lundi 23 novembre 2009 Dernière mise à jour 13h51


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Le courage de l'échec

Marie-Andrée Chouinard   14 janvier 2008  Éducation
La ministre de l'Éducation prépare un plan d'action pour améliorer la réussite en français des élèves québécois. Il faut souhaiter aux générations à venir que cette énième politique, déclinée sur le thème des ratés de notre langue, permettra de voir grand et qu'elle sera portée par un courage inédit: celui d'affronter l'échec.

C'est une éternelle rengaine, qui fait mal chaque fois qu'on la reprend. Les résultats insatisfaisants, voire désastreux, des élèves en français écrit heurtent douloureusement la qualité de notre langue, que le Québec, plus qu'ailleurs, porte comme un étendard.

L'école s'acquitte très mal de cette première obligation qu'est l'apprentissage des rudiments du français écrit et oral. Une autre livraison de mauvaises notes a convaincu l'an dernier le ministère de l'Éducation de soumettre cet éternel malaise aux réflexions d'un comité d'experts dirigé par l'actuel président du Conseil supérieur de la langue française, le linguiste Conrad Ouellon. Ses conclusions, déjà présentées à la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, doivent inspirer un plan d'action fort attendu.

Le problème a beau être associé à une rengaine, pour le régler, le gouvernement ne peut se permettre de faire dans la redite. D'autres avant lui ont produit plans et politiques dans l'espoir de donner leur envol à des étudiants en leur fournissant l'essentiel: la capacité de lire et d'écrire.

Au début des années 1960 déjà, le célèbre Rapport Parent formulait sa mise en garde: «L'école aura beau faire, le français utilisé au Québec continuera de se détériorer de façon lamentable si on n'adopte pas rapidement des mesures énergiques et dynamiques pour en sauvegarder et en élever la qualité.»

Trente ans plus tard, le ministre de l'Éducation d'alors, Michel Pagé, publiait un court plan intitulé Pour une langue belle, destiné à bonifier l'enseignement du français dans le but d'éradiquer les lacunes. Pour lutter contre les démons de l'époque — l'audiovisuel et l'informatique —, on préconisa le retour aux grands classiques de la littérature.

Aujourd'hui, au considérable espace occupé par la technologie dans l'apprentissage s'ajoute un nouveau tentateur, celui-là nommé réforme.

La réforme de l'éducation n'a certes pas inventé les faiblesses des élèves québécois en français écrit. Mais, au lieu de corriger ce désolant tableau, comme elle le promettait haut et fort, elle semble avoir laissé les choses se dégrader tristement. Cette déconvenue inacceptable s'est faite malgré les constats des États généraux sur l'éducation, qui ont placé un accent prioritaire sur l'enseignement du français.

Pour remédier aux errements des élèves — il n'est plus exagéré d'évoquer des étudiants ayant réussi leurs études primaires, secondaires et collégiales, mais peinant à produire ou à comprendre un texte —, il faudra oser frapper fort et partout, et bien plus qu'en rétablissant une dictée ayant prétendument disparu.

Miser sur la lecture chez les plus petits du primaire. Regarnir les bibliothèques, à coups de généreux millions. Espérer le minimum? Un dictionnaire et une grammaire dans chaque classe et, pourquoi pas, dans chaque pupitre? Étendre la maîtrise du français à tout l'apprentissage, plutôt que de la cantonner aux seuls cours de français.

Il faudra oser mesurer l'effet pervers que peut avoir en classe ordinaire une mauvaise intégration des élèves en difficulté, faute de ressources. Oser aussi remettre en question les modes d'évaluation prônés par la réforme, au-delà d'une secousse portée sur le bulletin.

Mais le gouvernement dévoilera son véritable courage lorsqu'il osera, ironiquement et paradoxalement, vivre avec l'échec. Lorsqu'il cessera, en effet, de pratiquer la promotion automatique et la délivrance de diplômes au rabais, quitte à montrer le fiasco dans toute son ampleur. Lorsqu'il retiendra des élèves plutôt que de les laisser se hisser dans la chaîne de l'éducation, pour tomber ensuite de plus haut.

À un autre tournant d'un ennuyeux cercle vicieux (l'élève formé par un enseignant lui-même mal préparé), il devra même se résigner à affronter l'immense problème de la sélection des futurs maîtres, dont on dit que la moitié aurait une connaissance insuffisante du français. Un examen national est attendu en septembre, dont l'objectif est évidemment de rehausser les exigences.

