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Ségrégation ou autodétermination?

Manon Cornellier   31 janvier 2008  Éducation
Selon les chiffres du conseil, 40 % des jeunes Noirs anglophones d’origine caribéenne ont abandonné l’école entre 2000 et 2005, comparativement à 23  % des jeunes Canadiens de souche.
Photo : Agence France-Presse
Selon les chiffres du conseil, 40 % des jeunes Noirs anglophones d’origine caribéenne ont abandonné l’école entre 2000 et 2005, comparativement à 23 % des jeunes Canadiens de souche.
Aux grands maux les grands moyens. Aux prises avec un taux de décrochage astronomique chez ses élèves noirs, le Toronto District School Board a décidé mardi soir de créer une école offrant un programme centré sur l'expérience des Afro-Canadiens. Le vote a été serré, le débat vigoureux. Même la communauté noire n'est pas unanime.

Ségrégation, disent les uns. Autodétermination, disent les autres. Le projet d'une «école noire» fait des vagues depuis plus d'une décennie à Toronto et, après des années de débats, elle verra le jour en septembre 2009 grâce à une maigre majorité de deux voix (onze pour, neuf contre) parmi les commissaires du plus gros conseil scolaire de Toronto, qui se sont prononcés sur la question mardi soir.

Les deux mères qui avaient relancé l'idée l'été dernier jubilaient à l'issue du vote. «Nous sommes aux anges», a aussitôt lancé Angela Wilson à la meute de journalistes présents.

L'école en question ne sera pas réservée aux élèves noirs mais son programme d'études aura pour pivot l'histoire et la culture afro-canadiennes. Le but avoué est de contrer le décrochage chez les jeunes de cette communauté. Selon les chiffres du conseil, 40 % des jeunes Noirs anglophones d'origine caribéenne ont abandonné l'école entre 2000 et 2005, comparativement à 23 % des jeunes Canadiens de souche.

Le projet d'école n'est qu'un volet du plan adopté mardi soir. Le Toronto District School Board (TDSB) a aussi décidé, entre autres, de créer d'ici septembre 2008 des cours centrés sur la culture afro-canadienne dans au moins trois écoles, ce qui ne sera pas une nouveauté complète puisque des projets semblables ont eu lieu depuis au moins un an dans plusieurs institutions. C'est d'ailleurs leur succès qui a incité les conseillers à récidiver.

Ces projets-pilotes ne suscitent pas la controverse. La vraie pomme de discorde est cette «école noire». Ses partisans rejettent les accusations de ségrégation, un processus forcé de séparation des races. «Il n'est pas question de ségrégation mais d'autodétermination», a répété Mme Wilson mardi, soulignant que la fréquentation sera volontaire et ouverte à tous. Militante communautaire, Murphy Browne a confié au Toronto Star en avoir assez de voir des jeunes se détourner de l'école parce qu'ils ne se reconnaissent pas dans ses programmes, généralement eurocentristes.

Un casse-tête

La décision du conseil survient à un moment particulier. Depuis quelques années, plusieurs crises et incidents, parfois violents, ont secoué le système scolaire torontois et frappé plus durement les élèves de la communauté noire. L'assassinat en mai dernier du jeune Noir Jordan Manners sur le terrain de l'école secondaire C. W. Jefferys Collegiate Institute a ainsi mené à la création d'un groupe de travail sur la sécurité dans les écoles. Le rapport, piloté par l'avocat Julian Falconer, a été rendu public début janvier.

Le groupe ne s'est pas prononcé sur le projet d'«école noire» mais a appuyé l'idée d'ajuster le contenu des cours pour refléter la culture et l'histoire des élèves, en particulier noirs. «Le problème de la sécurité affecte au premier chef l'environnement scolaire. Si on veut le résoudre, il faut que tous les jeunes se sentent concernés par leur éducation, mais beaucoup ne le sont pas et se retrouvent marginalisés. Leur vie à l'extérieur de l'école est difficile. Ils subissent de la pauvreté, du racisme, de la discrimination. Une façon de raviver leur intérêt est de leur offrir des programmes où ils se reconnaissent», a expliqué Me Falconer en entrevue.

Mais il a prévenu: «C'est une solution parmi d'autres. Ce n'est pas une panacée.» Le plan d'action qu'il a soumis au conseil scolaire va d'ailleurs beaucoup plus loin. Il fait le lien entre l'environnement scolaire et le succès des élèves et interpelle tous les acteurs du milieu de l'éducation.

