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Proposer la réforme plutôt que la défendre

19 février 2008  Éducation
Je me désole de la tournure que prend le dossier du «renouveau pédagogique» depuis quelques semaines. Entre les revendications de la coalition «Stoppons la réforme», le plaidoyer de Bernard Landry et le discours opportuniste de Mario Dumont... l'espace public apparaît monopolisé par les réactionnaires.

Certes, tout n'est sans doute pas parfait dans cette audacieuse réforme... que je suis pourtant très fier que le Québec ait entrepris avant de nombreux autres pays — dont la France, où j'habite depuis un peu plus de deux ans. Certes, des ajustements pourraient y être apportés. Ce sera d'ailleurs toujours vrai de tous les systèmes scolaires — qu'ils soient officiellement ou non en cours de réforme. Il faut accepter l'idée que, dans une société en rapide et profonde transformation, le système scolaire sera toujours inévitablement au coeur de tous les enjeux, toujours insatisfaisant, sans cesse à réinventer.

Les appels à stopper ou à faire un moratoire dans la réforme me semblent le fait de gens qui proposent aux Québécois d'attendre de voir la forme que prendra le monde de demain pour y adapter ensuite notre système scolaire. Je pense que c'est une double erreur. D'abord, parce que le monde est en perpétuel changement. Ensuite, parce que le Québec ne peut pas se contenter de regarder le monde prendre forme, il doit participer à son invention — en être un acteur de premier plan.

Le réflexe du moratoire est compréhensible, mais c'est un piège. Il faut être plus progressiste. Il ne faut pas se contenter d'être observateur d'un monde en changement. Il faut y préparer les jeunes. Il faut leur en donner les moyens. Il faut leur apprendre de nouvelles façons d'aborder les défis auxquels ils sont font face; leur permettre de développer la capacité du travail collectif; le difficile exercice de la démocratie et l'exigence de la solidarité; les aider à développer une vision du monde qui fasse une place à l'Europe, au Brésil, à l'Inde et à la Chine; leur permettre de s'exprimer clairement dans plus d'une langue et de tirer profit des nombreuses technologies qui sont à leur disposition. Il faut aussi donner aux enseignants les moyens de faire tout cela avec les élèves. C'est nécessaire pour que le Québec puisse prendre une part active dans le nouveau concert des nations.

Cet objectif exige que l'on prenne quelques risques et que nous cédions un peu du confort que procure la tradition éducative. Il faut rester critique, bien sûr, rejeter les effets de modes, mais accepter de prendre des risques! Il faut rejeter — toujours! — les appels au moratoire et à l'immobilisme. J'invite d'ailleurs les détracteurs de la réforme à proposer d'autres alternatives que l'arrêt ou que le simple retour en arrière.

Dans ce contexte, je souhaite aussi que les forces progressistes de la société québécoise consacrent moins de temps à défendre une réforme qui est de toute façon déjà irréversiblement en marche et qu'elles redeviennent forces de propositions — comme elles l'ont été dans les années qui ont précédé la réforme. Il faut occuper l'espace public différemment... par des idées, des témoignages, des récits, des défis, des projets éducatifs. Il faut remettre l'éducation au coeur de notre projet de société. Il faut décrire ce projet et forcer ceux et celles qui prônent le statu quo d'expliquer le projet de société qui les motive.

Parce qu'ils sont d'indispensables animateurs de l'espace public, je souhaite aussi que Pauline Marois, Mario Dumont et Jean Charest s'entourent rapidement de gens ambitieux pour traiter les questions éducatives; de personnes capables de propositions, de personnes qui savent que le monde change très vite, notamment sous l'influence de la mondialisation et du développement des technologies. De gens qui ont voyagé, de gens qui ont occupé plusieurs emplois, de gens qui s'intéressent à la géopolitique, de gens créatifs et ouverts d'esprits.

Cessons de défendre la réforme. Il n'y a rien à défendre. Tout est à proposer. Nous avons un projet de société à bâtir.






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