Les conséquences de ce nivellement par le haut sont évidentes: pendant plusieurs années, il y aura un risque de perdre au combat des mots un certain nombre de futurs maîtres au français hasardeux. Subsiste le danger de vivre avec un effondrement des taux de diplômés, car le resserrement des exigences pourrait entraîner, sans qu'on puisse l'empêcher, une franche débâcle. Mais l'échec, s'il sert ensuite à se relever plus grand et plus fort, n'est plus à éviter.

machouinard@ledevoir.com






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Parisien Jaque
    Abonné
    lundi 14 janvier 2008 06h34
    La même rengaine
    « Bien que je sois d'accord avec l'idée de ne plus fournir des «diplômes à rabais», surtout aux élèves qui ne le méritent pas, j'en ai un peu marre que l'on tape constamment sur le clou des prétendues lacunes de la formation des maîtres. La complexité du problème déborde, et de loin, la connaissance des règles de grammaire.

    Je ne sais pas si des lecteurs de ce journal ont déjà eu à subir les examens de français pour les futurs enseignants, le SEL ou le CÉFRANC, mais il est à noter que ceux-ci ciblent surtout les exceptions de la langue et dieu sait qu'il y en a. Or, on demande donc aux enseignants de «performer» sans outils linguistiques, à froid, de mémoriser des notions qui, de toute évidence, seront aussi vite oubliées une fois l'examen réussi. Un bon enseignant,sa passion de la langue mis à part, est celui qui doute, qui utilise le dictionnaire et la grammaire constamment et qui sait faire douter ses élèves. Même après des années d'expérience, je ne connais aucun enseignant qui peut se vanter de connaître toutes les règles de grammaire par coeur.

    Toujours dans un même ordre d'idée, je vais reprendre la même rengaine que d'autres ont déjà entonnée avant moi. La lecture, aujourd'hui, connait des ratées. Certains de mes jeunes collègues ne connaissent même pas le nom de Victor Hugo et encore moins ses oeuvres. Je ne peux les en blâmer. La formation en éducation est pitoyable. Elle est surtout axée sur les théories pédagogiques au détriment de l'apprentissage de la littérature. Or, croyez-moi, toutes ces belles théories pédagogiques sont immédiatement reléguées aux oubliettes une fois le jeune enseignant confronté à la dure réalité d'une classe surpeuplée, du manque de savoir-vivre, de la démotivation et de la lourdeur de la tâche. L'enseignant est appelé à jouer les rôles de formateur, de psychologue, de gestionnaire, de surveillant et tutti quanti.

    Somme toute, s'il faut «mettre nos culottes» et assumer, s'il faut s'attaquer au problème en toute bonne foi, il faudrait commencer par réduire le nombre d'élèves par classe, imposer la lecture et surtout alléger la tâche des enseignants. Personnellement, j'ai une maîtrise en lettres et je termine un baccalauréat en philosophie et je ne suis donc pas formé pour jouer les surveillants ou les psychologues. »

  • Jean-Pierre Aubry
    Inscrit
    lundi 14 janvier 2008 08h39
    Question de standards, de valorisation des habiletés et de ressources
    « Mme Chouinard,

    En deux courtes phrases, vous avez mis le doigt sur le bobo.

    "Lorsqu'il cessera, en effet, de pratiquer la promotion automatique et la délivrance de diplômes au rabais, quitte à montrer le fiasco dans toute son ampleur. Lorsqu'il retiendra des élèves plutôt que de les laisser se hisser dans la chaîne de l'éducation, pour tomber ensuite de plus haut."

    Ce n'est pas en baissant les standards que l'on réalise des progrès ; c'est plutôt en les relevant qu'on le fait. La baisse des standards n'a pas eu pour effet de réduire le décrochage mais de l'accentuer. Je pense que le ministère de l'Éducation a fait une erreur importante en pensant que de faibles standards éviteraient le découragement des étudiants, la perte de l'estime de soi et le rejet de l'école. En fait, les étudiants qui accumulent les retards dans leur apprentissage sont les premiers à savoir qu'ils ne comprennent pas la matière enseignée et à voir qu'ils s'enfoncent de plus en plus.

    Au lieu de baisser les standards, il faut plutôt prendre plus de temps pour former certains élèves en difficulté et leur donner un plus grand support.

    Il faut également que l'école favorise le développement d'un plus grand éventail d'habiletés, ce qui permettrait de valoriser un plus grand nombre d'étudiants.


