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Les devoirs de l'école

Marie-Andrée Chouinard   28 novembre 2007  Éducation
Quel est le lien entre le stress causé par les devoirs, la popularité du tutorat et l'intimidation? Si on décode une enquête menée par le Conseil canadien sur l'apprentissage (CCA), ceci: une réserve manifeste des parents à l'égard de l'école qui démontre, une fois de plus, l'importance qu'il y a à réduire l'écart entre les terrains scolaire et familial.

Il y a de ces dossiers qui semblent toujours noyés dans la controverse. Tel est le lot des bulletins, par exemple, qu'on voudrait simples et compréhensibles mais qui, pour l'heure, se perdent dans un brouillard de cotes, chiffres, pourcentages et moyennes.

Avant le bulletin, viennent les devoirs, petits communiqués quotidiens du parcours scolaire de l'enfant. Eux aussi sont placés au coeur d'une polémique opposant de féroces partisans — qui en rêvent au menu de tous les jours et en doses imposantes — à d'enragés détracteurs — lesquels n'y voient qu'une manière d'abrutir les enfants.

L'enquête dévoilée lundi par le CCA et Statistique Canada révèle qu'une bonne tranche de parents vogue entre ces deux extrêmes. Si la moitié des 5300 répondants jugent que la quantité de devoirs qu'exige l'école est suffisante, ils sont toutefois près de 60 % à confier que la corvée de la semaine leur procure d'intenses bouffées de stress. «Nous croyons aux vertus des devoirs mais nous peinons à les inclure à notre propre agenda!», semblent dire ces parents essoufflés par la gymnastique travail-famille.

Ce paradoxe illustre à merveille l'incompréhension qui subsiste entre deux réalités — école et famille — pourtant appelées à cohabiter de manière intime. Si les devoirs sont désormais synonymes d'angoisse, c'est non seulement parce que les parents n'ont pas encore trouvé la machine à arrêter le temps mais aussi parce qu'ils besognent pour décoder les attentes. Le jargon de la réforme a contaminé les bulletins au point qu'on a dû les refaire? Certains devoirs auraient aussi intérêt à être jumelés à un lexique!

L'enquête du CCA tire d'autres ficelles étonnantes: s'il est vrai que la majorité croit que l'école répond de façon générale aux attentes, il subsiste d'importantes strates de méfiants. Quelque 40 % des répondants disent que l'école prépare mal au travail, et plus du tiers jugent qu'elle n'arrive pas à transmettre le goût d'apprendre! Triste constat...

Et 80 % jugent que l'intimidation est l'une des plus grandes tares auxquelles sont confrontés les élèves. Fait inquiétant: près de la moitié des citoyens sondés confient que leur propre enfant a dû composer avec cette violence sournoise. Fait éloquent: la moitié estiment que l'école n'en fait pas assez pour enrayer ce problème.

Histoire d'incruster encore davantage cette impression que parents et école évoluent sur deux planètes différentes, le tiers des répondants affirment avoir eu recours à un tuteur pour aider leur enfant à mieux maîtriser l'art de la grammaire et les joies de l'arithmétique. Le recours au tutorat — un phénomène qui gagne en popularité au Canada — trouve ses adeptes surtout chez les élèves qui affichent des notes moyennes ou élevées. Sans grande surprise, 81 % des parents qui paient pour ce type d'encadrement personnalisé confessent un lien direct entre devoirs et... stress.

Ce choix, note l'enquête, témoigne chez les parents d'un penchant net — maladif? — pour la compétition, la performance, le souci d'offrir «le meilleur», voire constitue une manière d'assurer à leur chérubin une entrée royale au secondaire du côté du privé, toujours premier dans le classement des parents en raison notamment de l'encadrement des élèves.

Le tableau du CCA est peut-être impressionniste. Il indique quand même des tendances qui devraient convaincre l'école, en mal de plaire à ses petits et grands clients, de l'ampleur du travail qu'il faut encore abattre pour gagner la confiance pleine et entière des parents.

machouinard@ledevoir.com






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  • Zach Gebello
    Inscrit
    mercredi 28 novembre 2007 09h14
    Dressage à la médiocrité
    « Ce sont les professeurs, les éducateurs et tous les acteurs qui produisent le matériel, les logiciels, les modules pour devoirs, etc... qui sont en mode créativité et qui sont dans le processus d'apprentissage. Ils font tout pour l'élève et à la place de l'élève.

