Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Enseigner au privé - À salaire égal...

    ... une tâche plus lourde !

    22 septembre 2007 |Réginald Harvey | Éducation
    Le collège Jean-de-Brébeuf
    Photo: Jacques Nadeau Le collège Jean-de-Brébeuf
    Dans l'ensemble des établissements du réseau privé, les enseignants obtiennent la parité salariale avec leurs collègues du secteur public de l'éducation. Quant aux tâches à accomplir, elles s'apparentent, mais le secteur privé a tendance à étirer l'élastique de celles-ci pour répondre à ses exigences de valeur ajoutée auprès des élèves. Le directeur d'un établissement sans syndicat et la présidente de la Fédération du personnel de l'enseignement privé (CSQ) donnent leur point de vue sur les conditions de travail du personnel enseignant du secteur privé.

    Le Collège Laval est laïque à part entière depuis 2006, après avoir été fondé et dirigé auparavant par les frères maristes, dont il défend toujours les valeurs. Plus de 75 enseignants y sont à l'oeuvre cette année. Michel Baillargeon est le directeur général de cette école secondaire et il fait les présentations de ce personnel qui n'est pas syndiqué: «C'est très partagé entre hommes et femmes. Ces gens-là sont relativement jeunes parce que l'école a grossi beaucoup: depuis quatre ans, on est passé de 1450 à 1760 élèves. Il y a eu le remplacement naturel des personnes qui partent à la retraite mais, pour cette raison, il a aussi fallu embaucher. On se retrouve maintenant avec 25 % du personnel qui a cinq ans ou moins d'ancienneté et 47 % qui a dix ans ou moins.»

    Il se penche sur la provenance des enseignants de Laval: «On est chanceux parce qu'on a beaucoup de nos anciens élèves se dirigeant vers l'enseignement qui veulent revenir travailler chez nous; il y en a au moins entre 15 et 20. Aussi, on accueille toujours entre 8 et 12 stagiaires par année et il arrive souvent, après une évaluation favorable, qu'ils trouvent par la suite un emploi au collège. Pour le reste, on procède à du recrutement par le biais du site de la Fédération des établissements d'enseignement privés.»

    Salaires versés et conditions consenties

    Le Collège Laval offre à ses enseignants les mêmes conditions salariales que dans le secteur public: «On applique d'ailleurs l'échelle du secteur public pour tous nos corps d'emplois. Même si on a une bonne école, on ne peut se permettre de payer seulement 80 % de ce qui est versé au secteur public, parce que l'argent, c'est le nerf de la guerre, et je ne connais pas beaucoup de personnes qui travailleraient pour 20 % de moins», de lancer M. Baillargeon.

    Pour ce qui est des autres conditions de travail, dont relève principalement la tâche, le directeur explique les mécanismes mis en place: «On a formé des comités paritaires. Il y a trois enseignants qui siègent [à ces comités] et trois membres du conseil d'administration, dont je fais partie. Le but premier de ces comités, c'est de maintenir de bonnes relations de travail entre tous. On se donne des conditions négociées via cette structure, toujours à la recherche d'une bonne entente commune pour la satisfaction de tous.»

    Il n'en reste pas moins que l'école privée, selon des sondages effectués auprès des parents, tient principalement sa notoriété et sa popularité de l'encadrement plus étroit offert aux élèves. Pour arriver à cette fin, exige-t-elle une somme de travail supplémentaire, une plus grande disponibilité de ses enseignants? «Je réponds ceci. Quand on s'en va en comité de sélection pour combler des postes, je dis toujours aux gens rencontrés que nous avons une belle école et je la décris. À la fin de l'entrevue, je leur fournis les raisons pour ne pas venir chez nous: d'abord, ils vont travailler un peu plus fort que ce qui est exigé normalement, mais dans un meilleur climat; ce n'est pas seulement la direction qui le demande mais l'effet du milieu. Oui, c'est plus exigeant et on a beaucoup d'éducateurs qui s'investissent volontairement, mais, par contre, on est dans un environnement où il est agréable de travailler, où il existe des échanges enrichissants entre adultes et entre jeunes aussi.»

