Ouvert le samedi
Photo : Jacques Nadeau
Toutes les ressources d'un quartier peuvent être mises à contribution pour élever un enfant. Ce principe, dérivé du célèbre proverbe africain selon lequel «il faut un village pour élever un enfant», est à la base du développement de l'école communautaire, qui multiplie les liens avec les organismes d'un quartier, les autres services publics et les parents. Ce courant est en plein essor à Montréal.
L'école Laurentide, à Saint-Laurent, bourdonne d'activité, et pourtant, nous sommes un samedi après-midi d'hiver. Une trentaine de garçons courent en tout sens dans le gymnase, tentant de se sauver de la tag pendant que presque autant de filles font du bricolage à la cafétéria. Les plus grands sont allés au centre de loisirs du coin pour jouer au baby-foot, au billard ou au ping-pong.
Même s'ils ont passé la semaine à l'école, ils ont une mine réjouie en y retournant le samedi pour se défouler. «D'habitude, je vais à l'école pour apprendre des choses. Le samedi, je viens pour jouer. C'est l'fun», confie Andréa, huit ans, pendant la pause-collation.
À l'école Laurentide comme dans plusieurs autres écoles de Montréal, on considère que l'éducation des enfants ne se limite pas à la plage horaire de 8h à 15h15: il faut mobiliser les parents et aussi tenter de répondre à leurs besoins, il faut mettre à contribution les ressources sociales d'un quartier pour bien remplir la triple mission de l'école, soit «instruire, socialiser et qualifier». La tendance à «l'école communautaire», inspirée d'initiatives développées dans des quartiers populaires américains, prend de l'ampleur depuis une dizaine d'années, particulièrement dans les quartiers défavorisés, où les écoles disposent de ressources additionnelles et où il existe un véritable tissu social qu'on peut mettre à contribution.
Lors des «samedis ensoleillés», l'après-midi, on accueille entre 70 et 90 élèves de l'école primaire Laurentide et de sa voisine, Katimavik-Hébert. Des animateurs du service de loisirs de l'arrondissement les prennent en charge pendant que leurs parents travaillent ou profitent de ces quelques heures pour faire les courses.
«L'objectif est triple: pratiquer le français de façon ludique, favoriser le sentiment d'appartenance à l'école et développer les habiletés sociales des enfants», explique le directeur de l'école, Pierre Sicard, qui compte sur les doigts d'une seule main les Québécois de souche parmi ses 350 élèves.
Au moment du redécoupage des territoires scolaires, il y a six ans, des enfants du quartier Chameron, enclavé entre l'autoroute 15, le chemin de la Côte-Vertu, la voie de chemin de fer et un parc industriel, ont dû aller à l'école en autobus dans le quartier voisin. Qu'à cela ne tienne: on a fait le pari d'y développer des liens avec l'école et de contribuer à l'enracinement des familles dans l'arrondissement de Saint-Laurent en multipliant les partenariats.
La vocation «communautaire» de l'école s'exprime de mille et une façons dans ce milieu où les parents travaillent d'arrache-pied pour s'intégrer à leur nouveau pays. Par exemple, grâce à un partenariat avec le CLSC, on invite les parents et les enfants qui entreront à la maternelle à des ateliers estivaux pour se familiariser avec l'école. «Beaucoup d'enfants, quand ils sont tout petits, restent à la maison avec leurs grands-parents qui ne parlent ni français ni anglais et sont braqués devant la télévision pendant les quatre premières années de leur vie. On essaie de leur donner une chance», explique Pierre Sicard. Cela permet de dédramatiser l'entrée au primaire, tant pour les petits que pour les parents.
L'école devient une véritable plaque tournante pour des parents souvent désorientés à leur arrivée. Une agente de liaison, Souheila Issa, les réfère aux diverses ressources du quartier, que ce soit pour obtenir une carte d'assurance maladie, consulter une travailleuse sociale du CLSC, suivre des cours de français ou les aider dans leur recherche d'un emploi. D'origine libanaise, cette dame anime aussi des groupes de discussion où les parents peuvent échanger à propos de leurs réalités respectives. «Pendant la guerre au Liban, quand des centaines de Libanais ont pris le chemin de Montréal, certains s'échangeaient le numéro de Mme Issa à bord du bateau», raconte M. Sicard, convaincu que le coup de pouce donné aux parents les rend plus disponibles pour leurs enfants.