    L'élève passe son temps à remplir des cases laissées vides où une seule réponse est possible et correspond à l'oeuvre qui contient déjà son message et sa vue du monde.

    C'est un dressage à une pensée unique.

    Les modules pour "devoirs" que rapportent mes fils à la maison sont d'une impressionnante médiocrité. Ce ne sont rien d'autre que des instrument d'abrutissement.

    Nous avons pris l'innitiative, mes enfants et moi, de les corriger, de les améliorer, en vain car leurs concepteurs ont refusé toutes critiques ou modification. Notre insistance à vouloir faire participer l'élève dans l'élaboration de ces modules (leurs propres devoirs) nous a valu rien de moins que l'intimidation et les menaces de l'établissement.

    Comme quoi les enfants qui font de l'intimidation après les classes ne sont en fait qu'en train de faire leur devoirs, puisqu'elle semble bien faire partie du curriculum.

    C'est à se demander si les commissions scolaires sont vraiment nécessaires puisque notre expérience entre l'école de l'année dernière et cette nouvelle école, cette année, est si différente. La lumière et la noirceur. »

  • Michèle Bourgon
    Inscrite
    mercredi 28 novembre 2007 09h23
    Déresponsabilisation des parents ?
    « On vit dans une drôle de société. Pour moi, l'école, ça ne se termine pas à trois heures. Les notions apprises dans la journée ne peuvent pas se ranger dans un casier et si elles sont renforcées, fixées par un travail à l'extérieur de l'école, elles ne peuvent qu'enrichir l'élève et c'est sans compter la relation qui s'établit entre le parent qui veille à l'apprentissage, à la stimulation, à la motivation qu'il peut transmettre à son enfant. On ne fait pas ça pour que l'enfant soit le meilleur, on le fait pour son avenir; pour qu'il trouve sa place, parce qu'on l'aime. L'école ne peut pas tout faire. Les professeurs ne peuvent pas porter tous les maux de l'humanité. Les parents sont fatigués; à la fin de la journée, ils veulent se reposer. On veut tous se reposer. Et le matin ? Celui qui envoie son enfant déjeuner à l'école parce qu'il n'a pas besoin de se lever...Je ne parle pas ici des enfants pauvres qui ont besoin de déjeuner. On se dit qu'on fait un effort pour que les jeunes indigents ne se sentent pas pointés du doigt. Ouais, ouais. Ce sont d'abord et avant tout les parents qui sont responsables de l'éducation de leurs enfants.Pas les professeurs. Or si les parents ne veulent plus faire d'efforts...

    Toutefois, les devoirs doivent être simples, les consignes claires. Le parent doit créer une atmosphère d'apprentissage. Pour une petite demi-heure. »

  • André Provost
    Abonné
    mercredi 28 novembre 2007 09h52
    Pour un apprentissage agréable, solide et durable à l'école
    « En réponse au texte de Marie-Andrée Chouinard ce matin, il me faut dire que nous avons tous les outils au Québec pour éliminer les inquiétudes de l'enquête canadienne sur l'apprentissage. Malheureusement ces outils sont ignorés de nos hautes instances ministérielles et universitaires. Il suffit de lire la solide expérimentation de 20 ans, menée par Ernest Richer à l'Université du québec à Chicoutimi pour s'en convaincre. Les derniers travaux de cet exceptionnel linguiste et pédagogue novateur sont une réelle préparation de classe pour tout le primaire et tous les niveaux de notre système scolaire. Ces travaux ne se retrouvent qu'à l.UQAC. Ils ont pour titre LE FRANÇAIS PAR LA SYNTAXE et se présentent en 4 manuels du maître et 3 cahiers de l'élève. Je suis assuré qu'il vaudrait mieux d'enquêter auprès des travaux de ce remarquable oublié plutôt qu'auprès du CCA.
    Cordialement,
    André Provost mapl7@hotmail.com »

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