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La mal-aimée

Marie-Andrée Chouinard   10 septembre 2007  Éducation
Au plus fort de la crise financière qui la secoue, l'Université du Québec à Montréal (UQAM) serait-elle victime d'un vieux syndrome qui lui lègue le titre de souffre-douleur officiel? Alors que les communications entre l'établissement et les autorités semblent au plus mal, la question laisse derrière elle un grand malaise.

Envers et contre tous, l'UQAM connaît cet automne une hausse de sa fréquentation de 3,4 % au baccalauréat, et de 6,8 % aux cycles supérieurs. Hormis une quelconque rumeur d'incertitude flottant dans les couloirs, pour les quelque 41 000 étudiants qui fréquentent l'université, le fourmillement habituel se poursuit, loin des scandales. Plus que n'importe quelle démonstration financière exigée de l'université en déroute, voilà le portrait qui devrait dominer dans l'esprit des parties impliquées.

Mais d'imposants vices de communication lient l'UQAM au réseau de l'Université du Québec et au ministère de l'Éducation, et permettent de douter de la sincérité d'un règlement. Après avoir exprimé sa vive exaspération devant l'indolence de l'UQAM, la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, a été à son tour rabrouée cette semaine par la rectrice par intérim, Danielle Laberge. Celle-ci reproche au gouvernement d'avoir largué l'UQAM, lui imposant des compressions qui sabreront le coeur de sa mission.

On peine à comprendre en effet les intentions de ceux qui disent vouloir préserver l'UQAM tout en lui réclamant une cure qui appelle des mutilations extrêmes. Après avoir accueilli comme un premier bon pas le plan présenté en juin par l'UQAM — 155 millions de moins en cinq ans —, Québec a soudainement exigé que l'université double cet effort, une demande à laquelle la rectrice Laberge ne peut se résoudre sans que cela désagrège son établissement.

En dehors de compressions cosmétiques, comment en effet l'UQAM peut-elle encore enlever 30 millions par année dans un budget qui en compte 300, dont 80 % sont happés par la masse salariale? Ceux qui espèrent que l'université effacera une ou deux facultés rêvent à des économies illusoires puisque toute disparition de programmes entraînera la diminution abrupte du financement par tête.

Tant la ministre Courchesne que le président du réseau UQ, Pierre Moreau, ont évoqué récemment la formidable occasion qui se profile à travers cette crise: la chance de se redéfinir, de revenir à sa mission «sociale» première. Doit-on comprendre que Québec aimerait voir sur un plan de retour à l'équilibre le tracé d'une université de sciences humaines uniquement destinée à une clientèle de premier cycle? Si telle est l'intention qui se camoufle derrière un certain courroux, qu'elle soit clairement affirmée.

Ces dernières années, l'UQAM a réalisé de louables efforts pour se tailler une place dans un univers montréalais fortement concurrentiel. Quatre universités sur une même île, le spectre d'une cinquième — Sherbrooke — en plein déploiement à Longueuil, l'ombre de l'Université de Montréal planant sur sa petite soeur du bas de la montagne, la réputation d'excellence de l'anglophone McGill au détour: de quoi jouer du coude!

Encore adolescente, l'UQAM a connu une jeunesse turbulente et souffre toujours du complexe d'université canaille et dissipée. Le préjugé n'a plus sa raison d'être et mène l'université à s'inscrire en victime aux yeux du gouvernement. Ce jeu de rôle n'a rien de gagnant.

En signifiant qu'elle ne sera pas de la prochaine course au rectorat, Danielle Laberge traduit la communication malsaine qui subsiste entre l'UQAM et le gouvernement. Elle tourne le dos à un impraticable défi, résolue à ne pas cautionner la mise à mort de l'UQAM telle qu'elle s'est développée au fil du temps. Qui, maintenant, acceptera de présider aux destinées incertaines de cette université?
 
