Syndicalisme - Difficile scolarisation
Les syndicats digèrent mal les compressions du fédéral
Photo : Jacques Grenier
Les exigences en formation professionnelle et en alphabétisation sont de plus en plus grandes dans tous les métiers spécialisés.
Comment mesurer le chemin parcouru au cours des dernières années pour faire avancer la cause de la formation de base? En est-on au stade du sur-place ou des avancées? En ce sens, le gouvernement Harper nuit-il aux progrès en matière d'alphabétisation en sabrant de plus de 17 millions de dollars en deux ans les budgets consacrés à cette fin? La CSN et la FTQ prennent position.
La Confédération des syndicats nationaux (CSN) s'est montrée particulièrement active dans le domaine de la formation depuis quelque temps. Elle a notamment publié un outil pédagogique d'une soixantaine de pages intitulé Le goût d'apprendre - Se former pour améliorer le travail et la vie. La vice-présidente du mouvement, Denise Boucher, convient de cette réalité et dresse une sorte de bilan: «Il en reste encore beaucoup à faire. Quant à la brochure, elle est très bien accueillie. On a fait une tournée des instances à l'occasion des congrès des conseils centraux le printemps dernier et on a aussi visité plusieurs fédérations pour annoncer notre premier objectif: sensibiliser les gens à la formation de base; on a réalisé cela avec le Théâtre Parmi Nous. Les personnes rencontrées ont énormément apprécié et je dirais que celles-ci sont extrêmement sensibilisées.»
Une question se pose toutefois: «Comment prend-on par la suite cette situation dans le milieu de travail pour effectivement relever la formation de base? Voilà le défi auquel on doit faire face. Il existe toujours et toujours beaucoup de timidité à reconnaître le problème, ce que démontrent les chiffres indiquant notre net retard en alphabétisation. J'ai déjà dit et je répète encore au gouvernement que ça prendrait un grand chantier sur cette question. On pourrait croire que les dirigeants politiques sont sensibilisés à l'ampleur du problème, mais ça ne paraît pas beaucoup dans les discours du Trône.»
Les choses bougent
La CSN entend prendre d'autres moyens d'action: «On essaie de mettre sur pied pour l'automne trois ou quatre projets-pilotes avec, entre autres, les travailleurs saisonniers; la plupart d'entre eux travaillent durant l'été et se trouvent sans emploi durant l'hiver. On essaie de monter avec les syndicats et les employeurs des projets où seraient aussi associés les gens des commissions scolaires, parce que les saisonniers ne peuvent pas, dans bien des cas, s'asseoir sur les bancs des classes lors de la rentrée scolaire du mois d'août.»
Les horaires devraient être modulés en fonction des besoins des travailleurs, et déjà des syndicats ont manifesté leur intérêt envers cette initiative: «Ils viennent de différents milieux et territoires. Nous, on veut mettre cela en piste dès cette année.»
Ottawa sabre les budgets
Il reste à trouver une certaine somme pour compléter le financement de cette opération. À ce propos, Denise Boucher commente les coupes budgétaires en alphabétisation qu'a effectuées le gouvernement Harper: «On avait déjà obtenu une subvention avant que cela se produise et on n'est pas touché. Il reste qu'il faut de l'argent pour consentir des efforts et je trouve très malheureux que le gouvernement fédéral ait effectué des coupes à ce chapitre. Ce sont des groupes et des organismes qui sont le plus touchés dans l'alphabétisation, alors que cela devrait être une priorité; d'autant plus qu'on nous demande d'avoir une population qualifiée pour être capable d'occuper les nouveaux emplois. C'est impossible de faire de l'alphabétisation sans les sous nécessaires.»
De son côté, Louise Miller, conseillère syndicale et responsable du dossier de la formation à la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), déplore tout autant le geste fait par Ottawa: «Nous, à la centrale, on n'est pas affecté parce qu'on n'a plus de projets, mais nos syndicats canadiens affiliés, comme Communications, énergie et papier, les TUAC et les Métallos, recevaient des subventions fédérales pour réaliser des projets-pilotes, pour mener des campagnes de sensibilisation et d'information. Tous ces syndicats-là ont subi des coupes; cela est majeur.» Elle situe la portée de la décision prise par le gouvernement: «Dans le fond, l'intervention fédérale au Québec n'en était pas une de formation comme telle; elle servait à faire de la recherche, de la sensibilisation et de la mobilisation. Tout ce volet a été coupé et les organismes avec lesquels on a à travailler sur le plan de la promotion des activités ont tous été affectés; il est évident que cela a un impact indirect sur nos propres pratiques parce qu'ils vont moins sur le terrain, parce qu'ils vont moins rencontrer les employeurs pour les convaincre de former le monde.»
