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Le capharnaüm

Marie-Andrée Chouinard   11 avril 2008  Éducation
Vue de l'extérieur, l'école n'a rien du pré verdoyant où il fait bon lire et écrire. Elle ressemble plutôt à une zone de crise, sorte de salle d'urgence version scolaire où voguent les problèmes et manquent les ressources. Au nom des enfants, qui restent stationnés là pendant plus de dix ans, de grâce, trouvons de vraies solutions à de véritables problèmes!

L'école québécoise? Si on se fie au discours ambiant, c'est un véritable bric-à-brac. Une réforme chancelante, des enseignants à bout de souffle, des édifices croulants, des hordes de décrocheurs et surtout, surtout, des élèves en difficulté. Ne cherchez pas l'élève moyen ou doué, sans histoire ni problème: on chuchote qu'il est en bonne voie de devenir l'exception qui confirme la règle.

Cauchemar des uns, hantise des autres, ces élèves camouflés sous l'affreux acronyme EHDAA regroupent les handicapés, les élèves ayant des troubles de comportement et tous ceux qui présentent des difficultés d'apprentissage. Les évaluations conservatrices évoquent 16 % de la population scolaire. Mais un seul de ceux-là en vaut parfois cinq autres!

Au nom du bien de ces gamins, le Québec a fait le choix de l'intégration. Ainsi, lorsque le contexte le permet sans préjudice pour les autres ni pour l'enfant lui-même, on mêlera ce petit en détresse à l'ensemble de ses camarades, moyennant le soutien nécessaire. Il s'agit du gros bon sens: un choix social d'inclusion et d'ouverture qui profite non seulement à l'élève intégré mais aussi aux compagnons de fortune.

Soumis à l'épreuve du réel, ce beau principe s'écroule lamentablement. Car nous avons jadis fait un choix dont nous n'assumons pas les coûts. Un remaniement doit s'opérer, qu'il s'agisse d'un ajout — considérable! — de ressources dans les écoles, d'une réorganisation majeure du travail, d'un dépistage précoce (à la garderie, incubateur de l'école?) ou d'un ajustement de la formation des futurs maîtres à l'université, où les cours en adaptation scolaire comptent pour des miettes.

Le défi est d'envergure: il est quasi impossible d'appliquer une recette uniforme à une réalité aussi hétérogène. En matière d'intégration, le «cas par cas» est de mise. Les parents d'un élève handicapé vous vanteront les mérites de cette logique d'intégration. À côté de ceux-là, d'autres associeront la classe ordinaire à un échec tragique pour leur petit, si différent des autres que son séjour en groupe régulier fut misérable.

D'autres parents, de plus en plus tapageurs, s'inquiéteront de voir leur propre enfant payer de sa réussite le fait de côtoyer en classe un nombre élevé de camarades en difficulté. Ils oseront même remettre en question le choix de société, remuant au passage quelques tabous. La classe spéciale? Pourquoi pas?

C'est sans compter le cri du coeur des enseignants: ils ont maintes fois exposé le contexte impossible que constitue désormais une classe dans laquelle les élèves sans problèmes forment presque une minorité. Après des demandes d'ajout de ressources restées sans réponse suffisante, les voilà contraints d'exiger un remaniement de la loi qui définirait mieux la «contrainte excessive» que représentent ces diablotins.

Il y a pourtant eu des réponses: la dernière négociation s'est terminée en 2005 avec l'ajout de 100 millions de dollars dans le réseau, pour 1800 postes additionnels. Dans l'absolu, c'est bel et bien un cratère dans le budget du réseau. De manière concrète, réparti dans des écoles comptant un million d'élèves, c'est un ajout qui ne fait pas le poids. Des grenailles.

Cette population scolaire coûte désormais 1,6 milliard de dollars sur un budget de 13 milliards. Si ces sommes ne suffisent pas à apaiser le trouble, c'est donc le signe incontestable d'une société qui a mal à ses enfants. Où allons-nous avec des classes regorgeant de cas problèmes?

