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De sous-ministre à sur-ministre

Antoine Robitaille   5 avril 2008  Éducation
Québec — Lise Bacon le dit d'emblée: une des grandes qualités de son ancienne protégée, c'est qu'elle réussit à «ne pas trop écouter ses fonctionnaires». «Les ministres de l'Éducation ont toujours été un peu embourbés avec leurs fonctionnaires. Les pédagogues sont forts, vous savez!», fait-elle remarquer. Mais Michelle Courchesne, elle, leur tient tête.

L'ancien ministre péquiste Joseph Facal, ex-député de Fabre et adversaire de la «réforme Marois», est d'accord. «Je crois qu'elle essaie, de son mieux, de redonner un peu de place au bon sens, ce qui est extraordinairement difficile dans un secteur qui, au Québec, est sous la férule des "sciences de l'éducation".»

Chose rare chez une ministre, Mme Courchesne revendique, jusque et y compris aux heures de grande écoute, sa résistance à la «machine». Sur le plateau de Tout le monde en parle, elle rétorque à Jean-François Lisée, qui vient de dire que les fonctionnaires avaient détourné la fameuse réforme: «Je ne partage pas l'opinion que les fonctionnaires sont toujours ceux qui nous contaminent, qui nous forcent à prendre des décisions. On a une responsabilité, ajoute-t-elle, comme ministre, comme gouvernement... c'est nous qui sommes les décideurs.»

Dans une entrevue aux Francs-tireurs à Télé-Québec, elle se fait plus brutale au sujet des commis de l'État. «Je ne peux pas tous les sacrer dehors. Parce qu'ils ont des conventions collectives et ils ont une sécurité d'emploi qu'on respecte.» Phrase qu'elle regrettera d'ailleurs et à propos de laquelle elle s'expliquera avec les principaux intéressés. Elle organisera même des rencontres avec chacune des équipes du ministère. Une première, selon des sources au ministère. Celles-ci notent du même souffle qu'il ne faut pas se méprendre: beaucoup d'employés de l'État aiment et respectent une ministre qui a de la poigne.

Il n'y a pas qu'à la télé que la ministre brasse ses employés. Selon Suzanne Chartrand, professeure en didactique du français à l'Université Laval, aucun ministre de l'Éducation n'a jamais à ce point désavoué ses fonctionnaires. «Elle a récemment dit qu'il fallait récrire les programmes de français pour y réintroduire des éléments de progression des connaissances. C'est ce qu'il fallait faire. Mais ces programmes, ils étaient nouveaux, venaient d'être écrits!»

Liza Frulla soutient que c'est parce que Michelle Courchesne a elle-même été sous-ministre, donc fonctionnaire, qu'elle peut plus facilement secouer le cocotier. «Au ministère de l'Éducation, dans le fond, ta vraie clientèle, ce sont les fonctionnaires. Pour que ça marche, il faut que tu les connaisses. Et elle les connaît. C'est pour ça qu'elle réussit. Elle les voit venir.» Le précédent détenteur du portefeuille, Jean-Marc Fournier, n'avait pas saisi cet «esprit fonctionnaire» et s'était rapidement transformé en porte-parole de ses sous-ministres.

Michelle Courchesne se montre prolixe sur les atouts découlant de son expérience dans la «machine»: «Je suis capable de savoir jusqu'où pousser mes fonctionnaires. Je suis capable de faire la part des choses et de dire: "Là, je peux en demander encore plus." Parce que je sais que c'est possible, qu'il y a une solution et que ce que je demande, c'est réalisable, c'est faisable. En même temps, quand mon sous-ministre me dit que "telle chose pour X raison est impossible", je comprends très vite.»






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  • Gérard Lépine
    Abonné
    samedi 5 avril 2008 05h43
    de moins en moins
    « La tâche du nettoyage des cadres du MinEd est devenue un peu plus facile depuis que tous les défroqués (et défroquées) des années soixante disparaissent graduellement, étant rattrapé(e)s par l'âge de la retraite ou par la grande faucheuse. Alléluja! »

  • roger girard
    Abonné
    samedi 5 avril 2008 07h46
    Une ministre résolue à tenir compte de la réalité scolaire
    « Votre article me confirme que j'ai eu raison d'écrire cette lettre à la ministre Courchesne, une lettre lui demandant d'intervenir avec diligence pour assurer la qualité du matériel pédagogique en Éthique et culture religieuse:


    Québec, le 4 avril 2008

    Madame Michelle Courchesne
    Ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport
    Gouvernement du Québec


    Objet : Conformité du matériel didactique au programme ÉCR


    Madame,

    La mise en oeuvre du programme Éthique et culture religieuse nécessite du matériel didactique de première qualité. D'autant plus qu'il s'agit d'une matière nouvelle et que plusieurs misent sur ce matériel pour suppléer la formation du personnel enseignant qui risque de demeurer rudimentaire en certains cas.

