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Centres collégiaux de transfert technologique - La vitamine de l'industrie

La recherche et le développement au service des PME

Denis Lord   26 janvier 2008  Éducation
Gaëtan Boucher, président directeur général de la Fédération des cégeps
Gaëtan Boucher, président directeur général de la Fédération des cégeps
En mars prochain selon toute vraisemblance, le gouvernement québécois annoncera l'identité des cégeps qui se verront octroyer les cinq nouveaux centres collégiaux de transfert technologique (CCTT). Signe de l'importance de l'enjeu, près de la moitié des cégeps ont présenté des demandes. Ces nominations porteront à 40 le nombre de ces institutions qui soutiennent l'innovation dans les PME en offrant un soutien technique et des services de développement technologique.

Aucun étudiant, mais 500 employés dont les deux tiers sont des chercheurs, 20 ans d'existence, les CCTT demeurent malgré tout peu connus du public et même d'une part du personnel enseignant. À l'émission de Christiane Charrette sur la première chaîne de Radio-Canada, l'économiste Pierre Fortin a souligné l'importance de leur oeuvre de diffusion technologique. Pour Gaëtan Boucher, président directeur général de la Fédération des cégeps, les CCTT sont un des fleurons du Québec et mériteraient d'être davantage valorisés.

Exemples de réussite? En octobre dernier, l'Institut des communications graphiques du Québec (ICGQ) obtenait un brevet américain pour un processus de contrôle de la performance des encres. Au Cégep de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine, on travaille à éliminer le problème du givre sur les pales d'éoliennes, ce qui pourrait augmenter leur performance de 10 à 20 %.

Les CCTT ont été développés dans les années 1980 sous l'appellation de «centres spécialisés». Chacun d'entre eux entretenait — et entretient toujours — des liens symbiotiques avec les entreprises et les collèges locaux, contribuant de fait au développement économique des régions. Les secteurs de recherche ont été attribués en fonction des disciplines enseignées dans les cégeps. Lévis-Lauzon a obtenu le Centre de robotique industrielle parce qu'on dispensait la formation dans ce domaine, le Cintech agroalimentaire s'est en toute logique associé au Cégep de Saint-Hyacinthe.

Les ressources financières manquant, un moratoire stoppa l'émergence des CCTT. En 2003, le gouvernement réinvestit dans les CCTT, qui passèrent de 23 à 35 en quatre ans. Les quatre derniers centres ouverts font de la recherche fondamentale et appliquée dans le secteur éolien et dans ceux de la transformation des produits forestiers, du développement de bioproduits, de la technologie des emballages et du génie alimentaire.

Selon André Dion, directeur de l'Institut des communications graphiques du Québec, rattaché au collège Ahuntsic, il n'existe peut-être que dix structures similaires dans le monde et celle des CCTT, regroupés dans le réseau Trans-tech, est la seule au Canada. «En Europe, note Gaëtan Boucher, l'Irlande a développé des institutions similaires à la suite de la crise des années 90 avec son haut taux de chômage. Elles ont connu un succès fulgurant et contribué à l'émergence de ce qu'on a appelé le tigre européen.»

Un cas de figure

À l'Institut des communications graphiques (ICGQ), rattaché au collège Ahuntsic, on travaille simultanément sur une dizaine de projets, mais c'est l'obtention d'un brevet qui retenait l'attention des médias en octobre dernier. «Quebecor était venu nous voir avec la problématique de l'encre, qui représente 8 % du coût d'un imprimé, rappelle André Dion, directeur général de l'ICGQ. C'est un phénomène difficile à contrôler. Des subventions du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport [MELS] et du ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation [MDEIE] nous ont permis d'acquérir un spectromètre, un appareil dispendieux déjà utilisé dans les domaines pharmaceutique et pétrolier, et de faire de la recherche.»

L'ICGQ a développé des logiciels composant avec la technologie de spectrophotométrie à infrarouge moyenne. «Au fur et à mesure de notre mandat, nous allons chercher des ressources dans le corps professoral, de dire André Dion. Nous n'aurions pas les moyens d'engager quelqu'un à temps plein.» Ainsi, Robert Saint-Amour, qui possède un doctorat en infrarouge et dont le nom apparaît comme inventeur principal sur le brevet, a été libéré d'une partie de sa charge de cours à Ahuntsic.

