Diaboliser la frite
Les commissions scolaires estiment à 20 % le pourcentage de jeunes qui fréquentent les cafétérias d'école: c'est dire l'illusion qui se camoufle derrière toute politique alimentaire visant à expulser, avec grand fracas politique, la frite et le Coca-Cola du terrain scolaire!
Pour un virage santé à l'école, cette politique lancée la semaine dernière par le gouvernement de Jean Charest, joue la formule séduisante: dès janvier prochain, un grand ménage sera fait dans les frigos des écoles qui offrent encore des éléments sans valeur nutritive, grands coupables des problèmes d'obésité chez les jeunes. Si noble soit-il, l'objectif de réduction du surpoids appelle plus que la recette de la facilité. Il doit être attaqué sur plusieurs fronts et viser... gros.
Tout en adhérant au principe universel des bienfaits d'une saine alimentation, certains s'interrogent sur les mérites d'une stratégie qui démonise la poutine tout en déifiant la platée de choux de Bruxelles. L'école secondaire De Rochebelle, à Sainte-Foy, a entrepris un long processus d'évacuation de la malbouffe, qui lui donnait jadis mauvaise cote. Épaulé par la chaire de recherche sur l'obésité de l'Université Laval, l'établissement a toutefois sciemment choisi de conserver la diablotine frite à son menu, au moins une journée par semaine. Pourquoi? Afin d'apprivoiser la clientèle et d'éviter son exil vers les comptoirs de restauration rapide des environs.
Les écoles composent avec la concurrence du lucratif marché de la malbouffe. Peu de services de transport, espérons-le, pousseront le ridicule jusqu'à mettre en place une «navette de la poutine» transportant des hordes de jeunes jusqu'au centre commercial du coin, comme on l'a vu dans le cas de l'école secondaire Mont-Royal...
Mais inutile de nier l'appétit naturel de l'homo adolescentus pour le menu maudit. En Angleterre, la mise en place d'une mordante politique d'élimination de la malbouffe dans les écoles a créé un effet inattendu: la naissance d'un marché noir où se trafiquent les croustilles et le chocolat. À chaque interdit sa contravention!
Ici, certains établissements du réseau privé ont carrément défendu la sortie des jeunes le midi, les confinant à la cafétéria ou à la boîte à lunch. Ailleurs, on a déployé une telle offre d'activités parascolaires que le sandwich est vite englouti au profit d'une visite au gymnase: d'alléchantes solutions!
Mais l'école, on a tendance à l'oublier, ne pourra jamais supplanter la famille. On aura beau verdir le plateau scolaire, si papa-maman ne veulent — ou ne peuvent, faute de moyens — que s'adonner aux calories vides, les manigances scolaires resteront vaines.
Ce renvoi familial, si navrant soit-il dans certains milieux, est toutefois chargé d'espoir. S'il a eu accès chez lui à une vraie culture de la saine nourriture, le rebelle adolescent avide de malbouffe reviendra bien assez vite à la carte santé familiale, quitte à grignoter la démone une fois de temps en temps...
***
machouinard@ledevoir.com
Pour un virage santé à l'école, cette politique lancée la semaine dernière par le gouvernement de Jean Charest, joue la formule séduisante: dès janvier prochain, un grand ménage sera fait dans les frigos des écoles qui offrent encore des éléments sans valeur nutritive, grands coupables des problèmes d'obésité chez les jeunes. Si noble soit-il, l'objectif de réduction du surpoids appelle plus que la recette de la facilité. Il doit être attaqué sur plusieurs fronts et viser... gros.
Tout en adhérant au principe universel des bienfaits d'une saine alimentation, certains s'interrogent sur les mérites d'une stratégie qui démonise la poutine tout en déifiant la platée de choux de Bruxelles. L'école secondaire De Rochebelle, à Sainte-Foy, a entrepris un long processus d'évacuation de la malbouffe, qui lui donnait jadis mauvaise cote. Épaulé par la chaire de recherche sur l'obésité de l'Université Laval, l'établissement a toutefois sciemment choisi de conserver la diablotine frite à son menu, au moins une journée par semaine. Pourquoi? Afin d'apprivoiser la clientèle et d'éviter son exil vers les comptoirs de restauration rapide des environs.
Les écoles composent avec la concurrence du lucratif marché de la malbouffe. Peu de services de transport, espérons-le, pousseront le ridicule jusqu'à mettre en place une «navette de la poutine» transportant des hordes de jeunes jusqu'au centre commercial du coin, comme on l'a vu dans le cas de l'école secondaire Mont-Royal...
Mais inutile de nier l'appétit naturel de l'homo adolescentus pour le menu maudit. En Angleterre, la mise en place d'une mordante politique d'élimination de la malbouffe dans les écoles a créé un effet inattendu: la naissance d'un marché noir où se trafiquent les croustilles et le chocolat. À chaque interdit sa contravention!
Ici, certains établissements du réseau privé ont carrément défendu la sortie des jeunes le midi, les confinant à la cafétéria ou à la boîte à lunch. Ailleurs, on a déployé une telle offre d'activités parascolaires que le sandwich est vite englouti au profit d'une visite au gymnase: d'alléchantes solutions!
Mais l'école, on a tendance à l'oublier, ne pourra jamais supplanter la famille. On aura beau verdir le plateau scolaire, si papa-maman ne veulent — ou ne peuvent, faute de moyens — que s'adonner aux calories vides, les manigances scolaires resteront vaines.
Ce renvoi familial, si navrant soit-il dans certains milieux, est toutefois chargé d'espoir. S'il a eu accès chez lui à une vraie culture de la saine nourriture, le rebelle adolescent avide de malbouffe reviendra bien assez vite à la carte santé familiale, quitte à grignoter la démone une fois de temps en temps...
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