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Commissions scolaires: détournement de fonds ou de perceptions?

André Caron - Président de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ)  12 novembre 2007  Éducation
Lorsque je fais le bilan de la semaine dernière, je constate que la FCSQ et ses membres ont dû investir beaucoup d'efforts pour mieux faire connaître les services offerts par les commissions scolaires.

Pourquoi? Parce que les commissions scolaires sont devenues le faire-valoir préféré de politiciens nouvellement arrivés à l'opposition officielle. Ces politiciens savent pertinemment que la population méconnaît leur rôle et ils utilisent cette méconnaissance pour tirer un profit politique sur le dos des commissions scolaires.

Des décisions qui font mal

Et voilà donc où nous en sommes, à expliquer jour après jour le rôle des commissions scolaires. On peut se demander pourquoi les gens ne les connaissent pas mieux alors qu'elles gèrent quelque neuf milliards de fonds publics? Je crois qu'il faut conclure que les commissions scolaires et la FCSQ en sont en grande partie responsables, pour la simple et bonne raison que nous sommes résolument plus centrés sur la réussite des élèves que sur le besoin de dorer notre image.

Oui, nous avons fait le choix d'investir très peu dans la publicité et la promotion, une décision qui nous sert mal aujourd'hui. À chaque dollar de fonds publics investi dans l'éducation, les commissions scolaires consacrent, en moyenne, 95 cents directement aux élèves. Il en reste bien peu pour faire d'autres investissements...

Des succès méconnus

Souvent, je me retrouve face à des interlocuteurs s'interrogeant sur notre action. Chaque jour, les commissions scolaires assurent le transport de 575 000 élèves provenant de plus de 1100 municipalités pour qu'ils parcourent au total plus d'un million de kilomètres: de quoi réaliser l'ampleur du travail assumé pour que l'école publique soit accessible. C'est sans compter le degré de complexité lié à la gestion de plus d'une adresse par élève, pour ceux qui habitent à une adresse différente une semaine sur deux: les commissions scolaires sont au coeur des réalités sociales de leur communauté et de plusieurs manières. [...]

Mais l'élément primordial qui est méconnu de mes interlocuteurs, c'est le degré d'excellence de nos élèves sur la scène mondiale. Je dois leur expliquer que, malheureusement, dans un esprit d'amélioration, nous sommes toujours plus enclins à mettre les projecteurs sur ce qui ne fonctionne pas dans le système. On parle largement de décrochage et beaucoup plus rarement de la qualité de la performance de la très large majorité de nos élèves qui réussissent remarquablement bien et qui se classent parmi les premiers des pays de l'OCDE. Nous avons un des meilleurs systèmes d'enseignement au monde! Une autre belle réussite que notre réseau n'a pas suffisamment fait connaître auprès de la population.

Des questions légitimes

Mes interlocuteurs me font aussi une remarque bien légitime: «Mais alors, quel est le problème avec les commissions scolaires?» Je réponds qu'il y a bien des éléments qui doivent être améliorés, comme le taux de décrochage. Des mesures sont mises en place, et les statistiques montrent que les choses s'améliorent. Il y a aussi les bâtiments qui nécessitent des rénovations. Le gouvernement injecte d'ailleurs des millions de dollars pour rectifier cette problématique, et les commissions scolaires mettront les bouchées doubles pour rétablir la situation.

Il y a aussi le taux de vote aux élections scolaires qui a défrayé les manchettes avec raison. La FCSQ et ses membres ont proposé au gouvernement des voies d'amélioration qui sont prometteuses pour renouveler la démocratie scolaire. Devant chaque obstacle, suis-je obligé de préciser, les commissions scolaires ont le souci de participer à l'identification et à la mise en oeuvre de solutions.

Alors, me répète-t-on: «Quel est le problème avec les commissions scolaires?» Eh bien, les problèmes n'ont pas vraiment été recensés par ces politiciens qui proposent uniquement des solutions comme l'abolition des commissions scolaires et le transfert des écoles aux municipalités...

Des réponses claires

Je sens alors le besoin de rassurer mes interlocuteurs en les informant que, comme tout le monde, on s'est interrogé devant les affirmations lapidaires de certains politiciens et ces solutions. Est-ce que les gens souhaitent réellement abolir les commissions scolaires? Nous croyions que non, mais, pour aller au-delà des perceptions, la Fédération a décidé d'engager une firme pour mener une étude sur les intentions des gens au sujet des commissions scolaires.

Les résultats de cette étude montrent que 68 % des répondants souhaitent que les commissions scolaires soient maintenues. Nous avons aussi choisi de vérifier s'il serait plus rentable de transférer les établissements scolaires aux municipalités. Puisque certains politiciens clament qu'il faut absolument faire ce transfert, il fallait bien aller au-delà de nos perceptions pour poser un jugement juste et proposer des voies de solution si c'était bien le cas. L'étude de deux chercheurs réputés démontrent qu'il coûterait au minimum, année après année, 65 M $ de plus aux Québécois s'ils faisaient ce choix... De quoi indigner mes interlocuteurs, qui s'offusquent que certains politiciens tentent ainsi de détourner leur perception de la réalité.

Depuis jeudi dernier, je dois également défendre les commissions scolaires contre un élément nouveau. L'ADQ les a accusées ouvertement devant l'Assemblée nationale de faire des détournements de fonds publics pour faire de la publicité et des études. Lorsque la question m'est adressée, je réponds bien sincèrement que les études, on ne tenait pas vraiment à les faire, mais que l'on ne peut quand même pas se lancer dans des changements aussi profonds et irréversibles que l'abolition des commissions scolaires sans, minimalement, vérifier les intentions des Québécois et les économies réelles des mesures proposées. Je ne peux ensuite que conclure qu'il est certain que si ces politiciens avaient fait leurs propres études avant de lancer leurs allégations, nous n'aurions certes pas eu besoin d'engager des fonds publics pour les vérifier.

Des évidences qui font peur

Enfin, plusieurs de mes interlocuteurs me demandent: «Pourquoi certains politiciens ont-ils si peur de vos efforts de promotion et de vos études au point de porter l'accusation grave contre les commissions scolaires de faire des détournements de fonds publics?» J'ajoute d'autres points à cette première interrogation... Ont-ils peur que les gens connaissent la vérité au sujet de l'efficacité des commissions scolaires? Qui donc fait du détournement? À qui sert ce jeu dangereux de dénigrement basé sur des affirmations qui reposent sur des prémisses non vérifiées?

Ma réponse à ces questions est assez brève et dérangera sans doute mes interlocuteurs. Contrairement à ces politiciens, j'accorde assez de respect à l'intelligence des Québécois pour croire qu'ils se posent les mêmes questions et considèrent maintenant la possibilité que certains politiciens avides de pouvoir sont prêts à détruire les assises du système d'éducation du Québec pour satisfaire leurs intérêts personnels.

Alors, je suis bien obligé de conclure cette lettre sur une autre question... Qui détourne quoi finalement et pour quel motif? Devant l'évidence des réponses qui viennent spontanément à l'esprit, vous conviendrez que la moindre des choses serait que l'ADQ se rétracte et retire l'accusation de détournement de fonds proférée à l'endroit des commissions scolaires.
 
 
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