    Déjà, grâce au Bureau d'approbation du matériel didactique, le Ministère dispose des moyens efficaces et éprouvés pour assurer la qualité des instruments pédagogiques à l'usage des enseignantes et des enseignants et de leurs élèves dans les divers programmes d'études. Les normes rigoureuses et transparentes font en sorte que le matériel pédagogique approuvé est fiable et pertinent, et l'ensemble du processus stimule la créativité tout en favorisant l'équité entre les maisons d'éditions. À ce chapitre, le modèle québécois est exemplaire.

    Cependant, comme le programme ÉCR constitue une première et qu'il a dû être élaboré et approuvé dans des délais assez serrés, il se pose un problème qui mérite une attention particulière de votre part.

    Avec raison, le BAMD demande une conformité exacte aux énoncés «prescriptifs» du programme qui a été approuvé (voir le critère 2 et la deuxième partie du critère 6, soit 6,2 dans les documents ministériels). Si tous et chacun se mettaient à modifier le contenu obligatoire, on risquerait de perdre ce qui a été jugé comme devant être le programme d'études à offrir aux élèves, non sans avoir nécessité d'importantes ressources pour l'élaboration, la consultation et l'implantation.

    Le texte actuel du programme véhicule, sur la notion de «dialogue», une ambiguïté flagrante qui risque de semer la confusion : pour des raisons difficiles à saisir, il utilise ce terme dans un sens qui s'éloigne de l'emploi courant et surtout qui ne concorde pas avec celui que propose le programme de français. Dans le programme ÉCR, le dialogue en vient à englober un large éventail de pratiques langagières ou littéraires qui deviennent alors des «formes de dialogue», que ce soit le débat et même la narration. Dans le programme de français, le dialogue est une forme de communication parmi d'autres. On pourrait penser que le programme ÉCR se distingue en traitant le dialogue simplement en tant que valeur ou attitude, la lecture du texte nous révèle néanmoins qu'il s'agit vraiment d'une réalisation concrète qui fait appel à certains procédés très précis et plutôt techniques. Qui plus est, on réduit alors le dialogue à un exercice d'abord argumentatif, axé sur les «points de vue» élaborés et exprimés. Il est évident que la pertinence du sens accordé au terme dialogue est à juger dans l'ensemble des intentions et des aménagements du programme, ce qui dépasse le cadre de cette lettre. Là où le bat blesse, c'est dans la concordance avec le programme de français. Tout au long du primaire et du secondaire, les enseignants et les élèves seront confrontés à deux concepts divergents de «dialogue», d'autant plus que le programme ÉCR stipule que chaque SAÉ doit aborder le volet du dialogue, en lien avec un seul ou les deux autres volets. C'est dire qu'à chaque période, on réfèrera au dialogue dans un sens différent de celui utilisé lors des apprentissages en français! Un des buts du PFEQ ne consistait-il pas à instaurer plus d'interaction et de cohérence dans les apprentissages relatifs aux diverses disciplines scolaires?

    Comme vous le savez, le processus de production du matériel didactique est maintenant enclenché et les règles font en sorte qu'aucun intervenant (ministériel ou éditeur) ne peut modifier le programme. J'imagine cependant que les fautes de français dans les énoncés du programme seront corrigées sans compromettre la conformité des publications soumises. Dans le texte actuel, par exemple, on a malencontreusement laissé un trait d'union à «Marie Guyart» que l'on présente parmi les personnages marquants du patrimoine religieux (sec. 1er cycle, p.81): les éditeurs auront certes l'aval du BAMD pour corriger l'inexactitude (car il ne s'agit pas de l'édifice éponyme) et ils éviteront ainsi de copier intégralement le texte officiel suivi d'un «(sic)» pour notifier qu'ils ne sont pas responsables de cette orthographe incorrecte et porteuse de confusion. Ce sera éventuellement le même réflexe de correction pour la définition «prescrite» de «l'appel au clan» (un des «procédés susceptibles d'entraver le dialogue», p. 71) : on peut y lire en effet une erreur d'accord à la fin de la phrase, «...par une personne ou un groupe de personnes jugé estimable ou non estimable». L'erreur est humaine, tout comme sa correction lorsqu'elle est possible. Mais qu'en est-il des autres écarts, sémantiques ou épistémologiques dans le cas présent, qui demanderaient à être rectifiés pour assurer la qualité de l'enseignement et de l'apprentissage? À ce stade-ci, on le comprendra, un éditeur ne peut aucunement se permettre de modifier les éléments prescrits ou même de demander quelque changement de ceux-ci : ce serait agir à l'encontre des règles établies.

