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Gil Courtemanche   10 novembre 2007  Éducation
On connaît la chanson. Lysiane Gagnon rappelait jeudi dans sa chronique de La Presse qu'elle avait publié une série de reportages alarmistes sur la qualité du français en 1975. La réaction des lecteurs avait été à ce point horrifiée que La Presse avait décidé de transformer ces reportages en petit livre. Le même journal revient cette semaine avec une série d'articles sur le même sujet et avec le même constat: c'est une catastrophe, et il n'existe que des linguistes postmarxistes pour dire le contraire.

Que faire? En ces domaines où tout le monde a une opinion, les politiciens réagissent rapidement, comme les amateurs de La Cage aux sports. À La Cage aux sports, on disait que l'avenir du Canadien passait par Guillaume Latendresse; à Québec, la ministre rétorque que l'avenir du français doit passer par la dictée. Cela ne peut pas nuire, tout comme le jeune ailier gauche ne nuit pas au Canadien, mais 1000 dictées ne remplaceront jamais un enseignant et un programme qui ne privilégient pas le français correctement écrit, correctement parlé et bien compris.

On dira qu'il faut revoir la formation des enseignants. C'est comme l'oeuf et la poule. On ne peut pas enseigner le français à l'université, on y enseigne la didactique du français, et il est normal que les enseignants en général connaissent mal leur langue parce qu'ils ne l'ont pas étudiée à l'école. On dira qu'il faut changer les programmes et les méthodes, mais là encore, l'oeuf et la poule se pointent. Qui mettra en oeuvre ces nouvelles approches? Les enseignants.

Le problème du français au Québec est beaucoup plus profond et paradoxal. Pour résumer, disons que nous défendons l'espace francophone en Amérique mais que nous nous foutons du français. La société québécoise a toujours entretenu une sorte de rapport schizophrène avec sa langue maternelle. C'est la langue qui fonde la nation qui en pousse même certains à vouloir proscrire des droits si on ne la baragouine pas, mais c'est aussi une langue étrangère. C'est la langue des Français de France, celle de l'élite et des intellectuels. Et nous, Québécois, parlons et écrivons à notre manière.

Passons sur l'absence historique des Français ici, sur la survivance au Québec d'un français vieillot, plein de charme et de beauté, et sur les contrastes qui apparurent plus tard entre le français d'ici et celui de Paris ou de Lyon. Le mal est plus profond. Je viens d'une famille de la classe moyenne où on était fier de sa langue: pas de l'accent français mais du français. Écolier, je découvris rapidement que le français correct n'était pas un atout dans une cour d'école. Si je ne parlais pas comme une «tapette», je parlais comme un intellectuel, terme encore méprisant dans son acception québécoise.

Passons aussi rapidement sur l'élévation du «joual», idiome de mon quartier natal, au rang de langue libératrice par les pédagogues révolutionnaires. Passons encore, même si c'est important, sur les grandes théories progressistes de l'«oralité» de l'apprentissage de la «communication», qui permettaient au cri primal de remplacer un adjectif bien senti et bien choisi. On apprenait que le français n'était pas la langue du peuple et que, à la limite, son apprentissage constituait un outil d'aliénation pour l'élite capitaliste productiviste. C'est le nationalisme gauchiste des pédagogues québécois qui a tué l'enseignement du français il y a bien longtemps; maintenant, tous les oeufs ressemblent à la poule.

François Cardinal a développé dans un petit livre une thèse intéressante: les Québécois sont parmi les plus écologistes de la planète en pensée mais font partie, tant individuellement que collectivement, des pires pollueurs du monde occidental. Grands parleurs, petits faiseurs: voilà une belle expression, à la fois française et québécoise. À propos de la qualité du français, nous entretenons la même attitude. Nous ferons l'indépendance du Québec pour sauver notre langue, mais pour l'écrire correctement, nous ne ferons rien.

