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Syndicalisme - Les enseignants sont confrontés aux problèmes de société

Réginald Harvey   6 octobre 2007  Éducation
Johanne Fortier, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement de la CSQ .
Johanne Fortier, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement de la CSQ .
Dans de nombreux cas, les enfants transportent à l'école les valeurs et les dures réalités qui leur sont transmises et qu'ils affrontent hors du territoire scolaire. L'école reflète les multiples aspects d'une société en mutation, dont les enseignants vivent les travers au quotidien dans leurs classes. Du même souffle, ils sont chargés d'appliquer une réforme pédagogique majeure et ils font face à des conditions de travail insatisfaisantes.

Présidente de la Fédération des syndicats de l'enseignement de la CSQ, de loin le plus imposant regroupement d'enseignants du primaire et du secondaire au Québec, Johanne Fortier cerne les causes extérieures qui compliquent les interventions professionnelles des enseignants dans le monde d'aujourd'hui: «On peut parler de la pauvreté qui a un lien direct avec la non-réussite des élèves et qui complexifie la tâche parce qu'il est difficile d'enseigner à des enfants qui ont le ventre vide, qui sont incapables de se concentrer et d'apprendre. Il y a aussi cette autre forme de pauvreté qui fait en sorte que les enfants n'ont pas, dans leur milieu familial et social, accès à différents outils comme des livres ou un ordinateur, ce qui compromet le cheminement de la classe.»

La violence entre en ligne de compte: «C'est un autre phénomène qui a un effet important sur notre capacité d'enseigner. Il y a aussi les demandes sans limites qui sont adressées à l'école, ce qui provoque une répercussion sur les enseignants. Je m'explique: on réclame de nous d'instruire, d'éduquer, de socialiser et de développer les enfants, d'en faire des citoyens à part entière; en plus, on ajoute à cela des politiques ou des orientations ministérielles qu'il nous faut appliquer, que ce soit sur le plan des saines habitudes alimentaires à donner aux élèves, sur celui du code vestimentaire, du développement des valeurs de respect ou de l'encadrement.»

Elle relève une dichotomie entre deux mondes: «Il existe une certaine ambiguïté entre ce qu'on demande à l'école et ce qui se vit socialement. Dans un endroit, on veut développer le sens de l'effort, la ténacité et la persévérance. Par contre, socialement, on met en valeur la consommation rapide de biens matériels et culturels; on est beaucoup plus dans un climat d'instantanéité pour obtenir la chose tout crue, tandis qu'à l'école on travaille sur des valeurs et des projets basés sur le sens de l'effort, ce qui peut entrer en contradiction avec ce qui est véhiculé socialement; cela cause des difficultés supplémentaires.»

À l'intérieur des murs...

À l'intérieur même des écoles, la réforme, qui «est implantée de façon cahoteuse», pose problème: «Au départ, à partir de celle-ci, on devait revoir les programmes, notamment en se recentrant sur les matières de base; avec les années, on a connu une certaine dérive et on a opté plutôt pour une réforme pédagogique, de telle sorte qu'on l'appelait même "le renouveau pédagogique".»

Elle indique la difficulté majeure: «Elle consiste à ériger en dogmes certains fondements, entre autres à affirmer que l'élève chemine à son propre rythme, ce qui nous a amenés dans nos écoles à dire: l'élève peut réussir s'il suit son propre rythme, donc, bon an mal an, il peut passer d'une année à l'autre sans avoir atteint certains objectifs du programme; c'est la promotion automatique sans redoublement. Il y a également la pensée magique qui veut qu'on intègre dans des classes régulières des élèves présentant des difficultés; on a juste à adapter notre enseignement et à tenir compte de ces difficultés pour que tout le monde réussisse.»

Élèves et enseignants

L'International de l'éducation met l'accent, à l'occasion de la Journée mondiale des enseignants, sur de meilleures conditions de travail pour ces derniers, qui sont de nature à faciliter les conditions d'apprentissage des enfants. Johanne Fortier endosse cette vision et se penche sur des points à améliorer: «Il y a un lien direct entre les deux. D'abord, il devrait y avoir une norme qui fixe le nombre maximum d'élèves par classe; c'est comme une évidence qu'il y a une très grosse différence entre avoir 20, 25 ou 30 enfants dans une classe.»

Elle se penche sur un autre aspect des conditions de travail: «On devrait de plus être en mesure de fixer d'autres normes pour établir des services aux jeunes qui présentent des difficultés; dans notre convention collective, on prévoit l'embauche d'un minimum d'enseignants orthopédagogues, ce qui nous donne un minimum de personnel dans le milieu pour soutenir ces enfants-là de façon plus précise. Voilà deux mesures que l'on retrouve dans les conventions; celles-ci sont souvent décriées par des commissions scolaires ou par d'autres intervenants, mais elles présentent quand même souvent un renfort contre la détérioration des conditions d'apprentissage.»

La présidente s'arrête sur d'autres aspects de la question: «On doit prévoir des solutions pour réduire la précarité des enseignants et pour leur assurer plus de stabilité, ce qui se traduirait par une meilleure qualité des apprentissages. De même, on devrait assurer une plus grande reconnaissance aux enseignants en leur versant un salaire respectueux de leur formation de base ou adéquat en fonction de celle-ci pour atteindre le même but.»