    La vision syndicale

    Environ le tiers des établissements du réseau privé d'enseignement comptent des syndicats d'enseignants. Francine Lamoureux, présidente de la Fédération du personnel de l'enseignement privé, ne s'inquiète pas de cette situation: «Je ne trouve pas que c'est si faible que cela comme taux. Il faut considérer que ce sont des entreprises privées et, en comparaison avec d'autres secteurs du privé au Québec, je ne pense pas que trente pour cent, ce soit si peu. Pour un tel milieu, je trouve que c'est intéressant, même si cela pourrait être mieux.»

    Elle adopte cette position au sujet de la parité entre les secteurs privé et public sur le plan salarial: «Il est vrai qu'elle existe pour la majorité des groupes qui sont syndiqués et qui sont dans des écoles régulières, catholiques, "blanches" et parlant français. Il faut savoir que les écoles privées ne sont pas toutes des collèges Brébeuf ou autres établissements du même genre. À la fédération, en plus des écoles régulières du genre Charles-Lemoyne sur la Rive-Sud, qui est la plus grosse école secondaire privée du Québec, on a aussi des écoles multiethniques et ethniques tout court, qui sont à caractère communautaire. Il y a de plus du collégial, du professionnel, du technique et des écoles d'enfants en difficulté. Voilà autant de mondes différents qu'on ne peut mettre sur le même pied quand on parle de salaires.» Dans bien des cas particuliers, les conditions salariales peuvent varier.

    La présidente laisse de plus savoir que des écoles tentent fréquemment de réduire les salaires au moment où elles font face à des dépenses inattendues, notamment lorsqu'elles doivent investir des sommes importantes pour procéder à la réfection de bâtiments. Elle résume la situation: «Effectivement, je dirais que, chez nous, il y a à peu près 70 % de nos groupes qui possèdent une clause remorque (de parité) sur les salaires; 30 % n'en ont pas.»

    La lourdeur de la tâche

    Il y a les salaires et il y a la charge de travail, sur laquelle s'arrête Mme Lamoureux: «Dans notre

    70 %, sur ce point c'est sensiblement la même chose, mais une distinction s'impose. Il existe un encadrement conventionné et un autre qui ne l'est pas. La première chose qu'on nous dit quand on rentre travailler dans une école privée, c'est qu'on fait partie d'une petite famille pour laquelle il y a toujours une partie de la tâche qui n'est pas conventionnée; à ce sujet, je donne en exemple les "journées portes ouvertes" ou les "soirées de finissants", qui peuvent l'être ou ne pas l'être.» Il en va autrement dans une autre catégorie d'écoles: «Dans des établissements ethniques, la partie communautaire est beaucoup plus grande et on s'attend à ce que le personnel participe à ce type de vie, qu'on soit de la communauté ou pas. Quand on ne le fait pas, c'est mal vu et il peut y avoir des pressions sur les gens se comportant de la sorte.»

    La syndicalisation est mal vue

    À savoir s'il y a des établissements privés qui sont plus favorables que d'autres à la syndicalisation, Francine Lamoureux répond crûment: «Il n'y en a aucun qui est ouvert à cela et c'est vraiment vécu comme de l'ingérence. Les employeurs doivent partager leur droit de gérance et ce n'est pas facile pour eux. C'est partout pareil.»

    Elle apporte une nuance: «Dans les 70 % d'écoles dont je parlais tantôt, dans celles qui sont en bonne santé financière, elles vont demeurer rébarbatives mais elles vont accepter plus facilement la présence syndicale en cours de route. Il y a, d'un autre côté, des établissements que le syndicalisme enrage. Il arrive encore aujourd'hui que des représailles soient exercées, même si c'est plus rare, parce que la jurisprudence est maintenant tellement bien établie.»

    Collaborateur du Devoir












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.