Le français est un problème d'école parce que c'est là qu'on l'enseigne, mais c'est avant tout un problème de société. Comment demander aux enfants de parler mieux que Guy A. Lepage ou que les ados attardés de Loft? La norme du langage est déterminée par trois lieux: l'école, la famille et la télévision. Le plus faible de ces lieux est l'école. Ne demandez pas aux enseignants de se battre contre Lepage et Julie Snyder, de se battre contre les messages texto et les marionnettes de Dollarama que Radio-Canada vient d'acheter. Ne demandez pas aux écoles de remplacer la société.

Je n'aimais pas les dictées ni les cours de français. J'étais un écolier normal. Il existe quelque chose d'oppressant et d'intimidant dans l'obligation d'apprendre une langue qu'on croit posséder et qu'on parle. J'ai quitté cette relation maladive en abordant les livres. Ce n'était pas de la grande littérature mais de bonnes histoires et, pour en suivre les péripéties, pour bien comprendre le comportement du héros, il fallait bien que je me concentre sur les phrases et les mots et que j'en remarque les accords. L'orthographe du mot s'imprimait dans mon subconscient autant que son sens, que je vérifiais dans un dictionnaire. La construction de la phrase s'imposait. Je m'en souvenais le lendemain quand je devais écrire une narration. Je ne voulais pas apprendre le français, je voulais comprendre l'histoire. Mais voilà, même cela, grâce aux pédagogues, aux gouvernements et à la société qui méprise le livre, n'est plus possible. On ne lit pas dans les écoles. Il n'y a pas de livres dans les écoles, seulement des programmes de compétences transversales et des objectifs de «diplomation». Et au nom de la nation, nous continuons à former des ignorants. Pas de mots, pas d'histoire, pas de culture générale, rien. Le Loft comme système d'éducation.
 
 
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  • Gilles Laterrière
    Abonné
    samedi 10 novembre 2007 07h46
    Les louanges de la paresse.
    Les maux de la langue française au Québec ne sont pas d'abord dû aux facteurs que vous identifiez. Cela me semble une explication un peu surannée que de prétendre que les Québécois se foutent de la qualité de la langue, que les personnes qui s'appliquent passent pour des tapettes dans la cour de récréation etc...

    Le problème de la langue, celui de l'École ou de la rue, c'est d'encourager les jeunes et les moins jeunes à l'absence d'efforts et de discipline dans l'apprentissage de la langue et de son application dans la vie de tous les jours. Car sans effort, il n'est pas possible d'acquérir une langue, même sa langue maternelle, de bien l'écrire ou de la parler.

    Je crois à la vertu de la dictée parce que c'est comme ça que j'ai appris. L'effort qu'on m'a demandé n'est pas si gigantesque qu'il semble paraître à tous les dénigreurs de cette école de pensée.

    À tous les matins, au cours de la première année de mon cours secondaire, le professseur commençait la journée avec la correction de la dictée du jour précédent. À l'aide de sa propre copie, les élèves pouvaient constater chacun les erreurs commises les plus et les moins fréquentes ainsi que les règles de grammaire qu'ils avaient ratées.

    La séance se terminait avec la nouvelle dictée.

    De cette façon, la moyenne des fautes d'orthographe passa de 15 à moins de une faute par dictée par chacun pour l'ensemble des élèves au cours d'une seule année scolaire.

    Le problème de société n'est pas celui que vous décrivez mais bien cette résistance atavique à l'effort et à la discipline qui transpire de votre texte.

    Gilles laterrière

  • Hélène Morin
    Abonnée
    samedi 10 novembre 2007 08h50
    Comme vous dites bien les choses!
    Votre texte me donne de l'énergie pour continuer à me soucier du français écrit. Je m'occupe du journal d'un groupe communautaire, et il m'arrive de me sentir bien seule.

    Le malheur, c'est de croire qu'il suffit de "se comprendre".

    Le dernier paragraphe de votre texte montre tout le plaisir de lire une histoire mais aussi les mots. Chercher le "bon usage" d'un mot, vérifier l'accord d'un participe, cela peut être passionnnant. Pourquoi pas!

    Un autre malheur, c'est de laisser le dictionnaire sur la tablette du haut...

