samedi 28 novembre 2009 Dernière mise à jour 08h19


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Les profs de l'UQAM enseignent deux fois moins que prévu

Kathleen Lévesque   4 janvier 2008  Éducation
Les professeurs de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) enseignent deux fois moins que ce que prévoit leur convention collective, ce qui force l'établissement à offrir plus de 500 charges de cours supplémentaires et fait ainsi pression sur les finances.

Aussi, année après année, le nombre plancher d'étudiants devant être inscrits pour chaque cours afin d'en assurer la rentabilité n'est pas respecté. S'ajoute à cela une baisse générale d'environ 1 % des inscriptions d'étudiants depuis l'automne dernier.

Ces faits sont consignés dans le rapport préliminaire présenté par la firme d'experts comptables PriceWaterHouseCoopers au conseil d'administration de l'UQAM au début de décembre. Par la suite, le document a été transmis à l'assemblée des gouverneurs du réseau de l'Université du Québec ainsi qu'au ministère de l'Éducation. Des représentants de PriceWaterHouseCoopers ont également rencontré les différentes instances syndicales afin d'exposer leurs différents constats.

Cette situation apparaît d'autant plus problématique que l'UQAM tente de se sortir d'un bourbier immobilier et financier de plusieurs centaines de millions de dollars. Le dérapage faisant suite à l'aventure immobilière du Complexe des sciences et de l'îlot Voyageur représentera un endettement d'un demi-milliard de dollars en 2012 si rien n'est fait.

La direction de l'UQAM a refusé hier de faire des commentaires, se bornant à rappeler que ce document de travail servira de base aux échanges avec le ministère en vue d'établir un plan de redressement. L'entrée en fonction du nouveau recteur Claude Corbo lundi prochain a retardé la mise en place d'un tel plan. À l'origine, Michelle Courchesne, ministre de l'Éducation, avait sommé l'UQAM de présenter un plan de redressement pour juin. Insatisfaite de la proposition qui lui a été soumise, elle a repoussé l'échéance au 30 novembre puis à janvier, laissant ainsi au nouveau recteur le loisir de mettre la main à la pâte.

Le rapport de PriceWaterHouseCoopers soumet des hypothèses pour que l'UQAM s'extirpe de la crise dans laquelle elle est plongée. «Nous avons des pistes de solutions qui ont été remises par les consultants de l'UQAM. Certaines seront approfondies», expliquait au Devoir la ministre Courchesne en décembre dernier sans donner plus de détails.

Les compressions attendues, les changements dans les façons de faire et la révision complète des processus de gestion pourraient concerner le travail des professeurs. Sans exiger d'effort extraordinaire, l'UQAM pourrait être appelée à appliquer à la lettre la convention collective existante.

Selon les termes du contrat, la charge de travail annuelle des professeurs comprend «l'enseignement de quatre (4) activités de trois (3) crédits chacune». Or, la direction de l'UQAM estime que la réalité serait plutôt de 2,8 cours par professeur. Mais l'analyse pointue de PriceWaterHouseCoopers démontre plutôt que les professeurs ne donnent pas plus de deux cours par année.

Le «modèle uqamien» de gestion explique en grande partie cette situation. Les professeurs bénéficient de larges pouvoirs dans les structures administratives de l'établissement, ce qui comporte des responsabilités bureaucratiques. Ainsi, les professeurs sont libérés de leurs obligations d'enseignement (dégrèvement) pour assumer leurs différents rôles administratifs. Mais la gestion collégiale a un coût, ont souligné les experts comptables.

Ces derniers ont également mis en exergue le fait qu'un minimum de 41 étudiants doivent suivre un cours pour que ce dernier ne soit pas déficitaire. Or, la moyenne réelle d'étudiants serait plutôt de 38. Chaque point de différence équivaudrait à l'ouverture de 180 charges de cours. Selon cette logique comptable, il y aurait donc 540 charges de cours supplémentaires que devraient assumer les professeurs.

Le contrat de travail de ces derniers est échu depuis le printemps dernier. Le Syndicat des professeurs (SPUQ) a déposé ses demandes pour le renouvellement de la convention, dont l'augmentation du nombre de professeurs et une hausse salariale de 11,6 % sur trois ans (5,6 % au 1er juin 2007 et 3 % pour les deux années suivantes).

Des négociations devraient être entamées sous peu dans le contexte difficile des déboires de l'UQAM. L'arrivée de Claude Corbo pourrait également apporter un certain éclairage. Déjà, lorsqu'il avait posé sa candidature, M. Corbo avait présenté un plan d'action comprenant la révision des activités, tant académiques qu'administratives, des manières de faire, des structures d'organisation, des conditions et modes d'organisation du travail.

