Le développement scolaire d'un enfant sur trois est compromis
Un enfant montréalais sur trois fait son entrée à la maternelle dans un état de vulnérabilité qui pourrait compromettre son développement scolaire, mais aussi sa santé et son bien-être futurs. Tirée d'une grande enquête menée par la Direction de la santé publique de Montréal, cette statistique en forme d'électrochoc ne doit pas être prise à la légère, a insisté hier le président-directeur général de l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, David Levine, qui appelle à une mobilisation sans précédent.
L'enquête En route pour l'école! s'attarde à la maturité scolaire des enfants montréalais, c'est-à-dire à leur degré de préparation à l'univers scolaire. Or, sur les 14 719 petits qui ont fait leur entrée à la maternelle publique en 2006, 5087 accusaient déjà un retard, soit 35 %. On est loin, très loin des 10 % d'enfants dits vulnérables au Canada. Dans cinq territoires, soit les CLSC Mercier-Est-Anjou, Saint-Laurent, Parc-Extension, Montréal-Nord et Hochelaga-Maisonneuve, cette proportion grimpe même au-delà des 42 %!
Cet enfant vulnérable a plusieurs visages, explique la chercheuse Nathalie Goulet. Pour les uns, ce sont les compétences sociales qui font défaut; pensons par exemple à la confiance en soi ou à l'autonomie. Pour les autres, c'est plutôt le développement cognitif et langagier qui pose problème. À cela peuvent aussi s'ajouter des faiblesses sur les plans de la santé (éveil, alimentation, propreté), de la maturité affective (comportement agressif, anxiété) ou encore de la communication et des connaissances générales.
Certains enfants cumulent plusieurs domaines de vulnérabilité, voire les cinq à la fois. Mais il suffit d'un seul pour que leur trajectoire soit mise en péril, prévient Nathalie Goulet. «Cette période est cruciale pour l'enfant. Il ne faut pas beaucoup de temps pour qu'une faiblesse dans un domaine donné vienne compromettre les acquis dans tous les autres domaines.» Ce coup de sonde, donné dès la maternelle, permet d'ailleurs de prévoir jusqu'à 60 % de la variance des tests que ces mêmes enfants réussiront ou non en troisième année.
Il appert que les petits montréalais sont particulièrement fragiles sur les plans de la maturité affective et du développement cognitif et langagier. Heureusement, comme l'habit ne fait pas le moine, une vulnérabilité n'entraîne pas un décrocheur pour autant. Le risque que l'enfant éprouve plus de difficultés que les autres à l'école, lui, est toutefois bien réel, insiste Mme Goulet. «Généralement, l'enfant vulnérable est celui qui profitera moins des apprentissages scolaires et [qui sera] le plus susceptible d'éprouver des difficultés d'adaptation sociale et scolaire.»
Une tonne de facteurs peuvent expliquer le manque de préparation des enfants; cela va de facteurs bêtement biologiques (âge, sexe) à des facteurs familiaux divers (statut socioéconomique, monoparentalité, immigration) de même qu'à des facteurs dits de voisinage (sécurité du quartier, solidité du tissu social). Il s'agit là d'un écheveau extrêmement complexe que cette enquête vient soigneusement démêler pour la première fois au Québec, note le Dr Richard Lessard, directeur de la santé publique à Montréal.
Ce faisant, l'exercice déboulonne plusieurs mythes au passage. Ainsi, s'il est vrai que la plupart des quartiers défavorisés présentent une forte proportion d'enfants vulnérables, d'autres font aussi bien, sinon mieux que certains territoires plus favorisés. Par exemple, le CLSC de la Petite-Patrie, où les revenus moyens sont peu élevés et où la proportion de personnes vivant sous le seuil de pauvreté est importante, compte seulement 27 % d'enfants vulnérables. À l'inverse, le CLSC Saint-Laurent en compte 43 % malgré des conditions économiques nettement plus favorables.
Pour le Dr Lessard, la leçon démontre que le «mur à mur» n'a plus sa place sur l'île de Montréal. «Par exemple, on ne peut plus dire que pauvreté et immaturité scolaire vont forcément de pair.» Idem pour l'immigration ou la scolarité des parents, pour ne citer que ces facteurs-là. La photo prise par les chercheurs montre en effet des disparités étonnantes qui s'expriment parfois sur quelques rues seulement. «Je pense qu'il faut s'inspirer de ce qui marche localement et affiner davantage nos interventions.»
Il faut en effet voir cet exercice comme un «outil de planification», croit David Levine. «Il faut que nos interventions soient plus systématiques, mais surtout mieux réparties.» Présentement, l'Agence réussit à rejoindre la moitié seulement des familles fragiles. Il faut impérativement augmenter ce ratio, a dit hier le p.-d.g. de l'Agence. Des sommets locaux seront d'ailleurs organisés au cours des prochains mois dans les différents CSSS de l'île afin de mieux faire concorder les résultats obtenus avec les actions déjà en place.
L'occasion sera parfaite pour mesurer l'impact réel qu'ont eu certaines initiatives comme les services de garde, l'implantation des maternelles à quatre ans ou, plus récemment, les services intégrés en périnatalité et pour la petite enfance (SIPPE). À vue de nez, ces initiatives manquent en effet de tonus dans certains quartiers, des intuitions que l'Agence se promet d'évaluer dans les prochains mois. Des données par voisinage sont attendues pour le printemps.