    Hélène Morin

  • Gilles Bousquet
    Inscrit
    samedi 10 novembre 2007 09h13
    Trop de doigts dans la tarte scolaire !
    Il est écrit plus haut : «il est normal que les enseignants en général connaissent mal leur langue parce qu'ils ne l'ont pas étudiée à l'école.»

    C'est qui le cave qui a permis que le français ne soit pas enseigné correctement dans nos écoles ? Pourquoi les syndicats n'ont pas dénoncé l'affaire, dans le temps, quand elle est arrivée à leur niveau ? Pourquoi les commissions scolaires ont laissé faire ça sans rouspéter ? Tous des aveugles incompétents ?

    Système pourri, qui produit des participants au Loft Story Yo, qu'il faudra changer...genre.

  • Jean-Pierre Audet
    Abonné
    samedi 10 novembre 2007 10h13
    Pire c'est !
    « Grands parleurs, petits faiseurs. »

    Voilà ce que nous sommes de plus en plus : une race d'enfants gâtés tout gonflés d'eux-mêmes dans leur «baragouinage» facilement compréhensible dans la "petite gang". Si ce n'était que l'écriture qui fait défaut... Mais la lecture, grands dieux, il faut un minimum d'effort pour arriver à suivre une réflexion écrite le moindrement poussée. Même certains bons journalistes n'arrivent pas encore à maîtriser ce qui semble la bête noire des Québécois : l'accord des participes passés. Ils ont pourtant beaucoup lu. Et comme les professeurs n'ont pas le temps - alibi ? - de lire, comment voulez-vous qu'ils instillent à leurs élèves le goût de lire des oeuvres avancées intellectuellement ? La pauvreté intellectuelle d'un peuple étant garante à long terme de la pauvreté globale de ce même peuple, ceux qui se réjouissent d'inculquer des compétences à leurs élèves sans s'attarder à leurs nombreuses fautes d'écriture, ceux-là en seront quittes pour de grands désenchantements. Et le retour de la dictée ne sera pas la panacée. Il faut à la base des professeurs - dans toutes les disciplines - passionnés eux-mêmes de lecture et capables de faire rayonner leur passion. Rien d'autre ne pourra sauver la future langue écrite et parlée au Québec.

  • Raymond Saint-Arnaud
    Abonné
    samedi 10 novembre 2007 12h42
    La dictée à partir de courts textes choisis
    La dictée devrait se faire à partir de courts textes bien choisis d'auteurs québécois et français. Ces textes choisis pourraient donner aux élèves le goût d'en lire plus. La lecture est un très bon moyen d'apprendre à écrire correctement.

  • François Rioux
    Abonné
    samedi 10 novembre 2007 13h36
    À Gilles Laterrière
    La dictée ne semble pas avoir eu avec vous toutes les vertus que vous prétendez, à moins que vous n'ayez oublié qu'il faut relire sa copie avant de la remettre. Effort et discipline, oui, vous avez parfaitement raison. Seulement faut-il en faire montre partout, même sur Internet !

    La paresse elle est là : croire aux solutions magiques proposées par une ministre incompétente et affolée par un journal. La maîtrise du français fait penser à celle d'un sport, pour reprendre une comparaison entendue à une ligne ouverte : elle demande un travail personnel constant et qui se poursuivra après les études, car on parlera et écrira toute sa vie, sinon elle se relâche, et l'on oublie d'accorder ses participes passés, de ponctuer correctement, de vérifier le sens des mots. Cette attitude, si elle ne s'apprend pas à la maison, devra être acquise à l'école. La paresse est de laisser s'empoussiérer le dictionnaire et la grammaire, de ne pas ouvrir de livres mais d'allumer la télé, d'écrire comme on fait des oeufs brouillés. La lecture est un excellent moyen de s'améliorer en effet, pour qui est curieux et en a le goût. Et en plus on peut apprendre des choses. Fantastique !