Les opposants au projet d'«école noire» craignent que le reste des correctifs suggérés par le comité Falconer ne soit éclipsé par la décision de mardi soir. Avocat de la famille Manners et membre d'une coalition de leaders de la communauté noire opposés au projet, Courtney Betty s'inquiète. «Il y a un danger qu'on enterre le rapport en disant qu'il a perdu de son intérêt puisqu'on tente de faire quelque chose.»

La crainte de l'isolement

Me Betty est aussi franchement opposé au projet d'école, car il ne veut pas voir les jeunes Noirs être isolés du reste de la société. «Au bout du compte, cela ne rendra pas service à notre communauté. Toronto, une des villes les plus multiculturelles au monde, s'est bâtie sur la compréhension de la culture des uns et des autres, ce qui se fait en travaillant et en socialisant ensemble.»

Le conseil scolaire a beau répéter que l'école sera ouverte à tous, il dit que ce ne sera pas le cas dans la pratique. «Ce n'est pas tout à fait honnête de dire que l'école s'adressera à tous les élèves alors qu'elle est proposée et conçue pour répondre à un problème particulier, celui des jeunes de la communauté noire qui ne réussissent pas dans le système régulier.» Me Betty déplore que personne ne soit prêt à le dire sans détour.

Il souligne aussi que la seule école du TDSB qui offre un programme centré sur une culture particulière est l'école autochtone, et c'est la pire du réseau. «Si nous faisons face à une crise, pourquoi opter pour une solution expérimentale, pour laquelle personne n'a fourni de preuves, plutôt que pour des moyens reconnus?», demande-t-il. Et ce n'est pas sa seule question. Il ne voit pas en quoi une seule école de 200 élèves répondra aux besoins des jeunes Noirs en difficulté de toute la ville.

La directrice générale du conseil scolaire, Gerry Connelly, répète que la nouvelle école et les projets-pilotes ne sont pas la seule réponse de son conseil scolaire au problème du décrochage. Ce sont des éléments d'un plan plus vaste. Quant à l'école, elle ne sera pas différente de la trentaine d'écoles alternatives du TDSB qui ont des vocations particulières, qui sont ouvertes à tous et où les parents ont un grand rôle à jouer.

Mme Connelly tient aussi à souligner qu'«il n'y a pas de lien entre la décision de mardi et le rapport Falconer. Ce document a été demandé à la suite du meurtre d'un étudiant, en mai dernier, alors que le projet d'école, lui, a été mis en avant par la communauté. Il n'est pas question de mettre le rapport Falconer de côté». Les commissaires devaient d'ailleurs en discuter hier soir, mais aucune décision n'est attendue bientôt.

L'idée d'une école centrée sur la réalité afro-canadienne en Ontario est dans l'air depuis qu'une commission royale sur l'éducation en a fait la suggestion, en 1995. Elle n'a pas pour autant la faveur du gouvernement provincial, bien qu'il ne puisse pas l'empêcher. La ministre de l'Éducation, Kathleen Wynne, disait encore avant le vote craindre la multiplication de demandes pour des écoles séparées. Elle a toujours dit qu'elle préférait voir les enfants de toutes les origines étudier ensemble.

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  • jacques noel
    Inscrit
    jeudi 31 janvier 2008 08h02
    Pourquoi le Canada accepte-t-il des immigrants noirs?
    « Le but de l'immigration est d'enrichir le pays en y faisant venir une population triée sur le volet, hautement scolarisée, qui va être fonctionnelle dès son arrivée, et qui va enrichir le pays.
    Si les Noirs sont pauvres, s'ils ont un taux de décrochage deux fois plus élevés que le reste de la population, s'ils ont un taux de criminalité record, pourquoi le Canada s'entête-t-il à faire venir des Noirs? »

  • Roland Berger
    Abonné
    jeudi 31 janvier 2008 08h42
    Fin d'une mission sociale
    « Mettre sur pied des écoles séparées, c'est mettre fin à la mission socialisante du système d'éducation national. Mais dans un Canada vendu au multiculturalisme, de telles écoles vont de soi, pour ne pas dire qu'elles sont souhaitables. Le Québec a déjà les écoles séparées juives. Sera-t-il tenté de suivre l'exemple de l'Ontario ? Fort probablement. Le multiculturalisme et l'augmentation du nombre d'immigrants décrétée par les libéraux vont de pair.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario »

  • Pierre-Yves Pau
    Inscrit
    jeudi 31 janvier 2008 10h09
    Cela existe au Québec depuis trente ans!
    « Au Québec, cela fait trente ans que ce genre de 'ségrégation' existe; sous une autre forme, mais cela revient au même : cela s'appelle la loi 101. Elle oblige les enfants d'immigrants, même de langue anglaise, à aller à l'école francophone. Au temps des colonies, on aurait simplement appelé cela de l'intégration forcée.

