L'école de la tolérance
L'entrée en scène à l'école du nouveau programme «Éthique et culture religieuse», en septembre prochain, sonnera le début d'une petite révolution. En prenant ses droits sur le terrain scolaire, l'État s'engage — en théorie du moins — à former des citoyens ouverts et tolérants, en accord avec la pluralité propre à la modernité.
L'Association des parents catholiques du Québec (APCQ) a profité, cette semaine, d'une tribune idéale, avec la commission Bouchard-Taylor, pour énoncer ses craintes à propos du programme «Éthique et culture religieuse». Celui-ci signera dans un an la laïcisation complète du système scolaire. Devant la mort du régime d'option entre l'enseignement moral et l'enseignement religieux, ces parents dénoncent l'absence de «liberté de choix».
Leur cause est stérile. En terminant la déconfessionnalisation du système d'éducation, le gouvernement ne joue pas l'État frivole. Enclenché officiellement lors des États généraux de l'éducation de 1995 et soumis depuis à de nombreuses consultations, ce mouvement se termine avec l'échéance ultime de la clause dérogatoire à la Charte canadienne des droits et libertés de la personne, fixée au 30 juin 2008. Après cette date, ce sera la fin des privilèges octroyés à une confession par rapport à une autre. Fini l'enseignement de la foi. Place à la connaissance!
En cautionnant le principe de parfaite neutralité de l'État à l'égard des religions en milieu scolaire, le gouvernement aurait pu choisir paresseusement de ne pas s'aventurer en zone délicate. Il joue plutôt d'audace: sans précédent dans le monde occidental, le programme qui sera appliqué uniformément l'automne prochain embrasse la culture religieuse dans toute sa diversité et explore aussi la riche sphère de l'éthique.
La nouvelle manière de faire est révolutionnaire: elle marque une rupture brutale avec un héritage qui a naturellement associé religion et école. Elle s'harmonise toutefois parfaitement avec l'idéal de tolérance propre à toute société: symboliquement, la nouvelle pratique marquera la fin des classes divisées, qui érigent de véritables murs entre les adeptes de la «morale» — jadis les «exemptés» des cours de catéchèse — et les tenants du christianisme. Désormais, tous ensemble et face au même enseignant, on cauaesera des grandes religions et des valeurs communes — un thème cher à la Commission sur les accommodements...
Le contenu du programme, évoqué hier dans Le Devoir, ratisse large. Il donne la part belle à l'héritage religieux propre au Québec — christianisme, judaïsme et spiritualités autochtones — mais furète dans d'autres zones. L'islam, le bouddhisme et l'hindouisme feront ainsi partie de l'enseignement. À côté de l'histoire de Noé et du Déluge se profilera le récit de la révélation à Mahomet. Le baptême et la circoncision se côtoieront au chapitre des rituels de naissance. L'Épiphanie et la naissance du gourou Nanak dans l'univers des fêtes.
Comme antidote à l'ignorance — premier germe de conflit —, ce programme promet de franchir des pas cruciaux. L'Aïd el-Fitr, vous connaissez? Pour les musulmans, c'est la fête qui marque la rupture du jeûne du ramadan. Siddhârta Gautama? Le fondateur du bouddhisme. Divâlî? Le nouvel an hindou.
Sur le strict plan des connaissances, impossible aujourd'hui de comprendre les aléas du monde moderne sans découvrir le religieux dans toute sa pluralité. Comment saisir l'Europe sans évoquer le christianisme? Comment comprendre ce qui anime les pays arabes sans s'initier aux fondements de l'islam?
Sur papier, ce programme est porteur d'espoir pour la formation d'une jeunesse ouverte à la différence et au dialogue. S'il passe avec succès de la théorie à la pratique, il annonce des consciences responsables qui n'auront peut-être pas besoin, d'ici quelques générations, de créer une commission pour s'inventer des valeurs communes.
Demain : Pour éviter les dérives
L'Association des parents catholiques du Québec (APCQ) a profité, cette semaine, d'une tribune idéale, avec la commission Bouchard-Taylor, pour énoncer ses craintes à propos du programme «Éthique et culture religieuse». Celui-ci signera dans un an la laïcisation complète du système scolaire. Devant la mort du régime d'option entre l'enseignement moral et l'enseignement religieux, ces parents dénoncent l'absence de «liberté de choix».
Leur cause est stérile. En terminant la déconfessionnalisation du système d'éducation, le gouvernement ne joue pas l'État frivole. Enclenché officiellement lors des États généraux de l'éducation de 1995 et soumis depuis à de nombreuses consultations, ce mouvement se termine avec l'échéance ultime de la clause dérogatoire à la Charte canadienne des droits et libertés de la personne, fixée au 30 juin 2008. Après cette date, ce sera la fin des privilèges octroyés à une confession par rapport à une autre. Fini l'enseignement de la foi. Place à la connaissance!
En cautionnant le principe de parfaite neutralité de l'État à l'égard des religions en milieu scolaire, le gouvernement aurait pu choisir paresseusement de ne pas s'aventurer en zone délicate. Il joue plutôt d'audace: sans précédent dans le monde occidental, le programme qui sera appliqué uniformément l'automne prochain embrasse la culture religieuse dans toute sa diversité et explore aussi la riche sphère de l'éthique.
La nouvelle manière de faire est révolutionnaire: elle marque une rupture brutale avec un héritage qui a naturellement associé religion et école. Elle s'harmonise toutefois parfaitement avec l'idéal de tolérance propre à toute société: symboliquement, la nouvelle pratique marquera la fin des classes divisées, qui érigent de véritables murs entre les adeptes de la «morale» — jadis les «exemptés» des cours de catéchèse — et les tenants du christianisme. Désormais, tous ensemble et face au même enseignant, on cauaesera des grandes religions et des valeurs communes — un thème cher à la Commission sur les accommodements...
Le contenu du programme, évoqué hier dans Le Devoir, ratisse large. Il donne la part belle à l'héritage religieux propre au Québec — christianisme, judaïsme et spiritualités autochtones — mais furète dans d'autres zones. L'islam, le bouddhisme et l'hindouisme feront ainsi partie de l'enseignement. À côté de l'histoire de Noé et du Déluge se profilera le récit de la révélation à Mahomet. Le baptême et la circoncision se côtoieront au chapitre des rituels de naissance. L'Épiphanie et la naissance du gourou Nanak dans l'univers des fêtes.
Comme antidote à l'ignorance — premier germe de conflit —, ce programme promet de franchir des pas cruciaux. L'Aïd el-Fitr, vous connaissez? Pour les musulmans, c'est la fête qui marque la rupture du jeûne du ramadan. Siddhârta Gautama? Le fondateur du bouddhisme. Divâlî? Le nouvel an hindou.
Sur le strict plan des connaissances, impossible aujourd'hui de comprendre les aléas du monde moderne sans découvrir le religieux dans toute sa pluralité. Comment saisir l'Europe sans évoquer le christianisme? Comment comprendre ce qui anime les pays arabes sans s'initier aux fondements de l'islam?
Sur papier, ce programme est porteur d'espoir pour la formation d'une jeunesse ouverte à la différence et au dialogue. S'il passe avec succès de la théorie à la pratique, il annonce des consciences responsables qui n'auront peut-être pas besoin, d'ici quelques générations, de créer une commission pour s'inventer des valeurs communes.
Demain : Pour éviter les dérives
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