    Mais au Québec, comme dans la maffia, on se méfie de ceux qui en savent trop et qui de sucroît parlent un français un peu plus correct que la moyenne, et l'observation de M. Courtemanche n'a rien de suranné : cette méfiance existe encore, et pas seulement dans la cour d'école. Dans celle des grands aussi. Comme dit un de mes anciens professeurs, celui qui ne maîtrise pas le langage sera maîtrisé par lui. Très souvent, si vous êtes de ceux qui maîtrisent la langue, on tentera, dans un réflexe niveleur, de vous castrer, de vous mettre en boîte. Pour la même raison, on se méfie des intellectuels. Si vous avez vu le film d'Arcand, vous vous rappellerez que le véritable crime d'Ovide Plouffe n'était pas d'avoir tué sa femme, mais d'être différent, d'être un intellectuel justement et c'est là-dessus qu'on le jugera.

  • mala
    Abonné
    samedi 10 novembre 2007 13h57
    Savoir, en français
    Difficile d'apporter une opinion nouvelle, votre texte est très percutant et formule des raisons pertinentes qui expliquent l'état lamentable du français à l'école comme dans la société québécoise.

    Ayant enseigné 32 ans dans des écoles primaires, la dictée n'est pas une panacée, mais un moyen efficace de développer la «compétence» écrire correctement. À condition que ce soit une dictée intelligente, selon le niveau de l'élève. En dictant, aiguiller l'élève sur ses acquis, les accords, les homonymes, etc. Ce faisant, on amène l'élève à se poser des questions en rapport à ce qu'il connaît.

    Mais, le plus gros morceau, à mon avis, est celui de l'effort. Je ne sais plus quand, ça doit dater de 20 ans, nous est arrivé la merveilleuse ARNQUE que l'apprentissage devait être AGRÉABLE, FACILE, JOYEUX. D'où l'évidence que l'enfant SAIT ce qui est bon pour LUI, que l'adulte doit l'écouter et tenir compte de SES avis, goûts et CAPRICES. Les savants «gogues» du ministère, NOMBREUX et friands de nouveauté, ont su nous concocter un NOUVEAU programme sur mesure : apprentissage par projets, par compétences. Pas mauvais en soi, l'idée, mais, pour faire des projets, il faut d'abord avoir acquis des connaissances de base... Or, apprendre la grammaire, les tables de multiplication, un peu d'histoire, un regard sur la géographie, quelques notions de physique, de chimie, de géométrie ça n'a rien de joyeux, d'agréable et, sans ces notions de base, les projets risquent de battre de l'aile.

    Étant enseignant, j'ai de 1972 à 2004, toujours déploré le manque de culture de mes collègues enseignants. Et la relève s'avère encore davantage en manque de... Une jeune collègue qui complétait ma tâche d'enseignement a su présenter à mes élèves, «en sciences humaines», la notion de «parallèles» sans faire mention des «méridiens». Quand j'ai exprimé à ma classe ma surprise, mes élèves m'ont trouvé «ben cheap»! Méridiens et parallèles, il me semble que ce sont des éléments indissociables. Et que ce sont des notions conceptuelles, imaginaires, mais tangibles et fort utiles. Ma classe a pris parti pour la jeune collègue. Culturellement, ils étaient proches : même musique, mêmes films, même «langage» cool...

    Pour enseigner, il faut des connaissances et, surout, de la passion. La passion est, je crois, la seule vraie pédagogie, avec un minimum de savoir, de connaissance, plus beaucoup, beaucoup de curiosité.

