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Le développement scolaire d'un enfant sur trois est compromis

Louise-Maude Rioux Soucy   29 février 2008  Éducation
Un enfant montréalais sur trois fait son entrée à la maternelle dans un état de vulnérabilité qui pourrait compromettre son développement scolaire, mais aussi sa santé et son bien-être futurs. Tirée d'une grande enquête menée par la Direction de la santé publique de Montréal, cette statistique en forme d'électrochoc ne doit pas être prise à la légère, a insisté hier le président-directeur général de l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, David Levine, qui appelle à une mobilisation sans précédent.

L'enquête En route pour l'école! s'attarde à la maturité scolaire des enfants montréalais, c'est-à-dire à leur degré de préparation à l'univers scolaire. Or, sur les 14 719 petits qui ont fait leur entrée à la maternelle publique en 2006, 5087 accusaient déjà un retard, soit 35 %. On est loin, très loin des 10 % d'enfants dits vulnérables au Canada. Dans cinq territoires, soit les CLSC Mercier-Est-Anjou, Saint-Laurent, Parc-Extension, Montréal-Nord et Hochelaga-Maisonneuve, cette proportion grimpe même au-delà des 42 %!

Cet enfant vulnérable a plusieurs visages, explique la chercheuse Nathalie Goulet. Pour les uns, ce sont les compétences sociales qui font défaut; pensons par exemple à la confiance en soi ou à l'autonomie. Pour les autres, c'est plutôt le développement cognitif et langagier qui pose problème. À cela peuvent aussi s'ajouter des faiblesses sur les plans de la santé (éveil, alimentation, propreté), de la maturité affective (comportement agressif, anxiété) ou encore de la communication et des connaissances générales.

Certains enfants cumulent plusieurs domaines de vulnérabilité, voire les cinq à la fois. Mais il suffit d'un seul pour que leur trajectoire soit mise en péril, prévient Nathalie Goulet. «Cette période est cruciale pour l'enfant. Il ne faut pas beaucoup de temps pour qu'une faiblesse dans un domaine donné vienne compromettre les acquis dans tous les autres domaines.» Ce coup de sonde, donné dès la maternelle, permet d'ailleurs de prévoir jusqu'à 60 % de la variance des tests que ces mêmes enfants réussiront ou non en troisième année.

Il appert que les petits montréalais sont particulièrement fragiles sur les plans de la maturité affective et du développement cognitif et langagier. Heureusement, comme l'habit ne fait pas le moine, une vulnérabilité n'entraîne pas un décrocheur pour autant. Le risque que l'enfant éprouve plus de difficultés que les autres à l'école, lui, est toutefois bien réel, insiste Mme Goulet. «Généralement, l'enfant vulnérable est celui qui profitera moins des apprentissages scolaires et [qui sera] le plus susceptible d'éprouver des difficultés d'adaptation sociale et scolaire.»

Une tonne de facteurs peuvent expliquer le manque de préparation des enfants; cela va de facteurs bêtement biologiques (âge, sexe) à des facteurs familiaux divers (statut socioéconomique, monoparentalité, immigration) de même qu'à des facteurs dits de voisinage (sécurité du quartier, solidité du tissu social). Il s'agit là d'un écheveau extrêmement complexe que cette enquête vient soigneusement démêler pour la première fois au Québec, note le Dr Richard Lessard, directeur de la santé publique à Montréal.

Ce faisant, l'exercice déboulonne plusieurs mythes au passage. Ainsi, s'il est vrai que la plupart des quartiers défavorisés présentent une forte proportion d'enfants vulnérables, d'autres font aussi bien, sinon mieux que certains territoires plus favorisés. Par exemple, le CLSC de la Petite-Patrie, où les revenus moyens sont peu élevés et où la proportion de personnes vivant sous le seuil de pauvreté est importante, compte seulement 27 % d'enfants vulnérables. À l'inverse, le CLSC Saint-Laurent en compte 43 % malgré des conditions économiques nettement plus favorables.

Pour le Dr Lessard, la leçon démontre que le «mur à mur» n'a plus sa place sur l'île de Montréal. «Par exemple, on ne peut plus dire que pauvreté et immaturité scolaire vont forcément de pair.» Idem pour l'immigration ou la scolarité des parents, pour ne citer que ces facteurs-là. La photo prise par les chercheurs montre en effet des disparités étonnantes qui s'expriment parfois sur quelques rues seulement. «Je pense qu'il faut s'inspirer de ce qui marche localement et affiner davantage nos interventions.»