La barre a monté
Louise Miller travaille en formation de base depuis les années 1980. A-t-elle l'impression de faire du sur-place ou encore que des progrès sont réalisés? Elle se prononce à titre personnel: «On avance et on recule en même temps. Une des difficultés qu'on a à évaluer ce dossier-là, c'est que sa définition ne cesse d'évoluer. Quand on parlait d'analphabétisme dans les années 1970, on ne parlait pas du même type d'analphabétisme que dans les années 1980, 1990 et 2000. Les exigences des sociétés sont de plus en plus grandes; c'est donc un concept qui est assez élastique.»
Le gens ont l'impression que le problème ne cesse de croître: «Dans les faits, si on prenait les mêmes balises pour le définir aujourd'hui que celles qu'on avait en 1970 ou 1980, au moment de l'adoption de la première politique d'éducation des adultes, on constaterait qu'il y a une réduction importante.» Le parcours de formation s'avère maintenant plus hasardeux: «Ça devient un peu dangereux: en même temps, on invite des gens à s'inscrire en alphabétisation et on éloigne de plus en plus la balise de sortie. On leur propose d'embarquer en leur disant que, d'ici deux ans, ils pourront obtenir l'équivalent d'un secondaire 2 et se diriger vers une formation professionnelle. Au bout d'un an de formation, ils apprennent qu'ils devront maintenant se rendre jusqu'au secondaire 4 pour avoir le droit d'accéder au secteur professionnel. Finalement, ils découvrent que, sans un secondaire 5, ils n'ont pas de chances de se trouver un travail.»
Elle en tire cette conclusion: «Ils pensaient avoir à fournir un effort durant une période d'un an ou d'un an et demi. Ils se retrouvent avec un effort à investir durant cinq ans, et, au bout de la cinquième année, de nouvelles exigences apparaissent encore qui vont éloigner encore plus l'accès au marché du travail ou à des emplois de qualité plus intéressants.»
Collaborateur du Devoir
La Confédération des syndicats nationaux (CSN) s'est montrée particulièrement active dans le domaine de la formation depuis quelque temps. Elle a notamment publié un outil pédagogique d'une soixantaine de pages intitulé Le goût d'apprendre - Se former pour améliorer le travail et la vie. La vice-présidente du mouvement, Denise Boucher, convient de cette réalité et dresse une sorte de bilan: «Il en reste encore beaucoup à faire. Quant à la brochure, elle est très bien accueillie. On a fait une tournée des instances à l'occasion des congrès des conseils centraux le printemps dernier et on a aussi visité plusieurs fédérations pour annoncer notre premier objectif: sensibiliser les gens à la formation de base; on a réalisé cela avec le Théâtre Parmi Nous. Les personnes rencontrées ont énormément apprécié et je dirais que celles-ci sont extrêmement sensibilisées.»
Une question se pose toutefois: «Comment prend-on par la suite cette situation dans le milieu de travail pour effectivement relever la formation de base? Voilà le défi auquel on doit faire face. Il existe toujours et toujours beaucoup de timidité à reconnaître le problème, ce que démontrent les chiffres indiquant notre net retard en alphabétisation. J'ai déjà dit et je répète encore au gouvernement que ça prendrait un grand chantier sur cette question. On pourrait croire que les dirigeants politiques sont sensibilisés à l'ampleur du problème, mais ça ne paraît pas beaucoup dans les discours du Trône.»
Les choses bougent
La CSN entend prendre d'autres moyens d'action: «On essaie de mettre sur pied pour l'automne trois ou quatre projets-pilotes avec, entre autres, les travailleurs saisonniers; la plupart d'entre eux travaillent durant l'été et se trouvent sans emploi durant l'hiver. On essaie de monter avec les syndicats et les employeurs des projets où seraient aussi associés les gens des commissions scolaires, parce que les saisonniers ne peuvent pas, dans bien des cas, s'asseoir sur les bancs des classes lors de la rentrée scolaire du mois d'août.»