  • Yvon Montoya
    Abonné
    samedi 10 novembre 2007 16h17
    Que diantre....
    "À tous les matins", cela s'utilise rarement ou pas du tout en français.
    Oui, l'article est excellent et sincère. Nous n'avons pas droit à la véritable teneur de la pensée de l'auteur mais on lit entre les lignes, dans le silence de la langue. Oui, c'est une catastrophe culturelle et politique. Un peuple qui ne connaît pas la langue qu'elle est supposée défendre pour créer une nation est un peuple qui va avoir des difficultés à se définir. Il va avoir plus de maux que de mots. Ces mots manquants qui font qu'une grande partie de la jeunesse est sacrifiée dans ses capacités. Un(e) jeune québécois(e), celui qui aurait un jour une « maladie des racines », n'est pas plus stupide qu'un autre jeune d'un autre pays. Les politiciens ne savent pas parler le français, ils parlent le québécois. Les profs aussi. Les institutions aussi. Si vous demandez à un sud américain s'il parle le castillan, il vous répondra que non. Il parle l'espagnol non la langue du conquistador. Dans cette perspective là, il est certain que les « nationalistes » québécois préfèrent que le bon petit peuple québécois ne sache pas parler le français. Qu'importe, bientôt il n'y aura que les immigrants, pour leur examen de français, qui sauront le parler et l'écrire comme il se doit. D'autres pourraient aussi donner des cours.
    Cela me fait penser, c'est caricatural, que dans le fond, l'église a permis au peuple québécois de ne parler qu'une langue qui lui aurait interdit l'accès aux textes du siècle des Lumières. Une langue finissant à se « joualiser » par l'attitude culturelle des partis politiques québécois. Il n'y a qu'à les écouter ces politiciens pour s'en rendre compte. Ne pas permettre à un peuple de maitriser l'outil fondamental de l'expression, c'est l'emprisonner dans l'ignorance et l'esclavage.

  • Olivier Nguyen
    Inscrit
    samedi 10 novembre 2007 18h19
    La Presse ratisse large
    Si je me permets de répondre à ces lignes, c'est en m'étonnant tout d'abord du mandat de l'article ayant servi de prétexte à ranimer la menace d'un four traitant d'un sujet d'une certaine envergure, dans ce cas-ci une étude comparative de l'intérêt du public envers les livres d'expression française, notamment sous la perspective de l'évolution des moeurs littéraires de 1975 à nos jours, ce qui ferait un sujet intéressant s'il n'était pas aussi témérairement propice aux polémiques les plus tordues.

    On peut aussi sourciller que cette enquête se fasse dans un contexte de salon du livre, mais peut-être ne devrait-on y voir qu'un tour de passe-passe ingénu pour faire mousser les ventes d'un livre qu'on ne lit plus.

    Si on parle de "ce qui se fait de nouveau", (et on en parle sans doute), l'argument serait donc le suivant: les gens ne lisent plus comme avant, ils se désintéressent du terroir Québécois et ne jurent que par les bouquins venus de France sous pavillon battant. Que la consécration des chef-d'oeuvre des temps passés ne s'est pas faite qu'au fil assidu de lectures réitérant leur emprise emblématique dans le coeur des lecteurs, qu'il a bien fallu une mobilisation, ou du moins une loyauté à tout crin de ceux-ci, que de tels "mouvements" ne sont que souvenirs ténus menacés de se dissiper dans la brume claquemurée de nos greniers d'antan. Je répondrai: que cette menace pèse! Que l'on me convainque de lire!

  • Sylvain Racine
    Abonné
    samedi 10 novembre 2007 22h56
    Au Québec, lorsqu'il y a des scies, il y a toujours de raies.
    J'ai passé mon secondaire 5 en français avec une moyenne de 61%. J'ai appris à lire et à écrire au Cégep. J'ai perfectionné mes connaissances linguistiques à l'université en traduction et en rédaction. Par exemple, avant, tout ce que j'étais capable de comprendre qui créait un quelconque intérêt chez-moi était du niveau intellectuel de ce qu'écrit ou dit Richard Martineau. Par exemple «Jean Charest est un gros trou du cul de merde qui mange le vomi!» Avant d'apprendre à lire et à écrire, c'est-à-dire avant le Cégep, j'aurais trouvé ça drôle et Richard Martineau serait devenu mon idole, un modèle pour moi, un journaliste extraordinaire qui détient la vérité et qui peut guider et informer le Québec.

    Le contexte n'est pas important quand on ne sait pas lire. Stephen Harper, quand ce dernier à reconnu la nation Québécoise, dans un contexte où je ne saurais toujours pas lire, serait aussi devenu mon idole. Puis, par association inconsciente et victime de la propagande de Gesca et de Quebecor, j'aurais cessé d'être souverainiste puis je serais devenu conservateur au fédéral et autonomiste au provincial.