La Commission scolaire de Montréal n'a pas attendu le plan d'action que concocte le ministère de l'Éducation pour annoncer ses couleurs. Son appétit est sans doute à la hauteur de ses besoins: gigantesque et démesuré. Abaisser du tiers le ratio des classes de la cinquième année du primaire à la deuxième année du secondaire coûterait... 21 millions. Utopique, diront certains. Le simple fait de l'avoir calculé démontre toutefois le gouffre qui sépare la montagne de besoins des enveloppes minceur. Réparti à l'ensemble du Québec, qui n'a pas moins d'appétit que la métropole, ce budget devient astronomique.

Dès son arrivée en poste, la ministre Michelle Courchesne a saisi l'urgence de défricher une fois de plus ce dossier en broussaille. Quelles solutions pigera-t-elle pour assainir le climat de l'école fourre-tout? Espérons-le: de quoi en faire un endroit serein propice à l'apprentissage plutôt qu'un capharnaüm.

***

machouinard@ledevoir.com
 
 
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  • Dominic Pageau - Abonné
    11 avril 2008 02 h 41
    Je me trompe ou il y a plus d'enfant qui ont des troubles d'apprentissage?
    N'est-ce pas une chose digne d'intérêt.

    Pour ce qui est de l'intégration comme elle est pratiquée, je suis contre. On met trop de pression sur les professeurs qui sont ralenti par la charge suplémentaire et malgré tous leurs efforts, ceux qui ont de graves troubles d'apprentissages vont être retardé.

    Non, il faut pas s'acharner
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  • Marc Lavallée - Inscrit
    11 avril 2008 08 h 54
    Serait-ce plutôt les parents qui auraient des problèmes?
    On se préoccupe beaucoup des enfants quand il s'agit d'eux. Normal... Mais un enfant ne peut pas grand chose sans ses parents. On espère beaucoup des enfants, puisqu'ils représentent l'Avenir, avec toutes ses promesses de Réussite. Mais se préoccupe t-on du présent des parents? Notre société n'est que la somme de ses fuites en avant. Un enfant devient un adulte 18 ans plus tard, 18 ans de croissance avec des parents en détresse. Ensuite, il y a la "vraie vie", celle de la vraie course au fric, qui elle dure parfois plus que 50 ans. 50 ans à faire n'importe quoi pourvu que ça "rapporte" et qu'on puisse se "réaliser" comme consommateur. Faudrait pas se surprendre que les enfants soit de nouvelles victimes de ce régime débilitant. On l'aura bien cherché.
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  • Delvyna Lachance - Inscrite
    11 avril 2008 09 h 09
    Les troubles d'apprentissage vous dites?
    Serait-ce un hasard ou une volonté? tout le monde semble vouloir baisser les bras au nom des troubles d'apprentissage. Toutes les fois qu'une personne ne s'adapte pas à une forme d'apprentissage, on blâme la personne. Ne devrait-on pas plutôt blâmer la forme d'apprentissage et ceux qui la pratiquent?
    Je ne pourrais pas m'adapter à l'enseignement dispensé par une secte religieuse quelconque et pourtant je n'ai pas de troubles d'apprentissage. Soyons réalistes, la façon d'élever les enfants a changé, mais les méthodes d'enseignement, elles, sont restées les mêmes. Le milieu familial et la communauté dans lesquels nous évoluons donnent plus de liberté et de droits à tous. Nous devons non seulement dispenser les matières académiques mais aussi enseigner les vraies valeurs à nos enfants. Quand l'enseignant (le pauvre) à des difficultés il faudrait tout aplanir, restructurer et réformer pour lui alors que pour les enfants , ils ont tout simplement des troubles d'apprentissage (on n'y peut rien).
    Alons réveillons-nous, quel avenir servons nous à nos enfants ? La preuve est faite qu'un peu de chaleur humaine et de patience peuvent faire des miracles et éloigné tous les troubles d'apprentissage. Que désirons-nous ? Former des décrocheurs et moins de diplômés?
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  • André Provost - Abonné
    11 avril 2008 09 h 13
    Mme Chouinard, vous venez d'écrire un chef-d'oeuvre à conserver !
    Vous maîtriser si bien votre langue et vous saisissez avec tellement de justesse les malaises de notre système scolaire, qu'il me ferait plaisir de vous décerner le titre de MINISTRE de l'éducation. Depuis les années 70, aucun ministre n'a compris ce qu'il fallait faire. Le plus étonnant, c'est que nous avons tous les outils pour régler ce terrible problème. Autant notre ministère que tous nos universitaires ne s'en rendent compte. Le ministère consulte toujours les mêmes personnes et l'on tourne en rond.

