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Québec récupère l'îlot Voyageur

Michèle Courchesne en rencontre éditoriale au Devoir hier.
Photo : Jacques Grenier
Michèle Courchesne en rencontre éditoriale au Devoir hier.
Québec vient à la rescousse de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) en lui retirant des mains l'îlot Voyageur, et le gouffre financier qu'il représente. En contrepartie, l'UQAM est sommée de présenter un plan de redressement qui rétablit l'équilibre budgétaire dans les plus brefs délais.

«Comme l'université n'a certainement pas démontré sa capacité de gérer un projet immobilier de cette ampleur, nous allons la dégager de cet impact financier et nous allons, en collaboration, trouver un promoteur», a tranché la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, lors d'une rencontre éditoriale avec Le Devoir.

Cette décision gouvernementale est survenue à la fin de la semaine, après d'intenses discussions auxquelles a été étroitement associée la ministre des Finances et présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget. Mardi soir dernier, le conseil d'administration de l'établissement a abordé le dossier du plan de redressement sans qu'un tel scénario soit évoqué. Il était plutôt question des demandes du ministère, formulées la semaine précédente, d'inclure dans le plan de redressement l'impact financier de l'îlot Voyageur et une amorce de remboursement de la dette. Le conseil d'administration avait alors rejeté du revers de la main les exigences de Québec.

Visiblement exaspérée, la ministre Courchesne a rencontré hier matin la rectrice par intérim de l'université, Danielle Laberge, ainsi que le vice-président du conseil d'administration, Jacques Girard. «J'ai haussé le ton, ils sauront vous le confirmer. [...] C'est assez! Cela fait plus de neuf mois qu'on a un accompagnement assidu et inédit. Cette façon de travailler devra changer et la rectrice devra comprendre que nous sommes les bailleurs de fonds et qu'il faut que des solutions véritables soient rapidement mises sur la table», a affirmé la ministre.

Le gouvernement n'entend pas se satisfaire du plan de redressement présenté par l'UQAM en juin dernier, qui réduit seulement de moitié le déficit accumulé de 303 millions sur une période de cinq ans. «Un plan de redressement, il faut être très clair, c'est un document qui nous fait la démonstration d'un retour à l'équilibre budgétaire. Cela peut être dans trois ans, cinq ans, sept ans ou dix ans», a déclaré Mme Courchesne, soulignant au passage que le consultant de l'UQAM, Lucien Bouchard, est on ne peut mieux placé pour comprendre le concept du déficit zéro.

Mardi, le conseil d'administration a pourtant réaffirmé qu'il entendait négocier sur la base des paramètres du plan de redressement présenté en juin. Cet «entêtement» irrite la ministre: «J'ai le sentiment que je suis en train de donner un cours de gestion 101. Je n'en reviens pas!»

Mme Courchesne estime que le travail de l'UQAM traîne en longueur et souhaite que les administrateurs prennent leurs responsabilités. «Si le conseil d'administration croit qu'en prenant beaucoup de temps le gouvernement va être obligé de faire un chèque, j'ai de mauvaises nouvelles pour lui. Cela ne se passera pas comme cela. Ils ne sont pas différents des autres universités québécoises», a-t-elle rappelé.

Aussi, la ministre prévient que sa «limite est atteinte» et qu'elle a «d'autres possibilités». «Je suis certaine que, dans les autres possibilités que j'ai évoquées ce matin, l'UQAM a compris que j'étais très sérieuse — et ce n'est pas la tutelle à cette étape.»

Concrètement, Québec reprend sous son aile le dossier de l'îlot Voyageur. Cinq constructions distinctes composaient le projet initial de l'îlot Voyageur. Seuls les stationnements souterrains et la gare d'autobus sont presque complétés. Le chantier des résidences étudiantes se limite à la structure de l'édifice. Quant à la tour de bureaux et au pavillon universitaire, ils n'existent que sur des plans d'architecte.

L'îlot sera transféré à un promoteur privé. La ministre n'a cependant pas voulu entrer dans les modalités de l'opération, qui comporte des ramifications juridiques importantes vu le contrat liant la firme Busac à l'UQAM. Le trou creusé par l'autre projet immobilier déficitaire, le Complexe des sciences, devra néanmoins être assumé par l'UQAM.

L'intervention de Québec est directement liée à l'incidence que pourrait avoir la crise de l'UQAM sur la cote de crédit de l'établissement. Du coup, la capacité d'emprunter du gouvernement pourrait être affectée, estime la ministre. «ll n'est pas question pour nous d'envoyer le signal que ce n'est pas grave et qu'on va continuer à traîner un déficit sans dire comment il sera résorbé. Sur les marchés financiers, c'est totalement inacceptable», a fait valoir Mme Courchesne.