De plus, M. Corbo avait clairement exprimé sa volonté de demander aux syndicats et associations «de négocier de bonne foi et avec imagination la contribution des membres du personnel qu'ils représentent à la reconquête de la santé financière de l'UQAM».

En avril dernier, Le Devoir révélait l'ampleur du problème dans lequel s'enlisait l'UQAM: l'îlot Voyageur venait s'ajouter au Complexe des sciences. Alertée, la ministre Courchesne a immédiatement demandé au vérificateur général d'enquêter sur le dossier.

Un premier rapport a été déposé en novembre dernier concernant les impacts des pertes sur la situation financière de l'université. Dans l'état actuel de ses finances, l'UQAM est incapable d'assumer ses obligations par rapport aux deux projets immobiliers. Le Complexe des sciences et l'îlot Voyageur ont conduit l'UQAM «sur le bord de la faillite, au sens de mettre en péril sa mission d'enseignement et de recherche», a alors indiqué le vérificateur général. Le risque n'est toujours pas écarté.

Le vérificateur général doit déposer un second rapport le printemps prochain afin d'établir les principaux facteurs qui ont conduit l'UQAM dans un tel gouffre. Mais déjà, certains éléments de réponse ont été fournis par la firme KPMG concernant le Complexe des sciences. Ce projet a été entaché par une double comptabilité. Les membres du conseil d'administration recevaient des chiffres tronqués, l'état véritable des choses n'étant connu que de quelques dirigeants seulement. La même situation s'est produite pour l'îlot Voyageur.

Le projet de l'îlot Voyageur a été ficelé en partenariat avec le promoteur privé Busac. Le gouvernement essaie de se défaire des liens contractuels ou du moins d'en revoir les termes alors qu'il a annoncé qu'il prenait à sa charge l'îlot Voyageur et ses répercussions financières. Il n'est toutefois pas question d'en faire autant pour le Complexe des sciences.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    vendredi 4 janvier 2008 07h05
    Syndiqués à talons hauts
    « Tout ça a l'air bien compliqué par la convention collective des profs bien payés "dans la société" qui semblent peu s'inquiéter, selon cet article, de leurs obligations envers l'Université. »

  • Jean-G. Lengelle
    Inscrit
    vendredi 4 janvier 2008 08h17
    Tour d'ivoire, ou le tour de ne pas y voir?
    « S'il n'y avait que l'UQAM ce serait moindre mal! C'est plus l'ensemble du réseau UQ qui devrait être passé au peigne fin pour en extirper toutes les aberrations.
    Mais, comme le disait le professeur Arthurs dans son rapport sur les événements tragiques de Concordia " Même si tout le monde semble au courant, il ne se faisait rien ou pas grand chose". Le problème des tâches d'enseignement est cependant très réel.
    En partant du bon principe pseudo-démocratique selon lequel tout ce qui n'est pas interdit est permis, avec son corollaire syndical: tout ce qui est interdit appartient au peuple et sera libéré par le peuple, il est clair que la mission première d'enseignement et de recherche de toute université digne de ce nom cède rapidement le pas à la négociation de la tâche.
    Par exemple à l'Université du Québec à Hull ( une des constituantes du réseau UQ devenue UQO par la suite) la symbiose administration/syndicat faisait en sorte que non seulement la tâche de 4 cours/année était le maximum que l'on pouvait demander des professeurs, mais que tout professeur pouvait donner autant de cours en appoint qu'il le souhaitait. Sur une période de deux années (1991-1993), le président du syndicat des professeurs qui bénéficiait de dégrèvement d'enseignement pour ses nombreuses tâches "administratives" a pu ainsi donner 23 cours en appoint, soit l'équivalent de la tâche d'enseignement de 6 professeurs à temps complet, pendant que l' un de ses collègues en éducation, le champion toutes catégories, en donnait 29 soit l'équivalent de la tâche d'enseignement de presque 9 professeurs. Pour éviter de payer trop d'impôt, 19 professeurs donnaient 139 cours en appoint en tant que "compagnie" autrement dit en tant que personne morale (?!?) avec la bénédiction de l'institution.
    Sans compter les autres cours donnés par des professeurs de l'UQAH dans d'autres constituantes, soit localement comme à l'ENAP de Hull, ou à l'UQTR etc.
    Bien entendu, la fonction recherche de toutes ces personnes était inexistante, et là encore avec la bénédiction de l'administration. Autrement dit, le grenouillage patronal/syndical a fait en sorte que les fonctions universitaires complètes de nombreux professeurs n'ont pas été remplies mais avec la pleine connaissance de l'administration.
    Les choses se sont un peu améliorées depuis, mais lorsque l'on lit que le recteur Corbo demande aux syndicats de l'UQAM de "négocier avec imagination" on ne peut que frémir.
    François Legault avait pourtant eu une bonne idée avec les contrats de performance (échoués par l'UQO....) mais la partisanerie politique y a mis un frein. Ce ne serait pourtant pas déshonorant pour l'actuelle ministre de reprendre le flambeau.
    Même si on peut comprendre que des professeurs de l'UQAM croient à leur institution, on peut aussi penser que leurs véhémentes interventions dans le Devoir ne visent qu'à protéger la sinécure mise en lumière par le rapport de KPMG.
    Parmi les solutions à envisager, à la grandeur de la Province, pourquoi ne pas donner la possibilité aux domaines qui ne font que transmettre de la connaissance (comptabilité, formation des maîtres, travail social, danse, etc ) de s'ériger en écoles (couplées avec les CEGEPS) avec des tâches adaptées à leurs étudiants, c'est à dire plus de cours et pas de composante recherche?
    En outre pourquoi hésiter à fermer des programmes coûteux et improductifs comme à l'UQO où un bacc en génie informatique n'attire que quelques étudiants par année?
    Peut-être enfin qu'une solution pour remettre de l'ordre consisterait à remettre sur pied un Ministère des Universités apolitique s'appuyant sur un Conseil des Universités ( évidemment indépendant du club de recteurs de la CREPUQ...) un peu comme celui que Madame Robillard avait fait disparaître pour des raisons plus ou moins futiles.
    Bernard Landry le soulignait à propos de la Santé: "Le problème n'est pas l'argent, le problème c'est la gestion des institutions".
    Continuer à demander davantage de fonds pour les universités est une aberration. »

