Libre-Opinion - Le bulletin chiffré : hypocrisie ou incompétence ?
Manon Lavoie - Enseignante au primaire, Commission scolaire de Saint-Hyacinthe
14 novembre 2007
Éducation
En quoi étiez-vous déguisé à l'Halloween? Étant enseignante au primaire, j'adore célébrer cette fête, sans doute une des activités les plus excitantes de l'année scolaire. Cette année, Mélissa la princesse, Tommy le pirate et le monstre Félix rayonnaient dans leurs beaux habits, mais c'est de mon ami Bulletin que j'aimerais vous parler. Il s'est préparé un costume douteux pour faire plaisir à ses parents, ou plutôt, à mon avis, pour se moquer d'eux.
Comment a-t-il pu croire qu'ils ne découvriraient pas sa supercherie? Je me suis objectée à ce qu'il porte ce déguisement. Je trouve qu'il aurait dû travailler un peu sur lui-même au lieu de se costumer ainsi. Mais comme on lui avait demandé de se couvrir de chiffres, il s'est entêté à en recouvrir son costume. Il m'a assuré que cela ne changeait rien à mon travail d'enseignante. Je peux continuer de l'évaluer avec des lettres, car l'équipe de la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, m'offre gracieusement une table de conversion pour les transformer en notes.
Selon lui, ses parents n'y verront que du feu. A = 92, B+ = 84, B = 76, C+ = 68, C = 60. Et attention, j'aurai le choix entre quatre notes pour un enfant qui ne répond pas aux attentes prévues du cycle: D+ = 52, D = 44, E+ = 36 et E = 28. Il pourra donc, selon mon jugement d'enseignante, échouer un peu, moyennement, beaucoup ou énormément. Comme s'il était nécessaire de graduer l'échec d'un enfant de huit ans! Et le gouvernement a le culot de dire qu'il effectue ces changements dans l'intérêt des élèves!
Mon malaise provient du fait que le ministère de l'Éducation veut berner les parents en leur faisant croire qu'ils auront les pourcentages qu'ils avaient réclamés alors que ce qu'on leur offre, ce sont de nouvelles cotes chiffrées.
Vous pensiez faire le cumul des notes de votre enfant et les transformer en pourcentages? Détrompez-vous! À la question: «Où mon enfant a-t-il perdu des points?», nous vous répondrons qu'il n'a pas perdu de points mais qu'il chemine de telle ou telle façon dans l'atteinte de la compétence visée, car les notes en pourcentages n'ont rien à voir avec l'évaluation par compétences.
Diriez-vous que vous êtes compétent à comprendre un article de ce journal à 76 % ou à
84 %? On est compétent (à différents degrés) ou on ne l'est pas. La ministre Courchesne [...] nous demande d'évaluer des compétences avec des chiffres bidon.
Il est possible et même souhaitable que l'acquisition de connaissances soit évaluée en pourcentages, mais il est inconcevable que nous puissions évaluer «une compétence à utiliser ces connaissances» de la même façon. Pourquoi fait-elle croire aux parents que c'est ce que nous allons faire? Le gouvernement Charest croit-il ainsi s'attirer des votes pour les prochaines élections? Moi, je lui dis que sa poudre aux yeux me fait faire des cauchemars en tant qu'enseignante qui devra expliquer tout cela aux parents de mes élèves au prochain bulletin. Comme mère, je suis insultée que l'évaluation de mes enfants soit ainsi déguisée pour des ambitions purement politiques. D'un point de vue logique, tout cela n'a aucun sens. Et ce n'est pas tout! Ces faux pourcentages seront utilisés pour calculer des moyennes afin de contenter les parents qui tenaient à comparer leurs chers petits au reste du groupe.
Parlons-en, des moyennes! Vous l'avez sûrement constaté, il y a de plus en plus de classes à niveaux multiples dans nos écoles. Ces classes sont majoritairement composées d'élèves autonomes et ne présentant aucune difficulté d'apprentissage sérieuse. La plupart des élèves nécessitant davantage d'aide se retrouvent dans les classes à niveau unique. Les moyennes ne seront donc pas faites avec des groupes hétérogènes et, dans le cas des degrés multiples, elles pourront être basées sur un échantillonnage de seulement cinq élèves. Pas très sérieux comme statistiques! Qu'est-ce ça peut bien dire de plus à un parent au sujet des capacités de son enfant s'il le compare à une telle moyenne de groupe? Rien!
Le vrai problème du bulletin n'a pas été réglé. Je crois qu'une uniformité des barèmes d'évaluation (dépasse les attentes, satisfait clairement aux attentes, etc.) et des cotes (A, B, C, D ou 1, 2, 3, 4) dès le début de la réforme nous aurait peut-être évité la grosse blague des bulletins chiffrés qu'on nous inflige en ce moment.
La Loi sur l'instruction publique permet aux écoles du Québec de déterminer à leur guise leurs barèmes d'évaluation et les cotes qui leur sont associées. Le problème, c'est que dans la pratique de cette loi (article 96.15), un même élève, avec le même rendement, peut avoir un A ou un 1 dans mon école mais un B ou un 2 dans une autre. Je ne blâme pas les parents d'avoir exprimé leur mécontentement à propos de ce bulletin. Ils ne s'y retrouvaient plus! Ils ont donc réclamé une façon de communiquer les résultats dans un langage qu'ils connaissent: des notes. Mais quand ils découvriront les entourloupettes que la ministre Courchesne nous fait faire, je doute fort de leur satisfaction. [...]