Une tendance
L'école Laurentide, qui fait partie de la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, n'est pas la seule à avoir pris le virage communautaire. Ce concept est à la mode depuis une dizaine d'années. Le Réseau de soutien au développement de l'école communautaire, sous l'égide de la Direction régionale de Montréal du ministère de l'Éducation, compte une vingtaine de directeurs, surtout du primaire.
Les cinq commissions scolaires de l'île ont d'ailleurs inclus dans leur credo respectif certaines orientations portant sur le développement de liens entre l'école, la communauté et les parents. À la Commission scolaire de Montréal, une trentaine d'agents d'intervention communautaire travaillent avec environ 70 écoles, surtout au primaire, pour concrétiser les partenariats avec les ressources du quartier et favoriser les liens avec les parents.
«Ce n'est pas vrai que l'école peut tout faire seule. Il faut le plus possible que les enseignants se concentrent sur les apprentissages et que d'autres acteurs viennent les soutenir dans le développement global des enfants», fait valoir la présidente de la Commission scolaire de Montréal, Diane De Courcy, précisant que la CSDM a appuyé sur l'accélérateur en matière de développement de l'école communautaire en 2004.
Directrice de l'école primaire Bedford, dans le quartier très multiethnique de Côte-des-Neiges, Hélène Bourdage voit la société comme une grande courtepointe pleine de trous. «On essaie de retisser un peu la toile, de s'assurer d'une plus grande cohésion sociale», affirme-t-elle, débordante d'énergie.
Un salon des parents
Dans son école, une salle de classe vide a été aménagée en local pour les parents, qui côtoient ainsi l'intervenante communautaire et les employés du CLSC qui y travaillent quelques jours par semaine. «Quand les parents viennent dans le local, on prend soin d'eux, on les aide à arriver dans le quartier et au Québec. Parfois, l'intervenante part à pied pour leur montrer l'endroit où obtenir de l'aide en recherche d'emploi, l'endroit où on trouve des vêtements d'hiver pas chers ou encore la bibliothèque du quartier», explique Mme Bourdage, ajoutant qu'une clinique d'impôts sera également organisée ce mois-ci.
Dans le salon des parents, divers organismes du quartier tiennent des rencontres thématiques pour ceux-ci, par exemple sur le passage du primaire au secondaire ou sur la relation parent-enfant. Il y a aussi des séances de cuisine communautaire.
Des activités sportives sont aussi organisées dans le cadre du programme «Québec en forme» (financé par la Fondation Lucie et André Chagnon) afin de faire bouger les enfants le week-end. Le tae-kwon-do, la danse et les échecs, entre autres, y sont à l'honneur. «Il y a un lien entre l'école et les activités du samedi. Un jeune qui est désorganisé et frappe un enfant dans la cour, on peut par exemple le suspendre de son cours de tae-kwon-do pendant deux semaines», fait observer Mme Bourdage.
La collaboration avec la communauté a aussi permis d'organiser un camp pédagogique en collaboration avec Tennis Montréal pendant la semaine de relâche pour les élèves qui éprouvent des difficultés scolaires ainsi qu'une classe neige pour les grands de cinquième et sixième années au camp Tim Hortons, en Outaouais.
Les nouvelles paroisses
Autre école, autres projets, même philosophie. À Montréal-Nord, la dimension communautaire de l'école primaire Jean-Nicolet s'incarne entre autres dans un partenariat avec l'organisme communautaire «Coup de pouce jeunesse». Des jeunes de la polyvalente du coin, parfois à risque de décrocher, ont été recrutés afin d'aider ceux du primaire. Les ados font notamment du sport avec les élèves. Par ailleurs, des parents plus scolarisés sont mis à contribution pour l'aide aux devoirs.
Outre la mise en réseau de ressources, le milieu scolaire est parfois appelé à monter des activités quand celles-ci font défaut. C'est ce que cinq écoles de Montréal-Nord ont fait avec le projet «Horizon». «Comme il n'y avait pas d'activités offertes par la municipalité le samedi, les directeurs d'école se sont débrouillés pour en organiser. Mais il faudra éventuellement qu'une relève vienne de la Ville», souligne le directeur de l'école Jean-Nicolet, Jacques Primeau.
M. Primeau reconnaît qu'on en demande beaucoup à l'école en plus de sa mission première. «À force d'y mettre toutes sortes de choses, l'école est devenue un point d'ancrage du quartier. Quand les familles sont en difficulté et que les églises se vident, il reste seulement l'école», note M. Primeau.