    Face au problème d'ambivalence conceptuelle du «dialogue», il n'y a que la Ministre qui peut intervenir pour assurer les mises au point qui s'imposent. Dans le respect des procédures en place, elle peut permettre aux responsables du BAMD de recourir à un mécanisme ad hoc pour pouvoir aménager maintenant les correctifs souhaitables sans léser les éditeurs qui préféreraient, à cause de l'avancement de leurs travaux, s'en tenir à la version initiale du programme approuvé.

    Je vous demande instamment de prendre en considération ma demande qui soulève un aspect délicat de l'opération en cours, j'en conviens facilement. Si les enseignants et les enseignantes ont toute la latitude voulue pour s'approprier les éléments du programme et en faire une interprétation adaptée aux élèves, en évitant les malentendus éventuels, il en est autrement des productions didactiques qui seront approuvées, notamment en fonction de leur conformité à la lettre du programme, et qui ne jouissent d'aucune marge de manoeuvre à cet égard. Par contre, toute irrégularité linguistique ou sémantique du matériel publié se retrouvera dans des centaines de classe et nuira à la qualité de l'éducation à l.école.

    En espérant une réponse favorable, je vous prie d'accepter, madame la ministre, l'expression de mes sentiments distingués.

    Roger Girard
    [...] »

  • Suzanne Ethier
    Abonnée
    samedi 5 avril 2008 08h22
    Cette femme donne un punch au gouvernement
    « J'ai beaucoup de respect pour Madame Courchesne elle est une des ministres qui livre et qui a des idées,un bons sens sain dont le gouvernement et la population ont un grand besoin.
    L'émotivité de madame Courchesne est une des ses forces,elle écoute avec ses émotions pas seulement avec sa raison. »

  • Jean-Louis Hugues
    Inscrit
    samedi 5 avril 2008 09h13
    Bravo
    « Quand Michelle Courchesne prend-elle en charge le ministère de la santé ? On peut réver, non ? »

  • Guy Poulin
    Abonné
    samedi 5 avril 2008 10h15
    Enfin
    « Pour la premières fois depuis fort longtemps je lis un article encourageant concernant ce ministère qui j'avoue a habituellement pollué ma qualité de vie à chaque fois qu'il faisait parler de lui.

    Merci »

  • Jean Desjardins
    Abonné
    samedi 5 avril 2008 10h19
    Bien dommage...
    « Bien dommage, en effet, que mesdames Courchesne et Gagnon-Tremblay, deux femmes remarquables en termes de compétence, de jugement et d'efficacité, soient encarcannées dans un parti politique qui doit jouer le jeu de la partisannerie sur tous les sujets.

    Quant à moi, on devrait leur accorder un 'statut particulier' et leur permettre de continuer leur bon travail de ministre, quel que soit le parti au pouvoir !

    Deux exemples à suivre ...

    Jean Desjardins »

  • André Provost
    Abonné
    samedi 5 avril 2008 10h34
    Les programmes du Mels n'ont pas de contenus LINGUISTIQUES depuis 1980.
    « ERNEST RICHER a légué une méthode novatrice et rigoureuse de l'enseignement du français. L'originalité de sa méthode réside dans l'audace et le courage que l'auteur a eus de porter à la limite de leur application les principes structuralistes. Pour toutes sortes de raisons, cette méthode, solidement expérimentée au Québec, n'a pas eu la considération ni la diffusion qu'elle aurait méritées.

    Malgré les nombreuses réformes de l'enseignement du français qui se sont succédé au Québec, de sérieuses difficultés persistent: parents, enseignants, employeurs, professeurs de cegep et d'université se plaignent de la piètre maîtrise du français qu'ils observent chez beaucoup trop de jeunes. Y a-t-il moyen de corriger le tir? Le Cercle Ernest-Richer le pense.

    Instigateur d'un projet destiné à faire connaître les précieux travaux d'Ernest Richer et rendre hommage à ce remarquable oublié, notre Cercle est assuré de détenir tous les outils pour solutionner le malaise. Ernest Richer est, en effet, un très grand savant. Linguiste exceptionnel et pédagogue novateur, il a tout simplifié l'apprentissage des langues et de la nôtre en particulier mais il demeure ignoré de nos hautes instances ministérielles et universitaires.

    Même s'il pouvait éclairer la lanterne de tous nos chercheurs et qu'il a été le plus intéressant conférencier en octobre 1979, devant le Congrès décisif de l'AQPF, l'équipe de direction de cette association et leur revue Québec français n'ont jamais voulu parler des travaux ni de la solide expérimentation de ce grand maître. Ce savant GUIDE était pourtant l'un des nôtres, mais on l'a ignoré!