    Jean-Pierre Aubry »

  • Yvon Montoya
    Abonné
    lundi 14 janvier 2008 09h31
    Enseigner la consommation sans fautes d'orthographe...
    « Oui, il y a là un vrai problème d'exigence. Il est vrai que les profs ne sont pas des gardiens, ils sont avant toutes choses des enseignants au sens noble du terme et ils ne peuvent accomplir leur tâche si importante avec des classes qu'on pourrait dire anti-pédagogiques puisqu'elles sont surpeuplées. Les élèves sont de moins en moins des élèves mais de en plus en plus des consommateurs et comme ces derniers, le temps de la consommation n'est pas celui de l'étude. Les profs, certains et ils sont beaucoup, participent du même temps. Alors, les élèves comme leurs profs, ne lisent plus, ne partagent aucun étonnement comme le demandait tant le philosophe Merleau-Ponty, il nous faut "regagner la force de l'étonnement." En général, les consommateurs sont blasés, le constat avec l'enseignement participe du même syndrome. »

  • Jacques Lamarche
    Inscrit
    lundi 14 janvier 2008 10h03
    modite réform
    « La réform scolère, sa na pa d'alure. Je lé entandu a la radio. Cé pas come nous aute, den not tant. Les enfan ne saches pu écrirre.

    Dan mon tant, on avai des dicté. On travaillais pa par projè. Le seul projè con avais était de parlé é décrir bin. Comen vons fère les jeunes pour foncsionner den notre monde. Y pourons pas avoir de job intéreçante ni gagné leu vi come y fo.

    Fo retourné a lessenciel et que lé program ce contante de montré a lire, écrir et conter.
    Jé lu leu program et je né rien compri. Y use de mo a sin piaste. Coman voulé-vou tu quon si retrouv. Y use de mo compliqué. Nou ote lé paran on peu pu èdé no enfan dan leu devoir.

    Je le di et le répète la réform sa pa dalure. Arété sa tou de suite. Léducassion sen va ché le diabe au québèque.

    Cé vraiman pu come avan.

    Un paren désabuzé. »

  • Robert Mayrand
    Abonné
    lundi 14 janvier 2008 11h22
    Langue seconde
    « Et si le français au Québec devait être enseigné comme une langue seconde... Par exemple, on pourrait faire faire des exercices de traduction des dialogues des Têtes-à-claques en français ou en québécois, celui de Pauline Marois. Par la même occasion, on pourrait faire des traductions vers l'anglais, histoire de bien reconnaître les anglicismes. »

  • marie-claude leclerc
    Inscrite
    lundi 14 janvier 2008 12h08
    Discipline !
    « La maîtrise et le respect de la langue devraient être la priorité en éducation.
    Le français est une langue complexe et une des plus belles au monde.
    Il faut évidemment de la discipline et un travail soutenu pour l'apprendre, j'ai eu cette chance par une éducation rigoureuse. Un effort qui, malgré des moments détestés, a laissé une empreinte me permettant de communiquer convenablement, de structurer ma pensée, d'apprécier la littérature à sa juste valeur et de savourer les mots avec enchantement. Une discipline construite au fil des années qui me permet de fonctionner dans le monde actuel et de m'adapter. J'ai transmis cet amour des mots à ma fille. Je ne sais pas ce qu'elle fera dans la vie mais elle pourra réussir. Que toutes les matières scolaires exigent un bon français serait un minimum pour la réforme. Quand l'effort sera valorisé pour donner des défis aux élèves, l'éducation deviendra une priorité et non une obligation pour notre société.
    Marie-Claude Leclerc
    Trois-Pistoles »