  • Michel Lebel
    Inscrit
    vendredi 4 janvier 2008 08h32
    La dure réalité!
    « L'UQAM est dans un sacré bourbier. Pour la gestion de ces deux grands projets immobiliers, cela me semble plutôt scandaleux, avec cette double comptabilité et la cachotterie apparente de certains administrateurs. Pour la question de la charge d'enseignement des professeurs, il semble y avoir un laxisme certain. Je pense bien qu'il y a là une culture fort bien implantée, qui doit changer. Tout cet état des choses donne un fort mauvaise image de l'UQAM, mais elle est peut-être aussi le résultat d'une institution qui vivait trop en serre chaude. Comme certaines autres institutions publiques québécoises crées dans la foulée des années soixante, soixante-dix, qui n'ont pas procécédé à une sérieuse évaluation critique ou mise à jour. Mais la réalité, tôt ou tard, finit toujours par rejoindre toute personne ou toute institution. »

  • Sonja Wresch
    Inscrite
    vendredi 4 janvier 2008 10h23
    Encore une analyse tronquée
    « Une grande partie des profs de l'UQAM enseignent en fait PLUS que leur charge de travail. Le déséquilibre dont parle l'étude ne vient pas d'une tâche trop faible, mais des responsabilités administrative assumées par les prof, qui entraînent des dégrèvements. L'Article le mentionne en passant, mais c'est essentiel. Il y a là deux questions distinctes : la structure administrative, et la tâche d'enseignement des profs (qui augmente d'année en année). Si la seconde semble, en chiffres, faible, c'est que les profs doivent aussi s'occuper de la première. Que cette forme de gestion soit à revoir, c'est une chose, qu'on puisse conclure d'un chiffre (2 unité au lieu de 4) que les profs travaillent peu en est une autre : c'est un mensonge pur et simple. Il faudrait voir la situation d'ensemble, et la comparer avec ce qui se passe dans les autres universités pour comprendre la situation.

    Encore une fois, on tire sans nuance sur la ligne de front, sans chercher à comprendre les choses, mais dans l'unique but de trouver un coupable le plus vite possible. Quoi de mieux que le prof, ce travailleur jugé indolent (mais travaillerait-il plus que certains journaliste?) et trop bien payé - moins bien que n'importe quel ingénieur, mais comme il ne construit rien de concert, on juge son travail inutile...
    Si on cherchait à comprendre vraiment les choses au lieu de se satisfaire de pointer de faux coupables, on avancerait peut-être plus vite. Le journaliste y a sa part de responsabilité : il peut bien s'attribuer des lauriers sous prétexte que Le Devoir a dévoilé le désastre financier de l'UQAM, mais c'est oublier que les étudiants eux-mêmes ont plusieurs mois plus tôt sonné l'alarme sur le danger de ces projets immobiliers. Qui les a écouté ? Personne. Si les journalistes avaient, à ce moment-là, fait leur travail d'enquête, ils se seraient montré utiles. C'est toujours facile, après coup, de pointer les erreurs des autres tout en s'attribuant tous les mérites... Qui un jour a raconté à ce sujet une jolie histoire de poutre et de paille ? »