    Bref, je crois... non, j'affirme que la majorité des Québécois et Québécoises ne savent pas lire ni écrire. Ce n'est pas pour rien que la société toute entière ressemble plus à un cirque "pipi caca" qu'à un peuple qui prend son avenir en main. Les Québécois c'est une seconde "le gouvernement devrait s'occuper de tout" et l'autre seconde "si tout va mal c'est à cause du gouvernement."

    Puis on a des commissions d'enquête à n'en plus finir, des projets qui démarrent que l'on ne veut pas, d'autres que l'on veut qui ne démarrent jamais. Des projets qu'on veut pour lesquels des millions y sont consacrés, dépensés, puis ces mêmes projets que l'on annule en milieu de chantier pour lesquels les millions partent en fumée, souvent dans les poches des amis lobbyistes de nos politiciens.

    Enfin, on a dit que Mario Dumont est une girouette? Et bien les Québécois sont des girouettes analphabètes.

    Enfin, je suis peut-être un peu dur avec la "populace", mais de toute façon elle ne comprendrait rien à ce que je raconte. Ce qui est le plus désolant, c'est de constater que des êtres intelligents amusent la galerie avec du divertissement vide (Loft Story, la poule aux oeufs d'or, Le banquier, etc), que cette même populace dénigre les intellectuels et gratifient l'ignorance et s'efforce à convaincre le monde entier que lorsqu'il y a des scies il y a toujours de raies.

  • Roland Berger
    Abonné
    dimanche 11 novembre 2007 10h21
    De sainte Lysiane
    Sainte Lysiane (Gagnon) a tué dans l'oeuf une réforme de l'enseignement du français qui visait d'amener tous les élèves du primaire et du secondaire à maîtriser leur langue dite maternelle, et non seulement les petites Lysianes qui ont réussi grâce au support quotidien de leurs parents sur le coin de la table de cuisine ou dans le bureau de papa.
    Sainte Lysiane a refusé de comprendre qu'elle et ses semblables ont appris le français dans un contexte qui a cessé d'exister au moment même de leur réussite. Qu'elle reprenne du service n'a rien d'étonnant. Élitisme oblige !
    Roland Berger
    London, Ontario

  • Éric Perreault-Chamberland
    Inscrit
    dimanche 11 novembre 2007 14h23
    Que de hargne !
    Suite à la lecture de l'article de M. Courtemanche et des commentaires émis depuis, je ressens une certaine hargne à l'égard du constat que nous ne savons plus écrire, ni parler français comme il se doit. Je ne prétends pas être de ceux qui écrivent le meilleur français. Cependant, je suis en mesure de constater que, bien que l'on souhaite en tant que société protéger notre langue, force est de constater que dans les faits, dans la vie quotidienne, la maîtrise de la langue est purement bâclée, voire dévalorisée. N'en déplaise à certains, le propos de M. Courtemanche en lien avec son expérience de jeunesse à l'effet qu'il parlait comme une "tapette" ou qu'il était un intellectuel, n'a rien de surréaliste. Je suis même d'accord avec ce constat. D'ailleurs, être intellectuel n'a pas la cote chez « ceux qui ne le sont pas » car généralement, les discours paraissent hermétiques pour les non intellectuels. La précision du langage écarte, en partie, les risques de mésententes. Bien parler et bien écrire est une preuve de rigueur intellectuelle. Celle-ci demeure aussi vraie dans nos actes, nos réflexions et nos relations.

    Selon moi, le problème provient, comme bon nombre l'ont exprimé, du fait que l'effort n'est pas valorisé; "ma parlé come j'veu, anyway on m'comprent parèye." *soupir*

    Que grand bien nous fasse si nous arrivons à faire comprendre cela à ceux qui valorisent le dénigrement de l'effort, de notre belle langue, somme toute riche et complexe à maîtriser. Ainsi qu'à faire la promotion de l'effort intellectuel, d'aller au-delà du bout de notre nez ignare.

    Merci de soulever le débat. En espérant qu'il ne reste pas cantonné aux seules pages du Devoir.

    Eric Perreault-Chamberland

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