On a décidé de costumer le bulletin et, très franchement, je trouve qu'il s'agit non seulement d'une insulte à notre intelligence mais aussi de la démonstration de l'incompétence qui règne au gouvernement. Oui à la mascarade le 31 octobre, mais pour ce qui est du reste de l'année, je préfère la transparence et l'honnêteté.
Comment a-t-il pu croire qu'ils ne découvriraient pas sa supercherie? Je me suis objectée à ce qu'il porte ce déguisement. Je trouve qu'il aurait dû travailler un peu sur lui-même au lieu de se costumer ainsi. Mais comme on lui avait demandé de se couvrir de chiffres, il s'est entêté à en recouvrir son costume. Il m'a assuré que cela ne changeait rien à mon travail d'enseignante. Je peux continuer de l'évaluer avec des lettres, car l'équipe de la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, m'offre gracieusement une table de conversion pour les transformer en notes.
Selon lui, ses parents n'y verront que du feu. A = 92, B+ = 84, B = 76, C+ = 68, C = 60. Et attention, j'aurai le choix entre quatre notes pour un enfant qui ne répond pas aux attentes prévues du cycle: D+ = 52, D = 44, E+ = 36 et E = 28. Il pourra donc, selon mon jugement d'enseignante, échouer un peu, moyennement, beaucoup ou énormément. Comme s'il était nécessaire de graduer l'échec d'un enfant de huit ans! Et le gouvernement a le culot de dire qu'il effectue ces changements dans l'intérêt des élèves!
Mon malaise provient du fait que le ministère de l'Éducation veut berner les parents en leur faisant croire qu'ils auront les pourcentages qu'ils avaient réclamés alors que ce qu'on leur offre, ce sont de nouvelles cotes chiffrées.
Vous pensiez faire le cumul des notes de votre enfant et les transformer en pourcentages? Détrompez-vous! À la question: «Où mon enfant a-t-il perdu des points?», nous vous répondrons qu'il n'a pas perdu de points mais qu'il chemine de telle ou telle façon dans l'atteinte de la compétence visée, car les notes en pourcentages n'ont rien à voir avec l'évaluation par compétences.
Diriez-vous que vous êtes compétent à comprendre un article de ce journal à 76 % ou à
84 %? On est compétent (à différents degrés) ou on ne l'est pas. La ministre Courchesne [...] nous demande d'évaluer des compétences avec des chiffres bidon.
Il est possible et même souhaitable que l'acquisition de connaissances soit évaluée en pourcentages, mais il est inconcevable que nous puissions évaluer «une compétence à utiliser ces connaissances» de la même façon. Pourquoi fait-elle croire aux parents que c'est ce que nous allons faire? Le gouvernement Charest croit-il ainsi s'attirer des votes pour les prochaines élections? Moi, je lui dis que sa poudre aux yeux me fait faire des cauchemars en tant qu'enseignante qui devra expliquer tout cela aux parents de mes élèves au prochain bulletin. Comme mère, je suis insultée que l'évaluation de mes enfants soit ainsi déguisée pour des ambitions purement politiques. D'un point de vue logique, tout cela n'a aucun sens. Et ce n'est pas tout! Ces faux pourcentages seront utilisés pour calculer des moyennes afin de contenter les parents qui tenaient à comparer leurs chers petits au reste du groupe.
Parlons-en, des moyennes! Vous l'avez sûrement constaté, il y a de plus en plus de classes à niveaux multiples dans nos écoles. Ces classes sont majoritairement composées d'élèves autonomes et ne présentant aucune difficulté d'apprentissage sérieuse. La plupart des élèves nécessitant davantage d'aide se retrouvent dans les classes à niveau unique. Les moyennes ne seront donc pas faites avec des groupes hétérogènes et, dans le cas des degrés multiples, elles pourront être basées sur un échantillonnage de seulement cinq élèves. Pas très sérieux comme statistiques! Qu'est-ce ça peut bien dire de plus à un parent au sujet des capacités de son enfant s'il le compare à une telle moyenne de groupe? Rien!
Le vrai problème du bulletin n'a pas été réglé. Je crois qu'une uniformité des barèmes d'évaluation (dépasse les attentes, satisfait clairement aux attentes, etc.) et des cotes (A, B, C, D ou 1, 2, 3, 4) dès le début de la réforme nous aurait peut-être évité la grosse blague des bulletins chiffrés qu'on nous inflige en ce moment.
La Loi sur l'instruction publique permet aux écoles du Québec de déterminer à leur guise leurs barèmes d'évaluation et les cotes qui leur sont associées. Le problème, c'est que dans la pratique de cette loi (article 96.15), un même élève, avec le même rendement, peut avoir un A ou un 1 dans mon école mais un B ou un 2 dans une autre. Je ne blâme pas les parents d'avoir exprimé leur mécontentement à propos de ce bulletin. Ils ne s'y retrouvaient plus! Ils ont donc réclamé une façon de communiquer les résultats dans un langage qu'ils connaissent: des notes. Mais quand ils découvriront les entourloupettes que la ministre Courchesne nous fait faire, je doute fort de leur satisfaction. [...]
On a décidé de costumer le bulletin et, très franchement, je trouve qu'il s'agit non seulement d'une insulte à notre intelligence mais aussi de la démonstration de l'incompétence qui règne au gouvernement. Oui à la mascarade le 31 octobre, mais pour ce qui est du reste de l'année, je préfère la transparence et l'honnêteté.
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