  • Raphaella Robitaille
    Inscrite
    lundi 14 janvier 2008 13h23
    La responsabilité de tous.
    « Madame,
    J'ai hâte de prendre connaissance du plan d'action proposé par la ministre de l'Education concernant l'amélioration du français. On a laissé trop longtemps la situation se détériorer.La qualité du français écrit et parlé n'était importante que pendant l'heure du cours de français à l'école secondaire ou j'ai enseigné les mathématiques.Les enseignants des autres matières n'osaient plus souligner les fautes encore moins enlever des notes sur un travail écrit...il ne fallait surtout pas pénaliser l'étudiant à cause de ses fautes de français...
    Etendre la maîtrise du français à tout l'apprentissage est une idée soulignée dans votre article, je suis bien d'accord avec vous, encore faut-il que les professeurs de toute une école se mobilisent et se préoccupent vraiment de la qualité de la langue et en fassent une priorité.
    Il faudra plus que des souhaits et des voeux. Je pense que l'étude systématique de la grammaire et l'utilisation du dictionnaire sont des moyens qui doivent revenir à la mode en même temps que la reprise de la dictée. La lecture à haute voix chez les plus petits du primaire doit aussi revenir à l'horaire.Les enseignants ont changé souvent de
    méthode au primaire. Il serait temps qu'on leur laisse choisir la meilleure, qu'on leur fasse confiance et qu'on leur donne plus de temps pour enseigner le français. La tâche est de plus en plus difficile.Les problèmes sociaux et disciplinaires dans les classes ne facilitent pas la tâche des enseignants qui sont souvent laissés à eux-mêmes et qui attendent longtemps l'aide d'intervenants dits spécialisés pour soutenir leur action.
    Apprendre demande un effort!La promotion automatique , l'absence de redoublement ne favorisent pas la poursuite d'un effort soutenu et minimisent la nécessité du travail continu pour arriver à la réussite.Plus on baisse les exigences, plus on délivre des diplômes à rabais qui n'ont plus aucune valeur.Une grande réflexion est nécessaire.
    Souhaitons que la ministre propose un plan qui mobilise et responsabilise tous les intervenants en éducation.
    Raphaella Robitaille, enseignante retraitée, La Sarre »

  • Fernande Trottier
    Abonnée
    lundi 14 janvier 2008 15h09
    Des professeurs qui ne savent pas...
    « Apprendre à tous les professeurs et surtout ceux qui enseignent le français, cette langue si belle, qu'ils sachent l'écrire, donc connaître la grammaire, la bien parler.. elle est tellement "maganée", que l'on fasse lire tous les jours les enfants, faire des dictées, et corriger les fautes en les expliquant, et cela pendant le primaire, car c'est là qu'on apprend la base de la langue.. au secondaire on l'approfondit et on sait l'écrire.. ce n'est pas d'hier que la descente aux enfers du français existe, au début de 1970 je travaillais avec des jeunes qui sortaient de l'université et déjà, c'était un désastre..!! J'ai appris à
    lire et à écrire dans une école de campagne et mon français ne laisse pas à désirer, loin de là... mon dictionnaire est
    toujours près de moi, c'est indispensable.. mais j'aime ma langue et je suis fière de savoir la bien écrire.. »

  • Fernande Trottier
    Abonnée
    lundi 14 janvier 2008 15h14
    Madame Robitaille..
    « Vous avez entièrement raison, il n'y a pas d'autres moyens que la lecture à haute voix, la dictée, etc.. Vous savez de quoi
    vous parler.. votre expérience est là.. puissiez-vous être écoutée..!! »

  • Gerry Pagé
    Inscrit
    lundi 14 janvier 2008 19h23
    Çala pas «d'hostic» d'allure !
    « Le constat de la qualité de la langue québécoise parlée est déprimant. Mais celui de la langue québécoise écrite en est un de cancer généralisé, sans phase terminale prévue. C'est le résultat tout à fait prévisible des quarante dernières années de la relâche pédagogique, de l'abandon des parents (les premiers éducateurs devenus les derniers) et de l'euphorie ministérielle, mixés aux fantasmes des oiseaulogues du MÉQ, des logues des Bureaux régionaux du MÉQ, des peutes des Commissions scolaires ainsi qu'amalgamés aux orgasmes syndicaux qui ont tout nivelé par le bas, par le très bas, par le plus bas possible. Les «voies enrichies», le choix des cours complémentaires tels l'Espagnol, les options «sports/arts/études», la programmation semestrielle évitant l'éparpillement, permettant l'approfondissement des matières et favorisant des relations maîtres/élèves significatives, bref, tout ce qui drainait vers le haut, qui facilitait la poursuite de l'excellence et justifiait la devise «toujours plus haut», devenait une traction élitiste et une injure au peuple québécois que disaient représenter les syndicats.

    Après avoir tout fragilisé, en prônant la culture du moindre effort, on ne joue pas aux redresseurs, ni aux cardeurs, ni aux préfets de discipline, comme tentent de le faire les «pousseux de crayons sans effaces» de la Fonction publique dysfonctionnelle, ceux qui cherchent constamment à sauver leurs faces et à justifier leurs titres, en maquillant la réalité et en masquant la vérité.