Nombreuses dans les quartiers multiethniques, les écoles communautaires se développent aussi dans les quartiers défavorisés à majorité francophone. Ainsi, à l'école Saint-Nom-de-Jésus, dans Hochelaga, l'organisme «Je passe partout» coordonne l'aide aux devoirs. Une intervenante se rend même chez certaines familles ciblées pour former les parents. Un autre organisme, «Ateliers cinq épices», y organise des séances d'information sur la nutrition avec les enfants et leurs parents.
Si les parents d'Hochelaga n'ont pas besoin d'être orientés comme les nouveaux arrivants, certains d'entre eux doivent néanmoins être apprivoisés par le milieu scolaire. «Il y a beaucoup de parents pour qui l'expérience scolaire a été difficile, il y a une certaine méfiance qu'il faut abattre», fait observer le directeur, Gérald Bélanger.
Bémols
À force de prendre tous les maux d'un quartier sur ses épaules, l'école risque-t-elle de perdre de vue l'essentiel? Cette question chicote le président de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE). «Cette multitude d'initiatives finit par prendre trop d'importance, au détriment de la mission première. On a besoin d'un peu de calme à l'école. [...] Il y a des limites à ce que l'école doit se donner comme responsabilités», croit Pierre Saint-Germain, qui redoute que la mode de l'école communautaire ne soit en fait qu'une façon détournée de compenser le sous-financement des services publics.
M. Saint-Germain constate par ailleurs que plusieurs enseignants se plaignent du manque de disponibilité des directeurs, pris dans le tourbillon de la concertation avec les organismes du quartier. «Autant l'école doit être ouverte sur sa communauté, autant elle doit en quelque sorte être la gardienne de traditions. Il faut trouver un équilibre», ajoute-t-il.
La présidente de la CSDM reconnaît que la charge est parfois lourde pour le personnel de l'école, en particulier pour les directeurs. «Nous sommes en train de réfléchir à l'organisation du travail», précise Mme De Courcy.
Hélène Bourdage, de l'école Bedford, croit pour sa part qu'une dynamique se crée lorsque les différents acteurs du quartier travaillent ensemble pour relever les défis. «Ce sont des façons de faire différentes, qui n'amènent pas nécessairement une surcharge de travail. [...] L'école a ses limites, certes. On ne peut pas aussi s'occuper des parents. Associons-nous à ceux qui le peuvent!», conclut-elle.
L'école Laurentide, à Saint-Laurent, bourdonne d'activité, et pourtant, nous sommes un samedi après-midi d'hiver. Une trentaine de garçons courent en tout sens dans le gymnase, tentant de se sauver de la tag pendant que presque autant de filles font du bricolage à la cafétéria. Les plus grands sont allés au centre de loisirs du coin pour jouer au baby-foot, au billard ou au ping-pong.
Même s'ils ont passé la semaine à l'école, ils ont une mine réjouie en y retournant le samedi pour se défouler. «D'habitude, je vais à l'école pour apprendre des choses. Le samedi, je viens pour jouer. C'est l'fun», confie Andréa, huit ans, pendant la pause-collation.
À l'école Laurentide comme dans plusieurs autres écoles de Montréal, on considère que l'éducation des enfants ne se limite pas à la plage horaire de 8h à 15h15: il faut mobiliser les parents et aussi tenter de répondre à leurs besoins, il faut mettre à contribution les ressources sociales d'un quartier pour bien remplir la triple mission de l'école, soit «instruire, socialiser et qualifier». La tendance à «l'école communautaire», inspirée d'initiatives développées dans des quartiers populaires américains, prend de l'ampleur depuis une dizaine d'années, particulièrement dans les quartiers défavorisés, où les écoles disposent de ressources additionnelles et où il existe un véritable tissu social qu'on peut mettre à contribution.
Lors des «samedis ensoleillés», l'après-midi, on accueille entre 70 et 90 élèves de l'école primaire Laurentide et de sa voisine, Katimavik-Hébert. Des animateurs du service de loisirs de l'arrondissement les prennent en charge pendant que leurs parents travaillent ou profitent de ces quelques heures pour faire les courses.
«L'objectif est triple: pratiquer le français de façon ludique, favoriser le sentiment d'appartenance à l'école et développer les habiletés sociales des enfants», explique le directeur de l'école, Pierre Sicard, qui compte sur les doigts d'une seule main les Québécois de souche parmi ses 350 élèves.