  • william morris
    Abonné
    vendredi 4 janvier 2008 11h22
    L'incompétence érigée en système...
    « Bonjour,

    Ce que l'on connaît du gouffre financier de l'UQAM ne devrait pas nous surprendre. Quand les contrats du genre de celui pour le prolongement du Métro, pour l'échangeur l'Acadie et autres contrats se feront correctement et sans dépassements de coûts, l'on pourra espérer que les entreprises de l'UQÀM s'accompliront à temps et dans le budget. Au Québec, c'est la pagaille financière généralisée et les gouvernements doivent toujours éponger les dépassements de coûts. C'est comme si c'était natural et normal.

    À contrario, et par exemple, les travaux pour la préparation des Jeux olympiques de Vancouver, organisés et surveillés par l'homme d'affaires richissime Pattison, un géant de la publicité dans les métros etc., se sont terminés à temps et conformément au budget prévu.

    Même chose pour la préparation des travaux pour les jeux olympiques de Vancouver, organisés et surveillés par l'homme d'affaires Ueberroth. Dans les deux cas, les présidents, pour leur travail de première classe, furent payés la somme princière de UN DOLLAR.

    C'est question de discipline, de savoir-faire et de philosophie pratique. Au Québec, on dirait que trop souvent les grands travaux sont dirigés par des aveugles qui guident les handicapés physiques. C'est le Québec...

    Et voilà pourquoi votre fille est muette, dirait Molière...

    Humblement soumis.

    William Morris
    www.lemont.canalblog.com »

  • Louis Lapointe
    Abonné
    vendredi 4 janvier 2008 11h30
    Petit lexique de la tâche d'enseignement des professeurs d'université.
    « Bonjour Mme Lévesque,

    Voici un petit lexique du jargon universitaire utilisé pour décrire certains éléments de la tâche d'enseignement des professeurs d'université.

    Tâche de professeur : La tâche est composée de quatre volets. Enseignement, recherche, service à la collectivité et administration pédagogique.

    Tâche d'enseignement : 4 charges de cours de trois heures par semaine, pendant 15 semaines, pour un total de 4 fois 45 heures par année, réparties sur les 2 ou 3 sessions d'automne, d'hiver et d'été.

    Dégrèvement : Échange d'une tâche administrative ou syndicale contre une ou plusieurs charges de cours en sus des éléments déjà prévus à la tâche du professeur.

    Cours donnés en dégrèvement : Charges de cours données par le professeur durant la session, malgré l'échange avec une tâche administrative ou syndicale.

    Cours en dégrèvement accumulés : banque de charges de cours données et accumulées en échange d'une tâche administrative ou syndicale qui peuvent être utilisées, en tout ou en partie, lors d'une session subséquente pour éviter de donner une ou plusieurs charges de cours de la tâche normale d'enseignement.

    Cours en appoint : Charges de cours données par le professeur en sus de sa tâche normale d'enseignement contre une rémunération équivalente au salaire versé à un chargé de cours, soit environ 8,000$.

    Un professeur peut parfois donner des charges de cours en appoint en sus d'une charge prise, en tout ou en partie, sous forme de dégrèvements administratifs, syndicaux ou accumulés.

    La rémunération des charges en appoint peut être versée en salaire, donc imposable, ou dans le fonds de recherche du professeur, à l'abri de l'impôt. Les sommes ainsi versées servent à acheter des biens ou des services utilisés par le professeur au profit de l'université. En général, ce sont ces sommes accumulées à l'abri de l'impôt qui permettent au professeur d'aller dans différents congrès au Québec, au Canada ou dans tout autre pays de son choix. Ces activités se déroulent en général au mois de mai, juste avant les vacances annuelles...

    Louis Lapointe
    Brossard »

  • Marc M. Davignon
    Abonné
    vendredi 4 janvier 2008 13h13
    Attention
    « Réactions de mauvais augure. .

    Toujours criant de vérité ces exemples prirent au hasard. Le privé est toujours plus fort que le public (!?!). Pauvre de nous. La crasse ne se trouve pas seulement dans le public.

    Alors, cette guerre de chiffres pour savoir, qui est le plus profiteur entre les professeurs, la direction ou le syndicat (combien cette étude a-t-elle coûté ?). Ou connaître le plus rentable d'entre les cours ? C'est de la désinformation, je veux avoir droit à l'éducation accessible à tous.