    On assiste à un énorme gaspillage depuis plus de 30 ans. On peut faire beaucoup mieux, et à moindre coût, pour tous les élèves de notre système scolaire public. Un très grand savant nous a légué tous ces outils qui nous donnent le goût de mieux apprendre notre langue et tout le reste. Il suffit de le lire pour comprendre que nous avons besoin d'un tel savant. J'aimerais vous parler et vous rencontrer à ce sujet.

    André Provost mapl7@hotmail.com
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  • Claude Stordeur - Abonné
    11 avril 2008 11 h 38
    La première école est celle à la maison
    Et comme il n'y a plus d'adulte responsable dans les maisons entre 7h du matin et souvent 7h du soir, les enfants apprennent seulement à l'école dans des classes surpeuplées.
    Les familles disloquées ou on ne visite même plus les grands parents, pas le temps, sont à la dérive et surnage dans un monde qui n'est pas adapté humainement à ce concept.
    Pour pouvoir avoir sa liberté égale aux hommes les femmes font élever leurs petits par des étrangères qui essayent de remplacer le mieux qu'elles peuvent le liens du sang et de la famille. Plus vieux, les jeunes suivent l'apprentissage de la vie sexuelle et des drogues à l'école de la rue et sur internet que personne ne leur apprend à découvrir.
    L'école est faite pour apprendre et la famille doit avoir le temps de les éduquer...
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  • Roland Berger - Abonné
    11 avril 2008 14 h 21
    Un cercle vicieux
    Dans la majorité des cas, les difficultés de comportement ont pour cause des difficultés d'apprentissage non résolues, et les difficultés d'apprentissage de classes trop peuplées dès la première année du primaire, des groupes scolaires qu'on confie à nombre d'enseignants qui, s'ils savent lire et écrire, n'aiment ni la lecture ni l'écriture. Oui, il faut repenser la formation des enseignants. Mais le premier pas consiste à sélectionner les candidats à l'enseignement selon leur réussite en français (entre autres) et des les attirer à la pédagogie en payant tous leurs frais. Mais il s'agit là d'une solution à long terme, sans intérêt pour un ou une ministre qui veut faire sa marque au plus sacrant.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario
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  • Caroline Proulx-Trottier - Abonnée
    11 avril 2008 18 h 39
    Merci madame Chouinard ! il était temps !
    Madame,

    J'ai lu et relu votre texte d'aujourd'hui et je le ferai partager à mes collègues enseignantes et enseignants. Je tenais à vous souligner combien il est réconfortant de lire un résumé aussi juste de la situation, écrit en si peu de mots et surtout si éloigné de la langue de bois avec laquelle ce dossier est régulièrement traité.

    Du même souffle, je ne peux m'empêcher de penser combien il est inquiétant que ce soit une journaliste qui ait compris l'ampleur du désastre et non les personnes responsables de régler le dossier. Ces personnes devraient prendre les décisions qui s'imposent et ainsi permettre enfin aux élèves du Québec d'avoir l'éducation qu'ils méritent avec les conditions d'apprentissages correctes et nécessaires à leur réussite scolaire. Ces décisions permettraient aussi aux enseignantes et enseignants de faire leur travail avec plaisir, sans être constamment obligés de palier au système, sans s'épuiser, sans se culpabiliser des nombreux échecs et décrocheurs, sans y laisser leur santé et pire sans quitter la profession à bout de souffle, malades ou désabusés. Les parents de tous les élèves dormiraient en paix et seraient probablement plus enclin à collaborer avec les équipes scolaires, sachant que leurs enfants y trouveront leur compte.

    Espérons, madame, que l'actuelle Ministre et ses accolytes vous liront et comprendrons le message que nous ne cessons de répéter depuis tant d'années.

