Exode post-doctoral chez les anglophones
Trois diplômés sur quatre quittent le Québec, selon une étude
Trois anglophones détenteurs d'un doctorat sur quatre quittent le Québec. Répétons-le autrement: à peine 26 % des docteurs de la communauté anglo-québécoise restent ici. Les autres vont travailler dans le reste du Canada (ROC) ou ailleurs dans le monde et ne reviendront probablement jamais.
Cet exode des cerveaux anglophones se confirme à divers stades des études post-secondaires. Ceux qui partent se révèlent la plupart du temps jeunes, diplômés et bilingues: 70 % des diplômés anglophones exilés maîtrisent aussi le français.
Ces données se retrouvent dans une étude révélée ce week-end pendant un congrès sur la revitalisation de la communauté appelé par des organisations universitaires et communautaires, dont le Quebec Community Groups Network (QCGN). L'autoexamen devant d'abord et avant tout fournir «un compte rendu factuel» a attiré plus de cent personnes hier, à l'Université de Montréal. Ils étaient encore plus la veille.
L'enquête de William Floch, du ministère du Patrimoine canadien, et de Joanne Pocock, professeure à l'université Carleton, partiellement intitulée Those Who Left and Those Who Stayed, peut être rapprochée du récent débat sur l'immigration, sa nature et son niveau. D'un côté, le Québec perd donc des citoyens modèles, nés ici, intégrés à leur société, des professionnels parlant la langue de la majorité. D'un autre côté, comme on l'a entendu l'automne dernier jusqu'à plus soif durant la commission parlementaire sur l'immigration et la commission sur les accommodements raisonnables, l'État francophone cherche désespérément à attirer des travailleurs étrangers, souvent moins éduqués, ne maîtrisant pas toujours les codes sociaux et linguistiques.
Plus de 50 000 immigrants sont acceptés par année pendant qu'environ 8000 citoyens anglophones (souvent bilingues) quittent le Québec. Entre 1996 et 2001, la province a perdu 25 000 diplômés de ce groupe, soit l'équivalent de la main-d'oeuvre professionnelle d'une ville comme Sherbrooke!
Comment dit-on ubuesque en anglais? La société québécoise est-elle devenue un grand récipient schizophrène, rempli de peine et de misère à mesure qu'il se vide de sa crème? La question fait sourire Joanne Pocock. «Je peux seulement confirmer que les jeunes diplômés bilingues de la communauté anglophone quittent le Québec», a-t-elle répondu laconiquement hier après-midi, en entrevue au Devoir. Elle a refusé de s'aventurer sur le terrain miné des politiques d'immigration.
En utilisant des statistiques sur la migration interprovinciale, elle et son collègue William Floch ont aussi montré que 58 % des anglophones qui ont quitté le Québec entre 1996 et 2001 possédaient un diplôme post-secondaire par rapport à 42 % de ceux qui sont restés ici. Leurs données montrent que 70 % des anglophones nés au Québec continuaient d'y vivre en 1971, par rapport à 50 % seulement en 2001.
Les unilingues, une espèce en voie de disparition, ne représentent que 4,5 % de cette communauté. «Ceux qui quittent la province ont tendance à réussir très bien sur le marché du travail hors Québec, avec des taux de chômage beaucoup plus bas que ceux du reste de la population canadienne et des revenus plus élevés», dit la conclusion de la recherche inédite à paraître dans un recueil... bilingue.
Et la discrimination linguistique?
En 1971, la communauté comptait 788 000 membres. Ils n'étaient plus que 591 365 en 2001. La chute s'explique en partie par l'arrivée au pouvoir du PQ en 1976, mais aussi par le déclin économique de Montréal et l'attrait croissant de zones économiques concurrentes comme Toronto.
Le «linguicisme» fait-il partie des causes de l'exil? Le racisme fonde la discrimination sur la race. L'antisémitisme vise les juifs. Quand la ségrégation se fonde sur la langue, les spécialistes parlent de «linguicisme».
Reprenons donc la question: les anglophones du Québec sont-ils victimes de linguicisme? Sont-ils discriminés parce qu'ils parlent anglais?
«Oui, ça ne fait pas de doute», répond le professeur Richard Y. Bourhis, du département de psychologie de l'UQAM. «La discrimination prend une multitude de formes dans nos sociétés. Les gais, comme les handicapés en sont victimes. Au Canada, la langue est un facteur de discrimination. C'est notre bibitte à nous. Les francophones sont victimes de linguicisme au Canada anglais. Au Québec, les anglophones se disent victimes de discrimination pour des raisons linguistiques, à cause de leur langue maternelle ou de leur accent par exemple.»
Le professeur Bourhis présentait hier une conférence intitulée précisément Les Communautés d'expression anglaise du Québec: identités multiples, menace identitaire et linguicisme. En se basant sur une enquête inédite de Statistique Canada, il établit qu'un quart (25 %) des Québécois anglophones d'origine européenne disent avoir été victimes de discrimination au cours des cinq dernières années. Un peu moins de 20 % des Québécois tout aussi blancs mais francophones se plaignent du même mauvais sort au Québec.
La situation gonfle de manière alarmante à 44 % de victimes pour les anglophones non européens. En clair, les Noirs ou les asiatiques qui parlent anglais au Québec semblent les plus à plaindre. «Quand on mélange la langue et l'origine, on obtient un résultat explosif.»