La collecte sera également reprise dans trois ans, a annoncé hier le vice-président au développement des enfants et des communautés de la Fondation Lucie et André Chagnon, qui a apporté son soutien financier à cette première. «L'idée, c'est de mettre les enfants à l'abri le plus tôt possible, soit dès la petite enfance. On espère d'ailleurs voir des résultats concrets de cette initiative sur le terrain très rapidement», a commenté hier Jean-Marc Chouinard.
L'enquête En route pour l'école! s'attarde à la maturité scolaire des enfants montréalais, c'est-à-dire à leur degré de préparation à l'univers scolaire. Or, sur les 14 719 petits qui ont fait leur entrée à la maternelle publique en 2006, 5087 accusaient déjà un retard, soit 35 %. On est loin, très loin des 10 % d'enfants dits vulnérables au Canada. Dans cinq territoires, soit les CLSC Mercier-Est-Anjou, Saint-Laurent, Parc-Extension, Montréal-Nord et Hochelaga-Maisonneuve, cette proportion grimpe même au-delà des 42 %!
Cet enfant vulnérable a plusieurs visages, explique la chercheuse Nathalie Goulet. Pour les uns, ce sont les compétences sociales qui font défaut; pensons par exemple à la confiance en soi ou à l'autonomie. Pour les autres, c'est plutôt le développement cognitif et langagier qui pose problème. À cela peuvent aussi s'ajouter des faiblesses sur les plans de la santé (éveil, alimentation, propreté), de la maturité affective (comportement agressif, anxiété) ou encore de la communication et des connaissances générales.
Certains enfants cumulent plusieurs domaines de vulnérabilité, voire les cinq à la fois. Mais il suffit d'un seul pour que leur trajectoire soit mise en péril, prévient Nathalie Goulet. «Cette période est cruciale pour l'enfant. Il ne faut pas beaucoup de temps pour qu'une faiblesse dans un domaine donné vienne compromettre les acquis dans tous les autres domaines.» Ce coup de sonde, donné dès la maternelle, permet d'ailleurs de prévoir jusqu'à 60 % de la variance des tests que ces mêmes enfants réussiront ou non en troisième année.
Il appert que les petits montréalais sont particulièrement fragiles sur les plans de la maturité affective et du développement cognitif et langagier. Heureusement, comme l'habit ne fait pas le moine, une vulnérabilité n'entraîne pas un décrocheur pour autant. Le risque que l'enfant éprouve plus de difficultés que les autres à l'école, lui, est toutefois bien réel, insiste Mme Goulet. «Généralement, l'enfant vulnérable est celui qui profitera moins des apprentissages scolaires et [qui sera] le plus susceptible d'éprouver des difficultés d'adaptation sociale et scolaire.»
Une tonne de facteurs peuvent expliquer le manque de préparation des enfants; cela va de facteurs bêtement biologiques (âge, sexe) à des facteurs familiaux divers (statut socioéconomique, monoparentalité, immigration) de même qu'à des facteurs dits de voisinage (sécurité du quartier, solidité du tissu social). Il s'agit là d'un écheveau extrêmement complexe que cette enquête vient soigneusement démêler pour la première fois au Québec, note le Dr Richard Lessard, directeur de la santé publique à Montréal.
Ce faisant, l'exercice déboulonne plusieurs mythes au passage. Ainsi, s'il est vrai que la plupart des quartiers défavorisés présentent une forte proportion d'enfants vulnérables, d'autres font aussi bien, sinon mieux que certains territoires plus favorisés. Par exemple, le CLSC de la Petite-Patrie, où les revenus moyens sont peu élevés et où la proportion de personnes vivant sous le seuil de pauvreté est importante, compte seulement 27 % d'enfants vulnérables. À l'inverse, le CLSC Saint-Laurent en compte 43 % malgré des conditions économiques nettement plus favorables.
Pour le Dr Lessard, la leçon démontre que le «mur à mur» n'a plus sa place sur l'île de Montréal. «Par exemple, on ne peut plus dire que pauvreté et immaturité scolaire vont forcément de pair.» Idem pour l'immigration ou la scolarité des parents, pour ne citer que ces facteurs-là. La photo prise par les chercheurs montre en effet des disparités étonnantes qui s'expriment parfois sur quelques rues seulement. «Je pense qu'il faut s'inspirer de ce qui marche localement et affiner davantage nos interventions.»
Il faut en effet voir cet exercice comme un «outil de planification», croit David Levine. «Il faut que nos interventions soient plus systématiques, mais surtout mieux réparties.» Présentement, l'Agence réussit à rejoindre la moitié seulement des familles fragiles. Il faut impérativement augmenter ce ratio, a dit hier le p.-d.g. de l'Agence. Des sommets locaux seront d'ailleurs organisés au cours des prochains mois dans les différents CSSS de l'île afin de mieux faire concorder les résultats obtenus avec les actions déjà en place.
L'occasion sera parfaite pour mesurer l'impact réel qu'ont eu certaines initiatives comme les services de garde, l'implantation des maternelles à quatre ans ou, plus récemment, les services intégrés en périnatalité et pour la petite enfance (SIPPE). À vue de nez, ces initiatives manquent en effet de tonus dans certains quartiers, des intuitions que l'Agence se promet d'évaluer dans les prochains mois. Des données par voisinage sont attendues pour le printemps.
La collecte sera également reprise dans trois ans, a annoncé hier le vice-président au développement des enfants et des communautés de la Fondation Lucie et André Chagnon, qui a apporté son soutien financier à cette première. «L'idée, c'est de mettre les enfants à l'abri le plus tôt possible, soit dès la petite enfance. On espère d'ailleurs voir des résultats concrets de cette initiative sur le terrain très rapidement», a commenté hier Jean-Marc Chouinard.
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