Les horaires devraient être modulés en fonction des besoins des travailleurs, et déjà des syndicats ont manifesté leur intérêt envers cette initiative: «Ils viennent de différents milieux et territoires. Nous, on veut mettre cela en piste dès cette année.»
Ottawa sabre les budgets
Il reste à trouver une certaine somme pour compléter le financement de cette opération. À ce propos, Denise Boucher commente les coupes budgétaires en alphabétisation qu'a effectuées le gouvernement Harper: «On avait déjà obtenu une subvention avant que cela se produise et on n'est pas touché. Il reste qu'il faut de l'argent pour consentir des efforts et je trouve très malheureux que le gouvernement fédéral ait effectué des coupes à ce chapitre. Ce sont des groupes et des organismes qui sont le plus touchés dans l'alphabétisation, alors que cela devrait être une priorité; d'autant plus qu'on nous demande d'avoir une population qualifiée pour être capable d'occuper les nouveaux emplois. C'est impossible de faire de l'alphabétisation sans les sous nécessaires.»
De son côté, Louise Miller, conseillère syndicale et responsable du dossier de la formation à la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), déplore tout autant le geste fait par Ottawa: «Nous, à la centrale, on n'est pas affecté parce qu'on n'a plus de projets, mais nos syndicats canadiens affiliés, comme Communications, énergie et papier, les TUAC et les Métallos, recevaient des subventions fédérales pour réaliser des projets-pilotes, pour mener des campagnes de sensibilisation et d'information. Tous ces syndicats-là ont subi des coupes; cela est majeur.» Elle situe la portée de la décision prise par le gouvernement: «Dans le fond, l'intervention fédérale au Québec n'en était pas une de formation comme telle; elle servait à faire de la recherche, de la sensibilisation et de la mobilisation. Tout ce volet a été coupé et les organismes avec lesquels on a à travailler sur le plan de la promotion des activités ont tous été affectés; il est évident que cela a un impact indirect sur nos propres pratiques parce qu'ils vont moins sur le terrain, parce qu'ils vont moins rencontrer les employeurs pour les convaincre de former le monde.»
La barre a monté
Louise Miller travaille en formation de base depuis les années 1980. A-t-elle l'impression de faire du sur-place ou encore que des progrès sont réalisés? Elle se prononce à titre personnel: «On avance et on recule en même temps. Une des difficultés qu'on a à évaluer ce dossier-là, c'est que sa définition ne cesse d'évoluer. Quand on parlait d'analphabétisme dans les années 1970, on ne parlait pas du même type d'analphabétisme que dans les années 1980, 1990 et 2000. Les exigences des sociétés sont de plus en plus grandes; c'est donc un concept qui est assez élastique.»
Le gens ont l'impression que le problème ne cesse de croître: «Dans les faits, si on prenait les mêmes balises pour le définir aujourd'hui que celles qu'on avait en 1970 ou 1980, au moment de l'adoption de la première politique d'éducation des adultes, on constaterait qu'il y a une réduction importante.» Le parcours de formation s'avère maintenant plus hasardeux: «Ça devient un peu dangereux: en même temps, on invite des gens à s'inscrire en alphabétisation et on éloigne de plus en plus la balise de sortie. On leur propose d'embarquer en leur disant que, d'ici deux ans, ils pourront obtenir l'équivalent d'un secondaire 2 et se diriger vers une formation professionnelle. Au bout d'un an de formation, ils apprennent qu'ils devront maintenant se rendre jusqu'au secondaire 4 pour avoir le droit d'accéder au secteur professionnel. Finalement, ils découvrent que, sans un secondaire 5, ils n'ont pas de chances de se trouver un travail.»
Elle en tire cette conclusion: «Ils pensaient avoir à fournir un effort durant une période d'un an ou d'un an et demi. Ils se retrouvent avec un effort à investir durant cinq ans, et, au bout de la cinquième année, de nouvelles exigences apparaissent encore qui vont éloigner encore plus l'accès au marché du travail ou à des emplois de qualité plus intéressants.»
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