    Vive les «compétences transversales des s'éduquant», proclamait un sous-ministre en titre ! HÉRITAGE LOUFOQUE que lèguent les ROBOTS du «G», le gratte-ciel de toutes les jactances les plus ampoulées et de toutes les enflures langagières les plus pompeuses!

    Même si les Québécois appellent la loi 101 en renfort, le résultat fut, est et sera toujours nul. Ce rempart contre les intrusions anglophones (fantasmes des manipulations séparatistes de l'époque) n'a absolument rien donné aux francophones, à part de leur foutre des complexes de supériorité, ce genre de complexes que développent ceux qui se croient supérieurs à tout le monde. On ne protège pas de façon théorique, par une loi potiche que tout le monde ignore, une langue que les usagers, par ailleurs et à plein temps, bafouent, marmonnent, piétinent et ne respectent d'aucune façon. C'est le cas typique du dialecte québécois, cette langue fourre-tout de tous les emprunts «florida» et endettements historiques, qui ce sacre de tous les déficits et qui célèbre, du 24 juin au 24 juin de chaque année, toutes les médiocrités qui s'y greffent. Les gradués des ZOOGEPS, ces carrefours de tous les laxismes et de toutes les gratuités, possèdent tant bien que mal, à peine 2000 mots, pour vivre, pour gagner leur vie, pour faire avancer leur Québec National, alors que le moins épais des dictionnaires en contient quelques 40 000. À ce chapitre, nombre d'immigrants qui maîtrisent remarquablement deux langues et plus, font la leçon à de très nombreux Québécois se réclamant de souche.

    Il presse donc d'admettre, à défaut de le comprendre, que la fierté ne s'enseigne pas. On vient au monde «avec» et la famille est le meilleur terreau de son développement et le meilleur tuteur de sa culture de départ.

    A la fin du premier quinquennal de la Révolution tranquille, les «penseurs» du MÉQ avaient déjà décroché et ignoblement lâché prise, en timbrant massivement les enveloppes des programmes de Français, dispersées en région, alors qu'elles avaient été vidées de leurs contenus essentiels. Les professeurs de français de cette époque, les tenants de l'orthodoxie qui faisaient de la poursuite de l'excellence le fondement des minima de leurs objectifs éducatifs terminaux, ces «super enseignants et solides éducateurs» ont été sommés de cesser leurs «poussées d'élitisme» et leurs «excès de zèle», par les fractions dominantes d'un syndicalisme de «bottines à cap». À cette belle époque, étant directeur des études et ayant inscrit le latin et le grec au programme institutionnel de l'école secondaire où l'enthousiasme des enseignants donnait des ailes, j'ai moi-même été enjoint de corriger une trajectoire «d'élitisme sélectif non inclusif» qui déplaisait autant aux oiseaulogues du MÉQ, qu'aux technocrates péquistes de la Commission scolaire, qu'aux bulldozers et niveleuses du Syndicat. Vinrent alors les années 1975 et les autres. Fini l'enseignement structuré de la grammaire. Finies les dictées. Finies les approches syntaxiques. Finie la valorisation du français en géographie, en histoire, en enseignement religieux et en toute autre matière où les fautes tous azimuts pavaient les travaux et où les fautes d'expression foisonnaient. C'était La folle époque où l'antonyme de «traumatisé» devint «pas-assez-matisé»... C'est la malheureuse époque où l'on entendait les ménestrels pédagogiques des Bureaux-Chefs, les troubadours des Réseaux et les trouvères des Départements de Français, avancer, haut et fort, que «plus tard, les secrétaires et correcteurs informatisés dépisteraient et corrigeraient les fautes de tous les Québécois. Il fallait donc s'investir dans l'explosion de l'expression orale, du parle-parle tout aussi verbeux que le creux jase-jase que prônent les droits d'opinion et les libertés d'expression. Ce qui devait devenir un désastre devint un tsunami.