    On le justifie en argumentant que le français disparaitrait au Québec si tous les immigrants pouvaient envoyer leurs enfants à l'école de leur choix, et on leur explique gentiment que si ils ne sont pas content ils peuvent toujours aller ailleurs. Pourtant, le discours d'un Jacques Noël démontre bien quel genre de préjugés racistes on peut cautionner derrière ce vertueux prétexte.

    À priori j'ai moi aussi un scrupule concernant le concept d'une 'école ethnique'. En particulier, mettre des jeunes dans le même sac parce qu'ils ont des origines africaines, quand on connait la diversité de la communauté noire, c'est un peu naïf. Mais soyons clairs : il s'agit avant tout d'un établissement centré sur les besoins particuliers de la communauté antillaise. Ensuite, dans les grands centres d'immigration comme Toronto, on a affaire à une dynamique particulière : on a beau tenter de mélanger les groupes, lorsque ces groupes sont de dimensions comparables ils ne se mélangent plus, et au contraire se divisent selon des critères ethniques et culturels.

    C'est le phénomène de la bande: les stéréotypes se renforcent au lieu de s'atténuer. De la même façon, dans une école mixte les stéréotypes sexuels sont également exacerbés entre garçons et filles.

    J'ai donc de fortes réserves au sujet de cette décision, mais j'admet qu'il puisse s'agir d'une expérience à tenter, quand on connais les problèmes d'intégration des immigrés antillais. Disons qu'en plus des systèmes 'public-anglo', 'catho-anglo', 'public-franco' et 'catho-franco' il faudra maintenant tenir compte d'un système 'public-afro'.

    Au final, cela revient à se poser la question de savoir qui a le droit de revendiquer une culture et une identité distincte au Canada, et à savoir jusqu'à quel point on peut occulter la contribution des victimes de l'esclavage à la construction de la nation.

    Cela revient aussi à se demander quels sont les moyens légitimes pour préserver ces cultures et ces identités, c'est-à-dire à se poser la question du multiculturalisme, qui malgré ses défauts et les ajustements constants qu'il requiert a tout de même permis de faire du Canada un des pays les plus étonnamment pacifiques et tolérants de la planète. Ce n`est pas rien, et cette initiative en est la preuve. »

  • Pourcher Jordi
    Inscrit
    jeudi 31 janvier 2008 10h28
    Réponse à M. Noel.
    « Il est dommage que nous ayons encore à répéter cela mais bon: il est profondemment injuste et immoral de juger les gens à partir d'une couleur, M Noel. Vous n'aimeriez certainement pas que la perception que les autres ont d'un de vos traits physiques vous nuise dans l'accomplissement de vos projet. Il en est de même pour tous M. Noel. Le propos que vous avez tenu est très blessant. Je crois qu'il serait approprié que vous vous excusiez. »

  • jacques noel
    Inscrit
    jeudi 31 janvier 2008 11h03
    C'est pareil à Montréal, mais on fait l'autruche
    « "Les élèves haïtiens, qui parlent créole et sont les plus nombreux parmi les allophones dans les commissions scolaires de l'île de Montréal, ont des taux d'échec "anormalement élevés et des retards scolaires de plus en plus marqués", selon l'Association.
    Association des enseignants haïtiens du Québec
    La Presse, François Berger, 14-9-95

    "les élèves créolophones arrivent systématiquement en dessous de la moyenne et du taux moyen de réussite, que ce soit en français, en mathématiques ou dans l'ensemble des matières. Bon nombre de ces élèves sont toutefois sous-scolarisés, souligne l'auteure."
    La Presse, Jean-François Bégin, 18-6-98

    "En juin 2000, 87% des élèves ont passé avec succès les examens du ministère de l'Education. Trois ans plus tard, ce chiffre fondait à 80%, une chute de sept points. C'est énorme"
    "Dans son rapport annuel, rendu public cette semaine, la CSDM s'interroge et avance des hypothèses....
    "La CSDM explique que les nouveaux immigrants sont moins scolarisés. Plus faibles, ils exercent une pression négative sur les résultats."
    La Presse, Michèle Ouimet, 17 janv 2004 »