 
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  • Louis Lapointe
    Abonné
    lundi 10 septembre 2007 09h46
    La sacrifiée?
    Bonjour Mme Chouinard,

    Il faut avoir travaillé dans le réseau universitaire au milieu des années 80, alors que les professeurs étaient tout puissants, pour comprendre ce qui se passe actuellement à l'UQAM et à l'UQ. À cette époque, les relations de travail de chaque constituante étaient coordonnées à partir du Siège social de l'UQ où le vice-président Michel Leclerc tenait le réseau à bout de bras parce qu'il fallait récupérer des avantages exorbitants concédés aux professeurs au fil du temps. Plusieurs se souviendront des professeurs qui utilisaient leurs cours en dégrèvements anticipés pour aller passer l'année en Californie sans tenir compte trois autres volets de leur tâche (recherche, administration, service à la collectivité). Il est clair que le réseau souhaite revenir à des négociations coordonnées comme à l'époque de Michel Leclerc et que la ministre soutient cette initiative du réseau.

    L'offensive qui s'organise actuellement n'est pas contre l'UQAM mais bien contre les syndicats des professeurs du réseau universitaire. Dans cette perspective, l'UQAM est le terrain idéal pour ce genre de grandes manoeuvres. Ce qui est différent cette fois-ci par rapport aux années 80, c'est que d'autres syndicats ont avantage à voir les professeurs dépouillés de certains privilèges. Les professionnels et les personnels de soutien académique des universités ont prouvé qu'ils pouvaient administrer certains services à moindre coût, qu'ils n'ont pas besoin de professeurs libérés de leurs charges de cours pour ce faire. Les chargés de cours, quant à eux, en ont assez d'enseigner 4 charges de cours années pour 32,000$ ( 4 x 8,000$ ) alors que la moyenne des cours donnée par les professeurs est de 2 cours par année pour un revenu d'environ 100,000$ si on y ajoute le 25% d'avantages sociaux, que plusieurs d'entre eux ne font aucune véritable recherche et que certains utilisent les services à la collectivité pour justifier leur double emploi. Plusieurs professeurs sont également excédés par cette situation.

    À mon avis, la ministre et le président du réseau de l'UQ veulent non seulement éviter que le cas de l'UQAM serve de précédent pour renflouer les dépenses excessives d'autres universités, mais en plus, tentent de profiter de la situation de faiblesse de l'UQAM et de ses dirigeants pour transformer l'UQAM en théâtre d'affrontements afin d'obliger les professeurs d'université à lâcher du lest. Là pourrait être l'explication!

    Dans cette perspective, le choix de la prochaine personne qui dirigera les destinées de l'UQAM est hautement stratégique.

    Louis Lapointe
    Brossard

  • Gérard Lépine
    Abonné
    lundi 10 septembre 2007 10h00
    uqam
    Je la connais bien : comme beaucoup, j'y ai donné des cours, en l'occurrence d'administration scolaire, car j'étais jadis l'un des rares à connaître la loi scolaire sur le bout des doigts, avec hélas le nouveau "docteur" (Proulx) qui nous a toujours joué dans les pattes.
    Soyons francs, l'UQAM a toujours dérangé. L'affaire Voyageur arrange beaucoup de monde mais n'a RIEN à voir avec sa vocation universitaire.
    Vivement un vrai gouvernement québécois!

  • Denis Paquette
    Abonné
    lundi 10 septembre 2007 12h45
    Toujours le meme sénario
    Il est évident,que l'Université du Québecest jeune, n'est pas aussi inféodée aux grands pouvoirs que le sont les autres universités
    Ce que je retiens c'est que les pouvoirs en générale,ne font pas de quartiers,ne ratent jamais l'occasion de s'affirmer, quand l'occasion se présente et que les conditions s'y prêtent
    Si l'université du Québec a eu ses heures de gloire c'est qu'elle était jeune, tolérée et populaire, pour ne pas dire populiste
    Je suis convaincu que le recteur Roch Denis comme président des recteurs d'université savait ce qui se mijotait mais savait également qu'il fallait que l'abcès soit crevé

