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L'UQAM doit encore dégraisser

La marche à gravir pour atteindre l'équilibre budgétaire à l'Université du Québec à Montréal (UQAM) s'annonce encore plus haute que prévu. Selon les plus récentes projections, le déficit pourrait gonfler de 60 millions supplémentaires en cinq ans, a appris Le Devoir.

Les mesures de redressement prévues en juin dernier ne donnent pas les résultats escomptés et tardent à être mises en oeuvre. Une baisse de 1 % de la clientèle étudiante accentue également le problème, forçant l'UQAM à revoir ses revenus à la baisse.

«Le plan de redressement au stade actuel n'est pas viable», peut-on lire dans le rapport préliminaire de la firme PricewaterhouseCoopers dont Le Devoir a obtenu copie. Cette mise à jour de la situation financière de l'UQAM a été transmise au conseil d'administration, à la ministre de l'Éducation et à l'assemblée des gouverneurs du réseau de l'Université du Québec il y a un mois.

En juin dernier, l'UQAM avait adopté un plan de redressement permettant de diminuer de moitié le déficit accumulé en cinq ans, le ramenant à 155,7 millions. Or, on constate aujourd'hui que les mesures proposées laisseraient plutôt l'Université face à un déficit de 215,5 millions.

Le porte-parole de l'UQAM, Daniel Hébert, reconnaît que le «défi est encore plus difficile à relever» que prévu, précisant cependant qu'il s'agit pour l'heure uniquement de projections. «Nous faisons tout pour colmater cette situation, rétablir notre population étudiante et revenir au niveau qu'on a connu ces dernières année», poursuit M. Hébert.

Pour redresser la situation, l'UQAM travaille actuellement sur un plan de redressement. Il s'agit d'une troisième tentative pour satisfaire aux exigences de la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne. L'automne dernier, cette dernière a sommé la direction de l'UQAM de produire un nouveau plan de redressement permettant un retour à l'équilibre complet sur une période de temps précise.

Parmi les mesures de redressement évoquées, les compressions dans le volet «académique» devant rapporter 18 millions représentent dans les faits une économie réelle de 14,5 millions, indique le rapport comptable. Près des trois quarts de ces compressions restent encore à valider. C'est notamment le cas des mesures liées à ce que l'on appelle le «redéploiement de la programmation», c'est-à-dire une révision de l'ensemble des cours et des programmes d'études. Cela pourrait signifier tant l'élimination de certains cours que la création d'autres.

«On pense augmenter nos revenus avec l'ajout de programmes, et on va tout faire pour accroître notre population étudiante, ce qui devrait améliorer nos subventions», fait valoir Daniel Hébert. Ce dernier précise que l'UQAM misera sur de nouveaux programmes de cycles supérieurs, plus payants en matière de subventions.

Outre le volet «académique», l'UQAM a également prévu des économies sur sa masse salariale qui représente 78 % de ses dépenses de fonctionnement. On espère retrancher 6,9 millions à même les salaires, ce qui exigera des négociations avec les syndicats. «La direction actuelle considère que des mesures additionnelles nécessiteraient d'aborder des questions structurelles, telles l'organisation du travail et des ententes contractuelles, et ne considère pas avoir la légitimité nécessaire pour définir les orientations à cet égard», commentent les auteurs du rapport. PricewaterhouseCoopers note également que les étudiants et Québec sont les plus sollicités, pour l'heure, par les mesures de redressement.

Chose certaine, pour la firme comptable mandatée par l'UQAM, il est évident que «ces mesures sont insuffisantes pour atteindre l'équilibre budgétaire, peu importe le sens que l'on donne à cette expression».

PricewaterhouseCoopers mentionne par ailleurs que l'université du centre-ville est plus dépendante que les autres universités québécoises des subventions gouvernementales. On y lit qu'il y a moins de professeurs, que ces derniers sont légèrement moins bien payés que la moyenne de leurs collègues et que les ressources documentaires sont nettement plus faibles qu'ailleurs. On apprend aussi que les frais afférents assumés par les étudiants sont les plus bas, comparativement aux grandes universités québécoises.

Gouvernance

Le plan de redressement attendu fait actuellement l'objet de discussions entre la haute direction de l'UQAM et le ministère de l'Éducation, laissant dans l'ombre le conseil d'administration de l'université. À aucun moment, le conseil d'administration n'a approuvé une nouvelle version du plan de redressement. Tout au plus a-t-il été informé de l'évolution générale du dossier.

Or, des scénarios de remise sur pied de l'UQAM circulent au ministère. Ces documents ont d'ailleurs été transmis au comité des sages, formé de Lise Bissonnette, Michel Gervais et d'un ancien sous-ministre des Finances, mandaté par la ministre pour analyser le plan de redressement et formuler ses recommandations le 30 janvier. Le cabinet de la ministre Courchesne estime qu'il s'agit là du plan de redressement attendu.

L'UQAM donne une autre interprétation des faits. On considère plutôt ces «échanges constants» comme strictement administratifs. «Ce n'est pas le rôle du CA de négocier au jour le jour le jour avec les parties. [...] C'est de l'opération, de l'administration courante. Les membres du conseil n'ont pas été informés dans le détail des documents, ils ont été informés des orientations, dans quel sens nous poursuivions les travaux avec les gens du ministère et de l'UQ», affirme M. Hébert.