    Pour tous ceux qui ont bien profité du système, maintenant que vous en avez plus de besoins. J'ai une petite surprise pour vous. La carte-soleil ! Et bien, attention, maintenant que vous avez profité d'une éducation pas chère, vous allez peut-être troquer votre carte-soleil pour une carte de crédit. Quoi ! Il y a sûrement un homme d'affaires, rigoureux, qui vous dira que cela ne vaut pas la peine de vous faire un pontage... parce que ça coûte trop cher et que vous aurez 70 ans. Ben, à cet âge-là vous n'êtes plus rentable. Comment aimez-vous ça une logique comptable ?

    Et bien c'est ça le vrai débat. Veut-on tout privatisé ? »

  • Dominique Garand
    Abonné
    vendredi 4 janvier 2008 14h14
    Que de préjugés on entretient!
    « Lire l'article de Kathleen Lévesque et quelques réactions de lecteurs me donne envie de sacrer! Rassurez-vous, je n'en ferai rien et me contenterai d'expliquer un certain nombre de choses invisibles au regard extérieur. Je prendrai mon cas personnel en exemple, mais sachez qu'il peut s'appliquer grosso modo à chacun de mes collègues, du moins au département d'études littéraires où je travaille.
    Savez-vous ce que j'ai fait principalement pendant ces vacances du temps des Fêtes? J'ai siroté une margarita sur une place du Sud? Non pas : j'ai corrigé des copies (et ce n'est pas fini...). Des examens, des travaux de fin de session (faisant de 12 à 30 pages). J'ai aussi lu et relu, crayon en main, des chapitres de mémoires que des étudiants dirigés par moi sont en train de terminer et qu'ils désirent déposer prochainement. J'ai commencé à préparer le cours que je donnerai à la session d'hiver, mais j'avoue que le temps m'a manqué et que je devrai, comme à l'habitude, pédaler la semaine prochaine pour fournir à mes étudiants un plan détaillé. Il faut dire que je dois donner une conférence d'une heure le 24 janvier sur un sujet assez difficile, et cela me préoccupe un peu : beaucoup de lectures à faire pour mettre cela au point. On m'a demandé en outre d'évaluer un article pour une revue et une demande de subvention déposée par un professeur d'une autre université.
    Poursuivons. J'ai donné deux cours durant l'automne à des groupes totalisant 86 étudiants. J'ai aussi évalué trois mémoires de maîtrise et une thèse. Évaluer veut dire non seulement lire attentivement ces travaux, mais ensuite produire un rapport relevant leurs qualités et défauts. J'estime, pendant cette seule session, avoir lu au-delà de 2500 pages de travaux en tous genres, tout en préparant mes cours et, bien sûr, en les donnant. Parallèlement, j'ai écrit des articles pour des revues ou des livres collectifs. J'ai mis de côté l'écriture d'essais de longue haleine car cela m'est à peu près impossible si j'ai deux cours à donner. Seuls les dégrèvements nous donnent l'opportunité de nous enfoncer dans un projet d'écriture d'envergure. Or, vous savez fort bien ou devriez savoir que cet aspect de notre tâche est aussi évalué.
    Je vous rappelerai seulement que notre tâche se divise en trois composantes. 1. L'enseignement, qui se décline en diverses activités : cours à donner, supervision de thèses, évaluation de thèses, préparation de matériel didactique, etc. 2. La recherche : production de livres et d'articles, supervision de groupes de recherche (nous formons ainsi de futurs chercheurs et procurons des emplois à nos étudiants), conférences, colloques, etc. 3. Les services à la collectivité : comités parfois légers, mais comportant souvent aussi des tâches très lourdes comme des directions de programme. Très sérieusement, pensez-vous qu'un professeur affecté à la direction d'un département comme le nôtre peut se permettre de donner 4 cours par année, en plus d'écrire des livres? Je réponds pour vous : c'est IMPOSSIBLE (sinon, burn out assuré au bout de deux ans).
    Le travail de professeur présente de nets avantages que je ne saurais dénier. Par exemple, le fait de pouvoir gérer notre temps de façon très flexible (sauf dans le cas où on occupe un poste de direction). Mais cet avantage a aussi un revers : comme nous sommes toujours sollicités à droite et à gauche, nous n'avons jamais l'impression d'être vraiment en vacances. Cela fait bien huit ans que ma femme me demande d'être totalement disponible pour la famille pendant mon mois de vacances estivales et je n'ai jamais réussi à le faire (toujours un mémoire à évaluer ou un étudiant à diriger parce qu'il prévoit déposer au mois d'août, sans parler des cours de septembre à préparer, ou encore de la demande de subvention à fignoler, etc. etc.).
    Bref, loin de moi l'idée de me plaindre de ma situation, mais j'estime que je suis en droit de me plaindre de la mauvais presse qu'on nous fait à partir de données fragmentaires, de la mauvaise foi de journalistes qui montent en épingle un aspect isolé de la réalité, ce qui a pour effet de discréditer injustement l'ensemble des professeurs.
    Dominique Garand, prof. en études littéraires, UQAM »