  • Mariam Hassaoui
    Inscrite
    jeudi 31 janvier 2008 11h12
    Quel minimalisme!
    « À propos du commentaire de Jacques Noel. Sachez monsieur, hélas pour vous, que la couleur n'est plus une cause de la pauvreté, du décrochage, de la criminalité, les mentalités ont bien changées; vous ne le saviez pas? À vous entendre, on serait tenté d'imiter Hitler et enrayé cette impureté de la terre afin que les bien pensants comme vous puissent se propager. Que proposez-vous? Qu'on remette à l'ordre du jour les politiques racistes d'immigration d'avant la 2ième guerre mondiale. Vous préférez éliminer le noir que de remettre en question les causes réelles de la pauvreté, du décrochage et de la criminalité. Grands biens vous fasse! Votre conscience est néanmoins aveuglée par le racisme primaire. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    jeudi 31 janvier 2008 11h30
    Le mariage et le divorce scolaire...noir
    « Les noirs des États-Unis ont eu tellement de mal à s'intégrer dans les écoles blanches. Ils ont affronté la police et leurs chiens, l'hostilité et les insultes de blancs pour finalement réussir leur intégration scolaire.

    Voici que les noirs choisissent l'auto-ségrégation. Est-ce qu'ils vont maintenant demander des places à part dans les transports publics...tant qu'à y être. Ils sont en train de virer leur histoire à l'envers là. »

  • Albert Descôteaux
    Abonné
    jeudi 31 janvier 2008 13h48
    Et les autres?
    « Il me semble qu'un des buts de l'école publique est d'inculquer aux élèves les valeurs communes d'une société. Ceci est d'autant plus important dans une société où l'immigration est non-négligeable. En créant une école où l'histoire et la culture "afro-canadiennes" seront en évidence, je crois qu'on risque de marginaliser encore plus ces jeunes noirs. Que fera-t'on lorsque des immigrants d'asie voudront aussi leurs écoles? Le pire dans cette affaire, c'est que personne ne voit de racisme dans cette initiative. J'aimerais bien voir les réactions de la communauté noire si des parents québécois francophones de souche réclamaient des écoles pour les blancs de souche... »

  • Yvon Montoya
    Abonné
    jeudi 31 janvier 2008 16h10
    Le mépris est une insulte à l'Humanité. Mais on s'en fout.
    « Le monde est banalement stupide (comme quand Hannah Arendt nous parlait de « la banalité du mal » à propos d'Eichmann le nazi). Ça en devient un lieu commun. Déjà dans les articles de presse, à propos de Monsieur Obama, on parle de noir alors qu'il est métis. Et on se met à « penser » politique avec des prémisses fausses. Aucun effort pour exprimer des vérités (même dite "scientifiques") mais tout est simple pour dire des bêtises voire pire. Nous sommes en 2008 et nous avons des "gens" (??) qui parlent de mettre les "noirs" (c'est atroce comme expression) en-dehors de nos sphères hautement civilisées. Il y a « les visibles » et les « invisibles », les « nous » et les « eux », les « audibles » et les « inaudibles », les « odorants » les « inodorants » et on en passe puisque l'humanité ne manque pas d'imagination à ce propos, le propos raciste. Que pouvons-nous faire? Rien. Une guerre atroce où on extermine sous prétexte que la « race » est une vermine; du colonialisme mâtiné d'un concept dont on ne sait pas encore d'où il vient, le nationalisme alors qu'on nous bassine avec le testament chrétien de la société occidentale. Toute une marmelade hautement distinguée permettant de tenir des propos durs, de refus, de haine et de mépris. J'ai envie de dire avec Claude Nougaro : « pourquoi mon Dieu ai-je la peau aussi noire? ». Ce n'est pas fini et il nous faudra encore des siècles et des siècles (Amen) pour enfin réaliser qu'un homme et une femme ne sont pas des races mais seulement des hommes et des femmes. De ces hommes et femmes qui s'aiment, rient, chantent, dansent, poétisent, rêvent, caressent, construisent, bâtissent avec leur espoir comme unique et simple souffle de présence ici bas. »

  • Maïte Verreault
    Abonnée
    jeudi 31 janvier 2008 21h06
    À Me Betty
    « Il faut comprendre que le système scolaire régulier dont vous faites référence est un système blanc. »

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