et la nécessité de rechercher un consensus de valeurs citoyennes communes ?
    - Ont-ils été informés, au-delà des traditions religieuses québécoises, des alternatives laïques ?
    Il est évident que non, et cela ne changera pas de sitôt puisque le nouveau cours d'éthique et de culture religieuse privilégie manifestement la découverte de la seule expérience religieuse et de ses expressions au travers de six religions, surtout la catholique, alors qu'une information minimale serait suffisante ! Certes, il récupère les principes de la laïcité politique (la neutralité, la tolérance, l'ouverture à l'autre, le dialogue, le vivre-ensemble, ...), mais pas - hélas- ceux de la laïcité philosophique (autonomie, respect des valeurs humanistes, responsabilité individuelle, esprit critique à partir d'alternatives non religieuses, libre choix des convictions religieuses OU philosophiques (agnosticisme, incroyance, athéisme, libre pensée, franc-maçonnerie a-dogmatique, ...). A découvrir évidemment au fur et à mesure de l'entendement et de la maturité des jeunes et de leurs questions.

    Il me paraît anormal qu'il ne soit même plus fait mention dans les deux programmes de l' "existence de diverses traditions, idéologies, courants de pensée séculiers, qui "entendent" (sic) définir le sens et la valeur de l'expérience humaine en dehors des croyances et des adhésions religieuses" (...) et "apporter d'autres pistes de réponses aux questions existentielles (l'existence du divin, le sens de mort, et la nature de l'être humain", et ce, à partir de quelques textes philosophiques : Kant, Nietzsche, Sartre et Freud).

    C'était pourtant un strict minimum, alors qu'il faudrait faire découvrir progressivement les principes, les valeurs, les fondements et les objectifs de la morale laïque, de l'humanisme laïque, de la spiritualité laïque, etc ..., ce qui permettrait aux jeunes d'être en mesure de choisir, aussi tard et aussi librement que possible, de croire ou de ne pas croire.

    L'option laïque serait-elle une abomination au Québec ? J'en suis de plus en plus convaincu ...

    Certes, ce nouveau cours se veut "intellectuel" et non "confessionnel", mais il faut espérer que les enseignants seront disposés et prêts, en toute honnêteté intellectuelle et sans prosélytisme, à ne pas influencer leurs élèves dans le sens de leurs propres convictions, quelles qu'elles soient.
    Quant aux parents, ils doivent se demander, me semble-t-il, s'ils ont encore moralement le droit de continuer à donner à leurs enfants la même éducation que celle qu'ils ont reçue.
    Du moins s'ils veulent leur donner les meilleures chances de s'adapter harmonieusement à l'évolution du monde actuel. Je crains que ce cours (qu'il faudra de toute façon améliorer et a fortiori s'il est amputé de son volet laïque), ne parvienne même plus à élargir l'horizon des élèves et à diminuer ainsi l'influence précoce, affective, unilatérale et donc exclusive du milieu familial. Ce serait alors la victoire de la tradition rétrograde, mais le temps d'une génération seulement.


    "Panta rhei" ...! Tout coule, tout change ! Même l'approche traditionnelle du phénomène religieux (théologique, philosophique, métaphysique, historique, politique, ...) doit à présent être complétée par la prise en compte des récentes observations psychoneurophysiologiques et éducatives de la foi, qui cherchent à en comprendre l'origine, le substrat et la fréquente pérennité, indépendamment de l'intelligence et du niveau intellectuel. Ces observations tendent à confirmer un fait sociologique : en l'absence d'éducation religieuse précoce et d'un milieu croyant unilatéral, la foi n'apparaît pas ... A méditer ...
    Je propose à ce sujet la lecture d'un texte de deux pages :
    http://atheisme.free.fr/Contributions/Croire_ou_pa
    Cordialement.,
    Michel THYS
    Waterloo, en Belgique.
    michelthys@tele2allin.be




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    michelthys@tele2allin.be
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  • Germain Lapierre - Inscrit
    22 avril 2008 19 h 59
    Pour le droit de choisir et pour le droit d'être parent
    Bonjour,

    J'ai bien peur que cette salutation, soit la fin des civilités ...