  • Pierre Germain
    Inscrit
    vendredi 4 janvier 2008 14h24
    Un des problèmes: les recteurs et vice-recteurs sont juge et partie
    « Un des très nombreux problèmes de gestion des universités québécoises est qu'elles sont gérées par des professeurs nommés vice-recteurs ou recteurs qui, une fois leur mandat (deux au maximum) complété, vont redevenir professeurs et retourner à l'enseignement et la recherche. Les vice-recteurs et recteurs ont donc avantage à octroyer aux professeurs les meilleures (lire "farfelues et exagérées") car s'ils ne se trouvent pas un bon job peinard du type sous-ministre adjoint après leur mandat, ils redeviennet professeurs. En somme, les vice-recteurs et recteurs négocient les conditions des professeurs pour... eux-mêmes.

    C'est une aberration. C'est comme si les membres de la haute direction d'une compagnie négociait avec un syndicat, sachant que fort probablement ils y retourneraient dans 4 ou 8 ans. »

  • Louis Lapointe
    Abonné
    vendredi 4 janvier 2008 16h08
    Au-delà des préjugés et des apparences
    « Bonjour Mme Lévesque,

    " L'étendue et l'énormité du mensonge inhérent au mot travail sont évidentes. Pourtant, on n'entend guère de critiques ou de mises au point émanant des institutions savantes. Dans toutes les universités réputées, les professeurs limitent leur nombre d'heures d'enseignement, sollicitent et obtiennent du temps pour la recherche, l'écriture ou une réflexion enrichissante pendant leurs années sabbatiques. Éviter de travailler - car c'est bien de cela qu'il s'agit pour certains - n'inspire ici aucun sentiment de culpabilité." J.K.GALBRAITH p. 37, Les Mensonges de l'économie, Grasset, 2004.

    On entend souvent protester des professeurs contre le haut taux d'encadrement de l'administration universitaire. Selon eux, cet argent devrait plutôt servir à embaucher de nouveaux professeurs parce que l'argent provient du même financement. Alors que les universités Laval et de Montréal sont parmi celles qui ont le plus de cadres, d'autres, comme l'UQAM, limitent le nombre de leurs cadres, mais utilisent davantage les professeurs syndiqués pour accomplir des tâches administratives, comme celles de directeurs de département, de module, de programme et de vice-doyen. Elles libèrent leurs professeurs, qui ont des doctorats, de leurs activités d'enseignement et de recherche, pour faire de l'administration pédagogique et de la représentation syndicale. Avec pour principale conséquence, que des professeurs qui ont des compétences exceptionnelles pour l'enseignement et la recherche font surtout de l'administration. S'agit-il là d'un gain ou d'une perte de valeur pour accomplir des tâches qui nécessitent moins de qualifications? On dit d'ailleurs que les professeurs, sauf exception, sont rarement de bons gestionnaires, s'enfargeant trop souvent dans les détails.

    Bien que la tâche normale d'un professeur soit constituée de 4 cours par année, par le jeu de ces dégrèvements d'enseignement, elle tombe à 2.75. Le calendrier universitaire ayant trois sessions, les professeurs d'université enseignent donc en moyenne moins de 1 cours par session, donc moins de trois heures par semaine. En comparaison, leurs collègues des Cégeps en donnent dix par année.

    Mais qu'est-ce qu'une tâche de professeur? C'est l'ensemble des activités que doit accomplir un professeur pour mériter pleinement son salaire. Cette tâche comporte des espaces pour l'enseignement, la recherche, l'administration et le rayonnement universitaire. Ces espaces ne sont pas nécessairement tous utilisés dans la même proportion et parfois certains ne le sont pas du tout. Ainsi, un professeur pourrait utiliser ses dégrèvements de tâche pour faire moins d'enseignement et plus de recherche. Certains font moins d'enseignement, de recherche et plus d'administration ou d'activités syndicales. Il existe même des professeurs qui n'enseignent pas, ne cherchent pas, font de l'administration pédagogique et de la représentation syndicale (sans être en conflit d'intérêts!).