    Suivant une logique bien concrète, on n'arrête subitement pas un train qui file à 200 miles à l'heure, sans provoquer une catastrophe inqualifiable, aux répercussions innommables. C'est du bla-bla-bla. C'est irresponsable ! Contrairement à ce qu'a fait la Santé, l'Éducation ne pourra pas se satisfaire de corridors et de fourrières, pour une relève en pleine croissance. D'autre part, quand on connaît la crédibilité des fonctionnaires du MÉQ et la pérennité de leurs réformes que maudissent les pédagogues qui les subissent, le MÉQ, à l'encontre des élèves et des enseignants, à l'encontre de ce qui reste de parents attentionnés et soucieux de la qualité d'expression de leurs rejetons ainsi qu'à l'encontre de tous les surtaxés qui défrayent tous les coûts de ces stupides errances devenues itinérance continue, le MÉQ, dis-je, VA-T-IL ENCORE RÉUSSIR À ÉCHOUER ? NON ! Il faut arrêter l'hémorragie d'une DÉCONCENTRATION qu'on a appelée DÉCENTRALISATION que les milieux n'ont jamais connue.

    Va-t-on confier la rédaction et la mise en oeuvre d'un programme de français qui respecte des balises linguistiques de haut standard et les meilleurs créneaux de la culture langagière, à l'actuelle génération des «ÇALAS» qui ont FULL PAS RAPPORT, AVEC PAS DE SAVOIRS, JUSTE DES ATTESTATIONS et dont le nombre est la seule justification requise aux largage des subventions aveuglément consenties par les saupoudreurs gouvernementaux ...

    Voici une des grandes vérités universelles que nous a léguée Nicolas Boileau : «CE QUI SE CONÇOIT BIEN S'ÉNONCE CLAIREMENT ET LES MOTS POUR LE DIRE ARRIVENT AISÉMENT». Tant et aussi longtemps que les Québécois ne liront autre chose que des bandes dessinées, que des résultats de loteries et/ou des imageries pornographiques ; tant que les Québécois ne meubleront pas leur pensée, n'équiperont pas leur esprit et n'ouvriront pas leur intelligence aux réalités universelles ; tant que les Québécois ne se soucieront pas du mot juste ; tant que les Québécois mettront tous les «qui, que, quoi, dont, où» dans le même sac ; tant que les Québécois «ces insoumis», n'admettront pas qu'il faut construire avant de meubler et qu'ils ignoreront les règles de la syntaxe et, du même coup, celles de la grammaire ; tant que les Québécois bouderont les dictionnaires ; tant que les Québécois ne s'intéresseront qu'aux biographies de Chrétien, de Mulroney, de Charest, de Nathalie Simard et des soeurs Hilton, on ne cherchera que des substituts et des succédanés au développement de l'esprit ainsi que des cataplasmes qui ne font que cacher des plaies béantes de l'expression orale et le catastrophique «full vide» de l'expression écrite.

    Sans réveiller ni Montcalm ni Woolf, loin de Paris et de Marseille, loin de l'Afrique ou de Haïti, loin des francophonies continentales, il va nous devoir consentir l'effort collectif de ramener notre langue si particulière, si distinctive et typiquement nord américaine, au centre de nos champs de bataille quotidiens, comme il nous faudra choisir ceux et celles qui vont commander les troupes et les diriger vers une victoire historique assurée et garantie de durer.

    Gerry Pagé
    Ville de Québec »

  • Benoît Fortin
    Inscrit
    lundi 14 janvier 2008 21h09
    réponse à Marie-Andreé Chouinard
    « J'ai lu attentivement et avec beaucoup d'intéret ton article.
    C'est vrai à tout point de vue. J'ai réfléchis à tous les paragraphes.
    Vous énumérez tous les points négatifs: MEQ-faiblesse des élèves-attendre plan d'action- rapport Parent-Michel Pagé-réforme de l'Éducation-lecture chez les primaires-diplôme au rabais-attendre examen national en septembre-les échecs.
    Dans tous les articles parus dans le DEVOIR depuis octobre,tous déplorent les échecs, MAIS PERSONNE N'APPORTE DE SOLUTION.
    Est-ce qu'il en existe une ???
    OUI:un genre de cours privés, gratuits, à domicile et durables.Le professeur n'a qu'à répondre aux questions de ses élèves.
    Il faut changer notre MÉTHODE D'ENSEIGNEMENT qui dure depuis deux siècles (1789) et est la cause d'éhecs des élèves.
    J'ai fait parvenir 4 ou 5 artices au DEVOIR, pour expliquer cette méthode autodidacte, sans réponse.
    Comme j'aimerais communiquer par tél. ou courriel avec toi à ce sujet. C'est le fruit de 67 ans d'enseignement....
    Je te remercie de tout coeur de communiquer le plus tôt possible.
    C'est la planche de salut pour nos jeunes et futurs respondables de la société. Benoit Fortin;
    tél. (418) 549-0147 edmyrtille@videotron.ca »