Au moment du redécoupage des territoires scolaires, il y a six ans, des enfants du quartier Chameron, enclavé entre l'autoroute 15, le chemin de la Côte-Vertu, la voie de chemin de fer et un parc industriel, ont dû aller à l'école en autobus dans le quartier voisin. Qu'à cela ne tienne: on a fait le pari d'y développer des liens avec l'école et de contribuer à l'enracinement des familles dans l'arrondissement de Saint-Laurent en multipliant les partenariats.
La vocation «communautaire» de l'école s'exprime de mille et une façons dans ce milieu où les parents travaillent d'arrache-pied pour s'intégrer à leur nouveau pays. Par exemple, grâce à un partenariat avec le CLSC, on invite les parents et les enfants qui entreront à la maternelle à des ateliers estivaux pour se familiariser avec l'école. «Beaucoup d'enfants, quand ils sont tout petits, restent à la maison avec leurs grands-parents qui ne parlent ni français ni anglais et sont braqués devant la télévision pendant les quatre premières années de leur vie. On essaie de leur donner une chance», explique Pierre Sicard. Cela permet de dédramatiser l'entrée au primaire, tant pour les petits que pour les parents.
L'école devient une véritable plaque tournante pour des parents souvent désorientés à leur arrivée. Une agente de liaison, Souheila Issa, les réfère aux diverses ressources du quartier, que ce soit pour obtenir une carte d'assurance maladie, consulter une travailleuse sociale du CLSC, suivre des cours de français ou les aider dans leur recherche d'un emploi. D'origine libanaise, cette dame anime aussi des groupes de discussion où les parents peuvent échanger à propos de leurs réalités respectives. «Pendant la guerre au Liban, quand des centaines de Libanais ont pris le chemin de Montréal, certains s'échangeaient le numéro de Mme Issa à bord du bateau», raconte M. Sicard, convaincu que le coup de pouce donné aux parents les rend plus disponibles pour leurs enfants.
Une tendance
L'école Laurentide, qui fait partie de la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, n'est pas la seule à avoir pris le virage communautaire. Ce concept est à la mode depuis une dizaine d'années. Le Réseau de soutien au développement de l'école communautaire, sous l'égide de la Direction régionale de Montréal du ministère de l'Éducation, compte une vingtaine de directeurs, surtout du primaire.
Les cinq commissions scolaires de l'île ont d'ailleurs inclus dans leur credo respectif certaines orientations portant sur le développement de liens entre l'école, la communauté et les parents. À la Commission scolaire de Montréal, une trentaine d'agents d'intervention communautaire travaillent avec environ 70 écoles, surtout au primaire, pour concrétiser les partenariats avec les ressources du quartier et favoriser les liens avec les parents.
«Ce n'est pas vrai que l'école peut tout faire seule. Il faut le plus possible que les enseignants se concentrent sur les apprentissages et que d'autres acteurs viennent les soutenir dans le développement global des enfants», fait valoir la présidente de la Commission scolaire de Montréal, Diane De Courcy, précisant que la CSDM a appuyé sur l'accélérateur en matière de développement de l'école communautaire en 2004.
Directrice de l'école primaire Bedford, dans le quartier très multiethnique de Côte-des-Neiges, Hélène Bourdage voit la société comme une grande courtepointe pleine de trous. «On essaie de retisser un peu la toile, de s'assurer d'une plus grande cohésion sociale», affirme-t-elle, débordante d'énergie.
Un salon des parents
Dans son école, une salle de classe vide a été aménagée en local pour les parents, qui côtoient ainsi l'intervenante communautaire et les employés du CLSC qui y travaillent quelques jours par semaine. «Quand les parents viennent dans le local, on prend soin d'eux, on les aide à arriver dans le quartier et au Québec. Parfois, l'intervenante part à pied pour leur montrer l'endroit où obtenir de l'aide en recherche d'emploi, l'endroit où on trouve des vêtements d'hiver pas chers ou encore la bibliothèque du quartier», explique Mme Bourdage, ajoutant qu'une clinique d'impôts sera également organisée ce mois-ci.
Dans le salon des parents, divers organismes du quartier tiennent des rencontres thématiques pour ceux-ci, par exemple sur le passage du primaire au secondaire ou sur la relation parent-enfant. Il y a aussi des séances de cuisine communautaire.