Pire: les discriminations sont vécues au travail par les minorités visibles et audibles et pas seulement dans les services comme les restaurants, le principal problème du reste de la population. Dans le cas des groupes visibles (les Noirs par exemple), la discrimination ne faiblit même pas dans le temps. Au contraire: la troisième génération se déclare plus victime de discrimination (42 %) que la première (34 %).
Cet exode des cerveaux anglophones se confirme à divers stades des études post-secondaires. Ceux qui partent se révèlent la plupart du temps jeunes, diplômés et bilingues: 70 % des diplômés anglophones exilés maîtrisent aussi le français.
Ces données se retrouvent dans une étude révélée ce week-end pendant un congrès sur la revitalisation de la communauté appelé par des organisations universitaires et communautaires, dont le Quebec Community Groups Network (QCGN). L'autoexamen devant d'abord et avant tout fournir «un compte rendu factuel» a attiré plus de cent personnes hier, à l'Université de Montréal. Ils étaient encore plus la veille.
L'enquête de William Floch, du ministère du Patrimoine canadien, et de Joanne Pocock, professeure à l'université Carleton, partiellement intitulée Those Who Left and Those Who Stayed, peut être rapprochée du récent débat sur l'immigration, sa nature et son niveau. D'un côté, le Québec perd donc des citoyens modèles, nés ici, intégrés à leur société, des professionnels parlant la langue de la majorité. D'un autre côté, comme on l'a entendu l'automne dernier jusqu'à plus soif durant la commission parlementaire sur l'immigration et la commission sur les accommodements raisonnables, l'État francophone cherche désespérément à attirer des travailleurs étrangers, souvent moins éduqués, ne maîtrisant pas toujours les codes sociaux et linguistiques.
Plus de 50 000 immigrants sont acceptés par année pendant qu'environ 8000 citoyens anglophones (souvent bilingues) quittent le Québec. Entre 1996 et 2001, la province a perdu 25 000 diplômés de ce groupe, soit l'équivalent de la main-d'oeuvre professionnelle d'une ville comme Sherbrooke!
Comment dit-on ubuesque en anglais? La société québécoise est-elle devenue un grand récipient schizophrène, rempli de peine et de misère à mesure qu'il se vide de sa crème? La question fait sourire Joanne Pocock. «Je peux seulement confirmer que les jeunes diplômés bilingues de la communauté anglophone quittent le Québec», a-t-elle répondu laconiquement hier après-midi, en entrevue au Devoir. Elle a refusé de s'aventurer sur le terrain miné des politiques d'immigration.
En utilisant des statistiques sur la migration interprovinciale, elle et son collègue William Floch ont aussi montré que 58 % des anglophones qui ont quitté le Québec entre 1996 et 2001 possédaient un diplôme post-secondaire par rapport à 42 % de ceux qui sont restés ici. Leurs données montrent que 70 % des anglophones nés au Québec continuaient d'y vivre en 1971, par rapport à 50 % seulement en 2001.
Les unilingues, une espèce en voie de disparition, ne représentent que 4,5 % de cette communauté. «Ceux qui quittent la province ont tendance à réussir très bien sur le marché du travail hors Québec, avec des taux de chômage beaucoup plus bas que ceux du reste de la population canadienne et des revenus plus élevés», dit la conclusion de la recherche inédite à paraître dans un recueil... bilingue.
Et la discrimination linguistique?
En 1971, la communauté comptait 788 000 membres. Ils n'étaient plus que 591 365 en 2001. La chute s'explique en partie par l'arrivée au pouvoir du PQ en 1976, mais aussi par le déclin économique de Montréal et l'attrait croissant de zones économiques concurrentes comme Toronto.
Le «linguicisme» fait-il partie des causes de l'exil? Le racisme fonde la discrimination sur la race. L'antisémitisme vise les juifs. Quand la ségrégation se fonde sur la langue, les spécialistes parlent de «linguicisme».
Reprenons donc la question: les anglophones du Québec sont-ils victimes de linguicisme? Sont-ils discriminés parce qu'ils parlent anglais?
«Oui, ça ne fait pas de doute», répond le professeur Richard Y. Bourhis, du département de psychologie de l'UQAM. «La discrimination prend une multitude de formes dans nos sociétés. Les gais, comme les handicapés en sont victimes. Au Canada, la langue est un facteur de discrimination. C'est notre bibitte à nous. Les francophones sont victimes de linguicisme au Canada anglais. Au Québec, les anglophones se disent victimes de discrimination pour des raisons linguistiques, à cause de leur langue maternelle ou de leur accent par exemple.»
Le professeur Bourhis présentait hier une conférence intitulée précisément Les Communautés d'expression anglaise du Québec: identités multiples, menace identitaire et linguicisme. En se basant sur une enquête inédite de Statistique Canada, il établit qu'un quart (25 %) des Québécois anglophones d'origine européenne disent avoir été victimes de discrimination au cours des cinq dernières années. Un peu moins de 20 % des Québécois tout aussi blancs mais francophones se plaignent du même mauvais sort au Québec.
La situation gonfle de manière alarmante à 44 % de victimes pour les anglophones non européens. En clair, les Noirs ou les asiatiques qui parlent anglais au Québec semblent les plus à plaindre. «Quand on mélange la langue et l'origine, on obtient un résultat explosif.»
Pire: les discriminations sont vécues au travail par les minorités visibles et audibles et pas seulement dans les services comme les restaurants, le principal problème du reste de la population. Dans le cas des groupes visibles (les Noirs par exemple), la discrimination ne faiblit même pas dans le temps. Au contraire: la troisième génération se déclare plus victime de discrimination (42 %) que la première (34 %).
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