  • Raphaella Robitaille
    Inscrite
    mardi 15 janvier 2008 09h16
    Monsieur Pagé
    « Vous en aviez long à dire et vous m'avez rappelé des souvenirs des années 70 ou nous sommes devenus des travailleurs de l'enseignement sous l'influence de nos dirigeants syndicaux à la chemise de flanelle à carreaux.C'est à cette époque qu'ont disparu au secondaire les voies enrichies dans les matières de base. Tout le monde dans la voie du milieu, pas de classes sociales, les forts n'ont qu'à aider les plus faibles et à attendre...On s'attarde aux plus faibles et on s'adapte à leur rythme. Cheminer à son rythme vaut pour les plus lents et non pour les plus rapides.
    Celui qui pourrait faire deux années dans une n'a pas ce privilège alors qu'on permet à d'autres de prendre 2 ans pour faire le programme d'une année.C'est ainsi qu'on a éliminé du vocabulaire le mot élite et que les plus doués ont perdu l'intérêt et le goût d'aller plus loin. En rabaissant les exigences et en ralentissant les plus forts, on a rabaissé aussi le niveau des connaissances. On nivellle par le bas en éducation et on voit les résultats que cela donne.Par chance qu'on a ramené les voies en Mathématiques dans les années 80. On aurait dû le faire aussi en français.
    Les nombreux changements de programmes en français n'ont pas aidé non plus. Vous vous souvenez du programme cadre?
    Je suis triste en observant ce qui se passe en éducation et je m'inquiète pour mes petits-enfants.J'espère que l'école va redevenir un lieu ou l'on acquiert des connaissances de base solides et un lieu culturel ou on développe aussi son plein potentiel.Il faut dans une juste mesure ramener la discipline à l'école et hausser les exigences. La promotion automatique est aussi à remettre en question...
    Les enseignants ont-ils encore le temps de transmettre leur savoir, il y a tant à faire...tant de problèmes sociaux à résoudre. La tâche est de plus en plus difficile..
    M. Pagé,souhaitons que le plan d'action de la ministre de l'Education soit réaliste et tienne compte des observations des gens qui oeuvrent dans le milieu.
    Je suis de la génération des enseignants qui ont adoré la profession et qui s'intéressent toujours à l'éducation.Je suis triste de voir se détériorer la situation.
    Raphaëlla, professeure de Mathématique retraitée »

  • Yvon Montoya
    Abonné
    mardi 15 janvier 2008 13h30
    Vu de France...
    « http://podcast.blog.lemonde.fr/ »

  • Jean-Pierre Filion
    Abonné
    mardi 15 janvier 2008 16h52
    Par où faut-il commencer ?
    « "...il faudrait commencer par réduire le nombre d'élèves par classe, imposer la lecture et surtout alléger la tâche des enseignants. Personnellement, j'ai une maîtrise en lettres et je termine un baccalauréat en philosophie et je ne suis donc pas formé pour jouer les surveillants ou les psychologues..." vous écrit un lecteur, en réaction à votre édito de cette semaine.
    Sa recette : réduire le nombre d'élèves par classe, imposer la lecture et surtout alléger la tâche.
    C'est tout ? Grâce à cette potion magique, le problème serait réglé ? De quel problème cause-t-on ici ? De celui du prof ou de celui ou ceux des élèves face à l'apprentissage ?
    J'achève présentement la lecture du dernier Pennac intitulé CHAGRIN D'ÉCOLE. Je crois que ce livre est une véritable mine d'or. Pas un livre de recettes mais une suite de réflexions sur les élèves et les enseignants. Si je ne me retenais pas, je dirais qu'il faut imposer la lecture de ce livre à tous les enseignants et à tous ceux qui travaillent auprès des élèves de nos écoles.
    Il y a une quinzaine d'années, j'enseignais à des élèves dits en difficulté d'adaptation et d'apprentissage à la CSDM. C'était avant qu'elle change de nom. À cette époque, les statistiques nous disaient que le taux de réussite de ces élèves se situait entre 10 et très occasionnellement 20% au maximum. C'était bien avant la Réforme et les compétences transversales. Dans les écoles où j'ai enseigné, il y avait, à chaque niveau, plus ou moins un ou deux groupes d'élèves dits enrichis, quatre groupes dits réguliers et quatre ou cinq groupes dits allégés en plus des groupes assez nombreux d'élèves dits en difficultés (EHDAA).
    Bien sûr, plusieurs profs affirmaient que ce classement ne correspondait pas à la réalité et que les enrichis n'étaient pas si doués que ça finalement, alors imaginez les allégés ! Pour plusieurs, avoir de tels groupes était comme une condamnation.
    Pour ce qui est du français, c'était déjà plutôt tristement faible. On parlait encore de solutions du type réduire le nombre d'élèves à 15 ou 16 au lieu de 30 ou 32 en plus de resserrer la discipline et d'envoyer les cas problèmes à la direction ou au psychologue.
    Aujourd'hui, la convention collective prévoit l'ajout d'enseignants ressources pour aider les élèves en difficulté dans chaque école. Enfin direz-vous un signal positif !
    Surprise : dans beaucoup d'écoles, la direction doit les imposer et les enseignants n'en veulent pas !
    Je pourrais continuer encore plusieurs pages mais je vais m'arrêter ici pour le moment afin de vous dire ce qui suit : méfions-nous des solutions toutes faites simples et des recettes uniques pour trouver des solutions à une problématique aussi complexe que celle de l'apprentissage ou comme le dirait Pennac, de la façon de susciter le désir d'apprentissage de la langue en tant qu'outil d'émancipation de nos élèves. L'élève d'aujourd'hui est un être complexe et surtout, oublions l'élève du passé, il ne reviendra pas.
    Jean-Pierre Filion
    Montréal »