    Pour ma part, ce que je rejette dans la démarche actuelle de l'État c'est la restriction progressive et systématique du droit des parents d'éduquer LEURS enfants. C'est à se demander si les enfants appartiennent fondamentalement à l'État ou a leurs parents BIOLOGIQUES.

    Le problème avec le programme d'ECR dont on discute, ce n'est pas le contenu. Il n'a aucun intérêt, aucune répercussion à court ou long terme. C'est le contenant qui fait problème et je m'expliquerai plus bas. Cependant, j'espère être compris : je suis tout à fait d'accord avec le fait qu'on OFFRE aux élèves des écoles québécoises des cours présentant les grands courants idéologiques. Athéisme, nihilisme, catholicisme, maçonnisme, nazisme, libéralisme, néo-conservatisme, échangisme, écologisme, fédéralisme, ... why not !

    Le problème c'est que l'ÉTAT IMPOSE désormais UN SEUL PROGRAMME sur la religion, obligatoire du début du primaire à la fin du secondaire. C'est aussi qu'on INTERDIT de ne pas y assister (c'est clair maintenant). Finalement, le problème, c'est que le droit des parents d'éduquer leur enfant selon leurs convictions a été unilatéralement abrogé. L'article 41 de la Charte québécoise des droits et libertés se lisait :
    «Les parents ou les personnes qui en tiennent lieu ont le droit d'exiger que, dans les établissements d'enseignement publics, leurs enfants reçoivent un enseignement religieux ou moral conforme à leurs convictions, dans le cadre de programmes prévus par la loi.»

    Les droits du parent athée, juif ou musulman étaient ainsi respectés, comme dans tout autre pays adhérant à la Déclaration universelle des droits de l'homme selon l'ONU.

    Or maintenant, l'article 41 se lit :
    «Les parents ou les personnes qui en tiennent lieu ont le droit d'assurer l'éducation religieuse et morale de leurs enfants conformément à leurs convictions, dans le respect des droits de leurs enfants et de l'intérêt de ceux-ci.»

    Où est le lien avec l'ECR et la loi 95 ? ...qui décide des intérêts de l'enfant ?

    Avant l'État devait respecter les convictions des parents, aujourd'hui c'est le contraire ... Ainsi, le parent athée, agnostique, chrétien ou musulman passe au deuxième rang et ce contexte permettrait dans les faits l'instauration d'une idéologie d'État, peu importe les intentions sincères des décideurs et élus actuels. On met en place un système qui se prête à bien des abus idéologiques.

    Pour passer la loi 95, il fallait modifier l'article 41 de la charte et plusieurs élus et gestionnaires du MELS le savent depuis belle lurette. Cette modification était envisagée de longue date (des débats de l'assemblée nationale en traite dès '99). C'était dans la foulée de la déconfessionnalisation du système éducatif québécois qui elle ne pouvait se faire sans la modification de la Constitution canadienne (Article 93). Ainsi donc, les libéraux fédéraux de Jean Chrétien ont obtempéré avec le sourire à la demande des péquistes (qui rejettent toujours cette constitution) de Lucien Bouchard en '97 à ce sujet. Passons rapidement sur d'autres détails comme la limitation des droits du parent biologique par l'introduction d'un nouveau statut parental, le parent légal, ce dernier octroyé et contrôlé par l'État (depuis 2004). Tout va bien ... vraiment !

    Quand on fait le bilan, alors que les chartes et la Constitution ont normalement l'autorité pour remettre en question les lois, les règles de notre société, on s'aperçoit qu'on les modifie allègrement et rapidement lorsqu'il s'agit d'encadrer le droit d'éducateur des parents.