Il précise que le conseil d'administration sera saisi du dossier en temps opportun, ce qui pourrait survenir dès le 29 janvier ou peut-être plus tard. Cela dit, il assure que les négociations ne sont pas menées dans le dos des administrateurs. «Il n'y a pas eu une nouvelle hypothèse, un nouveau scénario qui sort d'un chapeau de magicien, envoyé au ministère, sans qu'on en ait parlé aux membres du conseil», soutient M. Hébert.

La ministre Courchesne avait insisté au début de la crise qui secoue l'UQAM sur la responsabilité que devaient assumer les membres du conseil d'administration.

La dérive de l'UQAM prend sa source dans deux projets immobiliers mal ficelés. Le Complexe des sciences et l'îlot Voyageur ont généré un problème financier qui pourrait atteindre un demi-milliard d'endettement en 2012, selon les estimations du Vérificateur général. Ce dernier affirmait en novembre que l'UQAM ne pouvait se tirer seule de ce mauvais pas et que même le risque d'une faillite n'était toujours pas écarté.






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  • Valdor Lagacé-Gallant
    Inscrit
    lundi 14 janvier 2008 10h30
    Les responsables doivent être accusés
    « Les responsables de ces actes doivent être accusés au même titre que les voleurs de grand chemin...

    Comment peut-on encaisser son salaire après avoir mis dans le trou financier des millions de dollars alors que les pauvres sont de plus en plus pauvres. Comment peut-on être protégé de telles accusations pour manque de compétences ?

    Du grand pétage de bretelles de CV ! De l'incompétence en ressources humaines. Des petits amis qui se passent la main.

    Un autre merdier qui ne fait pas honneur è nos grandes institutions, qui ne sont grandes qu'à cause du grand silence de ses gestionnaires obèsement payés.

    Et on essaie de nous faire croire que l'université nous apprend à mieux savoir. Ils en connaissent des affaires mais ils et elles ne savent rien. RIEN.

    400 millions de déficit. Que de bouches on aurait nourries avec cela au lieu d'avoir gavé cette petite gang de diplômés de mes deux.

    Valdor »

  • Jonathan Vallée Payette
    Abonné
    lundi 14 janvier 2008 12h36
    Dégraisser ?
    « Nous y voilà donc, à cette fameuse heure où les firmes comptables « externes » présentent leur Décalogue. On exigera de la « communauté universitaire » de se serrer la ceinture, d'être « raisonnable », c'est-à-dire de bien vouloir se soumettre aux mesures gestionnaires proposées sans remettre en question les paramètre comptables dictant, à huis clos, les remèdes pour remettre l'UQAM sur pieds « tout en préservant sa mission, c'est-à-dire [trouvez quelque chose d'adaptable selon les circonstances et vos interlocuteurs] ».

    Dégraisser ? Dégraisser quoi ? Les budgets réservés aux bibliothèques sont diminués de budgets en budgets, il y a un urgent besoin de professeurs, etc, etc, en plus du nécessaire réinvestissement global. L'UQAM a toujours été sous-financée.

    Éric Pineault, professeur au département de sociologie de l'UQAM, a bien résumé ce dont il s'agit lorsqu'on parle de plan de redressement : " Or cette restructuration, ce redressement, dans les termes où il est pensé à l'heure actuelle, contraint en fait l'UQAM à s'adapter à un niveau de financement qui s'est déjà montré insuffisant pendant plus de dix ans et, à terme, insoutenable! " (Le Devoir, 7 juin 2007).

    Pendant que PrivewaterhouseCoopers reconnaît (mieux vaut tard que jamais), que « les étudiants et Québec sont les plus sollicités [...] par les mesures de redressement », ces mêmes étudiants rappellent constamment qu'ils ont été parmis les premiers, avec les syndicats, à dénoncer les investissements immobiliers que l'on connaît. Nous savions très bien où cela risquait de conduire l'université. Voilà des années que nous disons que nous ne ferons pas les frais d'un prétendu redressement.

    Augmentation des frais afférents (avec, en prime, le dégel des frais de scolarité), diminution des ressources financières académiques, diminution constante des budgets des bibliothèques, gel d'embauche des professeurs sur 5 ans, diminution à prévoir des ressources dédiées à la recherche fondamentale (versus la 'recherche et le développement', ayant des retombées économiques certaines et à plus court terme), etc... afin de permettre la survie de l'institution et la poursuite de la "mission de l'UQAM". »

  • Olivier Lanctôt
    Inscrit
    lundi 14 janvier 2008 14h04
    Autres PPP : quand les firmes privées pèsent trop lourd dans la balance
    « Les firmes privées de cotation (et de comptabilité) telles que PricewaterhouseCoopers agissent et jugent en fonction d'une certaine vision du bien commun. Sans doute recommanderont-ils encore une autre hausse des frais, le désengagement de l'État faisant partie de leurs valeurs les plus chères.

    J'ai beaucoup de mal à m'imaginer qu'on s'appuie sur des rapports émanant de grosses compagnies pour décider de l'avenir d'un des piliers universitaires du Québec. La difficulté qu'ont les détenteurs de capitaux à comprendre la nature du bien public -- l'éducation est un bien public -- étant proverbiale.

    J'invite donc les lecteurs à prendre ce rapport préliminaire (ainsi que les autres à venir) comme de simples avis sur la question. Du reste, je ne comprends pas pourquoi les auteurs de l'article n'ont pas fait appel à d'autres experts. C'est une question d'équilibre. »

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