  • marc belliveau
    Inscrit
    mercredi 16 janvier 2008 02h08
    Plus que le système éducatif
    « Si on tire une droite qui passe entre toutes les réformes, on peut dire qu'il y a eu un net rehaussement de la qualité de l'enseignement au Québec, mais aussi une adaptation à l'évolution de sa société. Malgré tout, la situation du français demeure préoccuppante chez les jeunes.

    Nous avons laissé notre langue dériver de notre quotidien. La découverte que des patrons embauchent des gens unilingues anglais au Centre-Ville en est une démonstration flagrante. Ainsi, aujourd'hui, si l'anglais gagne du terrain comme langue essentielle, c'est aussi parce qu'on expose les jeunes -sans les guider- à de nouvelles technologies dont le français est soit dégradé, soit absent.

    Le problème est sociétal. Les Québécois doivent admettre leur inertie face à leur langue et ils doivent la valoriser quotidiennement et individuellement.

    Quant au rôle de l'enseignant dans cette situation, elle n'est peut-être pas si grande que certains voudraient le faire croire. Nous ne sommes plus au temps où nous pouvons remercier du personnel enseignant, il en manque déjà. Et, ce n'est pas en tapant sur cette profession sans cesse qu'on y attirera plus de travailleurs compétents. »

  • Kowalski Jozio
    Inscrit
    jeudi 17 janvier 2008 09h57
    Consommation sans fautes !
    « C'est trop tard , tout est déjà trop tard .Laissons donc nos jeunes et nos profs être des consommateurs qui oublient leur langue même .Laisson cette époque se vider de sa propre signification . Laissons l'homme " se refaire" .Qu'ils s'étonnent de ce qu'ils veulent car moi je ne sais sur quoi il faut "aussi" s'étonner .Ne mettons pas des mots absurdes sur une conduite qui nous aussi nous éconduit de cette époque .Ne soyons pas juges mais présents . »

  • Danny Garant
    Abonné
    vendredi 18 janvier 2008 16h46
    Lu sur un forum en ligne d'ingénieur
    « Je traduit et paraphrase ici un commentaire lu sur un forum de discussion en ligne d'ingénieur :

    "Mon proffesseur lisait le rapport jusqu'à ce qu'il trouve cinq fautes de grammaire / d'othorgraphe ou jusqu'à la première erreur de mathématique. Il traçait alors une ligne et corrigeait le rapport selon le contenu avant la ligne. Il justifiait que dans notre domaine, l'erreur mathématique est inacceptable parce qu'elle pouvait résulter en de grave conséquence et qu'une mauvaise maîtrise des outils de communication pouvait provoquer des erreurs tout aussi grave."

    Noté que la langue d'origine associé à ce commentaire est l'anglais.

    Il est aussi intéressant de noter, en relisant mon commentaire avant de le soumettre, que je j'ai découvert et corrigé cinq (5) erreurs de grammaire et une (1) d'orthographe. »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
17 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009