lundi 28 mai 2012 Dernière mise à jour 01h13
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Libre-Opinion: Un prétexte pour serrer la vis à l'UQAM

Pier-André Bouchard St-Amant - Étudiant à la maîtrise en économie à l'Université du Québec à Montréal (UQAM)  13 septembre 2007  Éducation
Les manquements pernicieux de la direction de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) à propos du projet de l'îlot Voyageur auront fait couler beaucoup d'encre. De surcroît, ils semblent servir de plus en plus de prétexte pour serrer la vis à l'institution de manière difficilement justifiable. La question soulevée par l'éditorialiste Marie-Andrée Chouinard selon laquelle l'UQAM devrait devenir une université de premier cycle soulève une telle hypothèse. Cette avenue ne réglerait rien et d'autres mécanismes devraient êtres évalués.

Imaginer que l'UQAM se porterait mieux d'un point de vue financier sans étudiants aux cycles supérieurs est une aberration mentale. En effet, les étudiants aux cycles supérieurs sont beaucoup plus payants que les étudiants de premier cycle. Par conséquent, les enlever ne ferait qu'aggraver la situation de l'UQAM. Les exemples sont nombreux pour justifier cette affirmation.

D'abord, les étudiants à la maîtrise doivent toujours payer leurs frais de scolarité pour deux ans, qu'ils aient terminé plus tôt ou non. Et s'ils finissent après les délais, ils payent encore... frais de retard en sus. Ensuite, le financement des chaires de recherche et des étudiants aux cycles supérieurs par l'entremise de leurs bourses procure des revenus d'appariement aux facultés et aux professeurs. Enfin, la politique québécoise de financement des universités accorde plus d'importance aux étudiants des cycles supérieurs qu'aux étudiants de premier cycle.

Ce n'est donc pas là que l'UQAM dégagerait des économies pour regarnir ses coffres. Un tel spectre, s'il est brandi, ne peut que profiter aux autres universités montréalaises, qui profiteraient alors d'un afflux d'étudiants et de revenus. En d'autres termes, justifier une telle redéfinition de la mission de l'UQAM par la crise actuelle serait franchement douteux.

Bien sûr, la direction de l'université a merdé, et la frustration du public à la vue de ses impôts mal gérés est compréhensible. Mais il ne faut pas se leurrer: si l'îlot Voyageur est un (gros) cas de déficit budgétaire, ce n'est pas le seul dans l'ensemble des universités. Et s'il sert de preuve pour culpabiliser l'UQAM, elle ne sera pas la seule au banc des accusés. Est-il utile de rappeler que le déficit cumulé du réseau universitaire oscille aux environs de 210 millions de dollars? En matière de gestion des facultés, du personnel et des services de soutien, l'UQAM est comparable aux autres institutions.

Si on suppose que les décideurs ne sont pas (tous) des imbéciles, il serait davantage utile de réfléchir aux mécanismes qui conduisent à de tels comportements pour éviter qu'ils se reproduisent plutôt que de déclencher une chasse aux sorcières. Les lieux

de gouvernance répondent à des incitatifs. Si la règle absolue pour nos universités se résume à plus d'étudiants pour plus d'argent, il n'est pas surprenant que ces dernières fassent des pieds et des mains pour accroître leurs effectifs en construisant des pavillons à 150 kilomètres de leur campus principal, à ériger des résidences étudiantes sans financement... ou à vouloir exiger des centres hospitaliers. En des termes strictement politiques, il serait improbable de voir des universités qui présentent des bilans financiers sains espérer obtenir davantage de revenus du gouvernement.

Pour éviter que de tels dérapages se reproduisent, trois correctifs pourraient êtres apportés. D'abord, une politique de protection des délateurs dans les réseaux publics serait plus que bienvenue. Les problématiques découlant du projet de résidence étaient dans la haute administration. Il serait souhaitable que des employés impliqués dans une telle démarche aient l'occasion de les révéler au grand jour sans perdre leur emploi. Cela est réalisable puisqu'une telle chose existe au gouvernement fédéral.

Ensuite, il faut renforcer la reddition de comptes des universités envers le gouvernement. La loi actuelle sur l'imputabilité des universités ne sert que de prétexte pour une ronde de financement supplémentaire et ne remplit plus son rôle. Une meilleure approche consisterait à inclure les réseaux d'enseignement dans le périmètre comptable du gouvernement. Puisque ce dernier est ultimement l'endosseur des institutions publiques comme l'UQ, il tombe sous le sens que le Vérificateur général puisse aller fouiller aux livres, ce que permettrait l'inclusion du réseau dans le périmètre. Précisons qu'à ce sujet, c'est le gouvernement du Québec qui refuse une telle vérification.

Finalement, le réexamen de la politique de financement des universités serait de mise. Il serait intéressant de voir à quel point les mécanismes de concurrence actuels permettent véritablement un accroissement du taux de participation des jeunes Québécois. À ce titre, un premier élément est révélateur: l'effectif universitaire québécois après l'implémentation de la politique de financement est similaire à celui l'ayant précédée. Cela suggère que cette politique a peu d'effet sur ce plan.

La crise actuelle, comme tous les autres scandales publics, donne la même leçon. L'offre de services publics est fragilisée par de tels scandales. Il faudrait retenir qu'il y a pire publicité que les tenants de la privatisation à tout prix ou l'absence de programmes publics. Il y a les services publics qui ne marchent pas.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
éditoriaux
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012