    Mais ce n'est pas tout, un professeur peut également posséder d'autres emplois à l'extérieur de l'université. Dans certains cas, des règles limitant le maximum du revenu ou de temps consacré existent, mais il est difficile de sanctionner ces règles puisque les professeurs ne rendent pas compte de leur emploi du temps à l'administration universitaire au nom de la liberté académique universitaire. De toute façon, les représentants de l'administration sont des professeurs. On comprend facilement pourquoi ils n'exigent pas des autres professeurs ce qu'ils ne voudront pas qu'on exige d'eux lorsqu'ils retourneront à la tâche de simple professeur. D'autres professeurs, plus pragmatiques, déclarent que ces activités lucratives entrent à l'intérieur de la tâche de rayonnement universitaire et sont des occasions pour le professeur de maintenir ses habiletés professionnelles à jour tout en faisant mieux rayonner l'Université à l'extérieur du cénacle. Ceux qui n'ont pas de bureau à l'extérieur, utilisent parfois les locaux et le matériel de l'établissement pour rendre des services sur une base privée. D'où les fréquentes critiques des confrères du privé qui parlent alors de concurrence déloyale. En général, les plus habiles évitent ces critiques en ayant une place de travail dans une firme ou un cabinet du Centre-Ville. Ils sont, par le fait même, moins disponibles pour encadrer leurs étudiants.

    Il serait toutefois injuste de mettre tous les professeurs dans le même panier et de prétendre que ce sont tous des profiteurs qui gagnent 100,000 $ par année en fournissant le minimum d'efforts. Les meilleurs sont souvent ceux qui réussissent à enseigner à tous les cycles, encadrent des étudiants gradués, ramassent les subventions de recherche les plus prestigieuses et les mieux pourvues, innovent, donnent des conférences partout dans le monde. Ils ne sont toutefois pas légion et sont hors du commun. Comme ce sont souvent eux qu'on voit à la télévision, qu'on entend à la radio, dont on lit les propos dans le journal, parce qu'ils sont généreux de leur temps, on pense que tous les professeurs d'université sont de cette trempe. Ce n'est pas le cas. Par contre, il pourrait y avoir plus de ces professeurs exceptionnels, qui se gardent bien de critiquer leurs confrères de peur d'être la victime des chapelles universitaires, si l'université était plus juste à leur égard.

    Vous comprendrez donc qu'il faut revoir la gestion de la tâche et la rémunération des professeurs d'université, à cause des iniquités qu'elles suscitent entre jeunes et vieux professeurs, ceux qui cherchent et ceux qui ne cherchent pas, ceux qui se consacrent aux missions d'enseignement et de recherche et ceux qui s'occupent surtout de leur second emploi mieux rémunéré que leur autorise leur convention collective et que l'on considère souvent, à tort, comme du rayonnement universitaire.

    Les universités devraient s'inspirer davantage du modèle collégial pour l'enseignement au premier cycle. Ainsi, certains professeurs de premier cycle enseigneraient un peu plus, gagneraient un salaire raisonnable pour la prestation qu'ils fournissent et ne seraient plus payés pour de la recherche qu'ils n'effectuent pas. Enfin, on devrait interdire le double emploi à ceux qui ne font pas de recherche. S'ils n'ont pas le temps de chercher, ils ne devraient pas se chercher de clients sur leur temps d'emploi, sous prétexte du rayonnement universitaire. De plus, les meilleurs salaires devraient être versés aux meilleurs chercheurs et professeurs qui consacrent tout leur temps à la poursuite de la vraie mission universitaire, peu importe leur âge ou l'avancement de leur carrière. Beaucoup de jeunes professeurs se plaignent que plusieurs titulaires enseignent les mêmes cours depuis des décennies, ne cherchent plus, passent plus de temps dans leur emploi extérieur et ne sont pas dans leurs officines pour effectuer un encadrement adéquat de leurs étudiants, pendant qu'eux, s'échinent à construire de nouveaux cours, font progresser la recherche de pointe et encadrent la relève dans les domaines qu'ils sont les seuls à maîtriser, et cela, pour la moitié du salaire de leurs aînés. Un professeur ne devrait pas continuer à gravir les 36 échelons des échelles de salaire universitaires s'il ne consacre pas le temps requis à sa tâche universitaire, en particulier à la recherche.