Des activités sportives sont aussi organisées dans le cadre du programme «Québec en forme» (financé par la Fondation Lucie et André Chagnon) afin de faire bouger les enfants le week-end. Le tae-kwon-do, la danse et les échecs, entre autres, y sont à l'honneur. «Il y a un lien entre l'école et les activités du samedi. Un jeune qui est désorganisé et frappe un enfant dans la cour, on peut par exemple le suspendre de son cours de tae-kwon-do pendant deux semaines», fait observer Mme Bourdage.
La collaboration avec la communauté a aussi permis d'organiser un camp pédagogique en collaboration avec Tennis Montréal pendant la semaine de relâche pour les élèves qui éprouvent des difficultés scolaires ainsi qu'une classe neige pour les grands de cinquième et sixième années au camp Tim Hortons, en Outaouais.
Les nouvelles paroisses
Autre école, autres projets, même philosophie. À Montréal-Nord, la dimension communautaire de l'école primaire Jean-Nicolet s'incarne entre autres dans un partenariat avec l'organisme communautaire «Coup de pouce jeunesse». Des jeunes de la polyvalente du coin, parfois à risque de décrocher, ont été recrutés afin d'aider ceux du primaire. Les ados font notamment du sport avec les élèves. Par ailleurs, des parents plus scolarisés sont mis à contribution pour l'aide aux devoirs.
Outre la mise en réseau de ressources, le milieu scolaire est parfois appelé à monter des activités quand celles-ci font défaut. C'est ce que cinq écoles de Montréal-Nord ont fait avec le projet «Horizon». «Comme il n'y avait pas d'activités offertes par la municipalité le samedi, les directeurs d'école se sont débrouillés pour en organiser. Mais il faudra éventuellement qu'une relève vienne de la Ville», souligne le directeur de l'école Jean-Nicolet, Jacques Primeau.
M. Primeau reconnaît qu'on en demande beaucoup à l'école en plus de sa mission première. «À force d'y mettre toutes sortes de choses, l'école est devenue un point d'ancrage du quartier. Quand les familles sont en difficulté et que les églises se vident, il reste seulement l'école», note M. Primeau.
Nombreuses dans les quartiers multiethniques, les écoles communautaires se développent aussi dans les quartiers défavorisés à majorité francophone. Ainsi, à l'école Saint-Nom-de-Jésus, dans Hochelaga, l'organisme «Je passe partout» coordonne l'aide aux devoirs. Une intervenante se rend même chez certaines familles ciblées pour former les parents. Un autre organisme, «Ateliers cinq épices», y organise des séances d'information sur la nutrition avec les enfants et leurs parents.
Si les parents d'Hochelaga n'ont pas besoin d'être orientés comme les nouveaux arrivants, certains d'entre eux doivent néanmoins être apprivoisés par le milieu scolaire. «Il y a beaucoup de parents pour qui l'expérience scolaire a été difficile, il y a une certaine méfiance qu'il faut abattre», fait observer le directeur, Gérald Bélanger.
Bémols
À force de prendre tous les maux d'un quartier sur ses épaules, l'école risque-t-elle de perdre de vue l'essentiel? Cette question chicote le président de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE). «Cette multitude d'initiatives finit par prendre trop d'importance, au détriment de la mission première. On a besoin d'un peu de calme à l'école. [...] Il y a des limites à ce que l'école doit se donner comme responsabilités», croit Pierre Saint-Germain, qui redoute que la mode de l'école communautaire ne soit en fait qu'une façon détournée de compenser le sous-financement des services publics.
M. Saint-Germain constate par ailleurs que plusieurs enseignants se plaignent du manque de disponibilité des directeurs, pris dans le tourbillon de la concertation avec les organismes du quartier. «Autant l'école doit être ouverte sur sa communauté, autant elle doit en quelque sorte être la gardienne de traditions. Il faut trouver un équilibre», ajoute-t-il.
La présidente de la CSDM reconnaît que la charge est parfois lourde pour le personnel de l'école, en particulier pour les directeurs. «Nous sommes en train de réfléchir à l'organisation du travail», précise Mme De Courcy.
Hélène Bourdage, de l'école Bedford, croit pour sa part qu'une dynamique se crée lorsque les différents acteurs du quartier travaillent ensemble pour relever les défis. «Ce sont des façons de faire différentes, qui n'amènent pas nécessairement une surcharge de travail. [...] L'école a ses limites, certes. On ne peut pas aussi s'occuper des parents. Associons-nous à ceux qui le peuvent!», conclut-elle.
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