    Frédérique Trottier, enseignante au primaire.
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  • Sabin Bois - Inscrit
    12 avril 2008 08 h 54
    Notre priorité : L'ÉDUCATION
    Voici le nouveau slogan proposé aux partis politiques du Québec.Si on inversait les budgets de la santé (45 milliards) et de l'éducation(13 milliards), curieusement, on verrait le niveau de santé des québécois s'améliorer significativement. L'éducation sous toute ses formes et dans son sens le plus large est garante du développement et de l'épanouissement d'une société.Éduquer les gens, c'est les rendre responsables et capables aussi de faire profiter leur capital-santé, évitant ainsi de se retrouver dépendants de l'autre système.
    Les "soigner ", c'est garder un pouvoir sur eux qui profite à une petite élite se nourrissant de l'ignorance de la masse.
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  • André Provost - Abonné
    12 avril 2008 11 h 17
    En accord total avec la solution de M. Roland Berger.
    Depuis plus de 30 ans, les enfants de nos écoles se trouvent dans une situation de détresse et le ministère n'a pas encore été capable de trouver la véritable solution pour sortir de cette impasse. Elle existe pourtant cette solution et elle a été solidement expérimentée, durant 20 ans au Québec. Les fruits de ce travail se trouvent à l'Université du Québec à Chicoutimi et s'intitule LE FRANÇAIS PAR LA SYNTAXE. Son auteur et grand maître, ERNEST RICHER, a tout renouvelé et simplifié l'enseignement de notre langue, mais on n'a pas voulu de lui au ministère. Ce savant, qui parlait plus de 25 langues, après avoir travailler cinquante pleines années en qualité de professeur d'université, confiné dans un domaine qui lui était très cher, le voici exclu de ce domaine. Ce fut un choc terrible pour ce bon maître qui pouvait sauver notre langue du malaise où elle se trouvait.

    Si le gouvernement péquiste des années 1980, me disait-il, ne m'avait pas forcé à tout abandonner, je serais le premier à me réjouir de pouvoir encore travailler à cette oeuvre qui avait déjà commencé à faire du bien aux professeurs comme aux enfants des classes. Dans mes livres, toutefois, on peut trouver ample matière à réflexion, et c'est ce qui peut rester d'immédiatement utilisable pour une amélioration de l'enseignement de notre langue à tous les niveaux du système scolaire, de l'élémentaire à l'université incluse.

    André Provost mapl7@hotmail.com
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  • Raphaella Robitaille - Inscrite
    12 avril 2008 19 h 48
    L'enfant en difficulté..et l'autre?
    J'ai quitté l'enseignement, c'était encore beau!A lire votre propos qui décrit je pense assez bien la réalité, je trouve courageux ceux qui restent...et je me dis qu'il faut avoir vraiment la vocation pour continuer dans ce capharnaüm. L'amour des enfants ne règle pas tout.C'est épuisant de jouer les psy, la maman,le travailleur social,et s'il reste du temps et de l'énergie, l'enseignant...
    La planète est dérangée,les humains aussi.Dire que la majorité devient la minorité en parlant des enfants doués et dans la moyenne, cela m'attriste au plus au point.Cette nouvelle minorité est oubliée et attend après les autres,perd son temps alors qu'elle pourrait prendre le train rapide.Il y a aussi danger de décrochage pour cette catégorie d'enfants qui ne trouve plus d'intérêt et de défi à l'école.On parle toujours des enfants en difficulté et on n'applique toujours pas les recommandations proposées.Il ne suffit plus de débloquer des millions,il faut je pense requestionner la mission de l'école. On ne peut pas tout faire... Transmettre des connaissances et une culture à nos enfants, leur apprendre l'histoire et les valeurs de base d'une société juste et ouverte sur le monde, voilà un beau programme! Refaire la société et supppléer constamment aux manques c'est toute une tâche...c'est giganntesque, on ne pas remplacer la famille,et réparer le tissu social déchiré... Vouloir à tout prix l'inclusion risque l'exclusion pour les autres.A bien y penser,l'école n'est plus ce lieu ou l'on se sent à l'aise d'apprendre avec plaisir, c'est devenu un endroit plus ou moins confortable.
    L'école est-elle le reflet de notre société, un peu désorganisée,mêlée,insécure à la recherche d'une solution miracle pour tenter de satisfaire tout le monde? Une salle d'urgence ou chacun espère avoir son tour et être soigné le mieux et le plus vite possible.Est-ce qu'on aime encore aller à l'école? J'espère que oui malgré tout!Il n'y a pas que des problèmes, j'ose croire qu'il y a aussi des solutions et des remèdes... Raphaëlla Robitaille
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