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Tout à perdre

Marie-Andrée Chouinard   17 novembre 2007  Éducation
Compte tenu des hésitations qui l'ont précédé, le mouvement de grève étudiant né cette semaine a de quoi surprendre. Si spontanée soit-elle, cette rébellion demeure stérile et ne pourra que pénaliser les étudiants eux-mêmes.

C'était sous-estimer la graine rebelle historiquement associée aux troupes de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) que de croire qu'elles allaient laisser sagement passer une si belle occasion de grogner contre la hausse des droits de scolarité, revendiquant même au passage la gratuité scolaire et un réinvestissement en éducation dénué de toute emprise du privé.

Échauffées par l'affligeante situation financière de leur propre université, cinq facultés de l'UQAM ont allumé la bougie dont avait besoin l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE) afin de répandre le mouvement de grève. Ne sous-estimons pas la force mobilisatrice de ce regroupement: lors du soulèvement historique de 2005, il avait joué le rôle clé de catalyseur des forces.

On l'a déjà souligné: le contexte d'alors avait un caractère révoltant, qu'on cherche sans le trouver dans les mouvements rageurs d'aujourd'hui. À l'époque, l'odieuse conversion de bourses de 103 millions de dollars en prêts pointait directement le portefeuille des étudiants les moins nantis, ce qui avait magnifiquement alimenté une grève générale, de surcroît soutenue par l'opinion publique.

On voudrait s'indigner aujourd'hui qu'on ne le pourrait pas. Les étudiants doivent bel et bien désormais verser 100 $ de plus pour gonfler une facture annuelle qui s'établissait à 1668 $ depuis 1994. La moyenne canadienne dépasse les 4000 $...

Le ministère de l'Éducation a récemment dévoilé une étude sur les droits de scolarité réalisée par la professeure Valérie Vierstraete, de l'Université de Sherbrooke. Elle y décortique la facture universitaire sous plusieurs angles, dont celui des sommes consacrées par le Québec aux dépenses universitaires. Fracassant les idées reçues, cette analyse montre que le Québec y vole la vedette avec un total équivalent à 75 % de son PIB par habitant, comparativement à 61 % pour le Canada, 40 % pour la France et une moyenne des pays de l'OCDE établie à 44 %.

Cette comparaison n'enlève rien, bien sûr, aux vastes besoins des universités. Réelles et criantes, ce sont ces carences qui devraient constituer le tremplin idéal pour des étudiants tonitruant au nom d'une éducation de qualité. Au printemps 1999, ils avaient usé leurs souliers et séché leurs cours pour une cause chère aux recteurs: un réinvestissement en enseignement supérieur. Loin d'écorcher les oreilles des administrateurs, les rengaines étudiantes donnaient du mordant à un message politique porté sans succès par les dirigeants universitaires. Huit ans plus tard, c'est encore et toujours le même refrain!

Après 13 ans de gel des droits, il est vain de se battre pour éviter une hausse inéluctable et souhaitable. Les étudiants, dont un deuxième groupe promet une grande manifestation la semaine prochaine, devraient se remémorer les lendemains difficiles associés à la dernière grève générale: pendant qu'ils minaient leur dossier scolaire — ô précieuse éducation pour laquelle ils se battent pourtant —, les universités et les collèges payaient cher, en argent sonnant et trébuchant, les reprises de cours.

La hausse des droits doit bien sûr faire l'objet d'un examen vigilant afin que son impact sur l'accessibilité des études soit étroitement surveillé. L'aide financière devrait aussi être rehaussée en accord parfait avec les nouvelles augmentations. Au-delà de cette vigie naturelle, la tempête estudiantine n'offrira aucun gain mais bien une suite de préjudices.
 
 
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  • Bertrand Lavoie - Abonné
    17 novembre 2007 00 h 21
    J'avoue ne pas comprendre
    Je ne comprend pas que Le Devoir ne soutienne pas les étudiants et les étudiantes dans leur combat pour définir l'éducation au Québec! L'éducation est un droit POINT. Et un droit, c'est gratuit! Pourquoi nous parle-t-on toujours de la comparaison avec le Canada en des termes aussi négatifs? Ne devrait-on pas être fiers, justement, que l'éducation soit moins chère ici? N'est-ce pas là un choix de société qui nous -fait briller parmi les meilleurs?- Dites-le sans détour: quelle vision de l'éducation défendez-vous? Pour ma part, je considère l'éducation comme un droit. Je milite ainsi pour sa gratuité. Vous présentez comme -inéluctable- (there is not alternative disait l'autre) la hausse des droits de scolarité: vous jouez le jeu du néolibéralisme. Vous faites honte à cette institution remarquable qu'est Le Devoir.
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  • Jaque Parisien - Abonné
    17 novembre 2007 05 h 42
    Le droit de réagir
    En cette époque où l'État se désengage systématiquement de ses responsabilités et refilent la facture aux citoyens, caressant bassement la classe moyenne par des réductions d'impôts et cédant au chantage des multinationales, je ne peux qu'applaudir les étudiants qui tentent de raviver la flamme des revendications pour une société plus juste. Mieux encore, c'est la gratuité scolaire que l'on devrait viser, quitte à y ajouter des exigences de réussite et de présence obligatoire. L'éducation, tout comme la santé, ne peuvent se mesurer à l'aune de l'économie.