Il faut en effet voir cet exercice comme un «outil de planification», croit David Levine. «Il faut que nos interventions soient plus systématiques, mais surtout mieux réparties.» Présentement, l'Agence réussit à rejoindre la moitié seulement des familles fragiles. Il faut impérativement augmenter ce ratio, a dit hier le p.-d.g. de l'Agence. Des sommets locaux seront d'ailleurs organisés au cours des prochains mois dans les différents CSSS de l'île afin de mieux faire concorder les résultats obtenus avec les actions déjà en place.

L'occasion sera parfaite pour mesurer l'impact réel qu'ont eu certaines initiatives comme les services de garde, l'implantation des maternelles à quatre ans ou, plus récemment, les services intégrés en périnatalité et pour la petite enfance (SIPPE). À vue de nez, ces initiatives manquent en effet de tonus dans certains quartiers, des intuitions que l'Agence se promet d'évaluer dans les prochains mois. Des données par voisinage sont attendues pour le printemps.

La collecte sera également reprise dans trois ans, a annoncé hier le vice-président au développement des enfants et des communautés de la Fondation Lucie et André Chagnon, qui a apporté son soutien financier à cette première. «L'idée, c'est de mettre les enfants à l'abri le plus tôt possible, soit dès la petite enfance. On espère d'ailleurs voir des résultats concrets de cette initiative sur le terrain très rapidement», a commenté hier Jean-Marc Chouinard.






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  • Richard Desrochers
    Inscrit
    vendredi 29 février 2008 06h08
    pas surprenant
    « Mais que font les parents de ces enfants alors qu'ils grandissent entre 0 et 5 ans? Simple comme bonjour, ils leur font écouter le Canadien de Montréal à la télévision à tous les soirs. C'est tout ce qu'ils apprennent dans la vie, rien de pire pour carencer un début d'existence. D'ailleurs, le Montréalais adulte moyen, ne connait lui aussi que le Canadien de Montréal, plus préoccupé qu'il est par une défaite du Canadien qu'une attaque nucléaire d'un pays contre un autre. Les gens de Montréal sont réunis le soir autour de leur appareil radio et écoutent Ron avec leurs enfants, comment pouvez-vous développer l'intellect d'un être si fragile et en quête de savoir? Pour les parents d'enfants Montréalais, l'expression "et le buuuut " hurlée avec délire par Pierre Houde lors d'un but du Canadien, revient plus souvent dans les conversations parents-enfants qu'une simple recommandation d'étudier ou de lire un livre. Décidément, je suis très content de ne pas avoir grandi dans cette ville profondément carencée. »

  • Yvon Montoya
    Abonné
    vendredi 29 février 2008 09h15
    C'est tout?
    « Un sur trois???? je n'y crois pas. Je dirai deux sur trois et le troisième part dans une école privée pour sauver sa peau et son avenir. De la maternelle au collège, tout compris et à cela on ajoutera comme dessert, l'université. »

  • Marie Lauzier
    Inscrite
    vendredi 29 février 2008 09h32
    Maturité affective et développement langagier
    « Je suis curieuse de savoir...

    Concrètement, que veut dire "maturité affective"? Est-ce qu'un enfant issu de l'immigration qui parle peu de sa vie privée en classe passe pour un enfant "pogné" ou si son enseignant comprend que culturellement, il est très grossier pour lui d'étaler sa vie en grand groupe? Autrement dit, les Asiatiques, Africains et Européens passent-ils pour des immatures affectifs aux yeux des intervenants québécois formés à la Janette-veut-tout-savoir-en-parlant-pour-parler?

    Deuxièmement, je suis à même d'observer que le développement langagier des enfants immigrants dépasse celui des Québécois-la-la dès qu'ils ont quelques années passées dans le système scolaire.

    Vrai qu'à 5 ans ils n'ont pas encore eu beaucoup de contacts avec la langue française et aussi vrai que plusieurs se ferment comme des huîtres devant l'insécurité que représente une école qui ne leur ressemble en rien. Devant la menace d'être rejeté, on se ferme. Tout le monde sait ça d'instinct.

    Cela étant dit, toutes les écoles de Montréal ne sont pas "menaçantes" pour les enfants immigrants. Dans Côte-des-Neiges, par exemple, il y a des bijoux d'institutions ouvertes à l'interculturalisme et favorisant l'intégration à la société d'accueil car aussi paradoxal que cela puisse paraître, l'intégration commence AVEC l'acceptation par les autres de notre valeur propre.

    J'irai vers celui qui me reconnaît comme étant correct.

