Lendemain de veille
Qu'on le dise: l'insouciance des citoyens à l'égard des élections scolaires qui ont eu lieu dimanche n'est pas plus désastreuse en 2007 qu'elle ne l'était il y a quatre ans. Dénoncée par l'Action démocratique du Québec (ADQ), qui s'en sert pour proposer gauchement l'éradication des commissions scolaires, cette indifférence traduit toutefois le même contagieux malaise: bien ancré dans la population, le manque de considération pour ce que vaut l'éducation.
Dans l'appareil politique et chez certains observateurs de la scène éducative, on brandit encore un sondage publié au début des années 2000 par Le Devoir. Un coup de sonde démontrait alors de façon consternante que seul un Québécois sur deux croyait aux vertus de l'éducation pour trouver un emploi. Tout récemment, à peine 10 % des Québécois cochaient l'éducation comme enjeu social d'importance, loin derrière la santé...
L'éducation comme bien collectif ne chatouille pas la fibre des Québécois. Sur un plan privé, elle sert au contraire bien plus souvent la cause des indignés ou des enthousiastes. Que l'on augmente la facture de vos droits de scolarité, et vous saurez protester. Que l'on vous passe en douce des bulletins incompréhensibles, et vous vociférerez. Que l'on songe à fermer l'école de vos marmots, et vous grognerez. Que l'on vous demande de choisir entre le public et le privé, et vous réfléchirez.
Perdue dans la mer d'indifférence propre à l'éducation comme bien collectif, l'élection scolaire n'a pas la cote. Ce constat peut hérisser, certes, mais il ne devrait renverser personne. Il est certain que les commissaires d'école gagneraient à mieux faire valoir leur rôle. Il est vrai aussi que la lourdeur de la structure ne souffrirait pas d'un sérieux délestage. Mais sachons reconnaître qu'entre 2003 et 2007, rien n'a véritablement changé, sinon un air politique entonné par l'ADQ sur le thème de l'abolition des commissions scolaires.
Un portrait comparé des deux dernières élections montre que les taux d'élection par acclamation sont similaires. Les partis politiques scolaires ont même été plus nombreux cet automne qu'il y a quatre ans. Sans grand étonnement, là où la commission scolaire joue un rôle-phare dans le déploiement de la communauté — en région mais aussi du côté des anglophones —, la participation a été nettement plus élevée qu'en centre urbain, où l'indifférence est la plus vive. À Montréal comme à Québec: pas d'enjeux, pas de bruit, pas de vote.
Ce statu quo relatif, que l'ADQ s'emploie à transformer en fin du monde, ne justifie pas le sur-place; il est donc heureux que tant la Fédération des commissions scolaires du Québec que la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, aient promis de tout mettre en oeuvre pour que s'effectue un «virage majeur». Que vaut la démocratie quand 8 % de la population s'exprime?
Mais avant de brasser les cartes des structures et de vivifier ce vent de décentralisation qui a pourtant déjà soufflé très fort sur nos écoles, il faudrait peut-être qu'en haut lieu, on s'évertue d'abord à convaincre les citoyens de l'importance de l'éducation.
machouinard@ledevoir.com
Dans l'appareil politique et chez certains observateurs de la scène éducative, on brandit encore un sondage publié au début des années 2000 par Le Devoir. Un coup de sonde démontrait alors de façon consternante que seul un Québécois sur deux croyait aux vertus de l'éducation pour trouver un emploi. Tout récemment, à peine 10 % des Québécois cochaient l'éducation comme enjeu social d'importance, loin derrière la santé...
L'éducation comme bien collectif ne chatouille pas la fibre des Québécois. Sur un plan privé, elle sert au contraire bien plus souvent la cause des indignés ou des enthousiastes. Que l'on augmente la facture de vos droits de scolarité, et vous saurez protester. Que l'on vous passe en douce des bulletins incompréhensibles, et vous vociférerez. Que l'on songe à fermer l'école de vos marmots, et vous grognerez. Que l'on vous demande de choisir entre le public et le privé, et vous réfléchirez.
Perdue dans la mer d'indifférence propre à l'éducation comme bien collectif, l'élection scolaire n'a pas la cote. Ce constat peut hérisser, certes, mais il ne devrait renverser personne. Il est certain que les commissaires d'école gagneraient à mieux faire valoir leur rôle. Il est vrai aussi que la lourdeur de la structure ne souffrirait pas d'un sérieux délestage. Mais sachons reconnaître qu'entre 2003 et 2007, rien n'a véritablement changé, sinon un air politique entonné par l'ADQ sur le thème de l'abolition des commissions scolaires.
Un portrait comparé des deux dernières élections montre que les taux d'élection par acclamation sont similaires. Les partis politiques scolaires ont même été plus nombreux cet automne qu'il y a quatre ans. Sans grand étonnement, là où la commission scolaire joue un rôle-phare dans le déploiement de la communauté — en région mais aussi du côté des anglophones —, la participation a été nettement plus élevée qu'en centre urbain, où l'indifférence est la plus vive. À Montréal comme à Québec: pas d'enjeux, pas de bruit, pas de vote.
Ce statu quo relatif, que l'ADQ s'emploie à transformer en fin du monde, ne justifie pas le sur-place; il est donc heureux que tant la Fédération des commissions scolaires du Québec que la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, aient promis de tout mettre en oeuvre pour que s'effectue un «virage majeur». Que vaut la démocratie quand 8 % de la population s'exprime?
Mais avant de brasser les cartes des structures et de vivifier ce vent de décentralisation qui a pourtant déjà soufflé très fort sur nos écoles, il faudrait peut-être qu'en haut lieu, on s'évertue d'abord à convaincre les citoyens de l'importance de l'éducation.
machouinard@ledevoir.com
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