    La mondialisation intensifie la compétition et, au même moment, on réduit l'éventail de celles et ceux qui pourraient éventuellement compléter des études et ainsi introduire des cerveaux remettant le Québec sur la scène internationale, tout en «créant de la richesse», formule si chère aux chantres de ce virage «raisonnable». Seule une élite bien-pensante et nantie aura bientôt accès aux études et cela m'effraie plus que tout.

    Sachez, étudiants et étudiantes, que certains d'entre nous, approchant de la retraite, appuient votre démarche et regrettent que d'autres, jouissant encore de leur petit confort douillet - mais pour combien de temps encore? - se laissent endormir par des promesses d'assainissement de finances publiques.
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  • Gilles Bousquet - Inscrit
    17 novembre 2007 09 h 02
    L'émotion avant la réflexion aux pompés
    Les étudiants pompés sont comme les syndiqués pompés...durs à dépomper.

    Fait que, il pourrait arriver qu'ils aiment mieux perdre une année scolaire à la place de contribuer un petit montant supplémentaire pour l'année scolaire.

    L'émotion vient aux pompés avant la réflexion.
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  • David Sanschagrin - Inscrit
    17 novembre 2007 09 h 09
    Résignation 101.
    Bon! Un autre article qui dit la même chose que des dizaines d'autres, un autre article qui se résigne à des hausses, décidément la fabrique de l'opininon publique bat son plein au Québec! À ceux qui prétendre que le Québécois est un pacifiste, je réponds qu'il est un résigné, un résigné qui aujourd'hui utilise les mathémathiques pour justifier sa résignation.
    David Sanschagrin.
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  • Richard Larouche - Inscrit
    17 novembre 2007 17 h 05
    Données très très contestables...
    D'abord, il est carrément impossible que Québec dépense 75% de son PIB pour les seules études universitaires, je suis assuré à 100% qu'il y a une erreur colossal dans l'interprétation des données, car il ne peut pas avoir plus d'argent consacré aux universités qu'à l'ensemble du ministère de l'éducation. Justement, la proportion du budget provincial attribué à ce ministère a diminué de 31 à 25% entre 1985 et 2005.

    Deuxièmement, vous oubliez d'ajouter les frais afférents dans votre calcul des frais que les étudiants doivent payer à chaque année, qui s'établissait déjà autour de 2200$ avant la regrettable décision des libéraux, ce qui s'éloigne grandement du 1668$.

    D'ailleurs, ces augmentations ne règleront pas 15% du problème de sous-financement dans les universités qui est criant. Préférant des mesures individualistes et voulant redorer son blason suite aux promesses brisées de son premier mandat, le gouvernement Charest a gaspillé en diminution d'impôts un montant qui aurait pu aider grandement le système d'éducation québécois.

    Je suis d'accord avec vous que les altercations entre étudiants et policiers sont regrettables, mais j'en ai ras le bol d'entendre ad nauseum que les étudiants sont des bébés gâtés. Je vous mets au défi de vivre avec 10 000$ par année (parfois même moins) sans accumuler les dettes.

    Par dessus tout, les études démontrent invariablement que les gens mieux éduqués coûtent moins cher à l'État en soins de santé, un aspect qui n'a hélas pas encore été amené dans le débât. De nos jours, l'avenir d'une société dépend de la qualité de sons système d'éducation.

    L'éducation nous permet de développer notre pensée critique pour ne pas accepter n'importe quoi en tant qu'individu et en tant que société. Nous ne voulons pas d'une société totalitariste où il faut faire semblant d'être heureux. Nous ne voulons pas non plus d'une société résignée à son sort qui n'ose plus rêver et qui confond réalisme et à-plat-ventrisme.

    N'était-ce pas se cher gouvernement qui avait adopté le slogan "Briller parmi les meilleurs"? À le voir aller, on dirait qu'il s'inspire des américains duquel on a rien à envier que des pays scandinaves... Ça ne prend pas la tête à Papineau pour comprendre que niveler par le bas n'équivaut pas à briller parmi les meilleurs.

    Les étudiants n'ont pas tout à perdre, c'est le Québec qui a tout à gagner en instaurant la gratuité scolaire!!!
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  • Gilles Bousquet - Inscrit
    17 novembre 2007 18 h 09
    @ Sanschagrin
    M. Sanschagrin écrit: «À ceux qui prétendre que le Québécois est un pacifiste, je réponds qu'il est un résigné, un résigné»

    Je lui répond : Mais non, le Québécois est heureux à 90 % selon un récent sondage. C'est peut-être à cause qu'il se satisfait de ce qu'il possède et de ce qu'il est. Il est phylosophe, pas résigné.

    Le Québécois serait résigné s'il se sentirait malheureux...genre.
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