    En psychologie, on parle de «I'm O.K., yo are O.K.» »

  • ghislaine fortin
    Inscrite
    vendredi 29 février 2008 10h27
    Les grosses familles....
    « Je suis mère de 7 enfants et lorsque j'ai dépassé le seuil fatidique de 2 enfants, j'ai eu droit à une panoplie de remarques très vexantes:
    "Moi, je n'en veux qu'un (ou 2 selon la persone) pour leur donner tout l'amour, le temps nécessaire et tout ce qu'il désirera pour qu'il soit heureux....qu'il ne manque de rien..."
    "Moi, je n'en veux qu'un (ou 2) pour lui permettre de faire des études, qu'il ne soit pas perdu dans la masse indifférente de famille avec trop d'enfants....que les parents débordés négligent!"

    Tu es enceinte de ton 3e, 5e, 7e enfant tu avales de travers ces paroles méprisantes.
    Mes 7 enfants sont maintenant presque adultes et je peux vous dire: ils sont très heureux de se retrouver régulièrement, partagent leurs joies et leurs peines, ne sont pas dans la drogue, ont voyagé beaucoup et nous respectent et nous aiment comme parents.

    Je regarde les minis familles et je ne changerais pas mon statut de parent de grosse famille pour tout l'or du monde: je suis tellement heureuse de leurs parcours.

    Comme parent nous n'avons pas été parfaits, souvent débordés, souvent fatigués mais nous avons toujours été là et s'il y avait un manque de temps à quelque part, nos enfants pouvaient se tourner l'un vers l'autre pour trouver une oreille attentive ou pour se donner un câlin lorsque le besoin de chaleur humaine se faisait sentir.

    Pauvres enfants seuls avec la clé dans le cou, la télévision, le Play station ou l'ordinateur comme dispensateur de chaleur "non-humaine" et on s'étonne des carences des enfants?

    Je ne donnerais ma place à personne

    Parents beaucerons heureux avec 7 enfants heureux »

  • marie-claude leclerc
    Inscrite
    vendredi 29 février 2008 10h36
    désolant mais...
    « Triste constat pour notre société. Les garderies CPE ont au moins l'avantage de prévenir et faciliter l'accès à l'école pour ceux ,évidemment ,qui ont les moyens de se l'offrir ou du moins reconnaissent son importance. Il y a sûrement un moyen d'aider ses enfants qui sont répartis dans les mêmes secteurs de la ville. Quand je pense au budget récent du fédéral alloué à la lutte contre la criminalité, des sommes devraient être plutôt donner pour la prévention qui a long terme est beaucoup favorable à notre société. Quelque soit la source de l'aide, fédérale ou provinciale, il faut agir. On ne peut se permettre de perdre aucun enfant de notre société. L'éducation est une nécessité, un droit et non un luxe pour n'importe quel enfant. S'il faut sensibiliser les parents à cela, il faut le faire aussi,

    Marie-Claude Leclerc »

  • marie-claude leclerc
    Inscrite
    vendredi 29 février 2008 10h48
    Magnifique !
    « Magnifique témoignage Mme Ghislaine !
    Votre générosité et votre amour fait du bien à lire.
    Une famille de sept c'est remarquable et ceux qui jugent n'ont pas votre courage
    ou la bagage affectif pour se lancer dans une telle aventure.
    Avec du gros bon sens et de la volonté, on peut exaucer nos rêves.
    Merci,
    Marie-Claude Leclerc »

  • JM
    Abonné
    vendredi 29 février 2008 12h27
    Beaucoup plus que pour devenir de bons parents pour nos enfants, notre éducation nous forme surtout au monde du travail.
    « Fort malheureusement, beaucoup de parents sont pris dans l'engrenage de la réussite ou à la limite de la survie. Tout compte fait, ça fait bien peu de temps à consacrer aux enfants.

    Le monde du travail est dur tandis que l'état de parents est fragile, d'un point de vue culturel. J'ai déjà dit à quelqu'un en conflit entre son état de mère et le nombre d'heures à donner à son travail ceci: Le travail te laisse tandis que tes enfants te restent en bout de ligne.

    Alors à qui où quoi devrais-tu consacrer le plus d'importance, ton travail ou tes enfants? Elle a fini par quitter son emploi pour en trouver un plus compatible avec son rôle de mère. Elle a tout simplement soupesé le poids de ses responsabilités. Souhaitons lui tout le bonheur possible avec ses enfants plus autonomes face à la vie. »

  • L. thériault
    Inscrit
    vendredi 29 février 2008 16h51
    L'école ne forme plus des citoyens, elle forme des travailleurs
    « L'Utilitarisme absolu quoi. Prochaine étape : Former des consommateurs (non avertis). »

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