Les efforts de compressions exigés de l'UQAM menaceraient la mission universitaire, clament depuis quelques mois les administrateurs. Cet argument n'impressionne pas la ministre, qui exige qu'on lui fasse une démonstration étayée avant de crier au loup. «Soumettez-nous ce plan, nous évaluerons ensemble les conséquences et nous prendrons les décisions appropriées. Arrêtons de dire qu'on va faire sauter la baraque!», a-t-elle répliqué.

Cette dernière réitère qu'elle ne souhaite pas amputer la mission de l'université, mais seulement obliger l'établissement à faire face à ses responsabilités. Quant à l'argument du sous-financement chronique invoqué par l'UQAM qui expliquerait en partie la situation précaire de l'université, la ministre Courchesne le réfute. Elle plaide en faveur de l'équité administrative entre les universités.

Sur un ton qui ne laisse place à aucune réplique, la ministre de l'Éducation conclut que l'autonomie de l'UQAM «ne veut pas dire qu'on ne doit pas rendre des comptes».

La direction de l'université n'a pas souhaité commenter pour l'instant la décision gouvernementale.






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  • Claude Stordeur
    Abonné
    vendredi 31 août 2007 23h22
    Toute les administrations des universités
    « sont en déficit, comme les hôpitaux, les CLSC, les commissions scolaires etc... mais ce gouvernement préfère rembourser la dette que de comprendre ces cris d'alarme. Le pays qui a l'économie la plus forte et capable de résister à bien des soubresauts, les USA, sont en déficit constant, mais nos petit gouvernement veulent faire différemment et nous mettre devant des crises financière aigue dans tout les domaines qu'il gère. Sans doute qu'il veut prouver que le privé gère mieux... la caisse électorale se redore le blason de bien des façons... »

  • Louis Lapointe
    Abonné
    samedi 1 septembre 2007 00h31
    La responsabilité (suite)
    « Bonjour Mesdames Cauchy et Lévesque,

    Contre toute attente, la ministre de l'Éducation vient de reprendre l'avantage dans ses échanges avec l'UQAM et pourrait bien le conserver jusqu'au règlement final du dossier si elle maintient la nouvelle ligne directrice qu'elle s'est donnée.

    Récupérer l'Îlot Voyageur était la chose à faire. Exiger de l'UQAM qu'elle fasse ses devoirs sérieusement et assainisse ses pratiques de gestion en est la suite logique. Rappeler que l'autonomie de l'UQAM ne signifie pas qu'elle ne doit pas rendre des comptes est un message clair envoyé à l'ensemble du réseau universitaire qui ne laisse aucun doute sur les intentions de la ministre d'exiger plus de rigueur dans la gestion des fonds publics avant de réinvestir de nouvelles sommes d'argent.

    Par ses gestes concrets, la ministre vient de désamorcer la crise que tout le monde appréhendait dans le réseau de l'UQ. Même si cette saga a fragilisé le réseau, ce revirement de la situation permettra aux constituantes et au siège social de construire de nouvelles solidarités sur des bases plus solides, celles de la saine gestion.

    Ce travail de reconstruction sera long et exigera qu'on revoie plusieurs pratiques consacrées et qu'on engage les personnes les plus compétentes aux postes les plus stratégiques non seulement à l'UQAM, mais partout dans le réseau.

    À cet égard, la communauté universitaire et le conseil d'administration de l'UQAM devront faire preuve de plus de discernement dans le choix de la personne qui occupera prochainement le poste de recteur.

    Maintenant que la ministre a assumé ses responsabilités, à l'UQAM et au réseau universitaire d'en faire autant!

    Louis Lapointe
    Brossard »

  • Frédéric Dufresne
    Inscrit
    samedi 1 septembre 2007 02h10
    Ils vous l'avaient dit
    « Déjà, pendant l'année scolaire 05-06, les étudiant(e)s-militant(e)s de l'Association facultaire étudiante en sciences humaines (AFESH) sillonnaient l'UQAM pour avertir qu'un mal germait en son sein: le projet de construction de l'îlot Voyageur. Ils avaient effectivement mis le doigt sur certaines anomalies: la construction d'un gigantesque stationnement (pas très verte comme idée!); l'investissement à fond de train dans un partenariat public-privé (PPP) qui, selon Mme Forget, n'est même pas digne de ce nom; le risque d'un engouffrement financier provoqué par la contraction d'une dette énorme (s'additionnant à celle causé par le déficit de pavillon des Sciences); et le manque de transparence et de processus de consultation, de démocratie quoi!