  • Michel Richard
    Inscrit
    lundi 10 septembre 2007 19h25
    Qui demande à qui ?
    On nous dit que la ministre Courchesne fait des demaindes irréalistes. N'est-ce pas le contraire qui se passe ? C'est l'UQUAM seule, sans demander de permission, sans rien faire aapprouver par le gouvernement qui s'est lancée dans l'aventure de l'ilot voyageur. Le projet tourne en catastrophe. Après avoir voulu voler de ses propres ailes, l'université se casse le nez et demande à la ministre de réparer les erreurs. Il me semble que la ministre fait bien d'être exigente. L'UQUAM ne peut pas espérer recevoir une bouée de dizaines de millions sans avoir de sacrifices, elle est l'auteure de son propre malheur !

    Michel Ricahrd

  • Roland Berger
    Abonné
    lundi 10 septembre 2007 22h46
    La mission originelle de l'UQAM
    Peu se souviennent que l'UQAM a été créée pour remplacer les écoles normales, c'est-à-dire pour former des enseignants détenteurs d'un baccalauréat. Comme le signale Marie-André Chouinard, si le gouvernement veut ramener l'UQAm à ses origines, au grand soulagement de ses compétiteurs montréalais, qu'il le dise clairement. Alors seulement pourra se faire un vrai débat sur le rôle de cette institution.
    Roland Berger
    London, Ontario

  • LeRévoltéTranquille
    Abonné
    lundi 10 septembre 2007 22h51
    Sous-financement ou INRS ?
    Le sous-financement est depuis des années le talon d'Achille de ces petites cités libres dotées de budgets à faire pâlir de jalousie plusieurs municipalités moyennes de la province.

    La marginalité larvée de la pensée Grand-Soir-du-Socialisme CSN-O-Uqamienne de certains départements et modules est un talon d'Achille supplémentaire, et enfin les rumeurs sur les prima donna enseignantes universitaires surpayées et surestimées qui parasitent nos institutions universitaires depuis des lustres, profitant d'administrations complaisantes ou faibles, semblent vouloir s'avérer eu égard à la dérive des valeurs qui emporte notre société actuelle.

    Un prof d'université altruiste ? Pfff...

    Donc, nous voilà face soit à la relégation de l'UQAM en université de seconde zone pour le petit peuple en mal de formation de base, ou à moyen terme le démantèlement pur et simple de l'UQAM pour que les INRS, le reste du réseau de l'UQ et les autres institutions montréalaises du Haut-Savoir se partagent les dépouilles des prima donna motivées par le prestige d'une chaire ou d'un titulariat, sinon les bâtiments eux-mêmes, payés par la débâcle financière uqamienne, c'-à-d par nous tous, cochons de payants.

    Les thuriféraires du parti de gouvernement provincial des dames-patronesses-en-tailleur-rouge ne pouvaient espérer dans leurs rêves les plus fous un pareil dénouement: plus d'aspirants-go-gauche-tofu pour chiâler contre les gels-dégels-congels des frais de scolarité, plus de contestation de l'ordre établi, de beaux rêves de privatisation du bien collectif, d'appropriation du bien commun sans représentants de la go-gauche-caviar empêcheurs du Kapital de tourner rond et en rond, l'atomisation de la solidarité syndicalo-socialisto-altermondialo-communautaro-étudiante, le monde est à nous, les Guerriers de l'Émergence, les Apôtres de l'Excellence, les Chevaliers de l'Entrepreneuriat, les castors bricoleurs, les capitaines d'industrie, les notables de bourg, les riches, les parvenus, les incultes, le Chili de Pinochet, l'élite, quoi !

    Roch Denis, quelle belle torpille du gouvernement, quand même !

    La dérive de l'UQAM consacre la défaite ultime de la Pensée dans cette Belle Province de Québec.

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