    Dès les années '80, les parents qui ne voulaient pas d'un cours unique et obligatoire de religion catholique dans les écoles ont obtenu le choix de cours de morale ou de retrait des cours de catéchèse. Ils voulaient le choix et c'est en tant que parents qu'ils le demandaient grâce aux chartes et à la Constitution.

    Je redonne quelques chiffres confirmés encore récemment : 85% des québécois s'identifient comme catholiques (2004), 92% comme chrétiens (2004), environ 80% choisissent encore librement le cours d'enseignement religieux pour leur enfant. Le Québec est une société pluraliste depuis ses débuts et a toujours fonctionnée avec des règles qui devaient tenir compte de la diversité des visions du monde (croyances). Les enfants de 1861 ou même ceux de 1703 savaient que tout le monde ne croit pas la même chose ...

    Je termine en soulignant la lettre de Monsieur Thys qui prend la peine de se soucier de nous depuis la Belgique. Votre sollicitude nous touche. Par contre, permettez à un « colonisé » de se sentir en désaccord profond et convaincu avec l'essentiel de votre propos.

    - Puisque l'argument fondé sur l'exposition nécessaire de l'enfant aux autres visions du monde n'appuie en rien l'imposition d'un programme unique et obligatoire ;
    - puisque le Québec a l'habitude de vivre paisiblement et joyeusement dans la différence et la contradiction depuis son origine ;
    - puisque la laïcité véritable ce n'est pas le contraire de la foi ou du christianisme ( le laïc, c'est le croyant qui ne fait pas partie du clergé, l'athée et l'agnostique c'est celui qui ne croit pas ...) mais plutôt la garantie de la liberté de conscience dans une société ;
    - puisque la recherche d'un consensus sur des valeurs citoyennes communes a déjà donné ses fruits et que ça marche depuis un fameux bail surtout au Québec depuis des siècles ;
    - puisqu'il faudrait statuer sur QUI est le gardien des droits « supérieur » de l'enfant (...la DPJ, 15 fonctionnaires au MELS, la loge maçonnique du coin, ...qui ?) alors qu'il me semble que ce sont les parents biologiques qui devraient TOUJOURS jouer ce rôle à moins d'abus identifiables ;
    - puisqu'une vision du monde fonde toujours toutes les alternatives idéologiques qu'on puisse proposer

    je ne peut admettre qu'on retire le droit des parents de transmettre leurs valeurs à leurs enfants.

    De toute façon l'histoire du monde démontre qu'ils feront leurs propres choix. Ce droit et ce pouvoir des parents comme premier éducateur me semblent nous garantir contre la pensée unique, le totalitarisme idéologique en permettant à des regroupement sociaux naturels (la famille) de jouer son rôle d'intervenant idéologique libre tout en n'entravant en rien la liberté de tout individu de s'associer ou de se dissocier d'un discours. L'école et le personnel enseignant doit démontrer un respect réel pour le rôle des parents, pour leur autorité finale, pour leur droit de choisir pour leur enfant.

    En ce qui concerne ce « fait sociologique » voulant que l'absence d'éducation religieuse précoce permette de « contrer » l'apparition de la foi, merci de nous prévenir. Vous voyez un complot catholique dans le présent débat. Suite à votre suggestion, il me semble que ce serait plutôt ceux qui luttent contre le catholicisme majoritaire et perpétuel du Québec qui aurait pu comploter pour l'imposition de ce programme obligatoire d'ECR. D'ailleurs, votre « fait sociologique » semble pour le moins questionnable : comment expliquer l'apparition historique du phénomène religieux s'il ne nait pas de lui-même ... À moins évidemment que d'autres « faits » historiques aient amené des incroyants à devenir croyant. De toutes façons, ...des « faits sociologiques », ...ça dure une couple de congrès internationaux, pas beaucoup plus. En fait, la sociologie est une idéologie comme le chamanisme ou le maoïsme.

    Tiens on devrait l'enseigner comme phénomène religieux dès le primaire. Moi je trouverais ça formateur pour nos enfants ...

    GL
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