    Eh oui, ces étudiants qui promeuvent les bed-in et les grèves avaient vu juste il y a maintenant 2 ans. Leurs revendications ont, quant à moi, plus souvent qu'autrement un important fond de vérité. Par contre, ces "marxien(ne)s" dans l'âme se butent en définitive aux arguments raisonnés des impératifs du marché et aux pratiques en vogue (comme l'augmentation des transactions immobilières par les universités montréalaises).

    Ils ont par ailleurs été victime, tout comme quelques milliers d'étudiant(e)s, d'un autre coup véreux des instances de l'UQAM. L'AFESH avait depuis quelques années décidée de ne pas souscrire à un régime d'assurance santé et dentaire pour des raisons disons idéologiques. Cette année, à la rentrée, et pour le bien de la gent étudiante, ils ont négocié un contrat d'assurance santé et dentaire avec la compagnie d'assurance mutuelle L'Assomption. Cependant, à l'UQAM, il y a un monopole de fait détenu par l'Alliance pour la santé étudiante au Québec (ASEQ), qui est un courtier qui a recourt exclusivement aux services de la Sun Life du Canada (dont une représentante siège au CA de l'UQAM) (Bulletin de rentrée de l'AFESH-UQAM - Automne 2007). En dépit de cette initiative, le Service à la Vie Étudiante à refuser que l'AFESH passe par son système de facturation pour collecter les paiements des étudiants et la force par le fait même à souscrire au régime de l'ASEQ. Y a-t-il vraiment une bonne raison d'empêcher le libre accès à ce libre marché? »

  • Roger Lapointe
    Abonné
    samedi 1 septembre 2007 07h09
    UQAT: la Ministre a raison d'exiger des comptes précis de...
    « l'administration errante de l'UQAM et de sa rectrice arrogante. »

  • francis dery
    Inscrit
    samedi 1 septembre 2007 08h22
    Après l'Ilot Voyageur, le CHUM?
    « Bâtir un CHUM au coeur du centre-ville en rasant ce qui est déjà développé, tel Néron qui fit brûler la ville de Rome pour ses rêves de grandeurs, cela va nous coûter cher.
    Mais les politiciens et les cadres universitaires sont dans la poche des gros promoteurs immobiliers.
    Alors que les besoins en maintenance d'infrastructure se multiplient, le crédit plus difficile d'accès avec la bulle des subprimes qui éclate peu après la chute de l'Ilôt Voyageur, prévoyons une forte période d'inflation suite aux deux CHUs de Montréal.

    Dans les années 70, nous avions développé un système autoroutier qui tombe aujourd'hui en morceaux, suivi d'un stade olympique dont nous aurions jamais dû terminer le toit. Une forte période d'inflation et d'endettement suivit. C'est un scénario à prévoir avec l'annonce de la Baie James au coeur de Montréal de m. Couillard, se référant aux deux CHUs dont les coûts faramineux approchent deux stades olympiques (quatre milliards).

    Le Sport, c'est la Santé! clamait-on en 1976. En 2006, on clame que la Santé, c'est du Sport!
    M. Couillard, j'ai le souffle déjà coupé.
    Nous allons devoir maintenir l'industrie du tabac pour que ses taxes puissent profiter au gouvernement et financer la Santé.

    On ne peut pas tout faire en même temps. L'économie de Montréal et incidemment, celle du Québec va pâtir des deux CHUs tout comme l'UQAM en pâtit avec l'îlot Voyageur. »

  • Mario Tremblay
    Abonné
    dimanche 2 septembre 2007 11h48
    MARIO TREMBLAY
    « Sauf qu'il y a un point que vous n'avez pas compris M. Déry : à quoi peut bien servir véritablement un PPP.
    Sa seule raison d'être est de permettre la construction des routes et des édifices publics, sans augmenter la dette. Vérifier bien dans quel compte le gouvernement va inscrire ses obligations vis-à-vis des PPP, c'est-à-dire le loyer. Vous allez voir que ce ne sera pas inscrit comme une dette.
    Et dans quelques mois, le gouvernement pourra réparer les routes, régler le problème de l'Ilôt Voyageur, construire deux mégahôpitaux à Montréal ... et annoncer une diminution de la dette.
    C'est le même principe que d'acheter une voiture en ne considérant que la mensualité la plus basse.
    Vous allez voir, ça va marcher! »

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