Sus au financement schizophrène des universités
24 août 2007
Éducation
À l'automne dernier, le gouvernement de Jean Charest déposa une politique ambitieuse de recherche et d'innovation, intitulée «Un Québec innovant et prospère». Cette politique, accompagnée d'un financement de plusieurs centaines de millions de dollars sur une base annuelle, augmente notamment de manière considérable le financement des fonds québécois consacrés à la recherche et le nombre de bourses d'études supérieures, favorisant la formation locale de personnel hautement qualifié.
Cette nouvelle stratégie fut très bien accueillie par le monde universitaire, qui y vit une bouffée d'air frais après les coupes importantes des premières années du gouvernement libéral; elle place le Québec dans le peloton de tête des provinces canadiennes en matière de financement de la recherche, offrant un levier facilitant pour l'obtention de fonds fédéraux.
Presque simultanément à l'annonce de la stratégie québécoise éclatait au grand jour le désastre immobilier qui frappe l'Université du Québec à Montréal (UQAM). L'université, à la suite d'une série d'erreurs et d'accords mal ficelés, se retrouve, on le sait, avec un manque à gagner de plusieurs centaines de millions de dollars. Mais l'UQAM n'est pas la seule à connaître les affres des déficits; c'est le lot de la plupart des universités québécoises qui souffrent depuis longtemps déjà d'un sous-financement considérable.
Car alors que la politique du ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation place les universités au centre du développement du Québec, accordant un financement considérable pour les activités de recherche, le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport affame les universités québécoises et distribue des subsides insuffisants pour couvrir les dépenses de fonctionnement de ces institutions.
Double message
Les universités doivent donc composer quotidiennement avec des exigences irréconciliables du gouvernement du Québec. D'un côté, les chercheurs et les administrateurs veulent profiter des fonds de recherche provenant du fédéral et du provincial. [...] De l'autre, les universités doivent composer avec un sous-financement chronique de leurs dépenses de fonctionnement. Les administrations ont donc dû trancher: soit elles construisent des stratagèmes complexes afin de continuer leur développement, en accord avec les règles du ministère du Développement économique; soit elles régressent et se confinent à offrir une formation minimale aux étudiants, en accord avec le financement offert par le ministère de l'Éducation.
Le désastre de l'UQAM est dû en grande partie à ce double message envoyé par Québec et, d'une certaine façon, par Ottawa. Mais l'UQAM n'est pas la seule université à marcher sur la corde raide. [...]
Le gouvernement du Québec doit se rendre compte que sa stratégie de recherche et d'innovation ne peut pas réussir dans un contexte où les universités sont prises à la gorge, incapables de maintenir leurs infrastructures et d'embaucher ou de retenir les spécialistes nécessaires à la formation de personnel hautement qualifié. Il faut mettre un terme à une politique schizophrène qui nuit profondément aux universités et à notre société dans son ensemble.
Une solution logique serait de ramener l'enseignement supérieur, la recherche et l'innovation à l'intérieur d'un seul ministère, qui pourrait alors développer une politique cohérente de financement des universités prenant en compte aussi bien leur rôle d'enseignement que celui de recherche et de formation de personnel hautement qualifié.
Cette nouvelle stratégie fut très bien accueillie par le monde universitaire, qui y vit une bouffée d'air frais après les coupes importantes des premières années du gouvernement libéral; elle place le Québec dans le peloton de tête des provinces canadiennes en matière de financement de la recherche, offrant un levier facilitant pour l'obtention de fonds fédéraux.
Presque simultanément à l'annonce de la stratégie québécoise éclatait au grand jour le désastre immobilier qui frappe l'Université du Québec à Montréal (UQAM). L'université, à la suite d'une série d'erreurs et d'accords mal ficelés, se retrouve, on le sait, avec un manque à gagner de plusieurs centaines de millions de dollars. Mais l'UQAM n'est pas la seule à connaître les affres des déficits; c'est le lot de la plupart des universités québécoises qui souffrent depuis longtemps déjà d'un sous-financement considérable.
Car alors que la politique du ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation place les universités au centre du développement du Québec, accordant un financement considérable pour les activités de recherche, le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport affame les universités québécoises et distribue des subsides insuffisants pour couvrir les dépenses de fonctionnement de ces institutions.
Double message
Les universités doivent donc composer quotidiennement avec des exigences irréconciliables du gouvernement du Québec. D'un côté, les chercheurs et les administrateurs veulent profiter des fonds de recherche provenant du fédéral et du provincial. [...] De l'autre, les universités doivent composer avec un sous-financement chronique de leurs dépenses de fonctionnement. Les administrations ont donc dû trancher: soit elles construisent des stratagèmes complexes afin de continuer leur développement, en accord avec les règles du ministère du Développement économique; soit elles régressent et se confinent à offrir une formation minimale aux étudiants, en accord avec le financement offert par le ministère de l'Éducation.
Le désastre de l'UQAM est dû en grande partie à ce double message envoyé par Québec et, d'une certaine façon, par Ottawa. Mais l'UQAM n'est pas la seule université à marcher sur la corde raide. [...]
Le gouvernement du Québec doit se rendre compte que sa stratégie de recherche et d'innovation ne peut pas réussir dans un contexte où les universités sont prises à la gorge, incapables de maintenir leurs infrastructures et d'embaucher ou de retenir les spécialistes nécessaires à la formation de personnel hautement qualifié. Il faut mettre un terme à une politique schizophrène qui nuit profondément aux universités et à notre société dans son ensemble.
Une solution logique serait de ramener l'enseignement supérieur, la recherche et l'innovation à l'intérieur d'un seul ministère, qui pourrait alors développer une politique cohérente de financement des universités prenant en compte aussi bien leur rôle d'enseignement que celui de recherche et de formation de personnel hautement qualifié.
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