    Après avoir lu ces quelques explications sur la tâche des professeurs d'université, peut-être croyez-vous qu'il y a trop de professeurs/administrateurs en conflit d'intérêts pour veiller à la bonne gestion des fonds publics dans les universités. Peut-être croyez-vous que le salaire des professeurs ne devrait pas nécessairement suivre une échelle ascendante jusqu'au trente-sixième échelon si ce professeur a cessé depuis longtemps de préparer de nouveaux cours, n'encadre plus ses étudiants, est plus souvent dans son bureau du Centre -Ville ou à sa firme de consultant. Vous souhaitez probablement en connaître davantage concernant le nombre de professeurs en double emploi. Peut-être croyez-vous maintenant qu'on devrait donner de plus gros salaires aux meilleurs professeurs qui se sont toujours consacrés corps et âmes à leurs travaux, évitant la petite politique de corridors, et aux plus jeunes qui choisissent de plus en plus des carrières dans le privé parce qu'on leur offre trop peu dans les universités par rapport à ce qu'on leur demande, cela n'ayant tout simplement aucun bon sens. Peut-être croyez-vous maintenant qu'on pourrait financer ces meilleurs salaires en revoyant les modes d'attribution et d'évaluation des tâches des professeurs d'université.

    Le temps est peut-être venu de demander aux universités de rendre compte de leur gestion au-delà des principes de liberté académique et d'indépendance institutionnelle.

    Louis Lapointe
    Brossard »

  • Remi Couture
    Inscrit
    vendredi 4 janvier 2008 17h22
    Un commentaire sur un commentaire
    « J'ai trouvé déplorable les conclusions de monsieur Morris sur l'incapacité des Québécois à gérer des grands travaux. Son commentaire est un exemple navrant d'analyse facile ou des faits non reliés sont amalgamés pour en tirer la conclusion que l'on veut (l'incompétence règne au Québec).

    Premièrement, c'est une chose que l'UQAM soit mal géré. Son personnel devra changer sa façon de travailler (travailler plus efficacement), même si ça ne plait pas à tous. Félicitons-nous que la lumière soit faite sur le scandale et que les abus soient dénoncés sur la place publique.

    Deuxièmement, pour chaque argument que M. Morris avance pour dire, en somme, que les Québécois sont des incapables, on peut avancer un contre exemple. Richesse ne rime pas avec intégrité, regardez le PDG d'Enron et Lord Black. On ne peut pas affirmer que les Québécois sont plus incompétents que d'autres à gérer les fonds publics. Comparez seulement la gestion de la crise du verglas d'il y a dix ans et l'ouragan Katerina en Louisiane!

    Troisièmement, M. Morris énumère une liste de projets où les coûts ont été dépassés (Métro, échangeur de l'Acadie et rajoutons pour la bonne mesure, l'aéroport de Mirabel et le stade Olympique). A lire cette liste, on pourrait croire qu'on ne fait rien de bon. Mais avant de conclure que la pagaille règne dans les finances publiques, il faudrait voir si dans les autres pays, la situation est meilleure ou pire (et si j'en juge par ce que j'observe en Europe, on est plus dans le meilleur que le pire). Il faut aussi regarder nos bons coûts. On a investi dans l'Hydro-électricité, pas le nucléaire. On a investi beaucoup en éducation et on a un des meilleurs systèmes d'éducation au monde. On peut finir des projets avant terme, comme la dernière centrale d'Hydro sur la Péribonka (3 mois d'avance).

    Qu'il y ait des problèmes à l'UQAM, c'est une chose, mais de la à dire que les Québécois érigent l'incompétence en système, c'est du misérabilisme, teinté de misanthropie.

    Je suis un Québécois qui demeure depuis dix ans à l'étranger. Donc, le point de vue du minoritaire et de l'émigrant, je connais. Je n'aime pas quand on caricature des peuples, n'importe lesquels, et cette absence du Québec m'a fait réaliser que nous sommes une des sociétés les plus tolérantes et les plus intègres. Mais, à lire le blog de M. Morris et ses commentaires faciles sur les juifs hassidiques (27 décembre) et la médiocrité qui l'entoure, je souhaite que M. Morris descende de sa montagne et parcoure le monde (pas juste les Etats-Unis svp). Quand on se compare, on se console. »

  • Daniel Francoeur
    Inscrit
    vendredi 4 janvier 2008 17h34
    De l'information tronquée stratégiquement...
    « On voit bien se dessiner le rapport de forces entre: le privé qui veut prendre le contrôle du monde universitaire via la nouvelle gouvernance universitaire; Les professeurs qui apparaîssent, aux yeux du privé, comme des profiteurs; et la direction qui veut obtenir des concessions des professeurs. À quand une étude objective, par le milieu universitaire, sur le rôle contaminant du privé sur la vie universitaire ? »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
12 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009