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  • André Provost
    Abonné
    samedi 6 octobre 2007 16h25
    Mme Johanne Fortier, Présidente de la Fédération des syndicats de la CSQ,
    « On ne voit jamais de SOLUTION venir de votre puissante fédération syndicale; c'est toujours le même train de querre, s'appuyant sur la pauvreté, la violence et le manque d'ordinateurs chez les élèves. Si l'on prenait une matière de base, comme l'enseignement de la langue française, par exemple, où nous avons tous les outils pour renouveler et simplifier l'enseignement de notre langue pour tous les élèves et en moins de temps; nous n'aurions plus besoin de ces orthopédagogues, car le pédagogue chargé de grammaire se doit d'être aussi linguiste, sous peine d'être, aujourd'hui, inférieur à son rôle. Il suffirait de réclamer une meilleure formation des enseignants et un recyclage permanent, vers l'excellence qui a fait ses preuves en la matière.
    André Provost, 260 point du jour Nord, Lavaltrie, J5T 3P8 »

  • Karine Thibeault
    Inscrite
    lundi 8 octobre 2007 07h50
    La vraie question pour les enseignants : qualité de vie au travail ou salaire?
    « J'ai été déçue (et malheureusement non étonnée) de constater qu'à la fin de l'article, la Présidente de la Fédération des syndicats de la CSQ n'a pu s'empêcher de souligner que le salaire des enseignants devrait être augmenté. Je n'entre pas ici dans le débat du niveau de salaire que les enseignants devrait recevoir. Ayant grandi dans une famille monoparentale où le seul revenu provenait de l'enseignement (à l'élémentaire), je tiens à souligner que le niveau de salaire s'est considérablement amélioré au cours des dernières années. Pourquoi ne pas mentionner cette reconnaissance récente? En tant qu'enseignante, j'estime que mon apport à la société ne se mesure pas essentiellement par mon niveau de salaire.

    Je ne mentionnerai ici que l'épuisement professionnel et les nombreux défis quotidiens vécus en milieu scolaire qui sont, d'après moi, de véritables enjeux pour la profession ainsi que pour l'ensemble de notre société.

    Le véritable enjeu n'est-il pas : Quel environnement voulons-nous vraiment offrir à nos enfants pour qu'ils deviennent de véritables citoyens du monde???

    Karine Thibeault
    Halifax »

  • francis batt
    Inscrit
    lundi 8 octobre 2007 13h48
    Les enfants transportent ... "de" l'école les valeurs ...
    « ... toujours cette même doctrine sociologique marxiste, qui se répand partout, jusque dans les journaux, par tous les interlocuteurs, tous faussement dupes, mais tous également complices... Encore une génération qui va trinquer, et dûrement..
    Face à ce désastre, une seule solution : le "home schooling", pratiqué déjà par ~35% des Américains.
    et ...relire encore Laurent Lafforgue :
    www.geographie-histoire.info/Cettedemission.pdf
    Francis Batt »

  • Lorraine Doucet
    Inscrite
    jeudi 25 octobre 2007 10h00
    Du déjà cuit mais vous avons oublié des ingrédients Mme Fortier
    « Mme Fortier, présidente d'un des plus gros syndicats des enseignants du Québec, je trouve que la population n'entend pas assez parler des réussites de vos enseignants auprès de TOUS les élèves du Québec... Vous pourriez changer les choses, vous avez les moyens de faire de TOUS nos enfants, des champions dans votre système d'éducation en partant du fait que vous les reconnaissez comme tel.
    Vous ternissez par vos propos, l'éducation publique qui accomplie de si grande chose, de si beaux résultats auprès de TOUS les élèves dont vous ne parlez jamais.
    Changez votre tactique afin que TOUS les citoyens, les parents puissent encore croire que chaque enseignant arrive à des réussites dont il est fier et en mettant en valeur TOUTES ces réussites chez TOUS les élèves du système public québécois.
    Vous attirez des mouches avec du miel, pas avec du vinaigre!!!
    J'ai hâte de lire des pages entières de vos communiqués de presse mettant en avant plan, TOUS les efforts réalisés auprès de TOUTES les catégories d'élèves pour faire de notre système d'éducation publique québécois, un système enviable par TOUS et une fierté pour TOUS.
    Je suis témoin de tant de belles réussites chez TOUS types d'élèves même si elles diffèrent les unes des autres. Déjà le mot «réussite» peut prendre plusieurs sens selon le regard que nous lui donnons. «Se sentir merveileux dans le regard de l'autre.» St-Exupéry.
    C'est le croisement d'enseignants du régulier qui a permis à mon fils ayant des incapacités intellectuelles de se réaliser aujourd'hui par une inclusion réussie au collégial. Je remercie les extraordinaires enseignants du système d'éducation publique de classe régulière d'avoir contribué au projet de vie que je mène pour mon fils, vous avez fait la différence pour son avenir.
    À vous, Mme Fortier, de me convaincre que vous avez fait la différence dans la vie d'un élève...
    Les parents pourront suivre cette démarche en démontrant comme moi que des enseignants du système public peuvent changer positivement le monde de demain. »

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