Depuis, le processus mis au point à l'ICGQ a été vendu à cinq distributeurs d'encre aux États-Unis et une deuxième version a été développée. L'ICGQ, un des plus gros CCTT avec ses 30 employés, tire aussi des revenus récurrents de la maintenance, effectuant des tests pour vérifier la qualité des encres, émettant des certificats de conformité, arbitrant d'éventuels conflits entre imprimeurs et fabricants d'encre. Cet OSBL s'autofinance à 80 %. Quebecor et, ultérieurement, Transcontinental ont en partie subventionné ses recherches, mais l'ICGQ est demeuré propriétaire du brevet.

Chefs de file économiques

On observe divers modèles d'association dans le monde des CCTT. Ainsi, le CCTT en éolien du Cégep de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine travaille de concert avec quatre institutions d'enseignement supérieur et avec la multinationale danoise LM Glasfiber. À Thetford Mines, Oleotek et le Centre de technologie minérale et de plasturgie (CTMT) collaborent avec des homologues du Poitou-Charentes dans la recherche sur les huiles isolantes biodégradables.

Mais les liens avec des multinationales, tout comme l'obtention de brevets — 15 depuis 1999 — demeurent négligeables, affirme Denis Beaumont, président de Trans-tech. Des quelque 2550 clients des CCTT, 95 % sont des PME. «La mission première des CCTT est de les soutenir dans le développement de technologies, les services analytiques, au niveau régional d'abord, puis provincial. Le CCTT est un chef de file économique dans sa région.»

Chaque CCTT reçoit annuellement 300 000 $ du MELS et 100 000 $ du MDEIE. «Pour chaque dollar investi par le gouvernement, explique Denis Beaumont, qui est aussi directeur général du CCTT en biotechnologies du Cégep Lévis-Lauzon, nous en générons quatre. C'est un effet de levier très important. Nous avons un chiffre d'affaires de 40 M$ par année et le taux moyen d'autofinancement, résultant de contrats avec des entreprises, est de 70 %.»

L'impact de ces créneaux d'excellence, de ces «pôles d'expertise», pour citer Gaëtan Boucher, se ressent à de multiples niveaux. Ils permettent aux professeurs associés — qui conservent au moins un cours par session — de développer un savoir de pointe et d'en faire ultérieurement profiter leurs étudiants, d'en attirer même de nouveaux au plan international, où les cégeps veulent recruter davantage. Les CCTT contribuent également au dynamisme des régions, au partenariat entre les entreprises. Ils ont favorisé la création de 435 emplois, donné naissance à une dizaine d'entreprises dérivées.

Vers l'avenir

En décembre dernier se terminait le plus récent concours pour nommer les cinq prochains CCTT. Le gouvernement a déterminé les domaines de l'industrie où il y a des besoins à combler; ce sont entre autres la construction, l'énergie renouvelable et l'efficacité énergétique, les fournitures et le matériel médicaux. «Pour qu'un cégep obtienne un nouveau CCTT, explique Denis Beaumont, il doit répondre aux besoins de l'industrie et déjà donner de la formation dans ce domaine.» Les cégeps doivent également bénéficier de l'appui d'instances régionales représentatives, d'un ministère sectoriel ou d'autres types de contributeurs.

Indépendant, situé à distance, le jury est constitué de gens d'affaires, d'universitaires et de représentants d'organismes scientifiques. Denis Beaumont et Gaëtan Boucher agiront à titre d'observateurs, sans droit de parole. Le jury se réunira en février et en mars. Une vingtaine de cégeps ont participé à l'appel d'offres, dont certains possèdent déjà deux CCTT.

Le Parti libéral s'était engagé à créer 45 CCTT d'ici la fin de son mandat. «Mais l'idée qui est actuellement dans l'air, précise le p.-d.g. de la Fédération des cégeps, c'est plutôt de se limiter à trois nouveaux, orientés vers l'innovation et l'économie sociales, pour aider l'économie sociale. Pour aider l'économie du Québec, ça ne prend pas que de la technologie, mais aussi des ressources humaines, des modèles de gestion performants.»

L'appel de candidatures devrait avoir lieu l'automne prochain.

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