    André Provost, de Lavaltrie, mapl7@hotmail.com »

  • Marc Gendron
    Abonné
    samedi 5 avril 2008 10h42
    De l'intelligence, du cran, de la transparance
    « En bonne fonceuse, elle va trop loin parfois. C'est le prix à payer pour changer les choses pour vrai. Mais elle sait aussi pédaler à reculons aussi longtemps qu'il faut. Elle nous change des langues-de-bois qui défilent à RDI à longueur de journée.

    Marc Gendron
    Québec »

  • André Provost
    Abonné
    samedi 5 avril 2008 11h19
    Les programmes du Mels n'ont pas de contenus LINGUISTIQUES depuis 1980.
    « ERNEST RICHER a légué une méthode novatrice et rigoureuse de l'enseignement du français. L'originalité de sa méthode réside dans l'audace et le courage que l'auteur a eus de porter à la limite de leur application les principes structuralistes. Pour toutes sortes de raisons, cette méthode, solidement expérimentée au Québec, n'a pas eu la considération ni la diffusion qu'elle aurait méritées.

    Malgré les nombreuses réformes de l'enseignement du français qui se sont succédé au Québec, de sérieuses difficultés persistent: parents, enseignants, employeurs, professeurs de cegep et d'université se plaignent de la piètre maîtrise du français qu'ils observent chez beaucoup trop de jeunes. Y a-t-il moyen de corriger le tir? Le Cercle Ernest-Richer le pense.

    Instigateur d'un projet destiné à faire connaître les précieux travaux d'Ernest Richer et rendre hommage à ce remarquable oublié, notre Cercle est assuré de détenir tous les outils pour solutionner le malaise. Ernest Richer est, en effet, un très grand savant. Linguiste exceptionnel et pédagogue novateur, il a tout simplifié l'apprentissage des langues et de la nôtre en particulier mais il demeure ignoré de nos hautes instances ministérielles et universitaires.

    Même s'il pouvait éclairer la lanterne de tous nos chercheurs et qu'il a été le plus intéressant conférencier en octobre 1979, devant le Congrès décisif de l'AQPF, l'équipe de direction de cette association et leur revue Québec français n'ont jamais voulu parler des travaux ni de la solide expérimentation de ce grand maître. Ce savant GUIDE était pourtant l'un des nôtres, mais on l'a ignoré!

    Le Cercle Ernast-Richer s'est alors constitué pour lancer ce renouveau. Nous le répétons: grammairiens et linguistes se réservent des tâches différentes, mais le pédagogue chargé de grammaire se doit d'être aussi linguiste, sous peine d'être, aujourd'hui, inférieur à son rôle. Ce grand travail de simplification de la science linguistique nous la retrouvons dans son Guide du Maître: Ma langue française. Cet instrument de travail permet à chacun de bien découvrir les 6 pièces et les 5 structures de la langue. Une savante innovation!

    Ne serait-il pas temps que l'on fasse connaître aux pédagogues les bienfaits injustement ignorés de cette démarche? Ne faut-il pas faire aussi un bon examen de conscience et décider une bonne fois à mettre un terme aux imperfections de l'enseignement traditionnel et combler les lacunes de cet enseignement? Malgré tous les efforts de simplification et d'adaptation, on n'en continue pas moins à enseigner, non pas la langue française, mais bien une grammaire remplie de maladresses et d'ambiguìtés.

    André Provost, de Lavaltrie, mapl7@hotmail.com »

  • Jean Desjardins
    Abonné
    samedi 5 avril 2008 14h50
    Quel lapsus j'ai fait !!!
    « J'avais envoyé une correction en regard de mon mémo intitulé: 'Bien dommage...'

    Malheureusement, le webmestre n'a pas retenu ce 2e mémo.

    En effet, je voulais citer mesdames Courchesne et Jérôme-Forget, et surtout pas madame Gagnon-Tremblay qui appartient à une toute autre catégorie, ...celle des langues fourchues !

    Mes excuses à madame Jérôme-Forget pour ce malheureux lapsus que je n'ai pas pu corriger à temps, semble-t-il. Désolé aussi pour les correspondants du Devoir qui ont peut-être cru un instant que je soutenais l'impossible...

    Jean Desjardins »

  • Raymonde Chouinard
    Abonnée
    dimanche 6 avril 2008 12h33
    Lapsus
    « " Désolé aussi pour les correspondants du Devoir qui ont peut-être cru un instant que je soutenais l'impossible..."

    Ben voyons, le contraire nous aurait surpris...! »

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